Criton – 1948-01-10 – La Scène Economique

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Le Courrier d’Aix – 1948-01-10 – La Vie Internationale.

 

La Scène Economique

 

Par la réalisation du plan Marshall qui commence avec l’aide intérimaire, l’économique va jouer le premier rôle dans la lutte entre les deux mondes. Qui l’emportera dans la course au redressement des pays soumis à l’U.R.S.S., ou de ceux aidés par les U.S.A. ?

Selon le résultat, la prépondérance mondiale ira à celui qui assure la prospérité. C’est pourquoi, le Kominform ordonne, avant tout, le sabotage du plan Marshall.

 

La Situation Economique

Où en est-on à ce jour ? Jusqu’à l’entrée de l’hiver, le bilan des progrès de l’économie européenne était négatif. Sans doute, le temps et le travail avaient remis un peu d’ordre. Mais les méthodes d’inspiration politique aussi bien en Angleterre qu’en U.R.S.S. pour ne rien dire de la France, semblaient avoir plutôt nui au redressement. L’anarchie, comme dans le passé, la liberté incontrôlée auraient fait sans doute moins mal. C’est seulement depuis quelques semaines que la situation a changé sans d’ailleurs que la technique y soit pour grand’chose.

C’est d’abord le recul accéléré de l’influence communiste en Occident qui a marqué le tournant : Echec des grèves en France, avortement de celles d’Italie, revers électoraux en Norvège, au Danemark, partout. Puis récemment, la campagne du parti travailliste anglais contre les Staliniens, la charge d’Attlee contre la tyrannie en U.R.S.S., le succès de « Force Ouvrière » en France. Mais, et cela est moins connu, ce fut un brusque élan vers le travail, un renouveau d’espoir dans les masses ; confiance dans l’aide américaine, sentiment de liberté reconquise sur la tyrannie des syndicats, simple alternance psychologique, peut-être. Ce qui est sûr, c’est que le rendement du travail s’accroît et la courbe de production remonte, surtout en Angleterre et en Italie. Pour l’Allemagne, le général Clay a assuré que l’année serait meilleure ; M. Ronci en Italie voit la fin du rationnement, l’Angleterre exporte du charbon ! En France même, on sent que la marchandise existe qui finira bien par être répartie.

 

En Soviétie

Derrière le rideau de fer, la bonne récolte de 47 (tandis qu’en Occident, la sécheresse opérait en sens contraire) a rétabli une situation tout à fait tragique l’an passé. Impartialement jugé, le redressement est loin d’être plus avancé qu’à l’Ouest, la France malheureusement exceptée. Le capitalisme d’Etat en pays soviétique donne des résultats inférieurs au capitalisme privé à ses débuts, quoiqu’assez comparables. Un niveau très bas de vie ouvrière jusqu’à ce que l’outillage économique soit constitué. Il faut un mois de travail à un manœuvre russe pour acheter un costume médiocre qu’un bon ouvrier américain se paie en trois jours. En U.R.S.S. enfin, la lessive monétaire de décembre a eu des effets fâcheux qui ont surpris les dirigeants ; à preuve la peine qu’ils se donnent à la justifier ; chose paradoxale, la défiance devant le nouveau rouble est plus forte qu’envers l’ancien ; les marchandises qu’on croyait faire sortir se cachent, et la pénurie, malgré l’effort de l’Etat, est plus marquée depuis la levée, partielle d’ailleurs, du rationnement. Tout par contre paraît propice en Occident pour que le plan Marshall, si le Congrès ne l’amenuise pas trop, donne l’élan vers la convalescence.

 

Pas de Crise en 48

Le grand espoir des Staliniens est la crise économique, fatale, selon Marx, aux U.S.A., à brève échéance. L’an dernier, on s’interrogeait ; on se rend compte aujourd’hui que si l’aide à l’Europe se poursuit selon les mêmes méthodes, la crise économique est non seulement improbable, mais impossible. Nous l’avons déjà dit : En produisant à 100% de leur capacité, les Etats-Unis obtiennent le plus bas prix de revient, moyennant quoi ils font cadeau de tout ce que la demande intérieure n’absorberait pas et aussi un peu du nécessaire. Mais le système n’est pas plus onéreux en fin de compte que s’ils étaient obligés de régler comme en temps normal la production sur la consommation. Tant que cette situation durera, une crise n’est pas concevable. Reste à éviter l’inflation, résultat inéluctable de la guerre quel que soit le régime économique ; tout est affaire de proportion et aux Etats-Unis, l’inflation reste modérée. Mais les prix monteront quoi qu’on fasse, jusqu’à ce que le monde soit saturé de produits, ce qui n’est pas pour demain, à moins qu’on n’arrête la distribution, ce qui aurait pour effet la crise, le pire des maux.

Disons enfin que la course aux armements dont le plus coûteux est le service militaire obligatoire demandé hier au Congrès par Truman est aussi une assurance contre la dépression et une source d’inflation.

 

En Grèce

Les rebelles de Markos ont subi une sérieuse défaite militaire et perdu Konitsa dont ils voulaient faire leur capitale. Mais ils reviendront à la charge. Les Etats-Unis se rendent très bien compte de l’engrenage où ils ont mis le doigt. Ils envoient un millier de fusiliers marins en Méditerranée et à coup de dollars, équipent de nouvelles divisions grecques et une garde nationale. C’est une petite guerre d’Espagne qui n’est pas près de finir.

 

En Allemagne

Les plan élaborés avant la Conférence de Londres pour un gouvernement de l’Allemagne occidentale ne seront réalisés que partiellement. Clay et Robertson ont ordre de n’agir qu’avec prudence, laissant la porte ouverte à un accord à quatre. On sait bien qu’il n’en sera rien, mais personne ne veut couper les ponts. C’est à qui flattera l’opinion allemande ….

 

                                                                                            CRITON

Criton – 1948-01-03 – Messages de Fin d’Année

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Le Courrier d’Aix – 1948-01-03 – La Vie Internationale.

 

Messages de Fin d’Année

 

La Tactique soviétique est de ne laisser au monde aucun instant de répit. Elle concentre ses efforts sur cette période de fêtes où la trêve est de tradition ; en Grèce, en Perse et en Roumanie, trois bombes ont éclaté autour de Noël. Cependant le monde s’habitue ; les procédés des Russes deviennent familiers aux chancelleries comme au public ; à force d’effrayer, on ne fait plus peur.

 

Le Gouvernement Markos

Il y avait longtemps qu’on s’attendait en Grèce à l’avènement d’un gouvernement rebelle. Il fallait pour cela que les insurgés disposent d’un morceau de territoire et d’une ville. Mais jusqu’ici, les offensives des guérillas n’ont pas, militairement, donné grand-chose, et la République populaire de Markos ne comprendra que quelques montagnes sans autres habitants que ses bandes. Les Etats-Unis ont donné à l’événement une grande importance. Leur prestige est en jeu en Grèce. Ils y font le dur apprentissage du guêpier balkanique. Ils y laissent pas mal de dollars, mais à aucun prix ils ne permettront aux Russes de s’emparer de cette porte de la Méditerranée et de l’Orient. Ils en ont pris l’engagement avec les Anglais. Les Russes le savent, et nous avons dit ici depuis longtemps que l’affaire resterait une plaie ouverte mais non mortelle : sinon, il serait facile aux Russes, avec les moyens militaires dont ils disposent, d’enfoncer la défense des troupes de Sophoulis et de s’installer à Salonique.

