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Le Courrier d’Aix – 1948-01-10 – La Vie Internationale.
La Scène Economique
Par la réalisation du plan Marshall qui commence avec l’aide intérimaire, l’économique va jouer le premier rôle dans la lutte entre les deux mondes. Qui l’emportera dans la course au redressement des pays soumis à l’U.R.S.S., ou de ceux aidés par les U.S.A. ?
Selon le résultat, la prépondérance mondiale ira à celui qui assure la prospérité. C’est pourquoi, le Kominform ordonne, avant tout, le sabotage du plan Marshall.
La Situation Economique
Où en est-on à ce jour ? Jusqu’à l’entrée de l’hiver, le bilan des progrès de l’économie européenne était négatif. Sans doute, le temps et le travail avaient remis un peu d’ordre. Mais les méthodes d’inspiration politique aussi bien en Angleterre qu’en U.R.S.S. pour ne rien dire de la France, semblaient avoir plutôt nui au redressement. L’anarchie, comme dans le passé, la liberté incontrôlée auraient fait sans doute moins mal. C’est seulement depuis quelques semaines que la situation a changé sans d’ailleurs que la technique y soit pour grand’chose.
C’est d’abord le recul accéléré de l’influence communiste en Occident qui a marqué le tournant : Echec des grèves en France, avortement de celles d’Italie, revers électoraux en Norvège, au Danemark, partout. Puis récemment, la campagne du parti travailliste anglais contre les Staliniens, la charge d’Attlee contre la tyrannie en U.R.S.S., le succès de « Force Ouvrière » en France. Mais, et cela est moins connu, ce fut un brusque élan vers le travail, un renouveau d’espoir dans les masses ; confiance dans l’aide américaine, sentiment de liberté reconquise sur la tyrannie des syndicats, simple alternance psychologique, peut-être. Ce qui est sûr, c’est que le rendement du travail s’accroît et la courbe de production remonte, surtout en Angleterre et en Italie. Pour l’Allemagne, le général Clay a assuré que l’année serait meilleure ; M. Ronci en Italie voit la fin du rationnement, l’Angleterre exporte du charbon ! En France même, on sent que la marchandise existe qui finira bien par être répartie.
En Soviétie
Derrière le rideau de fer, la bonne récolte de 47 (tandis qu’en Occident, la sécheresse opérait en sens contraire) a rétabli une situation tout à fait tragique l’an passé. Impartialement jugé, le redressement est loin d’être plus avancé qu’à l’Ouest, la France malheureusement exceptée. Le capitalisme d’Etat en pays soviétique donne des résultats inférieurs au capitalisme privé à ses débuts, quoiqu’assez comparables. Un niveau très bas de vie ouvrière jusqu’à ce que l’outillage économique soit constitué. Il faut un mois de travail à un manœuvre russe pour acheter un costume médiocre qu’un bon ouvrier américain se paie en trois jours. En U.R.S.S. enfin, la lessive monétaire de décembre a eu des effets fâcheux qui ont surpris les dirigeants ; à preuve la peine qu’ils se donnent à la justifier ; chose paradoxale, la défiance devant le nouveau rouble est plus forte qu’envers l’ancien ; les marchandises qu’on croyait faire sortir se cachent, et la pénurie, malgré l’effort de l’Etat, est plus marquée depuis la levée, partielle d’ailleurs, du rationnement. Tout par contre paraît propice en Occident pour que le plan Marshall, si le Congrès ne l’amenuise pas trop, donne l’élan vers la convalescence.
Pas de Crise en 48
Le grand espoir des Staliniens est la crise économique, fatale, selon Marx, aux U.S.A., à brève échéance. L’an dernier, on s’interrogeait ; on se rend compte aujourd’hui que si l’aide à l’Europe se poursuit selon les mêmes méthodes, la crise économique est non seulement improbable, mais impossible. Nous l’avons déjà dit : En produisant à 100% de leur capacité, les Etats-Unis obtiennent le plus bas prix de revient, moyennant quoi ils font cadeau de tout ce que la demande intérieure n’absorberait pas et aussi un peu du nécessaire. Mais le système n’est pas plus onéreux en fin de compte que s’ils étaient obligés de régler comme en temps normal la production sur la consommation. Tant que cette situation durera, une crise n’est pas concevable. Reste à éviter l’inflation, résultat inéluctable de la guerre quel que soit le régime économique ; tout est affaire de proportion et aux Etats-Unis, l’inflation reste modérée. Mais les prix monteront quoi qu’on fasse, jusqu’à ce que le monde soit saturé de produits, ce qui n’est pas pour demain, à moins qu’on n’arrête la distribution, ce qui aurait pour effet la crise, le pire des maux.
Disons enfin que la course aux armements dont le plus coûteux est le service militaire obligatoire demandé hier au Congrès par Truman est aussi une assurance contre la dépression et une source d’inflation.
En Grèce
Les rebelles de Markos ont subi une sérieuse défaite militaire et perdu Konitsa dont ils voulaient faire leur capitale. Mais ils reviendront à la charge. Les Etats-Unis se rendent très bien compte de l’engrenage où ils ont mis le doigt. Ils envoient un millier de fusiliers marins en Méditerranée et à coup de dollars, équipent de nouvelles divisions grecques et une garde nationale. C’est une petite guerre d’Espagne qui n’est pas près de finir.
En Allemagne
Les plan élaborés avant la Conférence de Londres pour un gouvernement de l’Allemagne occidentale ne seront réalisés que partiellement. Clay et Robertson ont ordre de n’agir qu’avec prudence, laissant la porte ouverte à un accord à quatre. On sait bien qu’il n’en sera rien, mais personne ne veut couper les ponts. C’est à qui flattera l’opinion allemande ….
CRITON