Criton – 1948-08-07 – Jeu Egal

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Le Courrier d’Aix – 1949-08-07 – La Vie Internationale.

 

Jeu Egal

 

Soviétiques et Anglo-Saxons font jeu égal. Berlin, ravitaillé par avion, tient ; malgré toutes les brimades, comptes bloqués, guerre des marks, des deux polices, la population des secteurs anglo-franco-américains résiste à la pression soviétique avec un courage qui dit bien la peur qu’elle a des Russes et sa haine d’un conquérant qu’elle méprise.

Côté diplomatique, nous sommes au régime de la douche écossaise : les Trois font une démarche à Moscou ; Molotov est en vacances ; on croit à une manœuvre, à une intention bien arrêtée de rupture et puis il revient, reçoit les ambassadeurs qui demandent à voir Staline en personne et l’entrevue a lieu ; le secret cette fois est bien gardé.

Optimisme prudent, dit-on à Londres ; qu’en découlera-t-il ? Probablement pas grand-chose. Une conversation à quatre, aboutirait-elle ? C’est une guerre de positions qui commence et de grands éclats sont peu probables, soit qu’ils eussent voulu aggraver les choses ou au contraire les arranger, les Russes avaient le champ libre. Ils ne veulent sans doute, ni l’un, ni l’autre, et les Alliés ont fait le point.

 

L’Affaire de Berlin

De vives critiques se sont élevées aux Etats-Unis contre la politique du département d’Etat et du général Clay. Les arrières-pensées politiques n’en sont point absentes. Walter Lippmann en particulier, considère que l’affaire de Berlin est un guêpier dont les Américains ne se tireront pas aisément et qu’elle est la conséquence directe des décisions de Londres.

Les Etats-Unis ne devaient pas imposer la formation d’un Etat d’Allemagne occidentale dont personne ne veut, ni les Allemands, ni les Anglais, ni les Français, ni bien entendu les Russes. Cette obstination inutile est la cause directe de l’imbroglio Berlinois. Est-ce bien sûr ?

Les Russes avaient là une occasion de troubles et d’émotions et ils n’en manquent aucune. L’Allemagne occidentale s’anémiait dangereusement et une réforme politique s’imposait ; une réforme monétaire encore bien plus. Les Soviets auraient tôt ou tard et probablement à l’heure fixée, réalisé leur République populaire allemande dans leur zone. Fallait-il attendre ? C’était retarder la reconstruction Européenne qui est l’essentiel, sans avantage assuré en contrepartie.

D’ailleurs, si l’on va au fond des choses, cette lutte froide entre Russes et Américains les sert l’un et l’autre. La tension qu’elle entretient fait accepter plus aisément aux petits états les mesures d’autorité qu’on leur impose et aide considérablement à la formation des deux blocs auxquels les nations entraînées malgré elles auraient bien voulu se soustraire. La force des choses les contraint à choisir ou plutôt à s’enrôler car elles n’ont pas le choix, quoiqu’on prétende.

 

Les Satellites

Les Soviets poursuivent l’unification de ce qui est à présent leur empire. Instruits par leur mésaventure avec Tito, ils poursuivent en toute hâte l’épuration.

En Hongrie, le président Tildy est la dernière victime : on arrête son gendre et on le débarque. Un pur le remplace.

En Tchécoslovaquie, les Sokols sont passés au crible après la manifestation de Prague.

On dit que la Roumanie serait bientôt proclamée République Soviétique.

En Bulgarie, des mesures sévères contre la contagion Titiste achèvent l’unification du pays.

Partout, la pression se fait plus dure : les libertés les plus inoffensives en apparence disparaissent. L’influence Française est particulièrement visée : toutes nos écoles sont fermées en pays soumis aux Soviets, même les Instituts Français. Notre influence en sera-t-elle diminuée ? La contrainte de l’esprit et de la foi a toujours été éphémère et à la longue s’est retournée contre ceux qui l’ont exercée.

 

Hystérie

On est d’accord en Amérique pour condamner l’hystérie de guerre, comme ils disent, qui s’étend sur tout le pays. La haine du Rouge, la phobie du communisme, la chasse à l’espion s’amplifie. Ce sont en ce moment les révélations de l’ex-espionne Miss Bentley qui font voir, dans tous les postes secrets, des agents de Moscou à l’écoute.  Vraies ou fausses, ces histoires sont le signe habituel d’une psychose collective qui ne manque pas de finir en éclat. Les Américains, malgré eux, y viennent et leurs convictions tolérantes ne résisteront pas. La persécution commence ; on arrête les chefs communistes. On dénonce et on épure. Tristesses !

 

La Conférence du Danube

Mêmes passions de l’autre côté : la Conférence du Danube s’est ouverte à Belgrade. Il s’agit de réviser la convention de 1921. Les Russes et leurs satellites sont en majorité et imposeront leurs décisions. On avait fait de cette conférence la pierre de touche des intentions soviétiques. On est fixé. Vychinski s’est surpassé. Sa froide violence, ses arguments procéduriers coupés d’injures directes, mettraient à bout tout autre qu’un anglo-saxon ; la France représentée par l’éminent M. Thierry, n’a pas été épargnée. Vychinski a déchiré ses adversaires avec d’autant plus de haine qu’il les sentait impuissants. Mais on a peu réagi ; on s’habitue. Personne ne s’attendait à ce que les Russes ouvrent le Danube à la navigation internationale. Le fleuve est à eux. Cependant des bruits font croire que les Etats Danubiens dans une position économique désespérée veulent arracher à Moscou la permission d’adhérer à l’E.R.P. Ce serait une telle victoire pour les Américains qu’on en doute. Ce n’est qu’un signe de difficultés intérieures qui ne font que s’aggraver et cela rendra Moscou prudent.

 

                                                                                  CRITON

 

Criton – 1948-07-31 – Cafouillages

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Le Courrier d’Aix – 1948-07-31 – La Vie Internationale.

 

Cafouillages

 

Le mot est vulgaire mais décrit bien la situation. Quand cela chauffe près des buts, chacun y va de son coup de pied et les défenseurs hésitent de peur d’envoyer la balle dans leurs propres filets. Un jour de détente ; M. Truman proclame que les chances de paix sont excellentes ; le général Clay assure que personne ne veut la guerre, et que les Russes n’effectuent aucun mouvement de troupes en Allemagne. Pendant ce temps, on discute à Londres de la seconde note à envoyer à Moscou ; sera-t-elle verbale ou écrite ? Les Anglais penchent pour le document. S’adressera-t-on à Molotof ou à Staline en personne ? Ceux-ci, selon toute apparence, s’en soucieront comme d’une guigne. En fait, au risque de nous répéter, il n’y a rien de fondamentalement changé ; tous veulent gagner du temps. Marshall pour laisser à son successeur le soin de décider, les Russes pour proclamer leur République populaire d’Allemagne. De leur côté, après de multiples accrochages, les trois, France, Angleterre, Etats-Unis, ont passé outre aux réticences des Allemands. La trizone est constituée et le gouvernement de l’Allemagne occidentale va se préparer en septembre.

