Criton – 1948-06-05 – Ambigüités

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Le Courrier d’Aix – 1948-06-05 – La Vie Internationale.

 

Ambiguïtés

 

Rarement les questions essentielles ont-elles été aussi obscures qu’aujourd’hui : on annonce un accord franco-anglo-américain sur l’Allemagne. On croit à des négociations prochaines entre les Etats-Unis et la Russie, on dit la trêve en Palestine acceptée et conclue, et tout cela en même temps est contredit. Voyons un peu.

 

Conférence de Londres

Officiellement on a trouvé à Londres un compromis sur le contrôle de la Ruhr, sur l’avenir politique de l’Allemagne, mais ce ne sont que des recommandations ; les ministres auront à faire connaître leurs décisions et les Parlements à leur tour à les voter. C’est dire que les Allemands peuvent attendre. Tout cela semble calculé. Aucune des puissances n’est pressée de faire un geste décisif. Si un gouvernement allemand est établi à Francfort, les Russes en nommeront un à Berlin, et cependant les Russes eux-mêmes prétendent maintenir l’unité allemande, contre les Américains qui la veulent détruire ….

 

Négociations ?

Le discours du Maréchal Sokolovski à Berlin, le retour de Bedell Smith à Moscou, des murmures, des colloques, des allées et venues font croire à une reprise du dialogue entre Soviets et Etats-Unis. Cependant, les chancelleries sont alertées par des rapports circonstanciés sur les préparatifs Russes et Yougoslaves sur le plan militaire d’invasion de l’Europe prévu pour Septembre. Les documents sont-ils fabriqués par les Soviets eux-mêmes pour entretenir un état de découragement et peser sur la reprise économique ? Soyons optimiste et croyons l’ex-secrétaire d’état Byrne: la Russie cherche un accord, dit-il.

 

Les Elections Sud-Africaines

Une cruelle nouvelle est venue frapper l’Empire Britannique. Le vieux leader d’Afrique du Sud, le général Smuts a été battu aux élections par les nationalistes anti-anglais, et pro-nazi pendant la guerre. Smuts était avec Churchill le plus éminent représentant de l’empire. Ingratitude des électeurs ? Dans le cas des Sud-Africains, elle s’explique. Ce sont deux millions de blancs en face de neuf millions de nègres, de 300.000 métis et d’autant d’Hindous. Cette minorité craint d’être submergée, le jour où, au nom de l’égalité des races, l’indigène votera. L’avènement du Socialisme, la dépression économique en Grande-Bretagne n’ont pas peu contribué au refroidissement des Afrikanders encore pleins de cruels souvenirs de la guerre de 1900. Le voyage des Souverains Anglais en 1946 n’a pas suffi à raffermir les liens du Dominion avec la Couronne. Cependant, d’après les déclarations du Dr Malan, leader nationaliste, après sa victoire, il n’est pas question de rupture avec les Anglais. Mais l’avertissement est grave ; l’empire britannique ne peut être sauvé que par une union nationale dont Churchill a montré hier l’évidente nécessité.

 

Palestine

Y verra-t-on jamais clair ? L’opposition entre les Etats-Unis et l’Angleterre sur la question est beaucoup moins nette qu’elle ne semblait. Comme toujours, les intérêts anglo-saxons sont par quelque côté solidaires, en Moyen-Orient plus qu’ailleurs. Stratégie, pétrole certes, mais aussi une même façon de sentir dans les conflits moraux et religieux. Nouveau volte-face – le quatrième- du président Truman. Après avoir, en toute hâte, reconnu l’Etat Juif et promis en personne au Docteur Weismann, représentant d’Israël, un prêt américain, voici qu’il enveloppe ses intentions de conditions problématiques. On n’est plus sûr qu’Israël sera. Bevin a dû convaincre les Américains d’aller doucement, il a fait adopter une proposition de trêve de quatre semaines pendant lesquelles on pourra discuter, voir et attendre. Les Arabes et les Juifs, également incertains de l’issue militaire, ont accepté. Cependant les combats continuent. On a accusé les Américains de double jeu : ils ont pris le parti d’Israël pour conserver la faveur et les voix des Sionistes et tendre un piège aux Russes en les incitant à se prononcer pour les Juifs. Voilà Moscou protecteur affirmé d’Israël. Excellent prétexte pour revenir aux côtés des Arabes qu’il est pour des raisons économiques et stratégiques, bien plus important de ménager. La suite au prochain numéro.

 

Les Congrès de Scarborough

Les Travaillistes se sont réunis en Congrès à Scarborough. Un malaise planait. Le fait est là : tandis que l’Europe continentale se relève rapidement, l’Angleterre piétine dans ses difficultés. Le déficit de la balance commerciale subsiste ; la production s’accroît peu ; les restrictions risquent de s’aggraver encore. La confiance dans les méthodes travaillistes faiblit. Avec bonne foi, les orateurs ont dit la cause : Le producteur ouvrier anglais a conservé l’esprit du messianisme socialiste : établir la juste répartition des richesses. Maintenant, il faut qu’il prenne conscience de sa responsabilité devant la collectivité. Son travail doit assurer le bien-être général. Or dans les entreprises nationalisées, les mines de charbon en particulier, l’incompétence des nouveaux dirigeants, la Bureaucratie, la mentalité revendicative des ouvriers ont paralysé la production. Or, le charbon est le problème majeur de l’Angleterre, le seul au fond ; si elle apportait assez de charbon, son ravitaillement serait assuré et ses comptes en équilibre.

Du succès ou de l’échec du travaillisme dépend l’avenir politique de l’Europe. Or, en France, en Italie, dans les pays du Benelux, où règne une politique plus souple, les progrès économiques sont évidents. Affirmons dans cette période de doute et de confusion que la France en particulier est considérée par tous les experts en très bonne voie.

 

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