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Le Courrier d’Aix – 1948-07-03 – La Vie Internationale.
La Révolte de Tito
La rupture entre le Maréchal Tito et Moscou est un événement considérable. Depuis mars, bien des rumeurs circulaient. On savait que tout n’allait pas pour le mieux derrière le rideau de fer. Mais on ne prévoyait pas un éclat. Les conséquences de l’événement seront très étendues si Tito se maintient au pouvoir. Mais son excommunication officielle par le Kominform ne laisse-t-elle pas supposer que Moscou a les moyens de l’abattre ?
Histoire de l’Evénement
Le Maréchal Tito avait l’ambition, comme tout dictateur, de passer de chef de parti au rôle de héros national ; or, aucun pays n’était moins préparé que la Yougoslavie à un régime collectiviste. Pour asseoir son autorité autrement que par la force, il lui fallait rallier ses adversaires, et pour cela renoncer dans une large mesure à imposer le communisme, mener une politique d’indépendance nationale et devant la misère du pays, obtenir des secours du seul côté d’où ils pouvaient venir : les Etats-Unis. Ce qui a provoqué Moscou, ce sont moins les entorses au marxisme intégral que les approches vers Washington.
Si Tito n’est pas exécuté, c’est le principal bastion de l’expansion soviétique qui s’écroule. Il ne sera pas facile de l’atteindre, car il possède la seule armée de l’Europe orientale dans un pays très difficile. Il serait d’ailleurs malaisé aux Russes, au cas où de façon ou d’autre ils élimineraient Tito de maintenir un gouvernement fantoche, comme celui de Pologne qui ne représenterait absolument rien puisque la plupart des communistes – d’ailleurs rares – resteraient fidèles au Maréchal.
La partie est donc bien compromise pour le Kremlin en Yougoslavie et l’exemple de Tito risque d’ébranler la position des soutiens de Moscou dans les autres pays soumis.
Ailleurs
Il n’est pas certain qu’en Bulgarie même Dimitrov soit tout à fait d’accord avec Staline. Il a déjà reçu quelques avertissements et l’opposition dans ce pays, le seul par tradition russophile des Balkans, est très forte depuis le meurtre de Petkov. En Roumanie, dominée par la nouvelle « Passionaria » Anna Pauker, ancienne maîtresse de Staline, une effroyable répression sévit ; les Russes ont déporté et peut-être exterminé dix mille officiers Roumains renouvelant le coup de Katyn contre les officiers Polonais. Une épuration massive se poursuit dans l’administration. En Tchécoslovaquie, le nouveau « Protektorat » redevient comme au temps d’Hitler un foyer de résistance et de complot. En Hongrie, la persécution contre les catholiques, la résistance du Cardinal Mindszenty, la fermeture des écoles chrétiennes ont provoqué des incidents sanglants. En Pologne enfin, la lutte des partisans a repris. Pour ne rien dire de l’Ukraine où la révolte n’est pas éteinte.
La Conférence de Varsovie
Cela explique la Conférence de Varsovie que les chroniqueurs mal informés, croyaient être la préparation d’une offensive contre les Anglo-Américains en Allemagne. Elle n’avait pour but que de faire sentir la présence Russe dans tous les pays où grondait l’insurrection. La résistance polonaise, aidée en cela par une propagande souterraine des Anglo-Saxons avait répandu le bruit que la Russie allait rendre aux Allemands les provinces à l’est de la ligne Oder-Neisse données aux Polonais, reprendre Berlin par tous les moyens et reconstituer un Reich allié de l’U.R.S.S. On ressuscitait à nouveau l’armée de Von Paulus. Les Polonais se sentaient encore une fois trahis.
C’est pourquoi l’une des manifestations de la conférence de Varsovie a été l’affirmation de l’intangibilité des frontières occidentales de la Pologne. Moscou a préféré décevoir les communistes allemands pour rassurer les Polonais.
A Berlin
La presse occidentale et même des voix autorisées ont donné aux incidents de Berlin une portée exagérée. On sent déjà qu’il n’y aura pas besoin de beaucoup d’énergie pour que la situation s’arrange. Ce ne sera évidemment qu’une accalmie et nous aurons d’autres émotions. Mais dans l’état actuel, les Russes ne pousseront pas l’affaire au drame ; le général Clay le sait bien, mais il entre dans la tactique anglo-saxonne d’émouvoir l’opinion pour justifier une politique vigoureuse contre le communisme. Si l’affaire Tito réussit, les Américains auront, après les élections d’Italie, marqué un gros point. Déjà ils ont réglé avec le Maréchal l’affaire des avions américains abattus, et débloqué 55 millions de dollars appartenant au gouvernement yougoslave. Par contre, ils vont se trouver en difficulté pour négocier la question de Trieste sans mécontenter les Italiens. Mais le calme qui règne dans le territoire fait prévoir qu’une solution a dû être envisagée.
L’Election de Dewey
La Convention américaine du parti Républicain a élu Dewey candidat à l’élection présidentielle. Ce sera donc très probablement Dewey président. Warren, vice-président, et Foster Dulles pour remplacer Marshall au département d’Etat. Le choix est plutôt surprenant car Dewey est peu populaire et avait contre lui son échec de 44. Jeune, très dynamique, mais dépourvu d’idées, il exécutera la politique des puissances qui l’ont désigné. On peut craindre que la haute finance et l’industrie qu’il représente ne mènent une politique moins généreuse et moins humaine que celle de Roosevelt et de Truman, Marshall plus « Businesslike », et que nous aurons à regretter le temps présent et les accords bien modérés que l’on nous a demandé de signer.
En Palestine
Il ne nous reste plus de place pour parler du problème d’Israël. Voilà que les Juifs de l’Irgoun et ceux de la Haganah se livrent une bataille rangée, rivalité politique déjà vieille entre une formation de terroristes à tendance fasciste et un groupe de politiques d’extrême gauche qui domine Israël : la tâche juive n’en sera pas facilitée. Nous aurons malheureusement l’occasion d’y revenir.
CRITON