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Le Courrier d’Aix – 1948-01-17 – La Vie Internationale.
En Allemagne
L’Ersatz-Gouvernement
L’événement de la semaine fut la proposition anglo-américaine pour l’organisation de la bizone d’Allemagne, et le projet de ce qu’on nomme l’Ersatz-Gouvernement. Ainsi les deux associés, en se contentant de faire du provisoire, peuvent comme les Soviétiques, affirmer qu’ils souhaitent l’établissement d’une Allemagne unifiée, avec un gouvernement central et une capitale, Berlin. Nous n’attendons pour cela que l’agrément des Russes, disent les Anglo-Américains, et nous, disent les Russes, que la bonne volonté des Américains. En fait, chacun tient sa zone en main et le pouvoir des Allemands, malgré quelques satisfactions d’amour propre, est pratiquement nul.
Le Plan
Voici au reste, quelques détails de l’offre anglo-américaine aux Allemands, car il s’agit d’une offre et non d’un dictat.
1° Faire du Conseil économique un quasi-parlement en le portant à 104 membres
2° Création d’un « sénat économique » représentant les huit Länzer.
3°Etablissement d’un Cabinet avec un chef choisi par les deux assemblées.
4° Création d’une Cour suprême de Justice composée de juges allemands.
5° Enfin, établissement d’une banque d’Etat ayant privilège d’émission de billets.
D’autre part, nous avons vu qu’à la suite de négociations secrètes, les Anglais avaient pratiquement cédé aux Américains le contrôle du ravitaillement et de l’agriculture, de l’exportation et de l’importation et aussi de l’office des changes. Seuls les départements de transports et communications et des finances intérieures demeurent sous contrôle anglais. Quant aux Allemands, comme on voit, il leur reste … le reste, c’est-à-dire qu’il n’y aura pas grand ’chose de changé à l’état présent. Les Allemands de Bavière, de Bade et du Wurtemberg sont assez déçus. Ils sentent qu’ils ont été joués et qu’en fait l’Allemagne de l’Ouest et toute sa puissance industrielle demeureront sous contrôle américain.
Attitude de la France
La France a protesté aussi, sans doute pour la forme car, n’ayant pas accepté encore la fusion de sa zone avec les deux autres, elle n’a pas grand droit à demander à être consultée. La France voudrait bien conserver le contrôle de sa zone, car celle-ci a l’immense avantage de se suffire à elle-même et de ne rien coûter à l’occupant. En fusionnant, la France devrait, pour éviter de porter la charge des frais communs, céder son droit de contrôle aux Etats-Unis. Ceux-ci paraissent ne pas avoir beaucoup insisté jusqu’ici, afin de ménager les susceptibilités françaises et parce que notre zone n’a pas grande valeur économique.
Le Plan Russe d’Organisation
L’U.R.S.S a organisé sa zone de telle façon qu’à moins d’une nouvelle guerre, cette partie de l’Allemagne soit définitivement une colonie russe. D’abord par le gigantesque trust de forme purement capitaliste appelé S.A.G. l’U.R.S.S. s’est approprié pour toujours les deux cents grandes entreprises industrielles de la zone. Ne restent aux Allemands que les entreprises nationalisées, c’est-à-dire les services publics comme le gaz ou l’électricité qui n’offrent aux Russes aucun intérêt, et un grand nombre de petites affaires privées qui travaillent pour la clientèle locale et restent en régime capitaliste, mais dont les Russes peuvent s’emparer à tout moment. La production des grandes entreprises va presque exclusivement aux réparations et continueront indéfiniment à alimenter le marché de l’U.R.S.S. quel que soit le règlement futur de l’Allemagne, puisque le président du conseil d’administration est un fonctionnaire du Kremlin et dispose de la majorité du capital. La production est d’ailleurs fortement poussée par des moyens de persuasions qui n’admettent pas de réplique. Les Russes en tirent un outillage considérable, surtout du matériel de guerre de précision.
Le Plan M.
Les Soviets ont organisé dans la Ruhr un réseau secret de sabotage qui avait surtout pour objet de faire disparaitre les denrées alimentaires destinées aux mineurs et d’affamer les ouvriers pour faire baisser la production. Les Anglais viennent de publier les détails de ce plan qui depuis la proclamation du Kominform avait été remis en application. Il y a eu la grève des dockers de Hambourg et des grèves partielles dans la Ruhr : la production de charbon a de nouveau baissé. Le ravitaillement bloqué dans les ports n’arrivait pas aux usines.
Contre le Plan Marshall
Dans les pays les plus visés comme la France et l’Italie qui sont la pierre de touche de l’épreuve de force entre les deux rivaux, on organise parmi les ruraux une campagne alarmiste de fausses nouvelles d’ordre fiscal et monétaire, ayant pour but de pousser les paysans mécontents à réduire la production agricole et d’annuler l’effet d’importations américaines de vivres.
CRITON