 

En Roumanie

L’abdication du roi Michel était depuis son voyage en Suisse, certaine. Les Russes l’avaient conservé pour donner confiance au peuple roumain, et prévenir une révolte contre la bolchévisation rapide du pays. La chose étant faite, la Roumanie devient une république soviétique. Ce sera pour les Roumains le symbole de leur asservissement final. Que restera-t-il de ce peuple quand viendra la libération ?

 

En Perse

Il faudrait être spécialiste pour démêler les intrigues qui ont amené la démission de Ghavam Saltaneh, son arrestation annoncée puis démentie, son remplacement par Hakimi qui passe pour farouchement anti-soviétique. Les Russes ont été jusqu’ici plus prudents dans cette direction qu’en Europe. C’est le seul point où ils ont reculé depuis la fin de la guerre. Une reprise de l’agitation en Azerbaïdjan et la rupture possible des relations diplomatiques entre l’U.R.S.S. et la Perse semblent indiquer une offensive. Les Iraniens ne paraissent guère effrayés. C’est qu’ils ont reçu de sérieuses garanties des Etats-Unis.

 

Les Relations Anglo-Américaines

Le dernier discours de Bevin s’efforce de corriger la fâcheuse impression laissée il y a quelques mois en Amérique à la suite du voyage de Clayton par la diatribe contre les « prêteurs d’argent ». On a compris des deux côtés de l’Atlantique que la collaboration étroite des pays anglo-saxons était vitale pour l’un et l’autre. Sir Stafford Cripps a été pour beaucoup dans le rapprochement et il a dissipé un peu de la méfiance de Washington à l’endroit du travaillisme britannique. Dans le parti même, un récent débat entre ténors de l’extrême gauche, le réformiste Crossman et le communisant Iliacus, a montré qu’à part ce dernier et une vingtaine de ses amis parlementaires, le bloc anglo-américain en face des Soviets était une nécessité indiscutable et que la politique d’équilibre entre les deux Puissances avait vécu. Qu’il fallait enfin, si regrettable que cela soit politiquement et moralement, constituer avec la France une alliance à trois, seule garantie possible de la paix du monde, si cette paix peut être sauvée. Le réalisme de Crossman a fait grosse impression dans les rangs travaillistes et l’opposition à la politique Bevin est désormais négligeable. A Washington par contre, on voudrait, devant la gravité des circonstances, avoir affaire à un Gouvernement élargi qui représente toute l’Angleterre et l’engage, où par conséquent Churchill serait présent. On y viendra, à petits pas.

 

Le Message Pontifical

Le message de Noël du Souverain Pontife a frappé par la tristesse du ton et les sombres prévisions qu’il dévoile. Dans toute la chrétienté et particulièrement aux Etats-Unis, on a été surpris de ne pas entendre les mots d’espoir et de réconfort qu’on attend, comme un rite, de la bouche du Pape à Noël. C’est évidemment  que la menace qui pèse sur la civilisation chrétienne qui, comme l’a dit Pie XII, est qu’on le veuille ou non, la civilisation tout court, est la plus grave que le monde ait connue depuis le V° Siècle. Pour nous, Français, l’hitlérisme et le fascisme nous paraissaient un danger plus immédiat. Le Vatican, au contraire, voyait dans ces maux mortels pour nous, un monde avec lequel on pouvait composer et attendre. Car, à Rome, la durée n’a pas la même dimension qu’ailleurs. Avec Moscou, il n’y a pas, pour la chrétienté, de trêve ni de compromis, et ce qui est détruit par les Russes en Europe centrale, l’édifice pieux des siècles, l’est définitivement. Par-dessus tout, ce qui effraie Pie XII, c’est le mensonge, « la suppression de tout sens du vrai et du faux, devenu le moyen tactique de former l’opinion, de la faire servir à des fins politiques ».

 

                                                                                  CRITON

Criton – 1947-12-27 – Bilan

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Le Courrier d’Aix – 1947-12-27 – La Vie Internationale.

 

Bilan

 

La fin de 47 marque une nouvelle phase des relations internationales. Les trois Grands, ayant rompu avec le quatrième, vont essayer d’assurer la stabilité du monde occidental. Certes, l’année 48 s’annonce plutôt sombre. La paix plus que jamais menacée, l’économie plus ébranlée, l’équilibre social plus fragile. Il y a toutefois quelque chose de changé : L’équivoque et la confusion ont cessé. En politique, on sait à quoi s’en tenir : Aucun accord possible entre l’Orient soviétique et le monde civilisé. Economiquement, les méthodes funestes ont assez fait leurs preuves. On sait où est l’erreur et comment la redresser. Reste à le vouloir, ce qui est plus difficile. Plus de faux espoirs, plus d’utopies doctrinales, plus davantage, d’illusions de facilité. Tous les périls sont évidents et l’effort tout tracé.

 

Après Londres

L’échec de la Conférence a été un soulagement. En prolongeant des conversations stériles, on ajournait indéfiniment les solutions constructives ; on faisait le jeu de l’U.R.S.S. On va pouvoir donner à l’Allemagne occidentale, un statut. On va pouvoir équilibrer les échanges internationaux et peut-être mettre de l’ordre dans les monnaies. La coopération franco-anglo-américaine va s’établir sur des bases définies.

 

La Responsabilité Américaine

Comme l’a dit Bidault « la présence des Etats-Unis en Europe est d’importance primordiale pour la sécurité de la France et la paix du monde ». Chacun sait en effet que les troupes russes peuvent atteindre les ports de l’Atlantique en deux jours. En rompant avec l’U.R.S.S., les Etats-Unis sont devenus la principale puissance européenne. Ils assument une responsabilité que, pour notre malheur, ils ont refusé de prendre en 14 et en 39. Aujourd’hui, au contraire, toute tentative pour forcer la barrière entre les deux blocs devient un casus belli, ce qui doit faire réfléchir l’agresseur. L’avertissement récemment donné par le président Truman à l’U.R.S.S. au sujet de l’Italie est très significatif.

 

En Angleterre

Devant l’effort admirable des Anglais, il faut s’incliner ; la classe ouvrière jusqu’ici uniquement occupée de ses intérêts, a compris sa responsabilité dans l’œuvre commune de redressement ; le déficit de la balance des comptes est réduit en novembre à 32 millions de livres au lieu de cinquante. Atteindront-ils l’équilibre, et surtout, sera-t-il durable ? Ou comme en 31, la première crise économique emportera-t-elle le fragile édifice si chèrement construit ? Car en plus de l’effort et de l’austérité, la méthode choisie par les Britanniques implique une série d’abandons : hier l’Inde et la Birmanie, demain la Palestine, aujourd’hui la Ruhr.

