Criton – 1949-01-08 – Perspectives

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Le Courrier d’Aix – 1949-01-08 – La Vie Internationale.

 

Perspectives

 

Dans l’ensemble, l’année 1948 s’est achevée sur une note plus apaisante qu’on ne pouvait l’espérer à son aurore. Aucun conflit ne s’est éteint, aucun cependant ne s’est aggravé, au point de mettre la paix mondiale en danger. Même la guerre en Chine paraît tourner aux négociations. Sans qu’on puisse en donner les raisons, les restes d’ardeur belliqueuse laissés par la guerre se sont affaiblis. On semble pouvoir compter sur un sursis plus ou moins long.

 

Un Article Inspiré

Dans « Foreign Affairs » vient de paraître un article qui fait suite, à un an d’intervalle, à celui qui avait fait sensation. L’auteur qui est membre du bureau des affaires Russes au département d’Etat, analyse les déclarations de Staline et conclut que toutes celles qui tendent à faire croire que le monde capitaliste et le monde communiste peuvent vivre pacifiquement côte à côte sont de pure tactique. Staline n’a cessé de croire qu’un conflit est inévitable, parce que le monde capitaliste condamné par ses contradictions internes, cherchera dans la guerre une issue à ses difficultés. L’auteur pense que cette guerre n’est cependant pas probable avant quelques années et que le meilleur moyen de la prévenir est de montrer que le système capitaliste est capable de fournir à l’homme non seulement plus de liberté et de bien-être, mais aussi une grande stabilité économique.

A notre avis, ce que Staline et ses camarades ne voient pas, c’est que le capitalisme a énormément évolué depuis Karl Marx ; le message de Truman au Congrès américain montre que cette évolution va s’accélérer encore. De plus, à côté d’un monde qui peut encore s’appeler capitaliste au sens social du mot, s’est organisé un monde socialiste dont l’Angleterre est le prototype et qui, même s’il n’est pas viable et doit s’effondrer à plus ou moins bref délai, laissera de telles traces que le système qui lui succèdera sera peut-être plus éloigné du capitalisme selon Marx que le système actuel.

Le moment n’est pas loin, s’il n’est pas déjà venu, où le pseudo-communisme russe apparaitra comme le camouflage idéologique de méthodes d’organisation économique archaïques et périmées et où le régime devra se transformer ou périr.

C’est ce que l’on pense couramment aux Etats-Unis.

 

L’Accord des Six

L’accord sur la Ruhr continue à être diversement commenté ; les Allemands ont vivement protesté parce qu’ils sentent que la liberté économique n’est pas près de leur être rendue. Par ailleurs, les termes de l’accord sont assez vagues et comme tout traité, il sera ce que l’on ne fera. Il n’en reste pas moins que pour la France, c’est un droit qui est écrit et reconnu, de contrôler à l’avenir le potentiel industriel de l’arsenal de l’Allemagne. Ce droit demeurera et pourra éventuellement appuyer une action qui, approuvée ou non par les autres signataires, n’en sera pas moins juridiquement inattaquable. Ce qui nous manquait en 1919, c’est ce que les Allemands ont compris.

L’accord des Six a d’ailleurs été grandement facilité par le rapport américain récemment parvenu au Département d’Etat sur la mentalité allemande actuelle. Après la période de désespoir de ces dernières années, depuis le succès de la réforme monétaire, l’orgueil allemand s’est relevé. Les Germains croient toujours qu’ils sont le premier peuple du monde, indispensable au relèvement de l’Europe, le soldat allemand, l’allié sans lequel le bolchévisme ne pourra être contenu… La résistance de Berlin au blocus soviétique a fait éclater cet orgueil qui a été l’aliment du nazisme.

Le rapport américain souligne le peu de confiance qu’on peut accorder aux Allemands en matière politique, l’absence chez eux de toute foi démocratique et le risque de voir cette puissance germanique, si on la laissait se relever à sa guise, s’allier à celui qui pourrait l’aider dans une nouvelle tentative de domination. Ces conseils de prudence ont eu grand effet à Washington.

 

En Chine

Il nous faudrait plusieurs colonnes pour analyser la situation chinoise actuelle. Tchang-Kaï-Chek voudrait démissionner, mais ses partisans l’en empêchent.

Au sein du Kouo-Min-Tang, les rivaux du Maréchal s’agitent et cherchent à négocier avec les communistes. Ceux-ci veulent la victoire finale qu’ils estiment prochaine. Les Américains essaient de rassembler ceux qui voudraient former un gouvernement de coalition mais chaque fraction cherche à dominer, personne ne peut s’entendre. Notre impression est que la situation actuelle pourrait bien s’éterniser. La guerre civile en Chine est devenue endémique et semble incurable. C’est comme une seconde nature.

 

En Palestine

Il y a dans l’affaire Judéo-Arabe autant de comédie que de drame. Les Juifs ont attaqué les Egyptiens dans le Néguev et leur ont infligé une leçon. Les Anglais qui sont toujours en principe alliés des Egyptiens ont fait mine de vouloir tenir leurs obligations et menacé de combattre les Juifs. En fait, ils n’étaient pas mécontents de montrer aux Egyptiens qu’ils étaient si faibles qu’ils pourraient bien avoir encore besoin du soldat anglais. Pendant ce temps, Abdullah se tient coi et laisse tomber les Egyptiens et les autres pays arabes qui parlent de combattre Israël et refusent au souverain de Transjordanie la couronne de Palestine.

On sent néanmoins que la paix est proche et que tout cela est pure tactique. Ce qui est l’essentiel.

 

                                                                                  CRITON

Criton – 1949-01-01 – Drame et Comédie

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Le Courrier d’Aix – 1949-01-01 – La Vie Internationale.

 

Drame et Comédie

 

Semaine aux événements bien mêlés : une nouvelle qui nous réjouit : l’accord des Six sur la Ruhr qui est un succès capital pour notre avenir. Une histoire bien amusante : la condamnation platonique de l’action hollandaise en Indonésie par le Conseil de Sécurité. Enfin, hélas, l’arrestation le jour même de Noël, par les bolchéviques de Hongrie de l’héroïque prélat.

 

Le Cardinal Mindszenty

Il est allé au-devant du martyre ; il se savait et il le voulait. Il avait dit qu’en ce siècle de capitulation devant la force, l’Eglise devait opposer au communisme autre chose que des mots. Les Bolchéviks de Hongrie ont commis l’erreur de l’arrêter et de le charger d’accusations ridicules qui servent indistinctement pour tous leurs adversaires : complot, espionnage et trafic de devises ! Ils ont soulevé l’indignation de toute la chrétienté. Les leçons de l’histoire ne leur servent pas plus qu’à Hitler.