 

La Question de Berlin

Elle ne semble pas devoir évoluer non plus. Les Russes veulent la capitale pour eux seuls. Sans Berlin, après la constitution à l’automne de la nouvelle république populaire, ils ne peuvent espérer grignoter l’Allemagne de l’Ouest que si le symbole de l’unité germanique, la capitale du Reich, en fait partie. Comme ils n’en chasseront pas les Américains par la force, et que ceux-ci semblent en mesure de tenir indéfiniment grâce au ravitaillement aérien, ils s’efforceront de réduire peu à peu la présence des autres alliés à un simple symbole, un drapeau planté là au-dessus de quelques officiels sans pouvoir.

Les Alliés ont trouvé cependant une riposte sérieuse : ils ont coupé le trafic entre la zone soviétique et les autres, en sorte que le transit avec la Suisse et l’Italie est interrompu par terre. Cela obligera les Soviets à aller chercher les marchandises par mer, s’ils en ont les moyens, et fera payer aux Suisses auxquels les Etats-Unis ne pardonnent pas leur neutralité économique.

 

Blocus ?

C’est aussi un premier pas vers le blocus, auquel nous avons déjà fait allusion et qui sera sans doute l’acte prochain de la guerre froide. C’est pour cela d’ailleurs que les Soviets se hâtent d’acheter sur les marchés mondiaux les matières premières qui leur manquent. Cela au surplus fait monter les prix et gêne l’application du plan Marshall.

 

Le Plan Marshall

Tout ne va pas pour le mieux de ce côté, d’ailleurs, Nous avons dit tout le scepticisme que nous inspirait l’Union Européenne et les arrières pensées des Anglais là-dessus. La mauvaise humeur de M. Bevin a éclaté quand Bidault a proposé la constitution d’un parlement international ; les travaillistes se révèlent plus nationalistes que les conservateurs et prennent nettement positon contre les idées churchilliennes.

Les administrateurs du plan Marshall, MM. Hoffmann et Kirman, devant les maigres progrès de la coopération européenne ont élevé la voix et menacé, au cas où les seize ne montreraient pas plus de solidarité, de l’interruption du plan l’an prochain ; ils se sont montrés plus européens que les Européens eux-mêmes ! Cet incident a permis un résultat : on a fait accepter aux Belges et aux Anglais la constitution d’un pool en dollars, qui permettrait à la France débitrice de ces deux pays de continuer à recevoir d’eux des marchandises ; car les échanges inter-européens, loin de s’amplifier, devenaient de plus en plus difficiles pour des raisons techniques sans doute, mais aussi par suite de l’âpre égoïsme des plus favorisés.

 

Côté Russe

Consolons-nous en examinant les difficultés de l’autre côté.

Après celle de la Tchécoslovaquie, la balance des comptes de la Yougoslavie accuse un déficit catastrophique, le dollar qui valait 190 dinars, en cote 600. Le fond de l’affaire Tito, c’est surtout la carence totale des Russes dans la fourniture des marchandises promises aux Yougoslaves. Sous peine d’asphyxie. Il faudra bien que ceux-ci s’adressent aux pays d’occident. L’orage gronde de plus en plus parmi les satellites.

Le Congrès du parti communiste de Belgrade a dévoilé, avec une violence de langage que ces Messieurs ont apprise à Moscou, tous les mauvais tours que se jouent entre eux les balkaniques et l’éternelle rivalité des partisans Macédoniens et Serbes, la même confusion, les mêmes sanglantes querelles continuent là-bas comme au temps de la défaite turque.

 

Les Comités de Libération

Ce qui prouve qu’il y a quelque chose de changé derrière le rideau de fer, c’est l’abondance des manifestes et des tracts qui émanent des groupes d’émigrés aussi bien des Soviétiques que des autres peuples Slaves, de Hongrois et de Roumains. Ces groupements, les uns en Allemagne, les autres en France et aux Etats-Unis, préparent la Libération et discutent de l’avenir. Ils ont des liaisons avec les partisans demeurés à l’intérieur. La M.K.V.D. et toutes les polices secrètes ont fort à faire.

 

Signe des temps

Ce qui est curieux c’est que, par la force des choses, l’Allemagne joue encore une fois un rôle essentiel dans le conflit de forces. Les Etats-Unis remettent sur pied l’industrie allemande parce que, sans son concours, la reconstruction européenne est impossible. Les Russes après avoir démantelé  en toute hâte, reconstituent eux aussi une industrie allemande pour essayer de fournir des outils à leurs satellites qui se détournent d’eux parce qu’ils sont impuissants à les aider. Les Allemands s’en rendent bien compte, et depuis que le nouveau mark leur donne un peu plus d’aisance, ils relèvent la tête et se sentent redevenir nazis. Nous savions bien qu’il ne leur en faudrait pas beaucoup pour cela.

 

                                                                                  CRITON

Criton – 1948-07-24 – Sur la Corde Raide

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Le Courrier d’Aix – 1948-07-24 – La Vie Internationale.

 

Sur la Corde Raide

 

Notre situation est celle d’une foule qui regarde évoluer au-dessus de sa tête l’acrobate sur la corde tendue. Les chances de chute sont faibles, mais on a quand même le frisson. L’habileté des Soviets, c’est de laisser ignorer où ils vont ; persuadés que les Anglo-Saxons ne feront jamais la guerre à moins qu’eux ne les y forcent, ils entretiennent à plaisir l’anxiété. La dépression qui en résulte sert la politique Soviétique. Le touriste américain s’apeure, l’Europe occidentale sera privée de précieuses devises, et la reprise économique par mille incidences est ralentie. On se demande toujours si les gens du Kremlin voient clairement où le jeu les mène, car une affaire comme celle-ci hâte l’échéance et rend encore moins probable, à la longue, une solution pacifique. Pensent-ils être toujours maîtres de la direction ?

 

A Berlin

La bataille pour Berlin est réglée comme au théâtre. Un jour on dit que le couloir aérien va être réduit, puis fermé. Les avions Yak des Russes font des exercices et frôlent de l’aile les gros transports américains. De l’autre côté, on voit déjà les trains blindés forçant le passage des voies interdites.

Le lendemain, on respire : les Russes ravitailleront Berlin eux-mêmes et on ne parle plus d’acrobaties aériennes ni d’exercices de parachute. Cela finira-t-il comme on le pense à Londres et à Paris par une nouvelle conférence à quatre ? Allemands et Français s’en réjouiraient, car l’organisation de l’Allemagne occidentale en serait retardée. Mais les Américains, s’ils consentent à causer, ne voudront pas ajourner leurs projets de Francfort. Et c’est justement pour faire échec à ces projets que les Russes ont monté le coup de Berlin.