 

L’Accord Anglo-Américain

Anglais et Américains se sont mis d’accord sur e contrôle économique et financier de la Bi-zone. Les Etats-Unis payeront les trois-quarts des frais d’occupation ; le reste, à la charge de l’Angleterre, n’impliquera pas de dépenses en dollars. Mais les Etats-Unis auront aussi la majorité absolue dans les Conseils d’administration des deux zones et des trois si la France, comme prévu, adjoint la sienne ; en particulier, l’Agence d’Importation-Exportation, le Comité des Changes, le Conseil Industriel de la Ruhr qui réglemente la production, les échanges, la monnaie, logement de Molotov, a raison : le cœur industriel de l’Europe tombe aux mains des Américains. Mais n’est-ce pas précisément la faute des Russes ? S’ils n’avaient pas colonialisé leur zone,  s’ils n’y avaient pas établi le trust le plus énorme que le monde ait connu, s’ils avaient remis à l’O.N.U. l’administration des industries de la Silésie et de la Saxe, la Ruhr eut été aussi internationalisée. C’est la politique russe, qui a fait des Etats-Unis une puissance européenne ; ce sont les erreurs politiques des Français et des Anglais qui leur ont laissé la prépondérance en Allemagne. Souhaitons que ce soit pour le bien commun.

 

Rivalité Financière

Mais l’Angleterre est aussi serrée de près, financièrement, par ses prêteurs américains. Lorsque Dalton est tombé, à la suite de l’incident que l’on sait, une crise de désespoir secouait le Cabinet britannique ; les caisses étaient vides. Il fallait débloquer les 400 millions de dollars gelés, reste du prêt américain, sinon les industries allaient s’arrêter, faute de matières premières, et le spectre du chômage réapparaissait ; l’expérience travailliste était sûrement emportée. On convoque l’ambassadeur américain Douglas. Il consent à partir aux Etats-Unis. La trésorerie américaine d’ordre Truman, cède. Voilà un sursis : deux mois, trois peut-être. Mais fin janvier ou mi-février, la même situation reparaît ; l’aide intérimaire votée par le Congrès des E.U. ne concerne que la France, l’Italie, l’Autriche et la Chine. Comment les Anglais tiendront-ils jusqu’à l’application du plan Marshall ? Il est probable que des arrangements ont été prévus, mais il leur a fallu abandonner le contrôle de la Ruhr. Ce n’est pas à la France de s’en plaindre ; bien au contraire. Car nous avons vu que la question de la Ruhr était le point de friction franco-britannique. Une solution équitable pour tous paraît proche, de par la volonté du plus fort.

 

                                                                                            CRITON

 

Criton – 1947-12-20 – Réformes Monétaires

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Le Courrier d’Aix – 1947-12-20 – La Vie Internationale.

 

Réformes Monétaires

 

« Il est devenu évident, déclare M. Bidault que les efforts de l’U.R.S.S. ne tendent pas vers la paix ». C’est devant cette évidence que l’opinion mondiale est placée. Il lui a fallu trois ans pour s’en convaincre. Depuis la création du Kominform, la Russie a tout fait pour l’y aider. C’est à cette agressivité, au flot d’injures que Molotov a déversé à Londres, aux accusations et aux mensonges, que la civilisation devra son salut. Clandestin, camouflé, patelin, le bolchévisme pouvait tout ; à visage découvert apparaissent toutes ses faiblesses.

 

A Londres

La Conférence de Londres est donc morte ; si la parole n’est pas encore au canon, elle n’est plus aux diplomates. MM. Bevin et Marshall seront chez eux pour Noël, comme ils l’avaient dit. Molotov a cependant essayé, in extremis, de prolonger les entretiens. Car l’U.R.S.S. n’a pas intérêt à rompre et il se pourrait qu’il fasse de nouvelles ouvertures. Il n’en reste pas moins que l’U.R.S.S. a consolidé toutes ses conquêtes, annexé à son économie tous les pays que ses soldats ont pu occuper, le succès est total, mais elle a, par là même, rendu inévitable la guerre qui précipitera sa destruction. Un proverbe russe dit : on n’échappe pas à son destin.

 

La Réforme Monétaire en U.R.S.S.

En attendant, les Soviets se sont livrés depuis le 16 décembre à une vaste opération financière, qui au temps ancien, où la vraie démocratie n’existait pas, s’appelait la banqueroute. Le mot est hors d’usage à l’est comme à l’ouest depuis que la chose est partout réelle. Car la manipulation qui consiste, comme en U.R.S.S. ces jours-ci, à remplacer un billet de cent roubles par un de dix, revient exactement au même que de laisser comme en France circuler un billet de cent francs qui n’en vaut plus que dix en marchandises. Par ailleurs, les rentes russes sont ramenées au tiers de leur valeur, les comptes en banque de même, et suivant des modalités diverses, les avoir des collectivités. Enfin pour consoler les amputés, on inaugure la plus triste institution de la bourgeoisie pourrie : la loterie nationale !!! Ajoutons qu’au préalable, pour appuyer une réforme qu’on dit faite pour le peuple, les allocations familiales avaient été réduites de cinquante pour cent.

Qu’est-ce à dire, sinon que tous les régimes, capitalisme, socialisme, ou communisme ont recours à des solutions analogues sous la pression d’une même nécessité : « la misère ».

Mais revenons à l’histoire : l’an passé, à la suite d’une récolte défavorable, l’U.R.S.S. avait dû recourir, comme nous, à une grosse inflation, les denrées manquaient, le marché noir s’enflait comme ici. Le pouvoir d’achat de l’ouvrier baissait d’un tiers, les spéculateurs faisaient fortune comme chez nous. Au contraire, l’exceptionnelle récolte de cette année a ramené des marchandises et fait baisser les prix. Il fallait pomper le pouvoir d’achat excédentaire pour pouvoir supprimer une bonne partie du rationnement, ce que le gouvernement Russe va faire dès le nouvel an. Mais d’un seul coup, il supprime aussi presque toute l’épargne, mesure très efficace et simple et que les ministres des finances des pays bourgeois envient en secret. Mais elle n’est possible que dans une économie où le capital privé ne joue aucun rôle dans la production, et où les réactions de l’opinion sont négligeables. Grâce à l’opération, l’Etat Russe va pouvoir créer de nouveaux roubles qui vont servir à ses besoins jusqu’à ce que ces nouveaux roubles, revenus dans la poche des particuliers, puissent être pompés par l’emprunt, et ainsi de suite. C’est l’analogue de ce qu’en argot financier, on nomme un coup d’accordéon.

Mais il n’est pas sûr que le patient, le peuple Russe, accepte sans murmure. Une panique a eu lieu dans les grandes villes, le marché noir de l’or, des bijoux, des meubles, des fourrures a connu la fièvre et des prix records. Malgré les déclarations hypocrites, en Russie comme ailleurs, ce sont les pauvres que l’opération touche et même plus qu’ailleurs, car la petite épargne sous forme de billets, est celle des plus humbles. Les riches qui en Russie sont des fonctionnaires, ont des villas et des voitures, de gros traitements auxquels s’ajoutent les vols administratifs, la réforme ne les atteint guère. Disons enfin que dans tous les pays et sous tous les régimes, ces formes de brigandage financier se payent. Car même parmi les esclaves, la confiance est le seul soutien réel des gouvernements.

Puissiez-vous méditer tout cela, ô mes frères.