 

Au Conseil de Sécurité

 Pour une fois, donnons raison à la « Pravda ». Elle raconte comment la campagne foudroyante des Hollandais à Sumatra et à Java avait été préparée après un accord secret entre La Haye et le département d’Etat qui avait au préalable agi auprès de Soekarno et du cabinet républicain de Java. Comment ?  Londres avait donné son accord. Ce que la « Pravda » ne dit pas, c’est que Moscou avait envoyé là-bas ses brigades de choc pour recommencer le coup manqué en septembre par les communistes de l’Ile.

Devant le Conseil de Sécurité, ce sont les Américains qui ont présenté le blâme contre les Hollandais. Ils ne pouvaient avoir l’air de les approuver ; l’opinion américaine est encore très anti-colonialiste. Ils auraient mis de plus les Anglais dans l’embarras, l’Australie étant très hostile au maintien des Hollandais dans son voisinage, et les Dominions très farouches sur la question de l’indépendance des peuples asiatiques. Ce qui est le plus amusant, c’est que la Russie s’est opposée à cette motion de censure dans l’espoir, semble-t-il, d’obtenir des sanctions matérielles contre les Hollandais et la possibilité de participer à une expédition d’enquête qui lui aurait donné un accès légal dans le pays.

Finalement, toute motion a été ajournée et comme l’action militaire hollandaise s’est achevée sans coup férir, on fera publiquement le silence sur le fait accompli.

 

L’Accord des Six

Nos lecteurs reconnaîtront qu’alors que la presse et l’opinion ici se déchaînaient contre les projets anglo-américains sur la Ruhr, nous avons été d’un optimisme très assuré. Non que nous espérions un succès de la thèse française, ce qui était hors de question depuis trois ans, mais une satisfaction aussi large qu’on pouvait raisonnablement l’attendre.

Or, l’accord de mercredi nous accorde :

1° le contrôle international que nous demandions sur la gestion des industries de la Ruhr, et non plus sur la seule répartition des produits ;

2° le maintien pendant et après l’occupation d’une commission militaire qui veillera à la démilitarisation de l’Allemagne (si nous avions pu obtenir cela en 1919 !). On mettra sur pied à cet effet une force de police industrielle permanente.

Le seul point sur lequel nous n’avons pas fait céder les Anglo-Saxons concerne la propriété même des mines et des industries qui reviendra aux Allemands. La France enfin a dû reconnaître la nécessité, dans l’intérêt de la défense de l’Europe, d’un accroissement important de la production allemande, nécessaire au relèvement du niveau de vie des Allemands eux-mêmes et au paiement de leur subsistance, nécessaire aussi pour nous permettre de recevoir davantage de coke et de charbon, ce que nous avons également obtenu en principe.

L’accord des Six paraît être le prélude à un accord plus étendu peut-être à une véritable coopération économique franco-allemande qui, si elle choque nos sentiments, coïnciderait évidemment avec nos intérêts essentiels.  En tous cas, les Etats-Unis mettront comme condition au maintien de l’E.R.P., une collaboration entre les bénéficiaires qui impliquera pour chacun des sacrifices et même des abandons de leur souveraineté dans l’intérêt général.

Et cela vise surtout les Anglais. A Washington on n’est pas très content de M. Bevin. Il n’est pas impossible qu’il soit obligé de céder la place. Le voyage de M. Schuman à Londres mettra à l’épreuve la bonne volonté britannique. On assure que M. Attlee qui prendrait la place de Bevin est animé d’intentions conciliantes, intentions qui coïncident avec celles de l’opinion anglaise dans sa majorité qui considère que tout désaccord sérieux entre Français et Anglais a mis et mettra encore la paix du monde en danger.

A Washington, on insiste beaucoup pour que l’entente cordiale se refasse et qu’une réconciliation générale fasse du bloc occidental une réalité vivante et non plus un être de raison. Pour sauver la civilisation, il faut développer une conscience de l’esprit européen qui exprime les valeurs dont cette civilisation est faite, ce qui implique un minimum de désintéressement, la chose la plus difficile à obtenir en politique.

 

                                                                                  CRITON

 

Criton – 1948-12-25 – Fin de Session

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Le Courrier d’Aix – 1948-12-25 – La Vie Internationale.

 

Fin de Session

 

Jour après jour, le groupement des nations libres s’étend. C’est en Extrême-Orient que le barrage à l’expansion soviétique est aujourd’hui le plus urgent. Les Etats-Unis, renonçant à la politique anti-colonialiste qui convenait si bien à leurs intérêts commerciaux, aident maintenant les pays européens à se maintenir dans leurs possessions.

 

Les Hollandais reprennent Java

On sait qu’après la formation d’une République Indonésienne, les Hollandais avaient perdu le contrôle de Java et de la plus grande partie de Sumatra où se trouvaient les ressources essentielles de l’économie néerlandaise et l’un des réservoirs de matières premières essentielles à l’industrie américaine. Les Etats-Unis avaient encouragé le mouvement d’indépendance indigène, et d’astucieux hommes d’affaires américains avaient traité avec les nouveaux dirigeants un véritable monopole des exportations de la jeune république.

Depuis l’avance communiste en Chine, il fallut constituer un bloc de défense du Sud-Est asiatique. Les Etats-Unis, après de nombreuses tractations secrètes, auraient acquis l’appui du Siam, des Indes et du gouvernement Birman. Ils ont soutenu la France en Indochine et l’Angleterre en Malaisie. C’est au tour des Hollandais aujourd’hui de reconquérir leur empire. Ils ne rencontrent d’ailleurs pas grande résistance. Les dirigeants Indonésiens se sont laissé arrêter sans difficulté. La situation était mûre. La population, lasse du brigandage, avait également assez des nationalistes impuissants et des bandits communistes. Le gouvernement, aux prises avec des embarras économiques devant lesquels ils n’étaient pas préparés, préfère se retirer et attendre des jours plus favorables ; une pression américaine a sans doute fait le reste.

Voilà donc semble-t-il un grand pays colonial qui retourne en Asie. Cela est de bonne augure pour le sort de l’Indochine ou de grandes opérations militaires viennent d’être entreprises dont on peut espérer une pacification relative : le temps presse car la vague rouge n’aurait pas tardé à déferler.

 

En Chine

L’abandon de Tchang-Kaï-Chek se confirme. Marshall, qui a de bonnes relations avec certains chefs communistes, estime indispensable le départ du Maréchal pour obtenir un accord entre les partis en présence. Toute aide leur a été retirée, tant militaire que financière, et l’on espère négocier. Les Russes semblent de leur côté extrêmement prudents. Ils craignent le bourbier chinois et ne veulent pas se compromettre auprès des dirigeants communistes en laissant apparaître leurs visées impérialistes. La situation militaire évolue de plus en plus rapidement en faveur des communistes et la prise de Nankin paraît proche.