 

Le Sort de l’Allemagne Occidentale

Où en est-on ? Les Américains qui ont, par les moyens qu’on sait, amené les Anglais à leurs vues, veulent imposer aux Allemands de l’ouest un statut politique dont les dirigeants des partis et les administrateurs des Länders endosseraient la responsabilité. Les chefs allemands réunis à Cologne ont refusé de souscrire. Ils ont émis des contre-propositions. Pourquoi ? bien qu’ils comprennent tous les avantages que ces projets offrent pour le relèvement de l’Allemagne, ils ont peur pour leur tête le jour où les Américains partis, ils se trouveraient en face de leurs compatriotes, ou, pire encore, les Russes. Collaborateurs, leur sort serait vite réglé. Par des contreprojets inacceptables pour les Américains, ils sauvent la face et pourront s’incliner, sans trop d’inquiétude, devant les ordres que les occupants, en fin de compte leur enjoindront d’exécuter. La diplomatie française de son côté a tout fait pour retarder l’application des décisions de Francfort. On a si peur d’un relèvement allemand qu’on préfèrerait que le chaos se prolongeât. On a peur aussi de perdre le coke de la Ruhr si la métallurgie allemande augmente sa production. Il faut cependant reconnaître qu’il n’y a pas de reconstruction européenne possible si l’industrie de la Ruhr n’y travaille pas. Ce que Bidault aurait voulu, c’est que les moyens de cette participation soient strictement fixés à l’avance ; malheureusement, les Américains veulent conserver à l’industrie allemande une certaine souplesse, pour qu’elle puisse s’adapter plus tard aux intérêts de la production américaine. Par une large participation de leurs grandes entreprises, ils veulent se préserver d’une concurrence et se conserver des marchés. Il est bien évident que l’industrie des Etats-Unis ne peut se désintéresser d’un potentiel de l’importance de la Ruhr. Rien ne les empêchera d’en tenir les commandes et de les tenir seuls. C’est cela ce que les Russes voudraient éviter. Et du même coup, comme c’est aussi l’intérêt de la France, sinon de l’Angleterre, ils espèrent retarder l’affaire et diviser les alliés. La conférence à quatre n’est pas encore ouverte !

 

En Tchécoslovaquie

Derrière le rideau de fer, une dislocation se prépare. Tito a ouvert tranquillement son congrès communiste de Belgrade et s’est fait acclamer comme il se doit. Il a parlé des heures pour faire l’éloge de Staline et de sa doctrine. Pendant ce temps, un pétrolier américain débarquait de l’essence à Fiume. Mais ce qui est plus sérieux, c’est l’effondrement prochain de l’économie tchécoslovaque ; le gouvernement Potocki est sur les dents. Tandis qu’une sourde rébellion intérieure l’oblige à une répression aussi féroce que celle d’Hitler, on invente des complots, arrête, épure et fusille, les caisses de la banque nationale se vident. En juin 47, la balance du commerce tchèque était favorable. Ensuite, le déficit était resté modeste, mais il est passé de 130.000 livres sterling seulement en décembre, à 24 millions en avril. Les réserves d’or ont fondu en quelques mois. On envisage des mesures désespérées comme le dumping pour se procurer des matières premières. Sinon, c’est l’arrêt des usines et le chômage, auquel aucun gouvernement ne résisterait. Naturellement, Gottwald a fait appel aux Soviets, mais ceux-ci n’ont rien à donner. Ils prennent et ne rendent jamais. Sans devises, privés de l’appui des Etats-Unis, privés en plus des matières premières yougoslaves, les Tchèques devant leurs magasins vides, se demandent pour quel roi de Prusse ils travaillent. Dans l’état présent, on comprend que si les Etats-Unis décidaient comme riposte au blocus de Berlin, un blocus économique autour du rideau de fer, tout le système soviétique pourrait bien craquer. On le sait à Moscou.

Pour qui travaille le temps ? Tout est là.

 

                                                                                            CRITON

Criton – 1948-07-17 – Impasses

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Le Courrier d’Aix – 1948-07-17 – La Vie Internationale.

 

Impasses

 

L’échange de notes dans la bataille de Berlin n’ouvre aucune perspective d’accord. Entre Tito et Staline, la rupture est bien consommée. En Palestine enfin, Bernadotte ayant échoué, l’O.N.U. saisie du conflit va essayer d’imposer une trêve prolongée Ce qui frappe en cette année 48, c’est que toutes les difficultés, qu’elles soient intérieures ou internationales, paraissent de plus en plus insolubles et que le temps qui d’ordinaire arrange tout, fait aujourd’hui office contraire.

 

A Berlin

Les Anglo-Saxons se sont engagés à fond. Une file serrée d’avions ravitaille Berlin et ce déploiement d’organisation et de puissance a fait impression sur les Germains. Les Russes, après la perte de prestige que l’affaire Tito, les troubles de Prague et autres craquements leur font subir, ne peuvent céder. Ils peuvent, tout en maintenant le blocus, assurer eux-mêmes le ravitaillement de Berlin. C’est sans doute ce qu’ils proposeront. Mais les Anglo-Saxons s’en trouveront-ils satisfaits ? De part et d’autre, on ne manque pas de patience, empruntons-en nous-mêmes.

 

En Palestine

Bernadotte n’a pas pu faire accepter son plan assez compliqué. Ce sont les Arabes qui cependant favorisés, l’ont fait rejeter les premiers. Comme il était prévisible dès le début, c’est l’Egypte qui, en engageant son prestige dans la lutte, sera le plus difficile de satisfaire. Là encore la patience n’est pas aisément épuisée ; ce qui n’empêche pas les combats de reprendre et de s’amplifier. La politique est si ardente qu’on ne se soucie guère des victimes.

 

Tito

Les Russes ont bien juré la fin du dictateur yougoslave. Ils procèdent par la bande et par étapes. Blocus économique d’abord en le privant du carburant de Roumanie et d’Albanie ; blocus moral en isolant le parti communiste yougoslave de ses confrères. Privée de matières premières, la Yougoslavie dans l’état déjà lamentable de son économie, ne pourra que faire appel aux Américains ou se soumettre à Staline (si toutefois celui-ci y consent).

Les Etats-Unis s’intéressent beaucoup à l’affaire ; Tito, de peur de passer pour un renéga, ne peut ouvertement s’entendre avec eux. La première condition posée serait l’ouverture des frontières à la circulation des personnes et des marchandises étrangères. Mais cela seul représente l’abolition du régime communiste qui ne peut exister qu’en vase clos. Cruel dilemme, dont on attend la solution avec une curiosité aussi vive que désintéressée.

 

En Extrême-Orient

Si  l’U.R.S.S. parait avoir touché les rochers en Europe, son activité en Extrême-Orient s’accentue. Elle est plus à son aise là où ne vivent que des populations primitives qui obéissent sans réfléchir. On manie mieux des Malais que des Tchèques. Le quartier général du Kominform sud oriental est Bangkok, capitale du Siam, où l’ambassade soviétique compte plus de 200 membres ! De cette position centrale elle commande à la Birmanie à l’ouest, la Chine au nord, l’Indochine à l’est et la Malaisie au sud. C’est en Malaisie que l’action révolutionnaire se développe le plus brutalement ; les Anglais ont dû envoyer de nombreuses troupes, exécuter des rebelles, sillonner la jungle d’avions. Malgré les succès, on ne peut espérer, pas plus là qu’en Indochine, que la sécurité sera dans l’avenir suffisamment assurée, pour qu’une exploitation normale des ressources du pays puisse reprendre. Les Européens se sentant en danger n’iront y risquer ni leurs vies, ni leurs capitaux. Et l’Europe sera privée, au moment où elle a le plus besoin, d’étain et de caoutchouc, matières d’utilisation et d’échange indispensables à son relèvement difficile. C’est en Extrême-Orient que l’on voit le mieux le jeu antagoniste des deux impérialismes Russe et Américain.

Le Bolchévisme organise le sabotage pour affaiblir les pays continentaux, en l’occurrence la France et l’Angleterre. Il s’appuie sur les masses. Les Américains soutiennent les nationalistes de droite, mandarins et notables qui s’opposent au communisme autant qu’aux colonisateurs. Russes et Américains visent, en fin de compte, à évincer ceux qui ont fait par leur labeur et leur initiative ces pays qui sans eux seraient encore des jungles malsaines. Tout récemment, en Indonésie Hollandaise, une grosse société américaine a traité avec les nationalistes indigènes qui sont les maîtres à Java, un véritable monopole du commerce extérieur de l’île pour de nombreuses années ; les Hollandais ont protesté et le département d’Etat étudie l’affaire.

