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Le Courrier d’Aix – 1947-12-27 – La Vie Internationale.
Bilan
La fin de 47 marque une nouvelle phase des relations internationales. Les trois Grands, ayant rompu avec le quatrième, vont essayer d’assurer la stabilité du monde occidental. Certes, l’année 48 s’annonce plutôt sombre. La paix plus que jamais menacée, l’économie plus ébranlée, l’équilibre social plus fragile. Il y a toutefois quelque chose de changé : L’équivoque et la confusion ont cessé. En politique, on sait à quoi s’en tenir : Aucun accord possible entre l’Orient soviétique et le monde civilisé. Economiquement, les méthodes funestes ont assez fait leurs preuves. On sait où est l’erreur et comment la redresser. Reste à le vouloir, ce qui est plus difficile. Plus de faux espoirs, plus d’utopies doctrinales, plus davantage, d’illusions de facilité. Tous les périls sont évidents et l’effort tout tracé.
Après Londres
L’échec de la Conférence a été un soulagement. En prolongeant des conversations stériles, on ajournait indéfiniment les solutions constructives ; on faisait le jeu de l’U.R.S.S. On va pouvoir donner à l’Allemagne occidentale, un statut. On va pouvoir équilibrer les échanges internationaux et peut-être mettre de l’ordre dans les monnaies. La coopération franco-anglo-américaine va s’établir sur des bases définies.
La Responsabilité Américaine
Comme l’a dit Bidault « la présence des Etats-Unis en Europe est d’importance primordiale pour la sécurité de la France et la paix du monde ». Chacun sait en effet que les troupes russes peuvent atteindre les ports de l’Atlantique en deux jours. En rompant avec l’U.R.S.S., les Etats-Unis sont devenus la principale puissance européenne. Ils assument une responsabilité que, pour notre malheur, ils ont refusé de prendre en 14 et en 39. Aujourd’hui, au contraire, toute tentative pour forcer la barrière entre les deux blocs devient un casus belli, ce qui doit faire réfléchir l’agresseur. L’avertissement récemment donné par le président Truman à l’U.R.S.S. au sujet de l’Italie est très significatif.
En Angleterre
Devant l’effort admirable des Anglais, il faut s’incliner ; la classe ouvrière jusqu’ici uniquement occupée de ses intérêts, a compris sa responsabilité dans l’œuvre commune de redressement ; le déficit de la balance des comptes est réduit en novembre à 32 millions de livres au lieu de cinquante. Atteindront-ils l’équilibre, et surtout, sera-t-il durable ? Ou comme en 31, la première crise économique emportera-t-elle le fragile édifice si chèrement construit ? Car en plus de l’effort et de l’austérité, la méthode choisie par les Britanniques implique une série d’abandons : hier l’Inde et la Birmanie, demain la Palestine, aujourd’hui la Ruhr.
L’Accord Anglo-Américain
Anglais et Américains se sont mis d’accord sur e contrôle économique et financier de la Bi-zone. Les Etats-Unis payeront les trois-quarts des frais d’occupation ; le reste, à la charge de l’Angleterre, n’impliquera pas de dépenses en dollars. Mais les Etats-Unis auront aussi la majorité absolue dans les Conseils d’administration des deux zones et des trois si la France, comme prévu, adjoint la sienne ; en particulier, l’Agence d’Importation-Exportation, le Comité des Changes, le Conseil Industriel de la Ruhr qui réglemente la production, les échanges, la monnaie, logement de Molotov, a raison : le cœur industriel de l’Europe tombe aux mains des Américains. Mais n’est-ce pas précisément la faute des Russes ? S’ils n’avaient pas colonialisé leur zone, s’ils n’y avaient pas établi le trust le plus énorme que le monde ait connu, s’ils avaient remis à l’O.N.U. l’administration des industries de la Silésie et de la Saxe, la Ruhr eut été aussi internationalisée. C’est la politique russe, qui a fait des Etats-Unis une puissance européenne ; ce sont les erreurs politiques des Français et des Anglais qui leur ont laissé la prépondérance en Allemagne. Souhaitons que ce soit pour le bien commun.
Rivalité Financière
Mais l’Angleterre est aussi serrée de près, financièrement, par ses prêteurs américains. Lorsque Dalton est tombé, à la suite de l’incident que l’on sait, une crise de désespoir secouait le Cabinet britannique ; les caisses étaient vides. Il fallait débloquer les 400 millions de dollars gelés, reste du prêt américain, sinon les industries allaient s’arrêter, faute de matières premières, et le spectre du chômage réapparaissait ; l’expérience travailliste était sûrement emportée. On convoque l’ambassadeur américain Douglas. Il consent à partir aux Etats-Unis. La trésorerie américaine d’ordre Truman, cède. Voilà un sursis : deux mois, trois peut-être. Mais fin janvier ou mi-février, la même situation reparaît ; l’aide intérimaire votée par le Congrès des E.U. ne concerne que la France, l’Italie, l’Autriche et la Chine. Comment les Anglais tiendront-ils jusqu’à l’application du plan Marshall ? Il est probable que des arrangements ont été prévus, mais il leur a fallu abandonner le contrôle de la Ruhr. Ce n’est pas à la France de s’en plaindre ; bien au contraire. Car nous avons vu que la question de la Ruhr était le point de friction franco-britannique. Une solution équitable pour tous paraît proche, de par la volonté du plus fort.
CRITON