 

France – Italie

Il semble que les entretiens Sforza-Schuman aient une certaine importance. Les Français servent-ils de médiateurs entre les Anglais et les Italiens au sujet des colonies ? La prochaine visite de Bevin à Paris laisserait croire, qu’outre les problèmes franco-anglais qui sont assez épineux, la question des colonies italiennes, le réarmement italien, l’inclusion de l’Italie dans le bloc occidental seront examinées.

Il est probable par ailleurs que l’admission de l’Espagne au Conseil des Nations Occidentales se fera par étapes discrètes. Le frère du Caudillo est à Paris. Le groupement des pays d’Occident se poursuivra aussi nécessairement que celui des pays d’Orient. Cette politique est adroite et n’a rien d’agressif en soi. Lorsque le bloc sera tel que presque toutes les forces du monde en feront partie à l’exception de l’U.R.S.S., sa force d’attraction sera suffisante pour que les pays soumis au joug Soviétique puissent s’en libérer. Tito n’attend que ce moment-là.

En Tchécoslovaquie, la situation économique est si mauvaise que les ministres communistes ont dû aller à Moscou pour obtenir des matières premières indispensables à la marche au ralenti des usines tchèques, les Américains ayant cessé toutes fournitures. Ils ne sont pas revenus les mains très pleines, car la Russie est déjà en difficulté et n’a pas grand-chose à donner. Les malfaçons dans les usines soviétiques sont telles que des épurations constantes sont effectuées parmi les dirigeants de l’industrie : les transports marchent encore plus mal – opposition intérieure au régime ou lassitude de l’ouvrier russe si misérable ? – Le rendement industriel baisse très nettement depuis quelques mois, en dépit des statistiques officielles.

 

En Palestine

La situation évolue comme il était prévu depuis quelques temps : Abdullah lâchant les autres pays arabes, fait son roitelet et traite avec les Juifs. Comme il a une armée, l’appui des Anglais et le consentement américain, il se sent fort. Les Juifs, en difficulté d’argent, semblent pressés de traiter. Ce serait un grand soulagement pour tout le monde.

 

                                                                                  CRITON

Criton – 1948-12-18 – Fin de Session

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Le Courrier d’Aix – 1948-12-18 – La Vie Internationale.

 

Fin de Session

 

Le tableau de la situation internationale ne se modifie guère. Les communistes triomphent en Chine, les problèmes franco-anglais demeurent épineux, la session parisienne de l’O.N.U. se termine sur un fiasco complet, tous les problèmes litigieux de l’heure restant au point même où l’Assemblée les avait trouvés. La course aux armements, seule, est en plein essor.

 

La Chine

Pau Hoffman est en Chine. Madame Tchang-Kaï-Chek, à Washington. Comme prévu, elle n’a rien obtenu. Les Américains ne soutiendront pas le Maréchal. Ils sont sûrs qu’en y mettant le prix, on peut arriver à persuader quelques personnalités du camp communiste à former avec certains éléments du régime nationaliste un gouvernement de coalition auquel l’aide financière américaine sera indispensable. La diplomatie du dollar trouve en Chine un terrain de choix. Mais les Soviets ne lâcheront pas facilement leur proie.

En attendant, Tchang continue une lutte désastreuse. Les Rouges sont aux portes de Pékin. Trois des armées nationalistes sont encerclées autour de Su Chow. Néanmoins, les forces en présence sont encore considérables et il est fort possible que la lutte ne se termine pas par une défaite radicale des nationalistes. La Chine nous a habitués à ces guerres civiles interminables qui rebondissent quand on les croyait terminées. Entre temps, on discute, et souvent sans succès. Selon certains observateurs, il en pourrait bien être encore de même cette fois.

 

L’O.N.U.

Cette malheureuse session de l’O.N.U. a été encore plus négative qu’on ne l’avait craint. Non seulement le veto soviétique et l’obstruction du groupe slave ont empêché les grands problèmes de recevoir une solution, comme l’affaire de Berlin, le problème grec, le traité Autrichien, mais d’autres questions où le duel Russo-Américain n’est pas engagé, comme la Palestine et les colonies italiennes, sont restées sans solution. Toutes les objections que l’on fait contre la diplomatie sur la place publique restent valables ; on parle pour les électeurs ou les camarades, plutôt que pour s’entendre avec le voisin. Les points de vue ne se rapprochent pas et les rapports entre nations s’aigrissent.

Cependant, sur le plan matériel, l’échec a été total, sur le plan moral, on s’est félicité de l’accord sur la Déclaration des Droits de l’homme. Cette Charte du citoyen, pour académique qu’elle soit, est l’ébauche d’un ordre moral international qu’on peut espérer peu à peu imposer à toutes les nations. Un tribunal international serait institué auquel pourraient en appeler les citoyens ou les groupes opprimés par leurs gouvernements. Les sanctions seraient difficilement applicables, mais le verdict embarrasserait assez le gouvernement accusé. Ainsi, la conscience humaine pourrait-elle exprimer et peu à peu imposer ses exigences morales fondamentales. Ce qui serait d’importance pour sauver une civilisation menacée.

L’O.N.U. a encore un avantage : il se forme, grâce au contact permanent des hommes politiques les plus représentatifs du monde, une vie sociale internationale où l’on apprend à se connaître – pas toujours pour s’aimer – mais pour que puisse se former une opinion collective sur le caractère et les intentions d’un chacun. C’est ainsi que les discours de Vychinski et de ses collègues ont déterminé pas mal de délégations qui se proposaient de rester neutres dans le grand conflit de l’Ouest et de l’Est, à se ranger dans le camp occidental. Dans l’opinion, l’U.R.S.S. a beaucoup perdu de crédit.

 

France-Angleterre

Les divergences dont nous avons parlé apparaissent à l’examen si nombreuses et si profondes que, sur l’injonction pressante des Etats-Unis, une conversation à fond entre les deux pays s’impose. Sir Stafford Cripps qui devait venir à Paris ne le fera qu’après le vote du budget français et il est fortement question que M. Bevin l’accompagne. La conversation ne s’annonce pas facile et le récent discours de Bevin, son caractère brusque, un certain mépris de la confusion française, font présager de grosses difficultés. Cependant aux Etats-Unis, on pourrait bien dire aux bénéficiaires du plan Marshall : Mettez-vous d’accord ou nous coupons les crédits.