Il ne faut pas gratter beaucoup les idéologies pour voir apparaître les appétits instinctifs des races.

Les uns se plaisent à régner sur la misère, les autres sur une prospérité dont ils tiennent les commandes. Nous disons bien des instincts, car en dernière analyse ni russes, ni américains n’en tirent un profit personnel. Mais les uns ont la passion de détruire, les autres d’entreprendre et de monopoliser et les moyens employés malheureusement ne tiennent pas grand compte des tiers.

 

France, Italie

L’opinion internationale qui avait jusqu’à ces derniers jours fondé de grands espoirs sur le relèvement des pays latins est déçue. Eux aussi, retournent dans leur ornière ; agitations politique et sociale, goût de l’anarchie qui se résout tôt ou tard en dictature, incapacité de se discipliner et d’accepter les sacrifices et les privations que la guerre, et surtout trois années d’errements financiers et économiques, imposent. Les peuples les plus intelligents sont-ils à ce point aveugles ?

 

                                                                                  CRITON

Criton – 1948-07-10 – De Berlin à Belgrade

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Le Courrier d’Aix – 1948-07-10 – La Vie Internationale.

 

De Berlin à Belgrade

 

La bataille pour Berlin continue, l’effervescence à Prague, à Belgrade et à Tirana aussi. Après les coups de théâtre, l’épreuve de patience. On conçoit qu’aucune des deux parties ne cèdera et l’on prévoit déjà le ravitaillement de Berlin en charbon cet hiver par la voie des airs.

 

Le Cas Tito

L’affaire ne s’éclaircit pas. Une polémique violente à coup de notes et d’expulsions s’est allumée entre Yougoslaves et Albanais. Bagarres à Trieste entre communistes orthodoxes et Titistes ; frictions entre Yougoslaves et Bulgares. Prague est extrêmement nerveux : la grande fête des Sokols a servi d’occasion aux démonstrations pour Benes et la liberté, contre le Gouvernement. La rue s’agite ; des rumeurs d’occupation militaire russe circulent ; les ouvriers socialistes grondent et sabotent ; la police opère et matraque. La position de Tito est mal définie. Il demande la médiation de Staline en personne. La « Borba », son journal, continue à vilipender les Américains et autres impérialistes, mais par voie diplomatique, on demande des dollars. Le monde communiste a officiellement pris parti contre Tito pour le Kominform, à l’exception du Suisse. Mais tout cela ne révèle rien de l’agitation profonde, du désarroi même des partisans, qu’une scission interne travaille. Moscou reste silencieux.

 

Les Faiblesses de la Politique Russe

Depuis que Staline a cessé de jouer un rôle prépondérant, la politique de l’U.R.S.S. s’est durcie à l’intérieur comme à l’extérieur. Dans un récent article, M. Duff Cooper, l’ex-ambassadeur n’hésite pas à écrire : « La stupidité Russe basée sur l’ignorance peut produire une guerre que personne ne veut » ; cela à propos du nouvel envoyé Russe à Washington qui croit sans hésiter au succès de Wallace à l’élection présidentielle.

Ignorance en effet : Imbus de leur foi marxiste-léniniste, les Jdanov et Malenkov se trompent sur l’effet de leur action. Ils ont cru que la guerre froide allait précipiter la crise économique latente aux Etats-Unis et emporter le système capitaliste en un coup de vent. Tout au contraire, l’activité bat tous les records. Ils croient à la victoire fatale du communisme alors qu’il ne fait que reculer. Les élections de Finlande et de Hollande en apportent une nouvelle preuve.

Ils ne croient pas à la résolution américaine, alors qu’ils ont en face d’eux un pays parfaitement uni devant le péril et pleinement conscient de son rôle et de sa puissance. Ils se trompent enfin à ne pas voir que le spirituel commande et que le progrès de la conscience, malgré les vicissitudes, fait son chemin ; les innombrables caricatures qui ont paru sur la querelle Tito-Kominform, les plaisanteries sur le jargon Lenino-Marxiste des Bulles et contre-bulles, montrent que la doctrine n’est pas loin du ridicule. Et cela compte infiniment plus qu’une manœuvre diplomatique.

 

La Diplomatie Américaine

Le département d’Etat a aussi son préjugé : il est convaincu que les dictatures, si elles ne finissent pas dans la défaite, éclatent par dislocation interne. Kennan a soutenu cette thèse pour la Russie, et cela paraissait d’un optimisme presque puéril à l’époque. Cela l’est moins aujourd’hui. En travaillant à rétablir la prospérité des pays restés libres, laissant les autres sombrer dans la misère, les Américains croient à la puissance du contraste. L’affaire Tito qui, au fond, est autant économique que politique, leur donne raison.

 

Les Accords Bilatéraux

Les Seize Nations bénéficiaires du plan Marshall vont signer l’accord qui le met en marche. Ces traités ont soulevé des protestations, surtout en Angleterre et en France ; on a négocié. Les Etats-Unis ont fait des concessions et ceux qui criaient à l’atteinte à la souveraineté nationale auraient vraiment pu faire l’économie de cette polémique s’ils avaient l’intention de céder.

En fait, il n’y a rien dans les accords qui porte atteinte à la liberté des peuples. Mais il ne faut pas trop d’illusion ! Les traités d’ordre financier qui lient les Etats entre eux enchaînent beaucoup plus le débiteur que si celui-ci était un particulier. Il eut mille fois mieux valu que les hommes d’affaires américains renflouent les affaires françaises ou anglaises que l’Etat. Voyez l’Allemagne d’après 19. Les Compagnies américaines ont financé l’industrie du Reich à pleines mains. Ils ont tout perdu et Hitler a profité de l’outillage. Les épargnants français ont prêté 11 milliards de franc-or à la Russie des Tsars ; les grands ducs les ont bus et la politique Russe n’en n’a point été gênée. Les capitaux anglais ont fait l’Afrique du Sud. Elle n’en prend pas moins à son aise avec la métropole.

Par contre, rappelons combien les dettes de guerre ont pesé du fait des Etats-Unis sur notre politique allemande entre les deux guerres. La dette d’Etat à Etat est bien plus dangereuse que les participations financières privées.

 

La Grève des Dockers Anglais

Engagée à propos d’un conflit futile intéressant tout juste onze travailleurs, la grève a duré 16 jours, a fait perdre des millions de dollars à l’exportation. Le Gouvernement a dû se servir de la réquisition pour y mettre fin. Il y a laissé encore un peu de prestige. On a accusé le communisme, mais il y a bien autre chose : c’est un conflit entre les syndicats et leurs adhérents. Cette lourde machine qu’est une fédération avec ses subdivisions, sa paperasserie, ses magnats liés au gouvernement même, a perdu contact avec les hommes qu’elle est censé protéger. Ceux-ci ont le sentiment qu’ils sont un objet de marchandage entre un capitalisme d’Etat qui a remplacé le patron, et un syndicat qui les gouverne sans les connaître et, pour des intérêts qui leur échappent. D’où ces grèves spontanées dirigées contre la nouvelle tyrannie syndicale. Les ouvriers regrettent le temps où ils s’expliquaient avec leur employeur. C’est un aspect de la crise du socialisme étatique qui s’éloigne de l’idéal du socialisme véritable. Les Anglais en prennent conscience les premiers, et contribueront sans doute à le liquider.

