Criton – 1948-12-25 – Fin de Session

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Le Courrier d’Aix – 1948-12-25 – La Vie Internationale.

 

Fin de Session

 

Jour après jour, le groupement des nations libres s’étend. C’est en Extrême-Orient que le barrage à l’expansion soviétique est aujourd’hui le plus urgent. Les Etats-Unis, renonçant à la politique anti-colonialiste qui convenait si bien à leurs intérêts commerciaux, aident maintenant les pays européens à se maintenir dans leurs possessions.

 

Les Hollandais reprennent Java

On sait qu’après la formation d’une République Indonésienne, les Hollandais avaient perdu le contrôle de Java et de la plus grande partie de Sumatra où se trouvaient les ressources essentielles de l’économie néerlandaise et l’un des réservoirs de matières premières essentielles à l’industrie américaine. Les Etats-Unis avaient encouragé le mouvement d’indépendance indigène, et d’astucieux hommes d’affaires américains avaient traité avec les nouveaux dirigeants un véritable monopole des exportations de la jeune république.

Depuis l’avance communiste en Chine, il fallut constituer un bloc de défense du Sud-Est asiatique. Les Etats-Unis, après de nombreuses tractations secrètes, auraient acquis l’appui du Siam, des Indes et du gouvernement Birman. Ils ont soutenu la France en Indochine et l’Angleterre en Malaisie. C’est au tour des Hollandais aujourd’hui de reconquérir leur empire. Ils ne rencontrent d’ailleurs pas grande résistance. Les dirigeants Indonésiens se sont laissé arrêter sans difficulté. La situation était mûre. La population, lasse du brigandage, avait également assez des nationalistes impuissants et des bandits communistes. Le gouvernement, aux prises avec des embarras économiques devant lesquels ils n’étaient pas préparés, préfère se retirer et attendre des jours plus favorables ; une pression américaine a sans doute fait le reste.

Voilà donc semble-t-il un grand pays colonial qui retourne en Asie. Cela est de bonne augure pour le sort de l’Indochine ou de grandes opérations militaires viennent d’être entreprises dont on peut espérer une pacification relative : le temps presse car la vague rouge n’aurait pas tardé à déferler.

 

En Chine

L’abandon de Tchang-Kaï-Chek se confirme. Marshall, qui a de bonnes relations avec certains chefs communistes, estime indispensable le départ du Maréchal pour obtenir un accord entre les partis en présence. Toute aide leur a été retirée, tant militaire que financière, et l’on espère négocier. Les Russes semblent de leur côté extrêmement prudents. Ils craignent le bourbier chinois et ne veulent pas se compromettre auprès des dirigeants communistes en laissant apparaître leurs visées impérialistes. La situation militaire évolue de plus en plus rapidement en faveur des communistes et la prise de Nankin paraît proche.

 

France – Italie

Il semble que les entretiens Sforza-Schuman aient une certaine importance. Les Français servent-ils de médiateurs entre les Anglais et les Italiens au sujet des colonies ? La prochaine visite de Bevin à Paris laisserait croire, qu’outre les problèmes franco-anglais qui sont assez épineux, la question des colonies italiennes, le réarmement italien, l’inclusion de l’Italie dans le bloc occidental seront examinées.

Il est probable par ailleurs que l’admission de l’Espagne au Conseil des Nations Occidentales se fera par étapes discrètes. Le frère du Caudillo est à Paris. Le groupement des pays d’Occident se poursuivra aussi nécessairement que celui des pays d’Orient. Cette politique est adroite et n’a rien d’agressif en soi. Lorsque le bloc sera tel que presque toutes les forces du monde en feront partie à l’exception de l’U.R.S.S., sa force d’attraction sera suffisante pour que les pays soumis au joug Soviétique puissent s’en libérer. Tito n’attend que ce moment-là.

En Tchécoslovaquie, la situation économique est si mauvaise que les ministres communistes ont dû aller à Moscou pour obtenir des matières premières indispensables à la marche au ralenti des usines tchèques, les Américains ayant cessé toutes fournitures. Ils ne sont pas revenus les mains très pleines, car la Russie est déjà en difficulté et n’a pas grand-chose à donner. Les malfaçons dans les usines soviétiques sont telles que des épurations constantes sont effectuées parmi les dirigeants de l’industrie : les transports marchent encore plus mal – opposition intérieure au régime ou lassitude de l’ouvrier russe si misérable ? – Le rendement industriel baisse très nettement depuis quelques mois, en dépit des statistiques officielles.

 

En Palestine

La situation évolue comme il était prévu depuis quelques temps : Abdullah lâchant les autres pays arabes, fait son roitelet et traite avec les Juifs. Comme il a une armée, l’appui des Anglais et le consentement américain, il se sent fort. Les Juifs, en difficulté d’argent, semblent pressés de traiter. Ce serait un grand soulagement pour tout le monde.

 

                                                                                  CRITON