 

                                                                                  CRITON

Criton – 1948-12-11 – La Chine et le Reste

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Le Courrier d’Aix – 1948-12-11 – La Vie Internationale.

 

La Chine et le Reste

 

On discute présentement un bon nombre de questions qui n’avancent guère : l’avenir de la Ruhr, le conflit Palestinien, le sort des colonies italiennes, l’Union Européenne, les relations commerciales franco-anglaises, le Pacte de l’Atlantique, d’autres encore de moindre importance, mais les préoccupations sont ailleurs ; c’est le sort de la Chine qui se joue. On se rend compte de l’énorme déséquilibre des forces dans le monde qui pourrait résulter de la chute de Tchang-Kaï-Chek.

 

En Chine

Et cependant l’événement paraît chaque jour plus certain. Les troupes Communistes approchent de Nankin qui va être évacuée. Pékin peut tomber d’un jour à l’autre, et dans le Camp Nationaliste, c’est un sauve qui peut. Les Américains, très préoccupés, ne paraissent pas avoir de projets nouveaux. Madame Tchang-Kaï-Chek a reçu à Washington un accueil plutôt froid. On ne se soucie guère de verser dans le gouffre chinois les trois milliards de dollars que l’on réclame. Marshall et Truman considèrent la Chine actuelle comme un mauvais placement et ils ne veulent pas compromettre leurs chances de s’entendre plus tard avec le vainqueur.

On couvrira autant que possible l’Asie du Sud-Est et peut-être Tchang pourra-t-il tenir dans l’Extrême-Sud du pays où il a conservé quelque prestige. La contrée plus difficile permet de résister à meilleur compte. Cependant on signale des révoltes locales dans le Yunnan ; l’effervescence gagne l’Indochine. Par ailleurs, le Congrès américain répugne à soutenir un gouvernement qui a perdu la confiance des masses. On respecte par sentiment démocratique le suffrage des populations. Pour y voir plus clair, la Maison Blanche a envoyé en Chine Paul Hoffman qui a l’œil prompt et le jugement sûr.

 

L’Election de Berlin

Depuis un an, les Berlinois gardent la vedette. On admire leur courage et ils soutiennent leur réputation : 90% ont été aux urnes pour manifester contre le blocus Soviétique, malgré les menaces et l’intimidation. La victoire prévue des Sociaux-démocrates a été chaleureusement accueillie en Angleterre. Ce sera pour les Russes une preuve de plus que l’Europe les maudit.

 

L’Italie

La diplomatie italienne s’agite beaucoup. L’Italie cherche à rentrer officiellement dans le système défensif européen sur un pied d’égalité avec les autres partenaires, à récupérer une partie des anciennes colonies et à reprendre le droit d’avoir une armée, limitée à presque rien par le traité de paix. Pour cela, Sforza a fait valoir que les autres vaincus, la Hongrie et la Bulgarie avaient reconstitué une force militaire avec l’appui des Soviets ; les traités ayant été violés de ce côté, rien ne s’oppose au réarmement italien. Pour les colonies, les Anglais seuls font une opposition tenace. Il semble cependant qu’on pourrait aboutir à un compromis, si l’Angleterre conservait la Cyrénaïque et Tobrouk. La France soutient les prétentions italiennes par crainte de voir s’établir un état arabe aux frontières de la Tunisie.

 

Les Relations Franco-Anglaises

Il est de bonne tradition que les relations soient toujours médiocres entre Français et Anglais sous un gouvernement travailliste. Malgré de bonnes paroles, on n’est d’accord sur rien, ni sur l’Allemagne, ni sur l’Union Européenne, ni sur le E.R.P., ni sur la coopération militaire, et voici que les questions commerciales deviennent irritantes. Exporter ou mourir, cela veut dire en Anglais vendre aux autres et leur acheter le moins possible. Le plan Cripps prévoit 100 millions de livres de ventes à l’Europe et seulement 7 millions d’achats en 1952. On comprend que les pays du continent, à ce taux, ne peuvent espérer équilibrer leurs comptes. En réalité, les Anglais pensent que, bon gré, mal gré, les Etats-Unis qui ont besoin de la France et de ses voisins payeront la différence, ce qu’ils ont fait jusqu’ici.

Sir Stafford Cripps devait venir à Paris, pressé par le gouvernement Français de trouver une solution. Mais on désire à Londres que la France équilibre son budget et stabilise sa monnaie avant de conclure un traité avec elle. On conserve une rancune de l’affaire de la dévaluation de janvier dernier, qui pourtant n’a pas nui à la livre qui se porte très bien, mieux que les estomacs britanniques.

 

La Ruhr

L’irritante question de la Ruhr s’apaise grâce à la bonne volonté et à la sagesse des négociateurs ; le problème essentiel, c’est le maintien indéfini du contrôle de la production lorsque l’occupation aura pris fin. D’ici là, le danger allemand ne saurait exister. Il semble bien qu’on soit prêt à s’entendre sur le principe. Reste, ce qui est fort délicat à mettre sur pied des années à l’avance, un système efficace qui soit accepté par les Allemands et vraiment voulu par les Anglo-Saxons. Pour les Anglais, ils sont trop intéressés à ne pas voir se développer outre mesure une industrie allemande concurrente, pour ne pas donner, au fond, dans nos vues.

 

                                                                                  CRITON

Criton – 1948-12-04 – Renouveau de la Guerre Froide

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Le Courrier d’Aix – 1948-12-04 – La Vie Internationale.

 

Renouveau de la Guerre Froide

 

La bataille pour Berlin a repris dans la ville même, ce qui prouve la vanité des efforts de conciliation de M. Bramuglia et l’intention des Soviets de ne laisser aucun répit. En apparence, la tactique n’a pas changé. Il y a cependant du nouveau.

 

La Stratégie Soviétique

« Les Anglo-Américains préparent la guerre, a dit Timochenko, ressuscité à l’occasion du défilé sur la Place Rouge, mais cette politique sera brisée par la croissance des forces sociales pacifiques qui empêcheront qu’une guerre puisse commencer ».  Cela fait écho aux mots d’ordre « Nous ne nous battrons jamais contre l’Union Soviétique »,  lancés par tous les pays où les communistes sont en force.

Depuis la mort de Jdanov, les dirigeants soviétiques se sont rendu compte que la crise économique aux Etats-Unis n’aurait pas lieu, que le réarmement s’accélérait et que le temps où une guerre pouvait être risquée était passé. Il y a eu l’affaire Tito, de graves difficultés en Tchécoslovaquie et chez les autres satellites, une situation intérieure tant politique qu’économique toujours médiocre tandis que, en dépit des crises gouvernementales et des grèves, les pays d’occident se relevaient rapidement. Malgré les sabotages, l’efficacité du plan Marshall n’est pas douteuse. Autant de déceptions dont la tactique russe devait tenir compte. C’est ainsi, comme nous l’avons signalé tout au début, que la grande offensive de Chine fut décidée et l’effort essentiel porte sur l’Extrême-Orient.