 

                                                                                  CRITON

 

Criton – 1948-07-03 – La Révolte de Tito

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Le Courrier d’Aix – 1948-07-03 – La Vie Internationale.

 

La Révolte de Tito

 

La rupture entre le Maréchal Tito et Moscou est un événement considérable. Depuis mars, bien des rumeurs circulaient. On savait que tout n’allait pas pour le mieux derrière le rideau de fer. Mais on ne prévoyait pas un éclat. Les conséquences de l’événement seront très étendues si Tito se maintient au pouvoir. Mais son excommunication officielle par le Kominform ne laisse-t-elle pas supposer que Moscou a les moyens de l’abattre ?

 

Histoire de l’Evénement

Le Maréchal Tito avait l’ambition, comme tout dictateur, de passer de chef de parti au rôle de héros national ; or, aucun pays n’était moins préparé que la Yougoslavie à un régime collectiviste. Pour asseoir son autorité autrement que par la force, il lui fallait rallier ses adversaires, et pour cela renoncer dans une large mesure à imposer le communisme, mener une politique d’indépendance nationale et devant la misère du pays, obtenir des secours du seul côté d’où ils pouvaient venir : les Etats-Unis. Ce qui a provoqué Moscou, ce sont moins les entorses au marxisme intégral que les approches vers Washington.

Si Tito n’est pas exécuté, c’est le principal bastion de l’expansion soviétique qui s’écroule. Il ne sera pas facile de l’atteindre, car il possède la seule armée de l’Europe orientale dans un pays très difficile. Il serait d’ailleurs malaisé aux Russes, au cas où de façon ou d’autre ils élimineraient Tito de maintenir un gouvernement fantoche, comme celui de Pologne qui ne représenterait absolument rien puisque la plupart des communistes – d’ailleurs rares – resteraient fidèles au Maréchal.

La partie est donc bien compromise pour le Kremlin en Yougoslavie et l’exemple de Tito risque d’ébranler la position des soutiens de Moscou dans les autres pays soumis.

 

Ailleurs

Il n’est pas certain qu’en Bulgarie même Dimitrov soit tout à fait d’accord avec Staline. Il a déjà reçu quelques avertissements et l’opposition dans ce pays, le seul par tradition russophile des Balkans, est très forte depuis le meurtre de Petkov. En Roumanie, dominée par la nouvelle « Passionaria » Anna Pauker, ancienne maîtresse de Staline, une effroyable répression sévit ; les Russes ont déporté et peut-être exterminé dix mille officiers Roumains renouvelant le coup de Katyn contre les officiers Polonais. Une épuration massive se poursuit dans l’administration. En Tchécoslovaquie, le nouveau « Protektorat » redevient comme au temps d’Hitler un foyer de résistance et de complot. En Hongrie, la persécution contre les catholiques, la résistance du Cardinal Mindszenty, la fermeture des écoles chrétiennes ont provoqué des incidents sanglants. En Pologne enfin, la lutte des partisans a repris. Pour ne rien dire de l’Ukraine où la révolte n’est pas éteinte.

 

La Conférence de Varsovie

Cela explique la Conférence de Varsovie que les chroniqueurs mal informés, croyaient être la préparation d’une offensive contre les Anglo-Américains en Allemagne. Elle n’avait pour but que de faire sentir la présence Russe dans tous les pays où grondait l’insurrection. La résistance polonaise, aidée en cela par une propagande souterraine des Anglo-Saxons avait répandu le bruit que la Russie allait rendre aux Allemands les provinces à l’est de la ligne Oder-Neisse données aux Polonais, reprendre Berlin par tous les moyens et reconstituer un Reich allié de l’U.R.S.S. On ressuscitait à nouveau l’armée de Von Paulus. Les Polonais se sentaient encore une fois trahis.

C’est pourquoi l’une des manifestations de la conférence de Varsovie a été l’affirmation de l’intangibilité des frontières occidentales de la Pologne. Moscou a préféré décevoir les communistes allemands pour rassurer les Polonais.

 

A Berlin

La presse occidentale et même des voix autorisées ont donné aux incidents de Berlin une portée exagérée. On sent déjà qu’il n’y aura pas besoin de beaucoup d’énergie pour que la situation s’arrange. Ce ne sera évidemment qu’une accalmie et nous aurons d’autres émotions. Mais dans l’état actuel, les Russes ne pousseront pas l’affaire au drame ; le général Clay le sait bien, mais il entre dans la tactique anglo-saxonne d’émouvoir l’opinion pour justifier une politique vigoureuse contre le communisme. Si l’affaire Tito réussit, les Américains auront, après les élections d’Italie, marqué un gros point. Déjà ils ont réglé avec le Maréchal l’affaire des avions américains abattus, et débloqué 55 millions de dollars appartenant au gouvernement yougoslave. Par contre, ils vont se trouver en difficulté pour négocier la question de Trieste sans mécontenter les Italiens. Mais le calme qui règne dans le territoire fait prévoir qu’une solution a dû être envisagée.

 

L’Election de Dewey

La Convention américaine du parti Républicain a élu Dewey candidat à l’élection présidentielle. Ce sera donc très probablement Dewey président. Warren, vice-président, et Foster Dulles pour remplacer Marshall au département d’Etat. Le choix est plutôt surprenant car Dewey est peu populaire et avait contre lui son échec de 44. Jeune, très dynamique, mais dépourvu d’idées, il exécutera la politique des puissances qui l’ont désigné. On peut craindre que la haute finance et l’industrie qu’il représente ne mènent une politique moins généreuse et moins humaine que celle de Roosevelt et de Truman, Marshall plus « Businesslike », et que nous aurons à regretter le temps présent et les accords bien modérés que l’on nous a demandé de signer.

 

En Palestine

Il ne nous reste plus de place pour parler du problème d’Israël. Voilà que les Juifs de l’Irgoun et ceux de la Haganah se livrent une bataille rangée, rivalité politique déjà vieille entre une formation de terroristes à tendance fasciste et un groupe de politiques d’extrême gauche qui domine Israël : la tâche juive n’en sera pas facilitée. Nous aurons malheureusement l’occasion d’y revenir.

 

                                                                                            CRITON

 

 

 

Criton – 1948-06-26 – Politique et Monnaie

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Le Courrier d’Aix – 1948-06-26 – La Vie Internationale.