 

                                                                                            CRITON

 

Criton – 1947-12-13 – L’Action Souterraine

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Le Courrier d’Aix – 1947-12-13 – La Vie Internationale.

 

L’Action Souterraine

 

Toute l’attention du monde s’est concentrée sur la France, objet principal de l’assaut bolchévique. On craignait qu’elle n’offrît pas une résistance suffisante et que le pivot stratégique ne tombât. A Londres et à Washington, aussi bien qu’à Buenos-Ayres et à Rome, l’émotion a été intense ; tant est grande encore la signification de la France.

 

Lendemains

Les Russes le savent, ce qui va nous valoir encore une fois le triste privilège de devenir un champ de bataille. Car la lutte n’a été brisée qu’en apparence devant le sursaut des énergies françaises, mais une période s’ouvre assez analogue à ce que fut au début de l’occupation allemande, l’action souterraine.

 

La Rupture Franco-Soviétique

Sur le plan diplomatique, la dernière fiction de l’alliance Franco-Soviétique est tombée. C’est la conclusion logique d’une série de démarches hostiles à nos intérêts. Cela ne change rien, mais pour la masse, la lumière est faite ; l’ennemi est nommé. C’est le côté favorable de l’incident. Cette rupture avec les Soviets n’a pas l’importance qu’elle pourrait avoir avec les autres nations ; que les événements changent de tour et les relations Franco-soviétiques peuvent devenir les meilleures du monde, jusqu’au prochain volte-face. On en a vu d’autres.

 

A Londres

Un seul fait est clair : Molotov à la conférence cherche à gagner du temps. A la suite des déjeuners avec Marshall et Bevin qui risquaient d’être des repas d’adieu, Molotov est revenu avec des propositions nouvelles. Mais le jeu ne pourra durer beaucoup, car les Anglo-Saxons veulent célébrer Noël chez eux. Les débats sont difficiles à suivre. La ligne soviétique n’est même pas claire. On avait au début l’impression que les deux partis cherchaient à flatter les Allemands : Molotov accusait les Américains d’empêcher l’Allemagne de renaître comme état indépendant pour laisser aux capitalistes le soin de l’exploiter, tout en supprimant une concurrence dangereuse. Les Américains de leur côté accusaient la Russie d’empêcher le retour de l’Allemagne aux conditions économiques normales suffisantes pour lui permettre de subsister, en exigeant des réparations énormes sur la production courante et cela pendant de longues années. Les Anglo-Saxons ne veulent pas s’opposer à la formation d’un gouvernement central allemand, car l’unité du Reich tient trop fort au cœur des germains. Mais ils y mettent des conditions : la fusion économique des quatre zones d’abord, et le contrôle de la liberté de circulation, d’expression et de vote qui rendraient impossible le directoire militaro-communiste que préparent les Russes. Mais l’intérêt n’est pas à Londres.

 

Le Conférence secrète de Schönenberg

L’élaboration du nouvel état d’Allemagne occidentale est déjà fort avancée. Les Américains ont exigé des Anglais, en échange de la charge qu’ils prenaient des frais d’occupation, de s’occuper seuls des négociations avec les partis ; contre l’aide à la France, ils ont demandé à celle-ci de souscrire à leurs projets, en particulier à la fusion des trois zones. Récemment a eu lieu dans le couvent carmélitain de Schönenberg une réunion secrète de tous les représentants de l’Allemagne catholique, y compris la partie de l’Autriche non occupée par les Russes. Cette confédération des états catholiques dont la Bavière serait le centre chercherait une union économique avec la France qui rendrait cette nouvelle entité viable.

 

La Visite de Dulles à Paris

On a beaucoup commenté la visite à Paris de Dulles, l’ennemi numéro un de Moscou et conseiller privé de Marshall. Il s’est agi là, plutôt de politique intérieure qu’extérieure et Dulles a voulu éprouver la solidité du terrain. Les Américains considèrent comme nécessaire, maintenant que la France devient le centre de la lutte, une union nationale contre le communisme, qui n’exclut personne. Les derniers événements rendent cette union possible. Dans ce cas, la France recevrait les moyens de résister au sabotage économique qui va continuer. Par ailleurs, le problème allemand qui est virtuellement réglé entre les trois alliés comprendrait la fusion de trois zones, un contrôle à trois de l’industrie allemande et en particulier de la Ruhr, un pourcentage satisfaisant pour la France du charbon allemand, et bien entendu la reconnaissance du rattachement de la Sarre à l’économie Française.

Ces accords seraient publiés dès que l’échec de la conférence de Londres serait officiel. Mais les Russes vont essayer de retarder cette heure-là jusqu’au printemps. Les diplomates de profession qui craignent le chômage se laisseront peut-être faire.

 

La Question Espagnole

Libérée de l’hypothèque communiste, la France va pouvoir réparer enfin l’énorme faute que fut la rupture avec l’Espagne. Les Soviets l’avaient exigée, non point par sentiment, mais pour priver la France d’un courant d’échanges économiques indispensables et l’affaiblir d’autant. Du côté Franquiste, on fait quelques façons, mais les avantages pour l’Espagne du commerce avec la France sont trop évidents pour ne pas faire taire les susceptibilités castillanes.

 

En Palestine

La lutte entre Juifs et Arabes prend un tour de guerre sainte, et l’on perd espoir de ramener la paix. L’O.N.U. qui se targuait là de son premier et unique succès puisque le partage de la Palestine avait réuni les suffrages des Etats-Unis et de l’U.R.S.S., l’O.N.U. hésite, ajourne l’examen des modalités d’application, et semble prête à reconsidérer la question. Ce serait un gros succès pour la ligue arabe, et pour l’O.N.U. le signe évident de la malédiction céleste !

 

                                                                                            CRITON

Criton – 1947-12-06 – La Bataille Syndicaliste

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Le Courrier d’Aix – 1947-12-06 – La Vie Internationale.

 

La Bataille Syndicaliste

 

La Conférence de Londres n’a été jusqu’ici marquée d’aucun des événements sensationnels qu’on avait imaginés, sinon que les manœuvres dilatoires de Molotov. Ces débats de procédure n’intéressent personne. Toute l’attention s’est portée sur les tentatives révolutionnaires en France et en Italie qui sont, pour la première fois dans l’histoire des conflits sociaux, non plus une lutte de classe, mais une rivalité entre deux tendances du syndicalisme pour la direction du mouvement ouvrier.

 

La Politique Russe

Ce qui est troublant, c’est qu’on explique mal, les motifs des maîtres du Kominform. Pourquoi jouer le prestige de leurs cinquièmes colonnes dans des conditions si défavorables ? Pourquoi, en France surtout, non seulement échouer et faire contre soi l’unanimité nationale, mais compromettre du même coup les chances futures dans l’hypothèse d’un retour du « fascisme » que cette action révolutionnaire avait pour but de provoquer et qu’elle aura au contraire pour effet d’écarter ? Une telle maladresse sera difficilement mise au compte de gens à l’ordinaire si habiles et bien informés. Alors ? Ou bien l’U.R.S.S. est à la veille de jouer son va-tout parce que le moment est opportun et que le temps ne travaille plus pour elle, ou bien estime-t-elle que le retour à la prospérité qui commençait timidement à se dessiner doit être stoppé à tout prix par le sabotage ? En Italie en effet, l’assainissement financier et les progrès de la production devenaient évidents. En France, même les statistiques d’octobre, après la chute de l’été, étaient nettement encourageantes. Le plan Marshall faisait le reste. Il fallait annuler les effets du plan Marshall.