En Occident, les moyens d’action des Soviets sont maintenant apparemment épuisés. Les partis communistes sont las, des tendances Titistes se font jour. On n’espère plus que dans une dictature providentielle pour ressouder l’unité ouvrière et rendre leur prestige aux organisations syndicales du parti. Un dernier argument de propagande reste « Nous voulons la paix, nous sommes les champions de la paix dans le monde contre les fauteurs de guerre anglo-saxons ». Le slogan est bien gros, mais tout pacifisme émeut les cœurs. En France et en Italie où les deux guerres ont laissé des déceptions, l’idée de neutralité est populaire sans qu’on se demande sincèrement si, le cas échéant, elle serait possible.

 

La Riposte

C’est au sein même des classes ouvrières que la lutte prend forme. Depuis la victoire de Truman, les syndicats américains ont pris position avec une énergie inattendue contre le communisme dans les organisations, et l’Union Soviétique, au dehors. L’A.F.L. a voté une motion de combat réclamant une épuration et une politique d’extrême fermeté. Le C.I.O., l’autre organisme, parait devoir suivre. Simultanément en Angleterre, le T.U.C. s’est réuni pour décider le dépistage des infiltrations communistes dans les syndicats et aussi une politique vigoureuse à l’égard de l’U.R.S.S. Ces prises de position très nettes ont leur répercussion sur le continent et la scission idéologiquement, chaque jour plus évidentes sur la question « Pour ou contre les Soviets ».

 

A Berlin

Ce qui n’empêche pas la guerre froide de reprendre. On a saboté les travaux du Conseil Municipal à Berlin, destitué les fonctionnaires et refusé de reconnaître par avance la municipalité qui sera élue le 5 décembre dans les secteurs occidentaux. Il y aura une autre municipalité recrutée par les Russes, qui légifèrera contre la première. Mais on prévoit plus : une coupure définitive de l’Allemagne en deux, la nomination d’un Parlement de l’Allemagne orientale et – ce qui serait plus grave – une sorte de putsch communiste dans les secteurs occidentaux ; des bandes armées maîtriseraient la police anglo-franco-américaine et annexeraient Berlin au Reich Oriental. Les Américains, dit-on, enverraient à Berlin une division blindée avec armement complet.

 

En Chine

Les communistes paraissent l’emporter. Madame Tchang-Kaï-Chek part pour Washington, mais on ne fera rien en Amérique pour sauver le régime du Kuomin-Tang d’une débâcle inévitable.  On se contentera de renforcer quelques points stratégiques, Tsing-Tao d’abord ; plus tard, Shanghai et Hong-Kong par les Anglais.

Une conférence a réuni à Saigon les chefs militaires anglo-franco-américains. Enfin, succès d’importance, le Siam s’est rallié à la cause des occidentaux. L’armée siamoise va recevoir des armes et des instructeurs. On pense en faire en Asie du Sud-Est le noyau de la résistance au communisme, ce qui aiderait à couvrir l’Indochine, la Birmanie, la Malaisie et les Indes néerlandaises.

 

La Ruhr

Le Gouvernement Français a remporté un succès auquel on ne s’attendait pas. Il semble que le président Truman soit à l’origine de ce revirement. L’opinion américaine, et surtout anglaise, a joué aussi un rôle en défendant avec vigueur la thèse française.

Bref, deux points sont acquis. La France participera au « Comité d’Essen », c’est-à-dire au contrôle du charbon et de l’acier de la Ruhr ; la fusion des trois zones en sera accélérée ; mais ce contrôle ne durera qu’autant que les gouvernements militaires conserveront leurs pouvoirs. En second lieu, une commission de sécurité surveillera l’industrie allemande quand celle-ci sera rendue aux Allemands. Sur l’organisation et les pouvoirs de cette commission, on discutera. Enfin, il semble que la remise définitive des mines et des entreprises au gouvernement futur du Reich pourrait être ajournée jusqu’à la signature du traité de paix, ce qui pourrait bien être aux calendes grecques.

 

                                                                                  CRITON

Criton – 1948-11-27 – Politiques Raisonnables

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Le Courrier d’Aix – 1948-11-27 – La Vie Internationale.

 

Politiques Raisonnables

 

Le sort de la Chine, la dispute entre Français et Anglo-Saxons pour la Ruhr restent au premier plan, la politique personnelle du président Truman et la situation intérieure de la France au second. Passons en revue ces questions.

 

La Chine

Rien ne paraît avoir arrêté  l’avance communiste. Tchang-Kaï-Chek multiplie les appels désespérés aux U.S.A. Les Américains sont embarrassés. La situation est grave pour eux. Perdre le seul grand marché commercial d’avenir, abandonner l’Asie aux communistes ou bien s’engager directement dans la guerre civile. Car ni les milliards, ni l’équipement ne sauveront l’armée nationaliste démoralisée et un chef sans prestige. Les Américains ont fortifié un bon gage, le port de Tsing-Tao où, sous prétexte de rapatrier leurs nationaux, ils ont débarqué dix mille hommes. Le maintien aux affaires de Marshall indique bien que Truman n’est pas disposé à s’engager à fond en Chine. Car depuis deux ans, le Général juge la position de Tchang-Kaï-Chek sans espoir. Il croit qu’on peut négocier avec les communistes. Il est probable en définitive que les Américains auront une petite armée sur place pour faire pression sur les adversaires et leur imposer un arrangement où les intérêts des Etats-Unis seraient respectés. Cependant, les victoires communistes ont enfiévré tous les partisans de l’Asie. La situation des blancs devient partout dangereuse.

 

La Ruhr

Le gouvernement français a, sans mauvaise humeur ni grands mots, essayé de garantir un contrôle efficace de la Ruhr pour le jour, inévitable tôt ou tard, où l’occupation aura pris fin. Les Anglais qui avaient cédé à contre cœur aux projets américains ont bien accueilli le contre-projet français. Les Etats-Unis ont fait savoir cependant que la propriété des mines et industries serait rendue aux Allemands, mais qu’on étudierait, pour rassurer la France, des moyens de contrôle efficaces et durables.