 

Politique et Monnaie

 

On regarde les relations Russo-Américaines comme le voyageur contemple la montagne un jour de brouillard. Un coin du voile se lève, un morceau du paysage semble se dessiner et puis de nouvelles brumes l’enveloppent. Il y aurait pourtant des indices d’éclaircie : la fixation de la Conférence du Danube ; l’abandon du rebelle grec Markos par ses Alliés ; les négociations entre Bulgares et Grecs à Washington ; les entretiens de Manowoky avec Lovett, sous-secrétaire américain. Par contre la réunion de Varsovie entre l’U.R.S.S. et ses satellites complète la rupture des négociations sur la monnaie allemande avec les Trois ……

 

La Réforme Monétaire en Allemagne

C’est enfin chose faite. Les Allemands ont un nouveau Mark. Le souvenir favorable du Rente mark de Schacht devrait l’aider à s’imposer. La confiance dans la monnaie est le principe de toute activité économique saine ; le délicat, c’est d’asseoir un signe monétaire dans un pays où il n’y a presque rien à vendre. Il faut ajuster le volume des moyens de payement à la quantité de marchandises disponibles et si possible tenir le consommateur un peu court. En même temps, il faut que les denrées consommables augmentent pour inciter le travail à rechercher les signes monétaires. Sinon une monnaie même assainie ne stimule pas l’effort comme cela est le cas en Roumanie et même en Russie depuis les lessives récentes. Heureusement les Etats-Unis avec les ressources Marshall peuvent, avec l’appoint de la nouvelle récolte, amorcer un circuit de production et d’échanges qui rendrait la monnaie nouvelle désirable. Le plan est bien conçu et arrive à l’heure, mais le trou constitué par la zone Russe et Berlin, en aspirant la monnaie saine, peut rendre précaire la réforme.

Les Russes avaient grand intérêt à se joindre aux alliés de l’Ouest. Mais c’était en définitive lever le rideau de fer et perdre le contrôle absolu de leur zone. Tout bien pesé et après hésitations, ils ont préféré s’abstenir. Ils vont à leur tour opérer une réforme monétaire spéciale en Allemagne orientale. Leur succès dépend de ce qu’ils pourront fournir de marchandises à un pays qu’ils ont en grande partie vidé et dont ils ont fait une colonie économique et financière. Il est probable que leur but sera plutôt de saboter la réforme occidentale que de lui opposer une concurrence victorieuse dont ils n’ont pas les moyens.

 

L’Union Européenne

L’Union européenne continue à animer les discussions ; l’idée de Reynaud d’un parlement européen élu par le suffrage des peuples, fait son chemin. Excellente idée, si ce parlement a des pouvoirs ; l’expérience des assemblées internationale montre malheureusement que les délégués y sont plus chauvins que les diplomates de carrière. On l’a vu à La Haye et plus récemment encore au Congrès socialiste de Vienne. Il vaut cependant la peine d’essayer. M. Courtin dans le « Monde » l’a dit avec raison, c’est la politique ici qui commande l’économique.

Si les lois économiques étaient comme le prétendent les Marxistes la raison déterminante des changements de structure politique, l’Union Européenne se ferait toute seule. Car chacun s’accorde à reconnaître que les conditions de la production et des échanges exigent impérieusement la constitution de vastes ensembles économiques dont les ressources s’équilibrent, et que de petits pays ne peuvent plus vivre par eux-mêmes. Il serait même fatal, selon l’orthodoxie du matérialisme historique, qu’avant peu il n’y ait plus qu’un système et qu’un monde.

Mais si  cette nécessité est évidente, les particularismes et les intérêts y résistent avec une force qui montre peut-être la malfaisance des hommes mais aussi la puissance des idées, qui ne sont pas toutes des préjugés. Il faudrait que chaque peuple commençât par un abandon de souveraineté au profit d’une autorité supérieure qui ne soit pas la volonté d’un plus fort. Or, parallèlement au besoin de concentration économique, une tendance antagoniste pousse les pays à un nationalisme de plus en plus étroit que l’extension de l’ingérence de l’Etat dans l’activité de chacun renforce une vaine aspiration à l’autarchie économique ; en sorte que les barrières se multiplient entre les états à mesure que se multiplient les raisons de les abattre.

Pour sortir de ce paradoxe, il faudrait frapper un grand coup qui tranchât le nœud gordien, et faire l’Union Européenne avant de chercher à en ajuster les moyens. Mais les peuples ont leurs raisons : ils sentent que l’Union ne se fera pas au profit de tous, mais de certains, au détriment des autres, et surtout qu’elle finira par être imposée par le plus fort à son seul bénéfice. L’exemple de l’U.R.S.S. et des républiques dites populaires est un exemple décisif de la façon dont on peut forcer l’histoire à donner raison à Karl Marx.

Tout cela vaut qu’on y pense.

 

La Débacle de Markos

Le journal suisse « Die Tat » publie une bien curieuse lettre du rebelle grec Markos où le bandit qui avouait avoir enlevé dix mille enfants grecs pour les déporter en Yougoslavie, se plaint d’avoir été trahi par Staline et abandonné par ses acolytes, Tito et Dimitrov. Tous ses S.O.S. sont restés sans réponse et, aujourd’hui traqué par les armées du gouvernement d’Athènes, il accuse avec humeur ceux qui l’ont lancé dans l’aventure.

A envoyer à Jean-Paul Sartre pour le drame qu’il écrira comme suite aux « Mains Sales ».

 

                                                                                            CRITON

Criton – 1948-06-19 – Rêves et Réalités

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Le Courrier d’Aix – 1948-06-19 – La Vie Internationale.

 

Rêves et Réalités

 

Bien que les indications soient toujours contradictoires, l’impression reste qu’un modus vivendi est recherché par les Américains comme par les Russes. Les Etats-Unis se rendent compte de leur faiblesse militaire actuelle, les Soviets de la nécessité de consolider dans les pays occupés une autorité encore précaire. Au surplus, la récolte de 48 ne sera pas excellente chez eux, et bien que celle de 47 fût exceptionnelle, une disette aigüe persiste en Ukraine.

 

A Berlin

Un jeu de chats : approches et coups de patte. Le trafic ferroviaire est interrompu puis rétabli ; les séances officielles de la Kommandantur sont suspendues, mais on cause dans les couloirs ; la position des trois est précaire à Berlin, mais ils ont décidé de s’y maintenir coûte que coûte, et leur prestige est engagé. Les Soviets n’ont pas coupé les ponts ; ils cherchent à monnayer leur forte position contre d’autres avantages ; ils craignent les effets de la réforme monétaire en Allemagne qui ne peut être différée maintenant et voudraient y participer au meilleur compte.

 

Les Accords de Londres

Voilà votées les « recommandations ». On va les appliquer, mais comme l’a dit Schumann, ce sont des mesures provisoires. En tous cas, on ne reviendra pas sur ces résolutions. Les Anglo-Saxons ont donné aux inquiétudes françaises des apaisements verbaux, et le Sénat américain, en autorisant le département d’Etat à s’associer dans le cadre de l’O.N.U. à des accords de défense régionaux, a préparé la voie à une garantie d’assistance militaire aux pays de l’Union Européenne, les Cinq et peut-être les Scandinaves et l’Italie.

 

Le Rêve du Général

Les critiques adressées au plan de Londres ont paru confuses et contradictoires, chacun dissimulant sa pensée véritable. Le général de Gaulle en veut à l’unité allemande et désire le retour à la pluralité de petits états d’avant Bismarck. Réunis dans le cadre de l’Union Européenne dont Paris serait la capitale, la France jouant le rôle d’Etat fédérateur sans lequel aucun bloc de nations souveraines ne pourra exister, et la Ruhr celui de réservoir commun à cet ensemble de peuples. Voilà le but. On comptait que l’Angleterre incapable, à cause de ses liens avec les Dominions, de s’incorporer dans une union douanière européenne, ne pourrait disputer à la France la place dirigeante. Plus tard, quand l’Europe centrale et les Balkans seraient libérés du joug soviétique, les petits états qui les composent se joindraient naturellement à la nouvelle Europe. On espérait que les Etats-Unis accepteraient de se décharger du fardeau européen, pourvu que le continent ne soit pas aux mains d’une puissance impérialiste et que sa structure économique et sociale laisse la porte ouverte à leur expansion commerciale. Mais l’Angleterre veillait ; et pour le moment, les Etats-Unis ne peuvent, devant la menace soviétique, abandonner la direction de l’Europe. Et la France de 1948 est trop divisée, et moralement et physiquement trop anémiée, pour que de grands rêves soient réalisables.

