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Le Courrier d’Aix – 1949-01-01 – La Vie Internationale.
Drame et Comédie
Semaine aux événements bien mêlés : une nouvelle qui nous réjouit : l’accord des Six sur la Ruhr qui est un succès capital pour notre avenir. Une histoire bien amusante : la condamnation platonique de l’action hollandaise en Indonésie par le Conseil de Sécurité. Enfin, hélas, l’arrestation le jour même de Noël, par les bolchéviques de Hongrie de l’héroïque prélat.
Le Cardinal Mindszenty
Il est allé au-devant du martyre ; il se savait et il le voulait. Il avait dit qu’en ce siècle de capitulation devant la force, l’Eglise devait opposer au communisme autre chose que des mots. Les Bolchéviks de Hongrie ont commis l’erreur de l’arrêter et de le charger d’accusations ridicules qui servent indistinctement pour tous leurs adversaires : complot, espionnage et trafic de devises ! Ils ont soulevé l’indignation de toute la chrétienté. Les leçons de l’histoire ne leur servent pas plus qu’à Hitler.
Au Conseil de Sécurité
Pour une fois, donnons raison à la « Pravda ». Elle raconte comment la campagne foudroyante des Hollandais à Sumatra et à Java avait été préparée après un accord secret entre La Haye et le département d’Etat qui avait au préalable agi auprès de Soekarno et du cabinet républicain de Java. Comment ? Londres avait donné son accord. Ce que la « Pravda » ne dit pas, c’est que Moscou avait envoyé là-bas ses brigades de choc pour recommencer le coup manqué en septembre par les communistes de l’Ile.
Devant le Conseil de Sécurité, ce sont les Américains qui ont présenté le blâme contre les Hollandais. Ils ne pouvaient avoir l’air de les approuver ; l’opinion américaine est encore très anti-colonialiste. Ils auraient mis de plus les Anglais dans l’embarras, l’Australie étant très hostile au maintien des Hollandais dans son voisinage, et les Dominions très farouches sur la question de l’indépendance des peuples asiatiques. Ce qui est le plus amusant, c’est que la Russie s’est opposée à cette motion de censure dans l’espoir, semble-t-il, d’obtenir des sanctions matérielles contre les Hollandais et la possibilité de participer à une expédition d’enquête qui lui aurait donné un accès légal dans le pays.
Finalement, toute motion a été ajournée et comme l’action militaire hollandaise s’est achevée sans coup férir, on fera publiquement le silence sur le fait accompli.
L’Accord des Six
Nos lecteurs reconnaîtront qu’alors que la presse et l’opinion ici se déchaînaient contre les projets anglo-américains sur la Ruhr, nous avons été d’un optimisme très assuré. Non que nous espérions un succès de la thèse française, ce qui était hors de question depuis trois ans, mais une satisfaction aussi large qu’on pouvait raisonnablement l’attendre.
Or, l’accord de mercredi nous accorde :
1° le contrôle international que nous demandions sur la gestion des industries de la Ruhr, et non plus sur la seule répartition des produits ;
2° le maintien pendant et après l’occupation d’une commission militaire qui veillera à la démilitarisation de l’Allemagne (si nous avions pu obtenir cela en 1919 !). On mettra sur pied à cet effet une force de police industrielle permanente.
Le seul point sur lequel nous n’avons pas fait céder les Anglo-Saxons concerne la propriété même des mines et des industries qui reviendra aux Allemands. La France enfin a dû reconnaître la nécessité, dans l’intérêt de la défense de l’Europe, d’un accroissement important de la production allemande, nécessaire au relèvement du niveau de vie des Allemands eux-mêmes et au paiement de leur subsistance, nécessaire aussi pour nous permettre de recevoir davantage de coke et de charbon, ce que nous avons également obtenu en principe.
L’accord des Six paraît être le prélude à un accord plus étendu peut-être à une véritable coopération économique franco-allemande qui, si elle choque nos sentiments, coïnciderait évidemment avec nos intérêts essentiels. En tous cas, les Etats-Unis mettront comme condition au maintien de l’E.R.P., une collaboration entre les bénéficiaires qui impliquera pour chacun des sacrifices et même des abandons de leur souveraineté dans l’intérêt général.
Et cela vise surtout les Anglais. A Washington on n’est pas très content de M. Bevin. Il n’est pas impossible qu’il soit obligé de céder la place. Le voyage de M. Schuman à Londres mettra à l’épreuve la bonne volonté britannique. On assure que M. Attlee qui prendrait la place de Bevin est animé d’intentions conciliantes, intentions qui coïncident avec celles de l’opinion anglaise dans sa majorité qui considère que tout désaccord sérieux entre Français et Anglais a mis et mettra encore la paix du monde en danger.
A Washington, on insiste beaucoup pour que l’entente cordiale se refasse et qu’une réconciliation générale fasse du bloc occidental une réalité vivante et non plus un être de raison. Pour sauver la civilisation, il faut développer une conscience de l’esprit européen qui exprime les valeurs dont cette civilisation est faite, ce qui implique un minimum de désintéressement, la chose la plus difficile à obtenir en politique.
CRITON