En fait, la question est encore à l’étude et c’est toujours du temps gagné. Il n’y a rien d’urgent et plus on négociera, moins le problème soulèvera de passions. Car il n’a pas au fond l’importance qu’on lui prête, pour deux raisons : d’abord parce que l’on n’empêchera pas un jour ou l’autre les Allemands de disposer de leur bien, jamais un contrôle étranger n’a duré indéfiniment. Ensuite, parce que le danger russe, tant qu’il existera, exclut le danger allemand, et lorsque le danger russe aura disparu, tous les problèmes devront être reconsidérés, si la planète est encore debout. Tout cela au fond est plutôt académique.

 

La Palestine

Un bon point : l’affaire Palestinienne a l’air de s’arranger. Abdullah et Ben Gurion échangent des propos courtois. Arabes et Juifs négocient. Nous sommes en Orient et il y a loin de la coupe aux lèvres.

Cependant, les Arabes impressionnés par la force militaire juive, la défaite des Egyptiens, l’appui de Truman à Israël, l’impuissance de l’Angleterre, ont compris qu’il fallait traiter. Bevin a dû persuader Abdullah. Les Juifs de leur côté, ont hâte de mettre fin à une mobilisation ruineuse qui met l’avenir de ce pays neuf en danger. Ils sont pressés de se débarrasser de leurs terroristes, Stern et Irgoun, qui risquent d’être un instrument de coup d’état, peut-être au service du communisme, et de compromettre définitivement l’espoir d’une aide financière américaine indispensable au relèvement d’Israël et à la poursuite de l’immigration.

 

Truman

Comme on s’y attendait, la victoire électorale a donné à Truman l’ambition de diriger seul sa politique. Il a cependant bien marqué que les questions extérieures restent considérées d’un point de vue national et bi-partisan en nommant Dulles premier délégué aux Nations-Unies. Par ailleurs, il a donné sur les doigts au général Clay, irremplaçable mais trop indépendant, et semble avoir persuadé Marshall de conserver le poste de secrétaire d’Etat, bien que les deux hommes ne s’aiment guère, pour éviter sans doute une pression des forces syndicales pour imposer un pacifiste comme Johnston. Car les syndicats américains avec leurs 15 millions de membres se préparent à diriger leurs hommes aux grands postes de l’Etat. La victoire de Truman est leur œuvre et ils comptent s’en servir.

 

Churchill-Attlee

La Commission pour l’Unité européenne se réunit mercredi. Churchill a violemment pris à partie Attlee pour avoir envoyé une délégation exclusivement composée de travaillistes dirigée par l’homme le moins disposé à l’égard de l’Union européenne, M. Dalton. Aura-t-on un parlement européen si souhaité par la France et la Belgique, pays où, comme chacun sait, le parlementarisme a donné des résultats particulièrement brillants ? Il est probable que les Anglais voudront éviter toute résolution qui engage l’avenir.

 

La France

Il nous est pénible de toucher à un sujet de politique intérieure si délicat, mais les déclarations récentes du général de Gaulle ont eu un si grand retentissement à l’étranger qu’on ne peut l’ignorer.

L’attitude du Général sur la Ruhr n’a pas surpris. On sait qu’il a toujours défendu les droits de la France avec âpreté et intransigeance, ce qui n’est pas toujours la voie du succès. On fait remarquer qu’il rejoint sur ce point les communistes. Ce qui a surpris, c’est la position prise contre le plan Marshall où il les rejoint aussi. On ajoute que si le futur gouvernement du général est aussi habile que le premier dans le domaine économique et financier, la France, sans aide américaine, ne mettra pas longtemps à faire faillite. Tout cela ajoute beaucoup à l’incertitude de l’opinion mondiale à notre égard et, en définitive, nous affaiblit. La France est un pays de gens raisonnables, dit-on ; Qu’ils s’imposent !

 

                                                                        CRITON

Criton – 1948-11-20 – La Ruhr et la Chine

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Le Courrier d’Aix – 1948-11-20 – La Vie Internationale.

 

La Ruhr et la Chine

 

La controverse publique sur les décisions anglo-américaines concernant la Ruhr et l’avance rapide des communistes en Chine ont soulevé des inquiétudes majeures. Les deux événements prêtent à réflexions : l’avenir du Monde peut en être profondément modifié.

 

La Question de la Ruhr

« Laisser restaurer l’arsenal de la Ruhr entre les mains des complices d’Hitler » a dit M. Auriol, c’est aller trop loin. Personne ne songe à confier aux Allemands la libre disposition d’un potentiel industriel aussi énorme.

On a décidé :

1° de laisser aux Allemands l’administration et la gestion des industries et du charbon, tout en maintenant aux gouvernements militaires des pouvoirs étendus pour en contrôler et distribuer la production ;

2° on a décidé également de laisser au futur gouvernement allemand le soin de se prononcer sur le futur régime de propriété de ces biens, laissant aux gouvernements militaires alliés un droit de disposition sur les titres des principales sociétés, et l’attribution de l’actif des Sociétés nouvelles, de transfert et d’attribution des bénéfices, ainsi qu’un droit de fixation des quotas de production et de répartition des marchandises.

Nous sommes heureusement encore loin d’une libre disposition entre les mains des Allemands. Mais la question a cependant des aspects sérieux.

 

Les Intentions Américaines

Les projets qui sont en fait d’inspiration américaine ne visent pas à créer pour la France un nouveau danger allemand. Ce serait dans les circonstances actuelles, si contraire à leurs intérêts et même au bon sens, qu’il ne vaut pas qu’on s’y arrête. Ils ont cependant une arrière-pensée : la France, avouons-le, n’inspire pas une grande confiance ; son instabilité politique d’abord, la possibilité d’une restauration autoritaire qui créerait peut-être aux Anglo-Saxons des difficultés nouvelles, les poussent à hâter la solution du problème de la Ruhr.

La France cherchera en tout état de cause à préserver sa neutralité dans un conflit Russo-Américain, au cas où elle ne serait pas directement menacée. La puissance d’une cinquième colonne pro-russe laisse peu d’espoir de lui voir jouer un rôle militaire efficace. Elle pourrait même être un danger, si des désordres éclataient à l’intérieur. Il faut donc que l’Allemagne puisse jouer un rôle actif en cas de conflit et que les Allemands soient mis en état moralement et matériellement d’offrir de bonnes bases à une résistance aux Russes sur le continent. Il faut leur accorder des satisfactions qui les engagent à produire et à collaborer. D’autre part, un contrôle français trop étendu sur la Ruhr aurait pour effet de réduire l’activité du bassin qu’on veut faire servir à un redressement de l’Allemagne, en lui permettant de payer sa nourriture et peut-être de fournir une contribution industrielle aux préparatifs militaires.