 

La W.F.T.U 

C’est bien là le plus probable car l’événement de la semaine, ce sont les débats du Comité directeur de la Fédération Mondiale des Syndicats à Paris. La C.I.O., principale union ouvrière américaine, y était représenté par M. Carey. Il a défendu devant les autres organisations le plan Marshall qui a l’appui total des travailleurs américains et pour seuls adversaires les réactionnaires du genre Taft et les gros banquiers de Wall Street, ceux-là mêmes que Moscou accuse d’en être les promoteurs. Ce plaidoyer a fait une telle impression que le délégué russe Faline s’est tu et la C.G.T. Française dont les dirigeants avaient combattu le plan Marshall a dû, avec confusion, admettre que la question devait être reconsidérée. Cette intervention du syndicalisme américain qui comprend des éléments d’extrême gauche a frappé l’opinion ouvrière mondiale et ajouté, si possible, à la confusion du congrès socialiste qui se tient à Amsterdam.

 

La Situation en Angleterre

Déjouant les prévisions, la situation économique et politique anglaise prend un tour nouveau. D’abord, malgré Churchill, le parti conservateur n’a pas réussi à reconquérir tout à fait la faveur des masses, dégoutées du travaillisme mais aussi fort défiantes des Tories. A l’élection partielle de Gravesend, les Conservateurs ont été battus de justesse. Ce fut une grosse déception. Un nouveau régime commence, que déjà les Anglais nomment le Crippsisme – ni très socialiste, ni conservateur – Sir Strafford, qui vit d’eau claire et de carottes crues, travaille 18 heures par jour, sait et voit tout. Il symbolise l’Angleterre ascétique d’aujourd’hui. Rien n’atteste mieux la valeur de cette idée qu’une méthode, même mauvaise, finit par donner des résultats si l’on persévère. La production en Angleterre augmente et la crise s’atténue un peu, au prix d’une contrainte vraiment spartiate et d’un effort exemplaire. Saluons.

 

Aux E.U.

Grâce à l’assaut bolchévique en Europe on ne discute plus le plan Marshall. Il s’agit à présent de freiner l’inflation, conséquence normale de l’aide à l’Europe. Les adversaires du contrôle que veut instituer Truman et le ministre du commerce Harriman, disent que la seule annonce du blocage des salaires et de la fixation des prix aura pour effet de provoquer une ruée des acheteurs, et d’organiser une pénurie qui sans cela n’existerait pas. Rien de plus délicat que de réussir une intervention dans la vie économique si facile à décréter sur le papier !

 

En Palestine

Triste histoire, qui parait devoir finir mal et qui illustre bien la stupidité du fanatisme nationaliste et racial. Juifs et Arabes ne demandaient qu’à vivre en harmonie. Ils trafiquaient ensemble à leur satisfaction mutuelle. Les Anglais assuraient l’ordre. L’Irgoun juif a tué des Anglais et les Anglais s’en vont, laissant Juifs et Arabes aux prises. L’O.N.U. vient de décider le partage de la Palestine : on frémit en regardant la carte : l’Etat juif et l’Etat arabe, la ville internationale de Jérusalem, tout chevauche. On pense à Dantzig ! Les Arabes furieux prennent les armes, les Juifs mobilisent. Le sang a déjà coulé et les établissements israélites flambent. Qui assurera l’ordre ? Les Anglais s’en lavent les mains, et l’O.N.U. n’a pas de soldats.

 

Le Train des Secours

Un dernier mot pour signaler à nos lecteurs qui doivent l’ignorer que plusieurs trains parcourent les Etats-Unis pour recueillir avant Noël des secours pour l’Europe souffrante – Prêt-bail, plan Marshall, la politique (….) Mais ceci s’appelle charité. Un fermier de l’Arkansas, favorisé d’une récolte exceptionnelle, donne 20.000 dollars « J’offre aux malheureux, dit-il, ce que Dieu m’envoie ». Charité qui quoi qu’en disent ses ennemis, n’humilie pas les hommes. C’est le sel de la terre et le symbole de notre civilisation chrétienne. Si égarée que soit l’Europe par ses passions politiques, espérons qu’elle saluera ce geste, touchante réponse à tant de haine.

 

                                                                                  CRITON

Criton – 1947-11-29 – L’Esprit des Ténèbres

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Le Courrier d’Aix – 1947-11-29 – La Vie Internationale.

 

L’Esprit des Ténèbres

 

Londres

La Conférence de Londres est ouverte ; on en attend si peu qu’aucune déception n’est à craindre ; cette atmosphère pessimiste pourrait bien faire partie du plan russe : gagner du temps pour organiser définitivement les pays conquis. Molotov dès la première séance a repris ses propos injurieux contre les puissances capitalistes. Assez vertement rabroué, il s’est fait plus traitable et a consenti, comme le voulait Marshall, à l’examen préalable du traité avec l’Autriche. L’enjeu des débats semble être leur durée même, beaucoup plus qu’un accord auquel personne ne croit. Marshall est décidé à en finir avant Noël, qu’on s’entende ou non ; Molotov resterait volontiers jusqu’au printemps. D’ici là, la Tchécoslovaquie serait mâtée : les ministres Fiessinger et Lauman ( ?)  ont déjà dû démissionner ; le bloc slave serait définitivement fédéré sous le sceptre de Tito et l’empire soviétique disposerait de deux armées puissantes à sa solde, l’une yougoslave au sud et l’autre allemande avec Paulus au nord.

 

La Situation en France et Italie

L’opinion mondiale s’est plutôt intéressée à l’évolution de la crise française. Depuis quelques mois, de multiples rapports parvenus à Washington se montrent plus pessimistes à l’égard de la France que de l’Italie. Les événements leur donnent raison.

L’Italie qu’on croyait au bord de l’abîme et de la révolution, résiste de façon exemplaire à l’assaut bolchévique ! Les grèves et les incidents s’amortissent ; les agitateurs inquiets de leurs échecs, renoncent. La baisse des prix, le besoin et la volonté de travail, un gouvernement calme et efficace, surtout un patriotisme ombrageux devant la pression russe et les menaces de l’armée Tito, semblent devoir sauver l’Italie de l’anarchie. En France, au contraire, si la résistance morale est générale, le découragement, la paresse croissante, l’affaiblissement du patriotisme, et disons-le, une lâcheté sans exemple dans un pays naguère héroïque, tout cela permet au désordre de durer. L’effet à l’extérieur est déplorable. On n’était que trop enclin à considérer la France comme vieillie et épuisée !