 

L’opposition Communiste

Quant aux communistes, il est amusant de relever la contradiction frappante entre leurs arguments et ceux des camarades allemands et soviétiques. Pour énerver les Français, on leur dit que les Anglo-Saxons veulent relever l’Allemagne avant la France, faire l’unité du Reich contre notre intérêt national, nous priver des réparations du charbon et de l’acier de la Ruhr. A Berlin, au contraire, on crie au démembrement de l’Allemagne dont la Russie seule veut refaire l’unité ; on asservit la nation vaincue aux puissances impérialistes et capitalistes, dont la France qui vole la Sarre.

On condamne le Reich à une occupation indéfinie et à un contrôle perpétuel qui ruine tout espoir d’indépendance nationale et de relèvement économique. La démagogie ne connait pas de contradictions, mais prenez garde, camarades, que les peuples sont moins crédules qu’on ne pense.

 

En Angleterre

La situation du Royaume-Uni s’assombrit chaque jour. La production de charbon a encore baissé et les exportations sont en danger ; douze mille dockers sont en grève, et la balance commerciale de Mai est en déficit de 62 millions de livres, un record. Le plan Marshall en couvre à peine la moitié. Il va falloir demain puiser dans les dernières réserves de la Banque d’Angleterre et après, ce sera la faillite et l’effondrement du bloc Sterling. Sir Stafford Cripps s’oppose désespérément à cette extrémité mais alors, ce seront de nouvelles restrictions alimentaires ou le chômage. Aussi, Dalton et son clan préfèrent ruiner l’Angleterre croyant qu’après cela, la socialisation s’imposera définitivement. En outre, le renouveau d’isolationnisme américain, qu’il ne faut pas prendre à la légère, laisse peu d’espoir pour un emprunt nouveau.

 

En Birmanie

Enfin, après les élections Sud-Africaines voici une nouvelle disgrâce ; la Birmanie passe au bolchévisme. La Malaisie, au sud, connait des révoltes sanglantes de même origine. 400 millions de capitaux britanniques sont menacés. En Birmanie, à qui le gouvernement travailliste a donné l’an passé l’indépendance sans conditions, le pouvoir était aux mains de Takin-Nu jusqu’ici adversaire implacable des communistes, qui avaient par quatre fois cherché à l’assassiner. Et ces jours-ci, volte-face complet et inattendu du Foreign-Office même, Takin-Nu se déclare communiste et demande une alliance avec Moscou. Par quels moyens, l’Angleterre réagira-t-elle ? La politique d’abandon une fois commencée mène une puissance coloniale de catastrophe en catastrophe plus coûteuse en définitive qu’une résistance même difficile. La France à ce titre a eu plus de courage que sa voisine britannique. Nous aurons mérité de sauver notre Empire.

 

                                                                                            CRITON

 

 

Criton – 1948-06-12 – Intérêts et Passions

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Le Courrier d’Aix – 1948-06-12 – La Vie Internationale.

 

Intérêts et Passions

 

Voici les passions politiques brouillant une fois de plus les affaires extérieures, tant en France qu’aux Etats-Unis. Ici, tempête contre les accords de Londres ; là, on fait au plan Marshall un croc en jambe, comme il commençait à marcher. Rien d’irréparable certainement, mais tout ce que le prestige des nations en cause y perd est mis à profit par l’ennemi.

 

L’Accord de Londres

Le texte est enfin paru, vague encore sur certains points. Américains et Anglais l’ont approuvé ; les Français polémiquent autour ; les Allemands protestent. Quant aux Russes, tout leur est bon pour exciter les passions. S’agit-il d’une organisation définitive de l’Allemagne ? N’est-ce pas plutôt un accord préalable sur certains points essentiels entre les trois Alliés de l’Ouest pour présenter un front commun, si l’on peut un jour forcer la Russie à signer un traité de paix avec l’Allemagne tout entière ? Les Etats-Unis ont voulu éviter une conférence à quatre, et mettre les Soviets devant le fait accompli. Si l’accord devait être appliqué tel quel, est-il donc désavantageux pour la France ?

On oublie d’abord qu’il n’y est pas question de la Sarre. Elle nous est acquise, malgré l’opposition des Russes et des Communistes Allemands. Secundo, l’occupation militaire de l’Allemagne durera tant que la Paix de l’Europe ne sera pas assurée, c’est-à-dire tant que les Russes ne seront pas rentrés chez eux et désarmés. Tertio, même après la fin de l’occupation, on maintiendra des troupes dans les régions-clefs et on continuera d’inspecter la production allemande. Si nous avions obtenu cela en 1919, notre sécurité n’aurait-elle pas été assurée ? L’actuelle polémique porte sur un point : nous ne contrôlerons pas le volume de la production de la Ruhr mais seulement la répartition des produits. Il y a certainement des intéressés qui n’admettent pas un relèvement de l’industrie sidérurgique allemande. Mais les Etats-Unis qui font les frais de l’occupation, tiennent à ce que l’Allemagne se relève assez pour subvenir à ses besoins. Et ce serait d’un intérêt mal compris, que de laisser devant notre porte pourrir le cadavre allemand. Déjà, à la faveur de la misère, un dangereux nationalisme renaît ; le communisme même reprend des forces aux récentes élections en Bavière et à Nuremberg. Les accords de Londres doivent permettre de servir la communauté européenne.

 

A Washington

On vient de rogner les crédits du plan Marshall. Cela nous rappelle les beaux jours du sénateur Borah. Il s’appelle aujourd’hui Taber. C’est lui qui a persuadé la Chambre des Représentants de ce mauvais coup. Un phénomène type de la faune politique américaine ; obtus, isolationniste, impénitent, il était venu en Europe où il n’avait rencontré aucune misère mais seulement des aiglefins cherchant à pomper les dollars de l’Oncle Sam pour s’amuser sans rien faire. Les crédits seront rétablis par le Sénat, mais la politique des U.S.A., déjà passablement incohérente, n’y gagnera pas en prestige. Il faut dire toutefois que l’opinion aux Etats-Unis a été choquée de ce que l’Europe, aussitôt voté le plan Marshall, est retournée à ses combinaisons égoïstes. Les Anglais ont escamoté l’Union Européenne, les Français, l’Etat-major combiné pour ne pas soumettre leur armée au commandement anglais ; l’union douanière des Seize et même la coopération économique pure et simple s’est estompée. La réduction de crédits proposée par les représentants est donc un avertissement. S’il était suivi d’effet, la reconstruction de l’Europe serait remise en cause au seul profit des Soviets.