En remettant la propriété aux Allemands, les Américains comptent bien n’en faire que des prête-noms qui leur donne le moyen de diriger eux-mêmes la production, l’Allemagne devenant le glacis de la résistance au bolchévisme couvrirait une France incertaine et l’obligerait elle aussi à participer à la lutte commune. C’est une garantie que les Etats-Unis cherchent pour eux et indirectement un moyen de pression sur nous. Il est normal que la France de son côté marchande pour obtenir une part aussi considérable que possible dans le contrôle du bassin de la Ruhr.

Il ne semble pas cependant qu’on puisse se faire beaucoup d’illusions sur les concessions à arracher.

 

La Chine

Plus grave est peut-être pour nous le problème chinois. Que les communistes gagnent la guerre civile ou qu’ils fassent la paix avec les nationalistes et rétablissent l’ordre – pour le moment les deux partis annoncent des victoires – on peut être sûr qu’ils aideront tous les peuples jaunes à conquérir leur indépendance. Tous, communistes et nationalistes l’ont toujours fait. S’ils n’appuient pas davantage les Vietmins et autres mouvements anti-européens, c’est qu’ils sont trop faibles et ne veulent pas mécontenter les Etats-Unis dont tous les partis chinois, fussent-ils communistes, ont besoin.

Il en serait probablement autrement si la paix revenait ; ce qui est peu probable encore. Une Chine forte et unifiée ne serait sans doute pas une alliée de Moscou, mais un formidable encouragement pour tous ceux qui s’emploient à chasser les blancs d’Asie. Et il n’y a plus que trois petits points où l’autorité de ceux-ci se maintient, et combien précaire et difficile !

Pour l’heure, la situation est encore confuse. Les deux partis se battent et n’ont pas l’air très disposés à s’entendre : Tchang-Kaï-Chek a encore des armées solides qui paraissent couvrir assez bien Nankin, et au Nord, les communistes sont obligés de souffler. Il peut encore y avoir des surprises.

 

Le Conflit de Berlin

Pendant ce temps, MM. Evatt et Trygvie Lie cherchent à obliger les Anglo-Saxons et les Russes à renouer des négociations directes sur Berlin. Les Américains voient là plutôt une manœuvre pour les mettre en mauvaise posture moralement vis-à-vis des Soviets qui se disent toujours prêts à discuter. Ils ne risquent pas grand-chose en se posant en champions de la conciliation et de la paix. Ils tiennent les gages.

 

                                                                                  CRITON

Criton – 1948-11-13 – L’Union de Démocraties

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Le Courrier d’Aix – 1948-11-13 – La Vie Internationale.

 

L’Union des Démocraties

 

On mesure de plus en plus l’importance de la réélection du président Truman. Dans le domaine extérieur, on y voit bien, à tort d’ailleurs, une chance d’accord russo-américain ; à l’intérieur, une évolution décisive de la démocratie américaine vers une forme moins libérale, plus voisine des conceptions européennes, partant, plus capable d’accélérer le rapprochement nécessaire entre les forces ouvrières des deux côtés de l’Atlantique.

 

Point de vue de Moscou

Les Bolchéviques ne s’y sont point trompés. L’élection de Truman est pour eux ce qui pouvait arriver de pire. La débâcle de Wallace a vivement impressionné les Russes, d’ordinaire assez indifférents aux événements électoraux. Ils espéraient fermement un succès au moins relatif. Ils ont pour les Etats-Unis une admiration dissimulée et le désaveu de leurs tendances idéologiques les affecte. La « Pravda » elle-même y va d’un pleur.

Ce qui est plus grave, c’est l’importance que veulent prendre dans la politique mondiale les syndicats américains. La victoire de Truman est leur victoire. En Europe, on les considérait jusqu’ici comme uniquement préoccupés d’avantages matériels et indifférents aux problèmes d’idées. Une suspicion mutuelle régnait. Cet état d’esprit est en train de changer. Déjà on en avait eu l’indication dans l’accord des organisations ouvrières anglaises et américaines pour se retirer de l’organisme mondial dominé par les communistes. On sent à présent le moment venu d’un rapprochement spirituel dont la portée est considérable.

Cela sera pour Moscou un coup très dur. On sait que le véritable ennemi du communisme n’est pas la réaction qui se sert, mais la démocratie sociale. Un front commun de toutes les tendances de cette démocratie dans le monde, s’il devenait agissant, serait une force irrésistible qui étreindrait l’U.R.S.S. elle-même.

 

Truman et la Paix

On attend de Truman des gestes spectaculaires. Un dialogue direct avec Staline, de nouvelles négociations générales ; une ambassade Vinson. On croit que le temps est propice pour faire céder Moscou : le blocus de Berlin a échoué ; le corridor aérien tiendra ; le pacte de l’Atlantique se concrétise ; une crise économique aux Etats-Unis est de moins en moins probable. L’échec de la grève en France enlève aux Russes le dernier espoir d’avancer à l’ouest. Staline a tout intérêt à stabiliser la situation sur ce front de guerre froide pour se consacrer à la conquête de l’Asie qui marche si bien et où l’avenir du communisme n’est pas compromis.

Il y aura certainement de nouvelles tentatives d’apaisement. Mais la menace Russe d’abattre tout avion survolant le corridor qui ne serait pas suffisamment identifiable, les coups d’épingles quotidiens à Berlin et à Vienne disent assez clairement qu’on gagnera du temps peut-être, mais sans rien changer au fond des choses. L’optimisme sur ce point est aussi naïf que tenace, même parmi les diplomates.

 

Débâcle en Chine

Les plus sombres prédictions ont été dépassées. Les communistes envahissent la Chine proprement dite, sont aux portes de Pékin à proximité de Nankin au Sud ; un raz de marée. Malgré la décomposition rapide de son système de défense, Chang-Kaï-Chek veut tenir. Il parle d’une guerre de huit ans ! Par contre, on parle plutôt autour de lui et contre lui d’un accord entre nationalistes et communistes. A notre avis, il y a bien des chances pour qu’il en soit ainsi tôt ou tard. Tchang-Kaï-Chek discrédité devra céder la place, et l’intérêt commun des chinois commande l’union pour profiter de l’aide américaine, de la rivalité Russie-Etats-Unis, se protéger des ambitions de l’U.R.S.S. et d’une renaissance japonaise sous l’égide des U.S.A. Il est vrai que les passions en Chine, comme ailleurs, sont plus fortes que l’intérêt, mais il y a aussi des passions qui rapprochent les deux partis. Un accord se ferait si les militaires ne sont pas plus forts que les civils, ce qui est à voir.

