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Le Courrier d’Aix – 1948-11-20 – La Vie Internationale.
La Ruhr et la Chine
La controverse publique sur les décisions anglo-américaines concernant la Ruhr et l’avance rapide des communistes en Chine ont soulevé des inquiétudes majeures. Les deux événements prêtent à réflexions : l’avenir du Monde peut en être profondément modifié.
La Question de la Ruhr
« Laisser restaurer l’arsenal de la Ruhr entre les mains des complices d’Hitler » a dit M. Auriol, c’est aller trop loin. Personne ne songe à confier aux Allemands la libre disposition d’un potentiel industriel aussi énorme.
On a décidé :
1° de laisser aux Allemands l’administration et la gestion des industries et du charbon, tout en maintenant aux gouvernements militaires des pouvoirs étendus pour en contrôler et distribuer la production ;
2° on a décidé également de laisser au futur gouvernement allemand le soin de se prononcer sur le futur régime de propriété de ces biens, laissant aux gouvernements militaires alliés un droit de disposition sur les titres des principales sociétés, et l’attribution de l’actif des Sociétés nouvelles, de transfert et d’attribution des bénéfices, ainsi qu’un droit de fixation des quotas de production et de répartition des marchandises.
Nous sommes heureusement encore loin d’une libre disposition entre les mains des Allemands. Mais la question a cependant des aspects sérieux.
Les Intentions Américaines
Les projets qui sont en fait d’inspiration américaine ne visent pas à créer pour la France un nouveau danger allemand. Ce serait dans les circonstances actuelles, si contraire à leurs intérêts et même au bon sens, qu’il ne vaut pas qu’on s’y arrête. Ils ont cependant une arrière-pensée : la France, avouons-le, n’inspire pas une grande confiance ; son instabilité politique d’abord, la possibilité d’une restauration autoritaire qui créerait peut-être aux Anglo-Saxons des difficultés nouvelles, les poussent à hâter la solution du problème de la Ruhr.
La France cherchera en tout état de cause à préserver sa neutralité dans un conflit Russo-Américain, au cas où elle ne serait pas directement menacée. La puissance d’une cinquième colonne pro-russe laisse peu d’espoir de lui voir jouer un rôle militaire efficace. Elle pourrait même être un danger, si des désordres éclataient à l’intérieur. Il faut donc que l’Allemagne puisse jouer un rôle actif en cas de conflit et que les Allemands soient mis en état moralement et matériellement d’offrir de bonnes bases à une résistance aux Russes sur le continent. Il faut leur accorder des satisfactions qui les engagent à produire et à collaborer. D’autre part, un contrôle français trop étendu sur la Ruhr aurait pour effet de réduire l’activité du bassin qu’on veut faire servir à un redressement de l’Allemagne, en lui permettant de payer sa nourriture et peut-être de fournir une contribution industrielle aux préparatifs militaires.
En remettant la propriété aux Allemands, les Américains comptent bien n’en faire que des prête-noms qui leur donne le moyen de diriger eux-mêmes la production, l’Allemagne devenant le glacis de la résistance au bolchévisme couvrirait une France incertaine et l’obligerait elle aussi à participer à la lutte commune. C’est une garantie que les Etats-Unis cherchent pour eux et indirectement un moyen de pression sur nous. Il est normal que la France de son côté marchande pour obtenir une part aussi considérable que possible dans le contrôle du bassin de la Ruhr.
Il ne semble pas cependant qu’on puisse se faire beaucoup d’illusions sur les concessions à arracher.
La Chine
Plus grave est peut-être pour nous le problème chinois. Que les communistes gagnent la guerre civile ou qu’ils fassent la paix avec les nationalistes et rétablissent l’ordre – pour le moment les deux partis annoncent des victoires – on peut être sûr qu’ils aideront tous les peuples jaunes à conquérir leur indépendance. Tous, communistes et nationalistes l’ont toujours fait. S’ils n’appuient pas davantage les Vietmins et autres mouvements anti-européens, c’est qu’ils sont trop faibles et ne veulent pas mécontenter les Etats-Unis dont tous les partis chinois, fussent-ils communistes, ont besoin.
Il en serait probablement autrement si la paix revenait ; ce qui est peu probable encore. Une Chine forte et unifiée ne serait sans doute pas une alliée de Moscou, mais un formidable encouragement pour tous ceux qui s’emploient à chasser les blancs d’Asie. Et il n’y a plus que trois petits points où l’autorité de ceux-ci se maintient, et combien précaire et difficile !
Pour l’heure, la situation est encore confuse. Les deux partis se battent et n’ont pas l’air très disposés à s’entendre : Tchang-Kaï-Chek a encore des armées solides qui paraissent couvrir assez bien Nankin, et au Nord, les communistes sont obligés de souffler. Il peut encore y avoir des surprises.
Le Conflit de Berlin
Pendant ce temps, MM. Evatt et Trygvie Lie cherchent à obliger les Anglo-Saxons et les Russes à renouer des négociations directes sur Berlin. Les Américains voient là plutôt une manœuvre pour les mettre en mauvaise posture moralement vis-à-vis des Soviets qui se disent toujours prêts à discuter. Ils ne risquent pas grand-chose en se posant en champions de la conciliation et de la paix. Ils tiennent les gages.
CRITON