Criton – 1945-10-20 – La Situation

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Le Courrier d’Aix – 1945-10-20 – Le Chemin de la Paix.

 

La Situation

On a pu cette semaine analyser avec sang-froid, tant dans les chancelleries que dans l’opinion, la situation internationale.

L’impression générale n’est guère optimiste. La presse américaine, jusqu’ici calme, s’est émue. On mesure l’abîme qui sépare l’U.R.S.S. du monde occidental. On sent, dans tous les domaines et en tous lieux, la lutte acharnée que se livrent, tantôt sourde et tantôt ouverte, les deux masses opposées …

 

Les Américains en Chine

L’Europe dans le Monde compte de moins en moins. On a l’impression que, s’il n’y avait à résoudre que le problème européen, on arriverait, sinon à un accord, du moins à un modus vivendi. Aucune des grandes Nations ne risquerait son existence pour le modifier.

Mais le Moyen-Orient et la Chine posent de plus graves questions. C’est un événement considérable que le débarquement de deux divisions américaines à Tien-Tsin. Les Américains patrouillent en outre toutes les côtes ; l’armée nationale de Tchang-Kaï-Chek a été pourvue par eux d’une aviation de transport pour amener autour de Pékin des troupes, afin de devancer l’armée communiste chinoise qui cherche à occuper le pays et à installer son administration.

En effet, l’accord entre Tchoung-King et les communistes n’était qu’une feinte ; la lutte se poursuit ; les Américains ripostent.

Il y a plus : On n’a guère remarqué en France avec quel empressement – le mot n’est  pas trop fort – les Japonais, empereur en tête, se sont soumis aux U.S.A. Faute d’autre possibilité, le Japon vivra en colonie américaine, ce qui laissera au peuple un niveau de vie suffisant et l’espoir d’un nouveau destin.

Le marché chinois est pour l’industrie américaine le débouché de l’avenir. Les U.S.A. se taillent dans le Pacifique la part du lion.

 

Contre-Mesures Russes

Les Russes luttent par tous les moyens. Sans en revenir au vieux slogan « la main de Moscou », les milieux officiels anglais n’hésitent pas, à propos de la grève des dockers, à parler d’organisation communiste révolutionnaire. Cette grève, au lendemain des élections travaillistes, paraît avoir des tendances politiques.

Les Américains voient dans leurs propres grèves des dockers et des marins un plan qui vise à paralyser les envois de vivres en Europe, de façon que les distributions alimentaires arrivent trop tard et ne servent pas  l’instrument de propagande aux Anglo-Saxons parmi les populations libérées.

Ce qui est sûr, c’est que les groupes politiques qui cherchent partout à susciter des troubles, comme en Italie ou au Portugal, les grands mouvements nationalistes, en Indochine et aux Indes Néerlandaises, et la plupart des nationalistes arabes, sont soutenus par Moscou ; l’espionnage, les sociétés secrètes jouent à fond.

 

La Situation en Europe Centrale

Cela n’est d’ailleurs pas à sens unique. En Russie, en Yougoslavie, en Bulgarie, les Gouvernements sont obligés à des épurations massives.

Dans l’armée russe, une purge comme on n’en avait pas vu depuis l’affaire Toukatchenwski a conduit au poteau un grand nombre d’officiers supérieurs revenus des différents pays d’Europe et convaincus de relations suspectes. Tito, aux prises avec une véritable guerre civile, épure aussi parmi ses partisans.

Il semble cependant qu’un accord serait proche en ce qui concerne l’Autriche et la Hongrie. Le Gouvernement Renner, élargi et démocratisé, sera reconnu par les Anglo-Saxons. Les élections de Budapest, qui se sont déroulées sans pression, ont marqué le succès des petits propriétaires contre les communistes et les socialistes. Un Gouvernement de coalition serait en formation.

 

La Question Allemande

Le statut futur de l’Allemagne ne se précise pas vite : c’est le sort de la Ruhr qu’on n’ose aborder.