 

En Palestine

Le tour est joué. Les Israéliens ont gagné. La victoire de Truman semble les assurer de pouvoir conserver leurs avantages. La déroute militaire des Egyptiens dans le Néguev a consterné les Arabes qui commencent à se quereller entre eux depuis que leur faiblesse est si apparente. La force aura donc décidé encore une fois et l’O.N.U., en pressant Arabes et Juifs de négocier, ne fera en fait qu’entériner le fait accompli ; on s’approche d’une solution provisoire et précaire bien entendu.

Ce qui est curieux, c’est que les Russes semblent se tenir fermement  aux côtés des Juifs, que des escarmouches recommencent en Perse sur la frontière Russe. On s’attendait plutôt à une politique pro-arabe pour profiter du ressentiment des chefs du Moyen-Orient dont les Américains eux-mêmes commencent à sentir l’effet. Il faut croire que les temps ne sont pas venus de cette volte-face.

 

En Grèce

Les Balkans seront toujours les Balkans. Il faut être un diplomate chevronné pour s’y reconnaître dans le nouvel imbroglio grec et le jeu compliqué des grandes et petites puissances. On assiste aujourd’hui à ce miracle de voir une motion de l’U.R.S.S. approuvée à l’unanimité, recommandant des négociations directes entre les grecs et leurs voisins du nord. En attendant, les rebelles ne sont pas vaincus, le pays est toujours aussi mal en point et le gouvernement plus instable que jamais. Abcès qui restera longtemps ouvert, disions-nous il y a bientôt deux ans !

 

                                                                                  CRITON

 

Criton – 1948-11-06 – Nouvelle Etape

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Le Courrier d’Aix – 1948-11-06 – La Vie Internationale.

 

Nouvelle Etape

 

La proximité de l’élection présidentielle aux Etats-Unis avait suspendu toute résolution diplomatique. Réélu contre toute attente, en dépit de pronostics savamment organisés, le président Truman va retrouver une autorité que ses maladresses lui avaient fait perdre, mais dont le peuple américain ne lui a pas tenu rigueur. Son administration qui compte d’excellents directeurs, va poursuivre sa politique : on sait où l’on va, c’est beaucoup.

 

L’Election

La défaite de Dewey n’atteint pas que le personnage qui avait le grave défaut d’être antipathique. Le Sénat et la Chambre passent aux démocrates. C’est contre la machine électorale du parti républicain actionnée par les grands intérêts financiers et industriels que le peuple américain a voté. Les organisations ouvrières ont voté à gauche, mais la déroute complète de Wallace montre qu’elles ont voté aussi anti-communiste. Moscou ne doit pas s’y tromper.

L’Europe accueille l’événement avec sympathie, on craignait l’interrègne de deux mois entre les présidents. L’inconnue d’hommes nouveaux et derrière Dewey, la pression des isolationnistes et des grosses sociétés, capable de contrarier une politique à larges vues qui doit s’accompagner d’une grande générosité. On craignait, surtout à Londres, une intransigeance délibérée à l’égard des gouvernements socialistes ; enfin que l’attention des Etats-Unis ne se porte davantage sur l’Extrême-Orient.

Il reste à souhaiter que le président Truman, grisé par le succès, ne passe pas outre aux conseils de son entourage quand il lui viendra de grandes idées comme cela s’est vu.

 

La Chine

L’effondrement de l’armée de Tchang-Kaï-Chek est un fait accompli. Les causes n’en sont pas uniquement militaires. Le prestige du Maréchal n’a fait que baisser depuis des années. La corruption de son administration, l’écroulement du dollar chinois et le désordre économique qui en résultait avaient ruiné son autorité. Le communisme a profité de cette impopularité. Les chefs ont su se montrer meilleurs administrateurs, plus soucieux du sort des masses. Mais ils sont plutôt xénophobes et Moscou se méfie d’eux. Au nationalisme de Tchang-Kaï-Chek pourrait bien succéder un national-communisme qui ne serait pas précisément pro-soviétique. Les Russes ne se font pas grande illusion ; personne ne conquerra la Chine. Mais ils se sont assuré une prise directe sur de vastes territoires qu’ils ne lâcheront pas. Au besoin, ils mettront au pas, par la force, les gouvernements locaux.

 

L’Union Européenne

Depuis la Conférence des Dominions et les visites de Marshall à Bevin, on sent à Londres une évolution en faveur de l’Union Européenne. Bien sûr, il n’est pas question d’accepter un super-gouvernement européen, ni même un parlement élu qui constituerait une pression de l’opinion sur les dirigeants de chaque état. On commencera par un comité pour l’étude des projets. Ce genre de Comité est généralement le signe d’un enterrement. En réalité, Bevin cède à une poussée d’opinion fortement appuyée tant par les Etats-Unis que par des hommes de poids comme Churchill, Spaak et Blum. On ne comprendrait pas que devant le danger Russe, l’Angleterre, par esprit insulaire, répétât sous une autre forme, les fautes de 14 et de 39.

 

En Palestine

Les Israéliens ont très adroitement profité du répit que leur offrait la campagne électorale américaine pour rompre la trêve et se servir de leur supériorité militaire sur les Egyptiens et les Arabes. Ils ont conquis toute la Galilée et repris le Néguev en grande partie. Les Nations Unies ont été saisies d’une demande de sanctions contre cette rupture des conditions d’armistice. Mais le président Truman qui avait besoin de voix israélites, a mis son veto à cette proposition anti-juive. Les Anglais qui l’avaient soutenue, ont été très contrariés ; car c’est non seulement leur politique qui est visée mais aussi l’indépendance morale de l’Assemblée ouvertement défiée, et cette fois par les Etats-Unis et non plus par les Russes. Par la force des choses, et faute d’un véritable esprit international, l’O.N.U. subit le sort de la S.D.N. C’est un forum où se débattent au grand jour les intérêts particuliers qui se sont déjà affrontés dans les chancelleries, ce qui aggrave les conflits au lieu de les apaiser et leur donne plus d’importance dans l’opinion, ce qui est plus fâcheux encore.

 

L’Allemagne

A Berlin rien de nouveau. Le pont aérien tient ; la rumeur d’une proposition russe d’évacuation de l’Allemagne persiste. L’U.R.S.S. organise sa police militaire pour remplacer l’armée rouge. Les choses ne vont pas très bien. Dans les rangs du parti Communiste unifié, l’épuration d’une part et les fuites de l’autre, ont fait le vide ; il n’y a plus personne pour faire façade pour les Soviets. Dans l’armée même et la haute administration soviétique, le nombre des désertions atteint des chiffres stupéfiants. C’est pourquoi Staline a jugé bon d’accuser d’intentions belliqueuses les Anglo-Saxons et d’étaler son pacifisme. Le peuple russe craint la guerre et se méfie du régime.

 

                                                                                  CRITON