Criton – 1947-11-22 – L’Assaut

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Le Courrier d’Aix – 1947-11-22 – La Vie Internationale.

 

L’Assaut

 

Pris à la gorge par le bolchévisme qui a lancé sa grande offensive, le vieux monde, quoiqu’épuisé et démoralisé, commence à se défendre. L’opinion, longtemps confondue et indécise, réagit à la menace d’une destruction à laquelle, même au temps des victoires d’Hitler, elle n’avait jamais cru. Quelle sera la force et l’efficacité de cet instinct de défense, c’est le secret de demain.

 

Le Dirigisme aux Etats-Unis

Rien ne montre mieux la vanité des théories politiques que les faits de ce jour. A chaque situation économique et sociale convient une solution ; il n’y en a qu’une bonne et elle s’impose : Les Etats-Unis, pays de la libre entreprise qui s’étaient débarrassés en toute hâte des contrôles de guerre sont obligés d’y revenir, s’ils veulent à la fois secourir les pays d’Europe et empêcher chez eux les prix de monter. La demande de produits essentiels étant illimitée sur le marché américain du fait des besoins européens, et l’offre étant nécessairement restreinte au niveau de la production, il faut fixer arbitrairement les prix. Cela ira, si l’on n’est pas obligé en même temps de rationner de façon gênante la consommation intérieure. Sinon, le remède sera pire que le mal et l’on assistera à l’éclosion de marchés parallèles qui engendrent plus d’inflation qu’un marché libre, même déséquilibré. C’est ce qui fait qu’en France par exemple où le dirigisme était un dogme, on est, bon gré, mal gré, obligé d’y renoncer par étapes parce qu’il entretient la pénurie, au lieu d’y obvier. La tâche aux Etats-Unis, quoique complexe et assez risquée, n’est pas insurmontable car le volume des exportations dont le contrôle va être maintenu peut toujours être contracté par décret. La menace d’un arrêt qui ferait refluer les marchandises à l’intérieur dans un marché déjà bien fourni suffira dans une certaine mesure à freiner ce qu’on appelle « la spéculation ».

 

Le Plan Marshall

Donc, sur la proposition de M. Truman, les différents leaders vont étudier les mesures d’autorité nécessaires à mettre en train le plan Marshall, prévu pour avril. On bataillera sur les modalités des contrôles et des restrictions à imposer au peuple américain. Mais l’opinion est de plus en plus acquise au plan lui-même, et le dernier carré représenté par M. Taft s’est rendu. Si Staline lui en donne le temps, le plan vivra.

 

L’Offensive

Car maintenant la lutte est lancée, en Tchécoslovaquie, en Italie et en France. Le but dans le premier est d’éliminer toute opposition d’ici les élections d’Avril, et d’assurer au parti communiste un contrôle total du pays. En Italie, des troubles ont éclaté, assez graves, très semblables à ceux qui ont précédé en 1922 l’avènement de Mussolini. Ne pouvant s’emparer du pouvoir comme, un moment, ils l’avaient espéré, n’ayant sous la main aucun général ou dictateur disponible contre lequel ameuter les foules, Togliatti et ses amis allument une guerre civile  – en Italie heureusement, les choses ne vont pas très loin –  de façon à ressusciter le fascisme qui n’est pas tout à fait mort ou à en créer de toutes pièces le fantôme. Malgré quelques émeutes locales très bien organisées on ne sent pas beaucoup de ferveur. Pas davantage en France où, si un gouvernement de coalition démocratique peut se maintenir, l’échec paraît certain. Ici aussi, si l’on ne réussit pas à créer le « fascisme », il faudra s’avouer vaincu. Mais la partie n’est pas jouée, car dans l’état d’extrême faiblesse des économies françaises et italiennes, des grèves ou des désordres, même peu étendus, peuvent avoir des conséquences graves.

 

En Tchécoslovaquie

Faisons grâce à nos lecteurs des intrigues très complexes où se débat ce malheureux pays. Un fait important : le premier ministre Gottwald a fait à Bratislava un voyage inutile. Il n’a pu mettre au pas les Slovaques. D’autre part, Fiessinger, ministre socialiste pourtant assez suspect de double jeu, n’a pas admis la fusion de son parti avec les communistes. Les socialistes nationaux que domine M. Benes manœuvrent avec prudence pour trouver une formule de salut. Tout se passe encore sans éclat. Mais la résistance des patriotes Tchèques ne pourra être vaincue que par un coup de force. Les Soviétiques le tenteront-ils ?

 

La Politique Française

On a beaucoup remarqué que l’introduction du franc français en Sarre précédait de quelques jours la Conférence de Londres. Paris affirme ainsi qu’il ne tiendra pas compte du veto soviétique dans cette question. L’affaire assez obscure du camp russe de rapatriement où auraient été découverts les plans du « grand soir », les protestations de Bogomolov disent assez clairement l’état actuel des relations franco-soviétiques. Il est à craindre que nous soyons obligés cette année encore de ne « manger » que du pain américain.

 

Kominform en Asie

On annonce la réunion à Kharbin des représentants communistes de Chine, de Corée, de Mandchourie et des deux Mongolies, l’extérieure et l’intérieure. Il est probable que de ce côté aussi, on va passer à l’action. Enfin les Kurdes aux frontières de la Turquie, d’Irak et d’Iran font de nouveau parler d’eux. Une révolte serait sous roche.

 

En Finlande

Voici, alors que tous les problèmes paraissaient réglés entre la Finlande et la Russie que les ministres finlandais doivent se rendre à Moscou. On ne sait trop quelles exigences nouvelles formule Molotov, mais elles seraient d’ordre militaire plutôt que politique. Une pression en direction de la Suède complèterait la poussée sur le sud-est européen et l’Allemagne. Ce qui déconcerte encore les Américains, c’est qu’avec les Russes, il est impossible de conclure un accord qui ne soit violé sitôt qu’il les gêne. Cela évidemment rend les conversations difficiles.

 

A l’O.N.U.

Par contre, quand il les sert, ils s’y cramponnent avec une patience et un luxe d’arguments ahurissants. Vychinski a défendu le droit de veto au Conseil de sécurité, les principes de la Charte, le privilège des grandes puissances et combattu en même temps le projet de la « Petite assemblée » qui tournerait le veto, tout cela comme un diplomate de la sainte alliance. Quel curieux homme !

 

                                                                                            CRITON