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Le Courrier d’Aix – 1948-06-12 – La Vie Internationale.
Intérêts et Passions
Voici les passions politiques brouillant une fois de plus les affaires extérieures, tant en France qu’aux Etats-Unis. Ici, tempête contre les accords de Londres ; là, on fait au plan Marshall un croc en jambe, comme il commençait à marcher. Rien d’irréparable certainement, mais tout ce que le prestige des nations en cause y perd est mis à profit par l’ennemi.
L’Accord de Londres
Le texte est enfin paru, vague encore sur certains points. Américains et Anglais l’ont approuvé ; les Français polémiquent autour ; les Allemands protestent. Quant aux Russes, tout leur est bon pour exciter les passions. S’agit-il d’une organisation définitive de l’Allemagne ? N’est-ce pas plutôt un accord préalable sur certains points essentiels entre les trois Alliés de l’Ouest pour présenter un front commun, si l’on peut un jour forcer la Russie à signer un traité de paix avec l’Allemagne tout entière ? Les Etats-Unis ont voulu éviter une conférence à quatre, et mettre les Soviets devant le fait accompli. Si l’accord devait être appliqué tel quel, est-il donc désavantageux pour la France ?
On oublie d’abord qu’il n’y est pas question de la Sarre. Elle nous est acquise, malgré l’opposition des Russes et des Communistes Allemands. Secundo, l’occupation militaire de l’Allemagne durera tant que la Paix de l’Europe ne sera pas assurée, c’est-à-dire tant que les Russes ne seront pas rentrés chez eux et désarmés. Tertio, même après la fin de l’occupation, on maintiendra des troupes dans les régions-clefs et on continuera d’inspecter la production allemande. Si nous avions obtenu cela en 1919, notre sécurité n’aurait-elle pas été assurée ? L’actuelle polémique porte sur un point : nous ne contrôlerons pas le volume de la production de la Ruhr mais seulement la répartition des produits. Il y a certainement des intéressés qui n’admettent pas un relèvement de l’industrie sidérurgique allemande. Mais les Etats-Unis qui font les frais de l’occupation, tiennent à ce que l’Allemagne se relève assez pour subvenir à ses besoins. Et ce serait d’un intérêt mal compris, que de laisser devant notre porte pourrir le cadavre allemand. Déjà, à la faveur de la misère, un dangereux nationalisme renaît ; le communisme même reprend des forces aux récentes élections en Bavière et à Nuremberg. Les accords de Londres doivent permettre de servir la communauté européenne.
A Washington
On vient de rogner les crédits du plan Marshall. Cela nous rappelle les beaux jours du sénateur Borah. Il s’appelle aujourd’hui Taber. C’est lui qui a persuadé la Chambre des Représentants de ce mauvais coup. Un phénomène type de la faune politique américaine ; obtus, isolationniste, impénitent, il était venu en Europe où il n’avait rencontré aucune misère mais seulement des aiglefins cherchant à pomper les dollars de l’Oncle Sam pour s’amuser sans rien faire. Les crédits seront rétablis par le Sénat, mais la politique des U.S.A., déjà passablement incohérente, n’y gagnera pas en prestige. Il faut dire toutefois que l’opinion aux Etats-Unis a été choquée de ce que l’Europe, aussitôt voté le plan Marshall, est retournée à ses combinaisons égoïstes. Les Anglais ont escamoté l’Union Européenne, les Français, l’Etat-major combiné pour ne pas soumettre leur armée au commandement anglais ; l’union douanière des Seize et même la coopération économique pure et simple s’est estompée. La réduction de crédits proposée par les représentants est donc un avertissement. S’il était suivi d’effet, la reconstruction de l’Europe serait remise en cause au seul profit des Soviets.
Markos demande la Paix
On a été surpris quand le chef des insurgés grecs, Markos a fait au gouvernement d’Athènes des ouvertures de paix. Il n’a pu agir que sur ordre de Moscou. Le Kominform renonce à sa « guerre d’Espagne ». Markos, depuis quelques temps, n’était plus soutenu et sa défaite parait proche. Les Russes ont-ils cédé à une pression américaine secrète et puissante à laquelle les récents développements de l’arme atomique et d’autres engins ne seraient pas, dit-on, étrangers ? Ont-ils voulu, en abandonnant ce champ de lutte particulièrement irritant, agir sur l’opinion américaine, aider Wallace et retarder le vote de la conscription aux Etats-Unis ? Cherchent-ils tout simplement en rétablissant la paix, à obliger les troupes anglaises et les conseillers américains à quitter le pays, quitte à faire renaître la lutte plus tard quand ils seraient partis. C’est plutôt ainsi qu’on interprète à Londres le geste de Markos, et l’on n’est pas pressé de lâcher cette position stratégique de première importance.
L’impression de détente persiste néanmoins. En Finlande le remaniement ministériel a satisfait Staline. Des pourparlers sur la réforme monétaire allemande paraissent possibles. Attendons des faits plus précis.
Palestine
Le Comte Bernadotte, médiateur de l’O.N.U., a réussi à faire exécuter la trêve. Il est vrai que les belligérants étaient à court de munitions. On craignait que les Egyptiens ne fassent tout échouer. Mais il semble qu’ils n’ont agi que pour leur compte et en réalité contre Abdullah et les intérêts anglais. Ils ont occupé le désert qui s’étend entre Suez et la Mer Morte, d’où les Anglais comptaient surveiller le Canal. On n’a encore aucune idée de ce que sera le règlement final. L’intervention égyptienne l’aura encore compliqué. Il n’en avait pas besoin.
CRITON