Criton – 1948-12-04 – Renouveau de la Guerre Froide

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Le Courrier d’Aix – 1948-12-04 – La Vie Internationale.

 

Renouveau de la Guerre Froide

 

La bataille pour Berlin a repris dans la ville même, ce qui prouve la vanité des efforts de conciliation de M. Bramuglia et l’intention des Soviets de ne laisser aucun répit. En apparence, la tactique n’a pas changé. Il y a cependant du nouveau.

 

La Stratégie Soviétique

« Les Anglo-Américains préparent la guerre, a dit Timochenko, ressuscité à l’occasion du défilé sur la Place Rouge, mais cette politique sera brisée par la croissance des forces sociales pacifiques qui empêcheront qu’une guerre puisse commencer ».  Cela fait écho aux mots d’ordre « Nous ne nous battrons jamais contre l’Union Soviétique »,  lancés par tous les pays où les communistes sont en force.

Depuis la mort de Jdanov, les dirigeants soviétiques se sont rendu compte que la crise économique aux Etats-Unis n’aurait pas lieu, que le réarmement s’accélérait et que le temps où une guerre pouvait être risquée était passé. Il y a eu l’affaire Tito, de graves difficultés en Tchécoslovaquie et chez les autres satellites, une situation intérieure tant politique qu’économique toujours médiocre tandis que, en dépit des crises gouvernementales et des grèves, les pays d’occident se relevaient rapidement. Malgré les sabotages, l’efficacité du plan Marshall n’est pas douteuse. Autant de déceptions dont la tactique russe devait tenir compte. C’est ainsi, comme nous l’avons signalé tout au début, que la grande offensive de Chine fut décidée et l’effort essentiel porte sur l’Extrême-Orient.

En Occident, les moyens d’action des Soviets sont maintenant apparemment épuisés. Les partis communistes sont las, des tendances Titistes se font jour. On n’espère plus que dans une dictature providentielle pour ressouder l’unité ouvrière et rendre leur prestige aux organisations syndicales du parti. Un dernier argument de propagande reste « Nous voulons la paix, nous sommes les champions de la paix dans le monde contre les fauteurs de guerre anglo-saxons ». Le slogan est bien gros, mais tout pacifisme émeut les cœurs. En France et en Italie où les deux guerres ont laissé des déceptions, l’idée de neutralité est populaire sans qu’on se demande sincèrement si, le cas échéant, elle serait possible.

 

La Riposte

C’est au sein même des classes ouvrières que la lutte prend forme. Depuis la victoire de Truman, les syndicats américains ont pris position avec une énergie inattendue contre le communisme dans les organisations, et l’Union Soviétique, au dehors. L’A.F.L. a voté une motion de combat réclamant une épuration et une politique d’extrême fermeté. Le C.I.O., l’autre organisme, parait devoir suivre. Simultanément en Angleterre, le T.U.C. s’est réuni pour décider le dépistage des infiltrations communistes dans les syndicats et aussi une politique vigoureuse à l’égard de l’U.R.S.S. Ces prises de position très nettes ont leur répercussion sur le continent et la scission idéologiquement, chaque jour plus évidentes sur la question « Pour ou contre les Soviets ».

 

A Berlin

Ce qui n’empêche pas la guerre froide de reprendre. On a saboté les travaux du Conseil Municipal à Berlin, destitué les fonctionnaires et refusé de reconnaître par avance la municipalité qui sera élue le 5 décembre dans les secteurs occidentaux. Il y aura une autre municipalité recrutée par les Russes, qui légifèrera contre la première. Mais on prévoit plus : une coupure définitive de l’Allemagne en deux, la nomination d’un Parlement de l’Allemagne orientale et – ce qui serait plus grave – une sorte de putsch communiste dans les secteurs occidentaux ; des bandes armées maîtriseraient la police anglo-franco-américaine et annexeraient Berlin au Reich Oriental. Les Américains, dit-on, enverraient à Berlin une division blindée avec armement complet.

 

En Chine

Les communistes paraissent l’emporter. Madame Tchang-Kaï-Chek part pour Washington, mais on ne fera rien en Amérique pour sauver le régime du Kuomin-Tang d’une débâcle inévitable.  On se contentera de renforcer quelques points stratégiques, Tsing-Tao d’abord ; plus tard, Shanghai et Hong-Kong par les Anglais.

Une conférence a réuni à Saigon les chefs militaires anglo-franco-américains. Enfin, succès d’importance, le Siam s’est rallié à la cause des occidentaux. L’armée siamoise va recevoir des armes et des instructeurs. On pense en faire en Asie du Sud-Est le noyau de la résistance au communisme, ce qui aiderait à couvrir l’Indochine, la Birmanie, la Malaisie et les Indes néerlandaises.

 

La Ruhr

Le Gouvernement Français a remporté un succès auquel on ne s’attendait pas. Il semble que le président Truman soit à l’origine de ce revirement. L’opinion américaine, et surtout anglaise, a joué aussi un rôle en défendant avec vigueur la thèse française.

Bref, deux points sont acquis. La France participera au « Comité d’Essen », c’est-à-dire au contrôle du charbon et de l’acier de la Ruhr ; la fusion des trois zones en sera accélérée ; mais ce contrôle ne durera qu’autant que les gouvernements militaires conserveront leurs pouvoirs. En second lieu, une commission de sécurité surveillera l’industrie allemande quand celle-ci sera rendue aux Allemands. Sur l’organisation et les pouvoirs de cette commission, on discutera. Enfin, il semble que la remise définitive des mines et des entreprises au gouvernement futur du Reich pourrait être ajournée jusqu’à la signature du traité de paix, ce qui pourrait bien être aux calendes grecques.

 

                                                                                  CRITON