Criton – 1948-12-18 – Fin de Session

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Le Courrier d’Aix – 1948-12-18 – La Vie Internationale.

 

Fin de Session

 

Le tableau de la situation internationale ne se modifie guère. Les communistes triomphent en Chine, les problèmes franco-anglais demeurent épineux, la session parisienne de l’O.N.U. se termine sur un fiasco complet, tous les problèmes litigieux de l’heure restant au point même où l’Assemblée les avait trouvés. La course aux armements, seule, est en plein essor.

 

La Chine

Pau Hoffman est en Chine. Madame Tchang-Kaï-Chek, à Washington. Comme prévu, elle n’a rien obtenu. Les Américains ne soutiendront pas le Maréchal. Ils sont sûrs qu’en y mettant le prix, on peut arriver à persuader quelques personnalités du camp communiste à former avec certains éléments du régime nationaliste un gouvernement de coalition auquel l’aide financière américaine sera indispensable. La diplomatie du dollar trouve en Chine un terrain de choix. Mais les Soviets ne lâcheront pas facilement leur proie.

En attendant, Tchang continue une lutte désastreuse. Les Rouges sont aux portes de Pékin. Trois des armées nationalistes sont encerclées autour de Su Chow. Néanmoins, les forces en présence sont encore considérables et il est fort possible que la lutte ne se termine pas par une défaite radicale des nationalistes. La Chine nous a habitués à ces guerres civiles interminables qui rebondissent quand on les croyait terminées. Entre temps, on discute, et souvent sans succès. Selon certains observateurs, il en pourrait bien être encore de même cette fois.

 

L’O.N.U.

Cette malheureuse session de l’O.N.U. a été encore plus négative qu’on ne l’avait craint. Non seulement le veto soviétique et l’obstruction du groupe slave ont empêché les grands problèmes de recevoir une solution, comme l’affaire de Berlin, le problème grec, le traité Autrichien, mais d’autres questions où le duel Russo-Américain n’est pas engagé, comme la Palestine et les colonies italiennes, sont restées sans solution. Toutes les objections que l’on fait contre la diplomatie sur la place publique restent valables ; on parle pour les électeurs ou les camarades, plutôt que pour s’entendre avec le voisin. Les points de vue ne se rapprochent pas et les rapports entre nations s’aigrissent.

Cependant, sur le plan matériel, l’échec a été total, sur le plan moral, on s’est félicité de l’accord sur la Déclaration des Droits de l’homme. Cette Charte du citoyen, pour académique qu’elle soit, est l’ébauche d’un ordre moral international qu’on peut espérer peu à peu imposer à toutes les nations. Un tribunal international serait institué auquel pourraient en appeler les citoyens ou les groupes opprimés par leurs gouvernements. Les sanctions seraient difficilement applicables, mais le verdict embarrasserait assez le gouvernement accusé. Ainsi, la conscience humaine pourrait-elle exprimer et peu à peu imposer ses exigences morales fondamentales. Ce qui serait d’importance pour sauver une civilisation menacée.

L’O.N.U. a encore un avantage : il se forme, grâce au contact permanent des hommes politiques les plus représentatifs du monde, une vie sociale internationale où l’on apprend à se connaître – pas toujours pour s’aimer – mais pour que puisse se former une opinion collective sur le caractère et les intentions d’un chacun. C’est ainsi que les discours de Vychinski et de ses collègues ont déterminé pas mal de délégations qui se proposaient de rester neutres dans le grand conflit de l’Ouest et de l’Est, à se ranger dans le camp occidental. Dans l’opinion, l’U.R.S.S. a beaucoup perdu de crédit.

 

France-Angleterre

Les divergences dont nous avons parlé apparaissent à l’examen si nombreuses et si profondes que, sur l’injonction pressante des Etats-Unis, une conversation à fond entre les deux pays s’impose. Sir Stafford Cripps qui devait venir à Paris ne le fera qu’après le vote du budget français et il est fortement question que M. Bevin l’accompagne. La conversation ne s’annonce pas facile et le récent discours de Bevin, son caractère brusque, un certain mépris de la confusion française, font présager de grosses difficultés. Cependant aux Etats-Unis, on pourrait bien dire aux bénéficiaires du plan Marshall : Mettez-vous d’accord ou nous coupons les crédits.

 

                                                                                  CRITON