 

Markos demande la Paix

On a été surpris quand le chef des insurgés grecs, Markos a fait au gouvernement d’Athènes des ouvertures de paix. Il n’a pu agir que sur ordre de Moscou. Le Kominform renonce à sa « guerre d’Espagne ». Markos, depuis quelques temps, n’était plus soutenu et sa défaite parait proche. Les Russes ont-ils cédé à une pression américaine secrète et puissante à laquelle les récents développements de l’arme atomique et d’autres engins ne seraient pas, dit-on, étrangers ? Ont-ils voulu, en abandonnant ce champ de lutte particulièrement irritant, agir sur l’opinion américaine, aider Wallace et retarder le vote de la conscription aux Etats-Unis ? Cherchent-ils tout simplement en rétablissant la paix, à obliger les troupes anglaises et les conseillers américains à quitter le pays, quitte à faire renaître la lutte plus tard quand ils seraient partis. C’est plutôt ainsi qu’on interprète à Londres le geste de Markos, et l’on n’est pas pressé de lâcher cette position stratégique de première importance.

L’impression de détente persiste néanmoins. En Finlande le remaniement ministériel a satisfait Staline. Des pourparlers sur la réforme monétaire allemande paraissent possibles. Attendons des faits plus précis.

 

Palestine

Le Comte Bernadotte, médiateur de l’O.N.U., a réussi à faire exécuter la trêve. Il est vrai que les belligérants étaient à court de munitions. On craignait que les Egyptiens ne fassent tout échouer. Mais il semble qu’ils n’ont agi que pour leur compte et en réalité contre Abdullah et les intérêts anglais. Ils ont occupé le désert qui s’étend entre Suez et la Mer Morte, d’où les Anglais comptaient surveiller le Canal. On n’a encore aucune idée de ce que sera le règlement final. L’intervention égyptienne l’aura encore compliqué. Il n’en avait pas besoin.

 

                                                                                  CRITON

Criton – 1948-06-05 – Ambigüités

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Le Courrier d’Aix – 1948-06-05 – La Vie Internationale.

 

Ambiguïtés

 

Rarement les questions essentielles ont-elles été aussi obscures qu’aujourd’hui : on annonce un accord franco-anglo-américain sur l’Allemagne. On croit à des négociations prochaines entre les Etats-Unis et la Russie, on dit la trêve en Palestine acceptée et conclue, et tout cela en même temps est contredit. Voyons un peu.

 

Conférence de Londres

Officiellement on a trouvé à Londres un compromis sur le contrôle de la Ruhr, sur l’avenir politique de l’Allemagne, mais ce ne sont que des recommandations ; les ministres auront à faire connaître leurs décisions et les Parlements à leur tour à les voter. C’est dire que les Allemands peuvent attendre. Tout cela semble calculé. Aucune des puissances n’est pressée de faire un geste décisif. Si un gouvernement allemand est établi à Francfort, les Russes en nommeront un à Berlin, et cependant les Russes eux-mêmes prétendent maintenir l’unité allemande, contre les Américains qui la veulent détruire ….

 

Négociations ?

Le discours du Maréchal Sokolovski à Berlin, le retour de Bedell Smith à Moscou, des murmures, des colloques, des allées et venues font croire à une reprise du dialogue entre Soviets et Etats-Unis. Cependant, les chancelleries sont alertées par des rapports circonstanciés sur les préparatifs Russes et Yougoslaves sur le plan militaire d’invasion de l’Europe prévu pour Septembre. Les documents sont-ils fabriqués par les Soviets eux-mêmes pour entretenir un état de découragement et peser sur la reprise économique ? Soyons optimiste et croyons l’ex-secrétaire d’état Byrne: la Russie cherche un accord, dit-il.

 

Les Elections Sud-Africaines

Une cruelle nouvelle est venue frapper l’Empire Britannique. Le vieux leader d’Afrique du Sud, le général Smuts a été battu aux élections par les nationalistes anti-anglais, et pro-nazi pendant la guerre. Smuts était avec Churchill le plus éminent représentant de l’empire. Ingratitude des électeurs ? Dans le cas des Sud-Africains, elle s’explique. Ce sont deux millions de blancs en face de neuf millions de nègres, de 300.000 métis et d’autant d’Hindous. Cette minorité craint d’être submergée, le jour où, au nom de l’égalité des races, l’indigène votera. L’avènement du Socialisme, la dépression économique en Grande-Bretagne n’ont pas peu contribué au refroidissement des Afrikanders encore pleins de cruels souvenirs de la guerre de 1900. Le voyage des Souverains Anglais en 1946 n’a pas suffi à raffermir les liens du Dominion avec la Couronne. Cependant, d’après les déclarations du Dr Malan, leader nationaliste, après sa victoire, il n’est pas question de rupture avec les Anglais. Mais l’avertissement est grave ; l’empire britannique ne peut être sauvé que par une union nationale dont Churchill a montré hier l’évidente nécessité.

 

Palestine

Y verra-t-on jamais clair ? L’opposition entre les Etats-Unis et l’Angleterre sur la question est beaucoup moins nette qu’elle ne semblait. Comme toujours, les intérêts anglo-saxons sont par quelque côté solidaires, en Moyen-Orient plus qu’ailleurs. Stratégie, pétrole certes, mais aussi une même façon de sentir dans les conflits moraux et religieux. Nouveau volte-face – le quatrième- du président Truman. Après avoir, en toute hâte, reconnu l’Etat Juif et promis en personne au Docteur Weismann, représentant d’Israël, un prêt américain, voici qu’il enveloppe ses intentions de conditions problématiques. On n’est plus sûr qu’Israël sera. Bevin a dû convaincre les Américains d’aller doucement, il a fait adopter une proposition de trêve de quatre semaines pendant lesquelles on pourra discuter, voir et attendre. Les Arabes et les Juifs, également incertains de l’issue militaire, ont accepté. Cependant les combats continuent. On a accusé les Américains de double jeu : ils ont pris le parti d’Israël pour conserver la faveur et les voix des Sionistes et tendre un piège aux Russes en les incitant à se prononcer pour les Juifs. Voilà Moscou protecteur affirmé d’Israël. Excellent prétexte pour revenir aux côtés des Arabes qu’il est pour des raisons économiques et stratégiques, bien plus important de ménager. La suite au prochain numéro.

 

Les Congrès de Scarborough

Les Travaillistes se sont réunis en Congrès à Scarborough. Un malaise planait. Le fait est là : tandis que l’Europe continentale se relève rapidement, l’Angleterre piétine dans ses difficultés. Le déficit de la balance commerciale subsiste ; la production s’accroît peu ; les restrictions risquent de s’aggraver encore. La confiance dans les méthodes travaillistes faiblit. Avec bonne foi, les orateurs ont dit la cause : Le producteur ouvrier anglais a conservé l’esprit du messianisme socialiste : établir la juste répartition des richesses. Maintenant, il faut qu’il prenne conscience de sa responsabilité devant la collectivité. Son travail doit assurer le bien-être général. Or dans les entreprises nationalisées, les mines de charbon en particulier, l’incompétence des nouveaux dirigeants, la Bureaucratie, la mentalité revendicative des ouvriers ont paralysé la production. Or, le charbon est le problème majeur de l’Angleterre, le seul au fond ; si elle apportait assez de charbon, son ravitaillement serait assuré et ses comptes en équilibre.

Du succès ou de l’échec du travaillisme dépend l’avenir politique de l’Europe. Or, en France, en Italie, dans les pays du Benelux, où règne une politique plus souple, les progrès économiques sont évidents. Affirmons dans cette période de doute et de confusion que la France en particulier est considérée par tous les experts en très bonne voie.

 

                                                                                            CRITON