 

La Crise du Socialisme

L’affaire Dalton à Londres n’est qu’un épisode de la crise du socialisme européen. On sait que le ministre anglais des Finances, ayant commis l’indiscrétion de communiquer à un journaliste son projet de budget quelques instants avant d’en donner lecture aux Communes, a dû démissionner : l’incident a servi de prétexte à un changement de personne dont l’importance parait avoir échappé à beaucoup : l’avènement de Sir Stafford Cripps. A l’ombre du pâle Attlee, le voilà tout-puissant. Socialiste de tendance mais au fond aristocrate, il est l’opposé d’un doctrinaire comme Bewan ou d’un impulsif comme Bevin. Il saura au besoin sacrifier le socialisme à l’intérêt national voyant la partie perdue et la culbute proche,                          les doctrinaires ont dû abdiquer au profit d’un homme qu’ils craignent parce qu’il leur échappe mais qui saura sauver la face et faire oublier les principes sans qu’il y paraisse. L’Angleterre semble avoir trouvé son homme : heureux Anglais.

 

L’Evolution du Socialisme

Il semble en outre que le Socialisme marxiste ne vive plus que dans le cœur de quelques vieux doctrinaires. C’est en Allemagne qu’il a évolué avec le plus de hardiesse. Certaines études le rapprochent de la doctrine sociale chrétienne. Il rejette l’étatisme dont les néfastes effets sont d’une aveuglante évidence. L’extension du pouvoir de l’Etat, en effet, aboutit soit au totalitarisme nazi ou bolchévique et au régime policier, ou bien à la paralysie bureaucratique qui ruine les finances publiques et étouffe les initiatives. Il fait aussi dépendre de la politique la carrière de tout homme éminent. C’est assez dire qu’il est vite éliminé, si bien qu’un grand pays peut n’avoir aux heures difficiles que des commis pour le guider. Le néo-socialisme voudrait d’une part constituer des sociétés nationales ou régionales complètement autonomes à tous égards – partout où il y a monopole de fait – et où l’usager, le consommateur serait le principal administrateur, responsable envers lui-même et la collectivité. Partout où au contraire la concurrence peut jouer, il lui serait laissé libre carrière. Si regrettable que soit l’appât du profit individuel, il assure néanmoins à la masse le niveau de vie le plus élevé possible et en dépit de l’immortalité qu’il comporte, il est plus apte à tenir éveillée la conscience de la liberté et des droits de la personne, car dans la confrontation quotidienne des intérêts, s’entretient l’exercice du droit d’un chacun. Ces tendances d’un socialisme nouveau ne sont pas particulièrement originales : le fruit plutôt de l’expérience et du bon sens. Encore est-il heureux qu’on s’en avise !

 

La « Nuit de l’Ame »

En attendant le retour à la sagesse, de nombreux rapports destinés à éclairer l’opinion mondiale et que les américains ont confiés à des hommes d’une objectivité scrupuleuse, renseignent abondamment sur les conditions d’existence derrière le rideau de fer. En Allemagne occupée, non seulement les camps de mort du nazisme sont demeurés pleins mais une douzaine d’autres ont été ouverts. Deux cent mille personnes y sont détenues sur une population d’à peine dix-huit millions d’habitants ; la majorité comprend des socialistes militants, le reste des propriétaires industriels ou fonciers ; l’horreur de Buchenwald et de Dachau semble égalée : torture, famine, exposition aux intempéries occasionnent une mortalité de l’ordre de 70% par an. L’œuvre d’Hitler est en bonnes mains.

 

                                                                                  CRITON

Criton – 1947-11-22 – L’Assaut

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Le Courrier d’Aix – 1947-11-22 – La Vie Internationale.

 

L’Assaut

 

Pris à la gorge par le bolchévisme qui a lancé sa grande offensive, le vieux monde, quoiqu’épuisé et démoralisé, commence à se défendre. L’opinion, longtemps confondue et indécise, réagit à la menace d’une destruction à laquelle, même au temps des victoires d’Hitler, elle n’avait jamais cru. Quelle sera la force et l’efficacité de cet instinct de défense, c’est le secret de demain.

 

Le Dirigisme aux Etats-Unis

Rien ne montre mieux la vanité des théories politiques que les faits de ce jour. A chaque situation économique et sociale convient une solution ; il n’y en a qu’une bonne et elle s’impose : Les Etats-Unis, pays de la libre entreprise qui s’étaient débarrassés en toute hâte des contrôles de guerre sont obligés d’y revenir, s’ils veulent à la fois secourir les pays d’Europe et empêcher chez eux les prix de monter. La demande de produits essentiels étant illimitée sur le marché américain du fait des besoins européens, et l’offre étant nécessairement restreinte au niveau de la production, il faut fixer arbitrairement les prix. Cela ira, si l’on n’est pas obligé en même temps de rationner de façon gênante la consommation intérieure. Sinon, le remède sera pire que le mal et l’on assistera à l’éclosion de marchés parallèles qui engendrent plus d’inflation qu’un marché libre, même déséquilibré. C’est ce qui fait qu’en France par exemple où le dirigisme était un dogme, on est, bon gré, mal gré, obligé d’y renoncer par étapes parce qu’il entretient la pénurie, au lieu d’y obvier. La tâche aux Etats-Unis, quoique complexe et assez risquée, n’est pas insurmontable car le volume des exportations dont le contrôle va être maintenu peut toujours être contracté par décret. La menace d’un arrêt qui ferait refluer les marchandises à l’intérieur dans un marché déjà bien fourni suffira dans une certaine mesure à freiner ce qu’on appelle « la spéculation ».

 

Le Plan Marshall

Donc, sur la proposition de M. Truman, les différents leaders vont étudier les mesures d’autorité nécessaires à mettre en train le plan Marshall, prévu pour avril. On bataillera sur les modalités des contrôles et des restrictions à imposer au peuple américain. Mais l’opinion est de plus en plus acquise au plan lui-même, et le dernier carré représenté par M. Taft s’est rendu. Si Staline lui en donne le temps, le plan vivra.

 

L’Offensive

Car maintenant la lutte est lancée, en Tchécoslovaquie, en Italie et en France. Le but dans le premier est d’éliminer toute opposition d’ici les élections d’Avril, et d’assurer au parti communiste un contrôle total du pays. En Italie, des troubles ont éclaté, assez graves, très semblables à ceux qui ont précédé en 1922 l’avènement de Mussolini. Ne pouvant s’emparer du pouvoir comme, un moment, ils l’avaient espéré, n’ayant sous la main aucun général ou dictateur disponible contre lequel ameuter les foules, Togliatti et ses amis allument une guerre civile  – en Italie heureusement, les choses ne vont pas très loin –  de façon à ressusciter le fascisme qui n’est pas tout à fait mort ou à en créer de toutes pièces le fantôme. Malgré quelques émeutes locales très bien organisées on ne sent pas beaucoup de ferveur. Pas davantage en France où, si un gouvernement de coalition démocratique peut se maintenir, l’échec paraît certain. Ici aussi, si l’on ne réussit pas à créer le « fascisme », il faudra s’avouer vaincu. Mais la partie n’est pas jouée, car dans l’état d’extrême faiblesse des économies françaises et italiennes, des grèves ou des désordres, même peu étendus, peuvent avoir des conséquences graves.

