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Le Courrier d’Aix – 1948-12-11 – La Vie Internationale.
La Chine et le Reste
On discute présentement un bon nombre de questions qui n’avancent guère : l’avenir de la Ruhr, le conflit Palestinien, le sort des colonies italiennes, l’Union Européenne, les relations commerciales franco-anglaises, le Pacte de l’Atlantique, d’autres encore de moindre importance, mais les préoccupations sont ailleurs ; c’est le sort de la Chine qui se joue. On se rend compte de l’énorme déséquilibre des forces dans le monde qui pourrait résulter de la chute de Tchang-Kaï-Chek.
En Chine
Et cependant l’événement paraît chaque jour plus certain. Les troupes Communistes approchent de Nankin qui va être évacuée. Pékin peut tomber d’un jour à l’autre, et dans le Camp Nationaliste, c’est un sauve qui peut. Les Américains, très préoccupés, ne paraissent pas avoir de projets nouveaux. Madame Tchang-Kaï-Chek a reçu à Washington un accueil plutôt froid. On ne se soucie guère de verser dans le gouffre chinois les trois milliards de dollars que l’on réclame. Marshall et Truman considèrent la Chine actuelle comme un mauvais placement et ils ne veulent pas compromettre leurs chances de s’entendre plus tard avec le vainqueur.
On couvrira autant que possible l’Asie du Sud-Est et peut-être Tchang pourra-t-il tenir dans l’Extrême-Sud du pays où il a conservé quelque prestige. La contrée plus difficile permet de résister à meilleur compte. Cependant on signale des révoltes locales dans le Yunnan ; l’effervescence gagne l’Indochine. Par ailleurs, le Congrès américain répugne à soutenir un gouvernement qui a perdu la confiance des masses. On respecte par sentiment démocratique le suffrage des populations. Pour y voir plus clair, la Maison Blanche a envoyé en Chine Paul Hoffman qui a l’œil prompt et le jugement sûr.
L’Election de Berlin
Depuis un an, les Berlinois gardent la vedette. On admire leur courage et ils soutiennent leur réputation : 90% ont été aux urnes pour manifester contre le blocus Soviétique, malgré les menaces et l’intimidation. La victoire prévue des Sociaux-démocrates a été chaleureusement accueillie en Angleterre. Ce sera pour les Russes une preuve de plus que l’Europe les maudit.
L’Italie
La diplomatie italienne s’agite beaucoup. L’Italie cherche à rentrer officiellement dans le système défensif européen sur un pied d’égalité avec les autres partenaires, à récupérer une partie des anciennes colonies et à reprendre le droit d’avoir une armée, limitée à presque rien par le traité de paix. Pour cela, Sforza a fait valoir que les autres vaincus, la Hongrie et la Bulgarie avaient reconstitué une force militaire avec l’appui des Soviets ; les traités ayant été violés de ce côté, rien ne s’oppose au réarmement italien. Pour les colonies, les Anglais seuls font une opposition tenace. Il semble cependant qu’on pourrait aboutir à un compromis, si l’Angleterre conservait la Cyrénaïque et Tobrouk. La France soutient les prétentions italiennes par crainte de voir s’établir un état arabe aux frontières de la Tunisie.
Les Relations Franco-Anglaises
Il est de bonne tradition que les relations soient toujours médiocres entre Français et Anglais sous un gouvernement travailliste. Malgré de bonnes paroles, on n’est d’accord sur rien, ni sur l’Allemagne, ni sur l’Union Européenne, ni sur le E.R.P., ni sur la coopération militaire, et voici que les questions commerciales deviennent irritantes. Exporter ou mourir, cela veut dire en Anglais vendre aux autres et leur acheter le moins possible. Le plan Cripps prévoit 100 millions de livres de ventes à l’Europe et seulement 7 millions d’achats en 1952. On comprend que les pays du continent, à ce taux, ne peuvent espérer équilibrer leurs comptes. En réalité, les Anglais pensent que, bon gré, mal gré, les Etats-Unis qui ont besoin de la France et de ses voisins payeront la différence, ce qu’ils ont fait jusqu’ici.
Sir Stafford Cripps devait venir à Paris, pressé par le gouvernement Français de trouver une solution. Mais on désire à Londres que la France équilibre son budget et stabilise sa monnaie avant de conclure un traité avec elle. On conserve une rancune de l’affaire de la dévaluation de janvier dernier, qui pourtant n’a pas nui à la livre qui se porte très bien, mieux que les estomacs britanniques.
La Ruhr
L’irritante question de la Ruhr s’apaise grâce à la bonne volonté et à la sagesse des négociateurs ; le problème essentiel, c’est le maintien indéfini du contrôle de la production lorsque l’occupation aura pris fin. D’ici là, le danger allemand ne saurait exister. Il semble bien qu’on soit prêt à s’entendre sur le principe. Reste, ce qui est fort délicat à mettre sur pied des années à l’avance, un système efficace qui soit accepté par les Allemands et vraiment voulu par les Anglo-Saxons. Pour les Anglais, ils sont trop intéressés à ne pas voir se développer outre mesure une industrie allemande concurrente, pour ne pas donner, au fond, dans nos vues.
CRITON