Les Franco-Belges voudraient que, détachée politiquement de l’Allemagne, la Ruhr fut administrée par les Pays d’Europe occidentale qui ont souffert des destructions allemandes, ceux de l’Est ayant le bassin silésien à leur disposition ; les Russes veulent la mise en commun des ressources de la Ruhr. Les Anglais préfèrent que la région, quoique économiquement dirigée par un office international, reste allemande, qu’une industrie allemande suffisante demeure pour que tout le profit de ce riche réseau industriel n’aille pas à ses voisins …

 

                                                                                                           CRITON

Criton – 1945-10-13 – La Conférence de Londres

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Le Courrier d’Aix – 1945-10-13 – Le Chemin de la Paix.

 

La Conférence de Londres

Il n’a pas fallu beaucoup d’efforts à M. Molotov pour torpiller la Conférence de Londres. Un véritable accès de désespoir s’est emparé de l’opinion anglaise. Le mot est du Daily Herald , l’organe travailliste, où le pessimisme est le plus accusé. Il va jusqu’à dire qu’on finira par regretter Hitler !

L’échec le plus grave porte sur la question des Balkans et de l’Europe centrale. Les Gouvernements hongrois, polonais, yougoslave, bulgare et roumain sont entièrement aux mains des Soviets. Si ces pays conservent nominalement leur indépendance, en fait ce sont d’ores et déjà des provinces russes. Que les Anglais et Américains reconnaissent ou non ces Gouvernements, la Russie traitera avec eux et disposera de toutes les ressources de ces pays.

* * *

Les exigences russes ont été au-delà. Ils ont refusé le droit de navigation sur le Danube, émis des prétentions sur Tripoli, les îles du Dodécanèse et même réclamé un port sur la Mer Rouge et le Golfe Persique.

Devant cette poussée d’impérialisme frénétique, les Anglais se sentent impuissants. La diplomatie française, autant qu’on en peut juger par les déclarations obscures de M. Bidault, est embarrassée et paralysée par la peur de mécontenter les Russes.

Ceux-ci continuent une violente campagne de presse contre Blum et le parti socialiste, contre de Gaulle et son « bloc occidental ». A Londres, ils se sont opposés à ce que la France participât aux discussions relatives aux questions balkaniques. Ils cherchent en toute occasion à éliminer la France du concert international.

* * *

L’attitude américaine reste énigmatique. Le but de la diplomatie américaine paraît être de faire sentir, tant à la Conférence de Londres qu’aux discussions financières de Washington, que sans l’appui américain, l’Angleterre n’est plus qu’un faible troisième, qu’elle est incapable de défendre ses intérêts vitaux. Les Etats-Unis n’ont pas dit leur dernier mot. Ils sortiront au moment voulu un projet d’accord que Molotov lui-même signera avec le sourire ; le silence se fera subitement sur les problèmes en apparence les plus aigus.

 

Les Pourparlers de Washington

Ces pourparlers où, malgré eux, les Anglais font figure de solliciteurs, ne paraissent pas non plus prendre une tournure favorable.

Un redressement financier anglais est impossible sans crédits américains. Et l’on devra payer ces crédits, en se soumettant au contrôle américain. Cela, les Anglais ne peuvent en supporter l’idée.

Au moment où ils auraient eu besoin de souffler un peu, il leur faut redoubler d’efforts, exporter à tout prix, comprimer leurs dépenses en devises, comme par exemple interdire à leurs navires d’emprunter la voie du Canal de Panama pour épargner des dollars.

Le nouveau Gouvernement travailliste est désemparé par l’ampleur et l’acuité des problèmes. L’absence d’une autorité morale comme celle de Churchill se fait durement sentir. Les travaillistes ont conservé l’esprit « Société des Nations ». Ils se seraient senti à l’aise dans une discussion méthodique et paisible d’organisation internationale comme dans les Congrès des Trade-Unions. Mais dans l’atmosphère de guerre diplomatique qui est actuelle, ils perdent pied ….

 

La Question d’Extrême-Orient et l’Indochine

Les craintes qu’on pouvait avoir que les relations Franco-chinoises au sujet de l’Indochine fussent compromises, ont été dissipées.

Cela ne veut pas dire que nous n’aurons pas dans les années à venir à mener là-bas une lutte très dure. Les Chinois ont pour le moment à assumer leur reconstruction ; Tchounking doit affermir son autorité dans cet immense pays où les intrigues, ruses continuent. Ils ont besoin de tous les concours, même du nôtre. Mais cela n’empêche pas, pour l’avenir, quelque arrière-pensée.