 

En Tchécoslovaquie

Faisons grâce à nos lecteurs des intrigues très complexes où se débat ce malheureux pays. Un fait important : le premier ministre Gottwald a fait à Bratislava un voyage inutile. Il n’a pu mettre au pas les Slovaques. D’autre part, Fiessinger, ministre socialiste pourtant assez suspect de double jeu, n’a pas admis la fusion de son parti avec les communistes. Les socialistes nationaux que domine M. Benes manœuvrent avec prudence pour trouver une formule de salut. Tout se passe encore sans éclat. Mais la résistance des patriotes Tchèques ne pourra être vaincue que par un coup de force. Les Soviétiques le tenteront-ils ?

 

La Politique Française

On a beaucoup remarqué que l’introduction du franc français en Sarre précédait de quelques jours la Conférence de Londres. Paris affirme ainsi qu’il ne tiendra pas compte du veto soviétique dans cette question. L’affaire assez obscure du camp russe de rapatriement où auraient été découverts les plans du « grand soir », les protestations de Bogomolov disent assez clairement l’état actuel des relations franco-soviétiques. Il est à craindre que nous soyons obligés cette année encore de ne « manger » que du pain américain.

 

Kominform en Asie

On annonce la réunion à Kharbin des représentants communistes de Chine, de Corée, de Mandchourie et des deux Mongolies, l’extérieure et l’intérieure. Il est probable que de ce côté aussi, on va passer à l’action. Enfin les Kurdes aux frontières de la Turquie, d’Irak et d’Iran font de nouveau parler d’eux. Une révolte serait sous roche.

 

En Finlande

Voici, alors que tous les problèmes paraissaient réglés entre la Finlande et la Russie que les ministres finlandais doivent se rendre à Moscou. On ne sait trop quelles exigences nouvelles formule Molotov, mais elles seraient d’ordre militaire plutôt que politique. Une pression en direction de la Suède complèterait la poussée sur le sud-est européen et l’Allemagne. Ce qui déconcerte encore les Américains, c’est qu’avec les Russes, il est impossible de conclure un accord qui ne soit violé sitôt qu’il les gêne. Cela évidemment rend les conversations difficiles.

 

A l’O.N.U.

Par contre, quand il les sert, ils s’y cramponnent avec une patience et un luxe d’arguments ahurissants. Vychinski a défendu le droit de veto au Conseil de sécurité, les principes de la Charte, le privilège des grandes puissances et combattu en même temps le projet de la « Petite assemblée » qui tournerait le veto, tout cela comme un diplomate de la sainte alliance. Quel curieux homme !

 

                                                                                            CRITON

Criton – 1947-11-15 – Le Duel Universel

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Le Courrier d’Aix – 1947-11-15 – La Vie Internationale.

 

Le Duel Universel

 

La lutte entre les deux mondes grandit comme un incendie. Une flamme va chercher chaque groupe humain pour l’envelopper dans la tourmente ; aux violences verbales, succèdent les violences de la rue. Cependant à Londres, les suppléants des quatre préparent la conférence « de la dernière chance ». Les désaccords surgissent à propos de rien et tout se passe comme s’il s’agissait d’une démarche inutile.

 

Un Rapport Significatif

Le « Comité d’études du problème européen » a déposé un volumineux rapport qui a suscité beaucoup d’intérêt. Il est rédigé par des hommes importants dont Vansittart et Herriot, qui a d’ailleurs refusé de le signer. Pour la première fois on y parle de l’armée Von Paulus forte, y dit-on, de quinze cent mille prisonniers de guerre allemands cantonnés en Crimée près du lac Ladoga et autour de Minsk. Plusieurs douzaines de divisions seraient déjà équipées ; un état-major siégerait en zone soviétique d’Allemagne, etc. …

 

Le Camarade Ulbricht

Au nom de la S.E.D., parti allemand unifié, le camarade Ulbricht lance un appel au peuple :

« L’Union soviétique, dit-il, est l’alliée véritable de la nation allemande. Elle veut refaire son unité tandis que les Américains veulent la démembrer. Elle veut donner au peuple le droit à l’existence nationale ».

Parallèlement, une campagne se développe en zone soviétique et par infiltration dans les zones occidentales en faveur d’un plébiscite par lequel les Allemands se prononceraient pour l’unité. Les Russes proposeraient à Londres qu’on procédât ensuite à l’élection d’un parlement unique pour le Reich et d’un gouvernement central à Berlin. Enfin, toutes les armées alliées seraient retirées d’Allemagne ; les Américains ne pouvant dans le cas, conserver aucune base militaire en Europe, l’armée Von Paulus s’installerait alors dans le Reich surveillée et dirigée par Moscou. Nos lecteurs connaissent le plan de longue date ; ce qui est nouveau, c’est qu’il en soit fait ouvertement mention.

 

Controverses

Le célèbre chroniqueur Walter Lippmann soutient aujourd’hui que les Soviets ont perdu la « guerre froide » et qu’ils s’en rendent compte. Il nous semble au contraire que le plan soviétique s’exécute point par point. Ils ont perdu tout espoir, dit-il, de dominer en France et en Italie. Sans doute, mais l’ont-ils jamais cherché. Depuis deux ans, la Russie s’est toujours opposée aux intérêts français ; dans l’affaire de Syrie d’abord, puis contre un état rhénan autonome, récemment contre le rattachement de la Sarre à l’économie française que les seuls communistes ont refusé de voter ; à l’intérieur même, ils ont mis leurs partisans en mauvaise posture, les forçant à une attitude qui les a chassés du pouvoir, puis soumis à une défaite électorale. Aujourd’hui, ils ont pour mission de ruiner le gouvernement de leurs ennemis socialistes et par des violences, rendre inévitable le pouvoir plus ou moins personnel contre lequel ils chercheraient à refaire une unité ouvrière qui leur échappe. En Italie de même : ils ont mis Togliatti en difficulté en soutenant à fond Tito dans la question de Trieste ; puis en refusant à l’Italie l’accès à l’O.N.U. Tout se passe comme si les Soviets tenaient à ce que la France et l’Italie restent dans le camp ennemi. Dans leurs plans à plus lointaine échéance, ces deux pays doivent être écrasés, le Vatican et la bourgeoisie française éliminés d’Europe, et – l’ignorent-ils- les dirigeants de leurs propres partisans mis à l’ombre et remplacés comme à Varsovie par des hommes de main tenus en réserve à Moscou même.

Lippmann a raison, par contre, en critiquant le projet américain de paix séparée avec l’Allemagne ; mieux vaudrait le statu quo, dit-il. En effet, cette paix séparée c’est le Kremlin même qui y pousse les alliés. Ils y perdront en effet beaucoup de leurs droits de contrôle et l’infiltration venue de l’Est sera facilitée d’autant.

 

Opposition

Cependant en Allemagne même la résistance aux visées soviétiques s’organise : Schumacher est allé à Washington. Au retour il dénonce les communistes comme des Quisling. Les syndicats ont cessé subitement toute opposition aux projets de démantèlement des usines et aux élections syndicales ; dans la Rhur, les communistes ont perdu 30% de leurs sièges. Une liaison s’est établie entre les organisations ouvrières américaine et allemande. La même chose vient d’avoir lieu en France. (Voyage de Jouhaux en Amérique, passeports refusés à ces adversaires, déclaration en faveur du plan Marshall) ; en Italie, la lutte est aussi ouverte au sein des syndicats. Enfin, une série de conférences secrètes réunissent en ce moment les personnalités que les Américains ont désignées pour gouverner la nouvelle Allemagne.

