Criton – 1947-12-06 – La Bataille Syndicaliste

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Le Courrier d’Aix – 1947-12-06 – La Vie Internationale.

 

La Bataille Syndicaliste

 

La Conférence de Londres n’a été jusqu’ici marquée d’aucun des événements sensationnels qu’on avait imaginés, sinon que les manœuvres dilatoires de Molotov. Ces débats de procédure n’intéressent personne. Toute l’attention s’est portée sur les tentatives révolutionnaires en France et en Italie qui sont, pour la première fois dans l’histoire des conflits sociaux, non plus une lutte de classe, mais une rivalité entre deux tendances du syndicalisme pour la direction du mouvement ouvrier.

 

La Politique Russe

Ce qui est troublant, c’est qu’on explique mal, les motifs des maîtres du Kominform. Pourquoi jouer le prestige de leurs cinquièmes colonnes dans des conditions si défavorables ? Pourquoi, en France surtout, non seulement échouer et faire contre soi l’unanimité nationale, mais compromettre du même coup les chances futures dans l’hypothèse d’un retour du « fascisme » que cette action révolutionnaire avait pour but de provoquer et qu’elle aura au contraire pour effet d’écarter ? Une telle maladresse sera difficilement mise au compte de gens à l’ordinaire si habiles et bien informés. Alors ? Ou bien l’U.R.S.S. est à la veille de jouer son va-tout parce que le moment est opportun et que le temps ne travaille plus pour elle, ou bien estime-t-elle que le retour à la prospérité qui commençait timidement à se dessiner doit être stoppé à tout prix par le sabotage ? En Italie en effet, l’assainissement financier et les progrès de la production devenaient évidents. En France, même les statistiques d’octobre, après la chute de l’été, étaient nettement encourageantes. Le plan Marshall faisait le reste. Il fallait annuler les effets du plan Marshall.

 

La W.F.T.U 

C’est bien là le plus probable car l’événement de la semaine, ce sont les débats du Comité directeur de la Fédération Mondiale des Syndicats à Paris. La C.I.O., principale union ouvrière américaine, y était représenté par M. Carey. Il a défendu devant les autres organisations le plan Marshall qui a l’appui total des travailleurs américains et pour seuls adversaires les réactionnaires du genre Taft et les gros banquiers de Wall Street, ceux-là mêmes que Moscou accuse d’en être les promoteurs. Ce plaidoyer a fait une telle impression que le délégué russe Faline s’est tu et la C.G.T. Française dont les dirigeants avaient combattu le plan Marshall a dû, avec confusion, admettre que la question devait être reconsidérée. Cette intervention du syndicalisme américain qui comprend des éléments d’extrême gauche a frappé l’opinion ouvrière mondiale et ajouté, si possible, à la confusion du congrès socialiste qui se tient à Amsterdam.

 

La Situation en Angleterre

Déjouant les prévisions, la situation économique et politique anglaise prend un tour nouveau. D’abord, malgré Churchill, le parti conservateur n’a pas réussi à reconquérir tout à fait la faveur des masses, dégoutées du travaillisme mais aussi fort défiantes des Tories. A l’élection partielle de Gravesend, les Conservateurs ont été battus de justesse. Ce fut une grosse déception. Un nouveau régime commence, que déjà les Anglais nomment le Crippsisme – ni très socialiste, ni conservateur – Sir Strafford, qui vit d’eau claire et de carottes crues, travaille 18 heures par jour, sait et voit tout. Il symbolise l’Angleterre ascétique d’aujourd’hui. Rien n’atteste mieux la valeur de cette idée qu’une méthode, même mauvaise, finit par donner des résultats si l’on persévère. La production en Angleterre augmente et la crise s’atténue un peu, au prix d’une contrainte vraiment spartiate et d’un effort exemplaire. Saluons.

 

Aux E.U.

Grâce à l’assaut bolchévique en Europe on ne discute plus le plan Marshall. Il s’agit à présent de freiner l’inflation, conséquence normale de l’aide à l’Europe. Les adversaires du contrôle que veut instituer Truman et le ministre du commerce Harriman, disent que la seule annonce du blocage des salaires et de la fixation des prix aura pour effet de provoquer une ruée des acheteurs, et d’organiser une pénurie qui sans cela n’existerait pas. Rien de plus délicat que de réussir une intervention dans la vie économique si facile à décréter sur le papier !

 

En Palestine

Triste histoire, qui parait devoir finir mal et qui illustre bien la stupidité du fanatisme nationaliste et racial. Juifs et Arabes ne demandaient qu’à vivre en harmonie. Ils trafiquaient ensemble à leur satisfaction mutuelle. Les Anglais assuraient l’ordre. L’Irgoun juif a tué des Anglais et les Anglais s’en vont, laissant Juifs et Arabes aux prises. L’O.N.U. vient de décider le partage de la Palestine : on frémit en regardant la carte : l’Etat juif et l’Etat arabe, la ville internationale de Jérusalem, tout chevauche. On pense à Dantzig ! Les Arabes furieux prennent les armes, les Juifs mobilisent. Le sang a déjà coulé et les établissements israélites flambent. Qui assurera l’ordre ? Les Anglais s’en lavent les mains, et l’O.N.U. n’a pas de soldats.

 

Le Train des Secours

Un dernier mot pour signaler à nos lecteurs qui doivent l’ignorer que plusieurs trains parcourent les Etats-Unis pour recueillir avant Noël des secours pour l’Europe souffrante – Prêt-bail, plan Marshall, la politique (….) Mais ceci s’appelle charité. Un fermier de l’Arkansas, favorisé d’une récolte exceptionnelle, donne 20.000 dollars « J’offre aux malheureux, dit-il, ce que Dieu m’envoie ». Charité qui quoi qu’en disent ses ennemis, n’humilie pas les hommes. C’est le sel de la terre et le symbole de notre civilisation chrétienne. Si égarée que soit l’Europe par ses passions politiques, espérons qu’elle saluera ce geste, touchante réponse à tant de haine.

 

                                                                                  CRITON