Criton – 1947-12-13 – L’Action Souterraine

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Le Courrier d’Aix – 1947-12-13 – La Vie Internationale.

 

L’Action Souterraine

 

Toute l’attention du monde s’est concentrée sur la France, objet principal de l’assaut bolchévique. On craignait qu’elle n’offrît pas une résistance suffisante et que le pivot stratégique ne tombât. A Londres et à Washington, aussi bien qu’à Buenos-Ayres et à Rome, l’émotion a été intense ; tant est grande encore la signification de la France.

 

Lendemains

Les Russes le savent, ce qui va nous valoir encore une fois le triste privilège de devenir un champ de bataille. Car la lutte n’a été brisée qu’en apparence devant le sursaut des énergies françaises, mais une période s’ouvre assez analogue à ce que fut au début de l’occupation allemande, l’action souterraine.

 

La Rupture Franco-Soviétique

Sur le plan diplomatique, la dernière fiction de l’alliance Franco-Soviétique est tombée. C’est la conclusion logique d’une série de démarches hostiles à nos intérêts. Cela ne change rien, mais pour la masse, la lumière est faite ; l’ennemi est nommé. C’est le côté favorable de l’incident. Cette rupture avec les Soviets n’a pas l’importance qu’elle pourrait avoir avec les autres nations ; que les événements changent de tour et les relations Franco-soviétiques peuvent devenir les meilleures du monde, jusqu’au prochain volte-face. On en a vu d’autres.

 

A Londres

Un seul fait est clair : Molotov à la conférence cherche à gagner du temps. A la suite des déjeuners avec Marshall et Bevin qui risquaient d’être des repas d’adieu, Molotov est revenu avec des propositions nouvelles. Mais le jeu ne pourra durer beaucoup, car les Anglo-Saxons veulent célébrer Noël chez eux. Les débats sont difficiles à suivre. La ligne soviétique n’est même pas claire. On avait au début l’impression que les deux partis cherchaient à flatter les Allemands : Molotov accusait les Américains d’empêcher l’Allemagne de renaître comme état indépendant pour laisser aux capitalistes le soin de l’exploiter, tout en supprimant une concurrence dangereuse. Les Américains de leur côté accusaient la Russie d’empêcher le retour de l’Allemagne aux conditions économiques normales suffisantes pour lui permettre de subsister, en exigeant des réparations énormes sur la production courante et cela pendant de longues années. Les Anglo-Saxons ne veulent pas s’opposer à la formation d’un gouvernement central allemand, car l’unité du Reich tient trop fort au cœur des germains. Mais ils y mettent des conditions : la fusion économique des quatre zones d’abord, et le contrôle de la liberté de circulation, d’expression et de vote qui rendraient impossible le directoire militaro-communiste que préparent les Russes. Mais l’intérêt n’est pas à Londres.

 

Le Conférence secrète de Schönenberg

L’élaboration du nouvel état d’Allemagne occidentale est déjà fort avancée. Les Américains ont exigé des Anglais, en échange de la charge qu’ils prenaient des frais d’occupation, de s’occuper seuls des négociations avec les partis ; contre l’aide à la France, ils ont demandé à celle-ci de souscrire à leurs projets, en particulier à la fusion des trois zones. Récemment a eu lieu dans le couvent carmélitain de Schönenberg une réunion secrète de tous les représentants de l’Allemagne catholique, y compris la partie de l’Autriche non occupée par les Russes. Cette confédération des états catholiques dont la Bavière serait le centre chercherait une union économique avec la France qui rendrait cette nouvelle entité viable.

 

La Visite de Dulles à Paris

On a beaucoup commenté la visite à Paris de Dulles, l’ennemi numéro un de Moscou et conseiller privé de Marshall. Il s’est agi là, plutôt de politique intérieure qu’extérieure et Dulles a voulu éprouver la solidité du terrain. Les Américains considèrent comme nécessaire, maintenant que la France devient le centre de la lutte, une union nationale contre le communisme, qui n’exclut personne. Les derniers événements rendent cette union possible. Dans ce cas, la France recevrait les moyens de résister au sabotage économique qui va continuer. Par ailleurs, le problème allemand qui est virtuellement réglé entre les trois alliés comprendrait la fusion de trois zones, un contrôle à trois de l’industrie allemande et en particulier de la Ruhr, un pourcentage satisfaisant pour la France du charbon allemand, et bien entendu la reconnaissance du rattachement de la Sarre à l’économie Française.

Ces accords seraient publiés dès que l’échec de la conférence de Londres serait officiel. Mais les Russes vont essayer de retarder cette heure-là jusqu’au printemps. Les diplomates de profession qui craignent le chômage se laisseront peut-être faire.

 

La Question Espagnole

Libérée de l’hypothèque communiste, la France va pouvoir réparer enfin l’énorme faute que fut la rupture avec l’Espagne. Les Soviets l’avaient exigée, non point par sentiment, mais pour priver la France d’un courant d’échanges économiques indispensables et l’affaiblir d’autant. Du côté Franquiste, on fait quelques façons, mais les avantages pour l’Espagne du commerce avec la France sont trop évidents pour ne pas faire taire les susceptibilités castillanes.

 

En Palestine

La lutte entre Juifs et Arabes prend un tour de guerre sainte, et l’on perd espoir de ramener la paix. L’O.N.U. qui se targuait là de son premier et unique succès puisque le partage de la Palestine avait réuni les suffrages des Etats-Unis et de l’U.R.S.S., l’O.N.U. hésite, ajourne l’examen des modalités d’application, et semble prête à reconsidérer la question. Ce serait un gros succès pour la ligue arabe, et pour l’O.N.U. le signe évident de la malédiction céleste !

 

                                                                                            CRITON