 

Le Plan Marshall

Que de rapports, de discours, de chiffres ! On s’y perd. La politique ne perd pas ses droits. Taft, représentant conservateur du Midwest et candidat à la présidence est à peu près seul contre le plan « dangereux et stupide ». Il y voit une raison pour les pays d’Europe de relâcher leur effort et se laisser entretenir par l’Oncle Sam ; aussi une source inévitable d’inflation, de hausse des prix aux Etats-Unis. Par contre, Dewey, lui aussi républicain et candidat, a appuyé le plan Marshall avec beaucoup de sens politique. Dans l’ensemble, l’opinion américaine est largement acquise et les dons privés considérables s’ajouteront aux secours officiels.

 

Prague

Pendant ce temps, la liberté meurt en Tchécoslovaquie ; péripéties complexes, luttes de personnes. Il serait trop long d’exposer ce drame qui nous touche. Comme ailleurs, les dirigeants condamnés par Moscou font leurs valises et Benes lui-même, malade et abattu, sera peut-être conduit vers l’exil.

 

                                                                                  CRITON

 

Criton – 1947-11-08 – Tactique Nouvelle

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Le Courrier d’Aix – 1947-11-08 – La Vie Internationale.

 

Tactique Nouvelle

 

La situation internationale est à présent tout à fait claire. L’impérialisme russe – celui que dénonçait Karl Marx lui-même en 1853 – a déposé le masque de l’idéologie comme lors du pacte de 1939 quand Staline disait que les divergences d’idées entre lui et Hitler étaient fort « exagérées ». Les Etats-Unis lui barrent la route. Il faut abattre les Etats-Unis, par tous les moyens.

 

Le Rapport de Thorez

L’exposé de Thorez, devant son parti après sa défaite électorale a été très commenté à l’étranger.  «

 Nous avons commis des fautes, dit-il en substance, et pêché par faiblesse en ne prenant pas nettement position contre le gouvernement : Nous avons été chassés du pouvoir par l’impérialisme américain dont il est l’instrument. Dès avant la libération, nous avons eu le tort de pactiser, sous prétexte d’union, avec les socialistes et radicaux « traitres à l’intérêt national ». Et voici le point essentiel précisé par Hervé : la distinction entre gauche et droite, n’a plus de sens. La classe ouvrière n’est pas toute dans nos rangs. Nous devons être le centre de ralliement de tous ceux, ouvriers, paysans, intellectuels, classes moyennes, et même chefs d’entreprises qui se sentent menacés par l’impérialisme américain. Nous sommes les champions de l’indépendance nationale ».

Des articles analogues ont paru dans l’Unita, le journal de Togliatti en Italie.

Aussi on met en demeure ces deux peuples, le français et l’italien qu’un instinct profond poussait à rester à l’écart, de se prononcer pour l’une ou l’autre des forces en présence. Bon gré, mal gré, on sera pro-russe ou pro-américain pas toujours de gaieté de cœur.

 

L’Indépendance des Peuples

Les passions politiques résistent à l’évidence. Sinon, « les Soviets garantissant l’indépendance des peuples » ressemblerait trop au fameux « l’ordre règne à Varsovie », plus que jamais d’actualité ! En Pologne en particulier, des sondages consciencieux ont prouvé que l’actuel gouvernement n’aurait pas 5% des voix en cas d’élections libres, et l’appel à la paysannerie ne manque pas de sel quand on voit les partis paysans décapités dans tous les pays sous la botte Russe. Après Nagy en Hongrie, Petkov en Bulgarie, Mikolaitchik en Pologne, voici Maniu devant ces fameux tribunaux aux aveux spontanés qui resteront avec Buchenwald la plus grande honte du XX° Siècle. Maniu, grand lutteur, démocrate convaincu et honnête homme – chose rare parmi les politiciens balkaniques – arrêté, emprisonné, demain condamné, fera un martyr de plus. Déjà, une fédération internationale des partis paysans se fonde aux Etats-Unis, qui réunira les chefs évadés de l’Europe centrale.

 

A Prague

La Tchéco-Slovaquie à son tour est en pleine tourmente. Il n’est pas douteux qu’avant longtemps le parti communiste y sera seul, tout puissant. Le pays étant plus évolué, la résistance est plus difficile à vaincre. Quoi qu’il advienne, son économie entière est au service de l’Est. Mais pour fournir des machines, il faut les matières premières de l’occident et les crédits d’Amérique ; sans dollars, il manquera toujours de quoi faire tourner l’usine. Les Russes veulent que la Tchéco-Slovaquie soit un port d’échange par où se procurer quelques matières indispensables.

 

Les Elections Anglaises

Les travaillistes ont beau ergoter, la défaite est là. Le gouvernement est impuissant devant la crise économique et l’Anglais moyen n’est pas loin de penser qu’il en est responsable ; le peuple anglais se rend compte que socialisme signifie fonctionnarisme ; étatisation égale charges fiscales accrues, initiatives et liberté réduites, affaiblissement du dynamisme individuel et en fin de compte, chute du niveau de vie et perte de prestige national. Là encore, les passions politiques ont beau nier l’évidence, l’évidence se venge sur l’estomac. Il y a plus. Dans les derniers projets de Truman, il n’est jamais question de l’Angleterre. Sir Stafford Cripps, avec sa dure franchise habituelle, n’a pas caché que, contrairement aux affirmations présomptueuses de ses collègues, sans crédit américain nouveau, la crise était insurmontable. Or chacun sait à Londres que le gouvernement Attlee n’aura pas un cent de New-York. Il l’a refusé lui-même par avance. Il est donc à prévoir qu’affaibli devant l’opinion et à court de ressources, le gouvernement travailliste devra retourner devant les électeurs l’an prochain. Churchill reviendra.

 

Sforza à Londres

Sforza est allé à Londres chercher un succès personnel et quelques aimables paroles pour l’Italie. Les relations avec l’Angleterre devenaient mauvaises, car c’est Londres qui s’oppose au retour des colonies à la mère-patrie. Les Italiens relèvent la tête, leur reconstruction s’accélère ; leurs finances s’améliorent. Ils sentent que les Anglo-Saxons ont besoin d’eux dans la lutte contre le bolchévisme et ils cherchent à tirer de leur concours le plus gros pourboire. Sforza va aller à Moscou. Les peuples ne changent guère, les diplomates encore moins. L’Italie ne peut tenir de jouer sur les deux tableaux. Cela lui a souvent réussi, pas toujours. Le prétexte du voyage est de négocier l’achat de blé russe, le même blé russe déjà offert à la France et qui fut auparavant proposé à l’Angleterre avant la rupture des négociations, blé qui n’existe probablement pas, car les pays satellites, à moins de mourir de faim, devront être ravitaillés cette année. Il sera en réalité question des colonies et de gagner les Russes à la cause italienne en faisant valoir que cela affaiblirait la position anglaise en Méditerranée. Molotov se laissera-t-il faire sans conditions que les Italiens pourraient accepter sans risques ? Pour jouer au plus fin à Moscou, il faudrait être d’une autre taille que le comte Sforza.

 

                                                                                  CRITON