Les Anglais eux-mêmes, jusque-là réticents, ont apporté leur aide aux Français de Saïgon contre les révoltés indigènes … Nous restaurerons peu à peu notre autorité.

 

L’Affaire de Pearl-Harbour

Pour ceux que les dessous de la politique internationale intéressent, l’affaire de Pearl Harbour fournit une matière magnifique. Depuis longtemps, on chuchotait que l’attaque de Pearl Harbour était connue d’avance par MM. Roosevelt et Cordell Hull, que M. Dewey, l’adversaire de Roosevelt aux élections avait failli révéler l’affaire durant la campagne électorale, mais que cela aurait fait savoir aux Japonais qu’on avait déchiffré leur code secret. Il n’en reste pas moins qu’on s’était bien gardé d’avertir les commandants du port et des navires, ou de déplacer ceux-ci, de façon à donner au public américain le maximum d’émotion, la secousse salutaire pour le porter à la guerre. Quant aux victimes, évidemment ….

 

                                                                                                CRITON

Criton – 1945-10-06 – Conférence de Londres

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Courrier d’Aix – 1945-10-06 – Le Chemin de la Paix.

 

Conférence de Londres

L’échec non dissimulé de la Conférence de Londres a provoqué le pessimisme de la presse libre du monde entier. La presse anglaise, surtout travailliste, abandonne tout espoir d’un accord avec les Russes. En France, on s’en prend à notre diplomatie impuissante à faire respecter nos droits.

Il y a là quelque injustice. Certes, notre diplomatie commit, avant et après la Libération, de lourdes fautes. Elle a acquis depuis l’expérience qui lui manquait et, dans la position très délicate où nous sommes, avec la faiblesse de nos moyens, il était difficile de faire mieux depuis le voyage à Washington.

Sans être lié vis-à-vis des Anglo-Saxons par des liens qui engagent l’avenir, nous faisons valoir le prix de notre concours, qui sera d’autant plus appréciable que le conflit entre grands sera plus aigu.

                                                                X  X  X  X

Donc cette Conférence de Londres paraissait devoir suivre le cours consacré de toutes les conférences du passé. Beaucoup d’optimisme au début, une crise aigüe ensuite où tout semble perdu, enfin un compromis final qui ne signifie pas grand-chose et prépare, à la satisfaction des participants, la conférence suivante. M. Byrnes, ministre américain, avait rédigé ce compromis.

On devait s’accorder sur le traité pour l’Italie et pour les pays balkaniques, provoquer une conférence élargie qui, avec de la patience, force enquêtes et marchandages, laisser une porte ouverte à l’influence occidentale dans l’Europe centrale.

Mais les Russes ont préféré une rupture brutale des pourparlers ; aux Américains même, ils ont été jusqu’à  demander une enquête sur leurs agissements au Japon. Byrnes, désarçonné, en a référé à Washington qui a répliqué par une note calme qui laisse la voie ouverte à une rencontre des trois Grands. Pendant ce temps d’ailleurs, Staline donnait pour l’opinion américaine, une interview remplie de dispositions conciliantes. La partie continue.

 

Le Problème Allemand

Il est curieux de constater le peu d’attention que provoque en France l’ensemble des mesures très importantes prises ces temps-ci pour réduire dans l’avenir l’Allemagne à l’impuissance.

Les Américains, dans leur zone, viennent de diviser l’Allemagne en trois Etats, dont un Etat de Bavière, qui, grâce aux sentiments séparatistes des Bavarois, pourrait bien être définitif.

Cent mille nazis ont été arrêtés. Une décentralisation complète de l’administration ne laissera dans les services que des autochtones.

Le centre de l’Allemagne sera séparé de la Prusse. Les usines susceptibles de travailler pour la guerre seront transformées ou détruites ; les laboratoires d’études sont supprimés, leur outillage confisqué et les savants allemands ont été transportés en qualité de prisonniers aux Etats-Unis, en sorte que la jeunesse allemande sera privée de maîtres scientifiques.

Que n’a-t-on fait cela en 1918 ! Quoi qu’il en soit, il semble bien que le cauchemar du voisinage allemand va réellement se dissiper. Que sont les autres dangers auprès du péril mortel qu’il représentait ?

 

Le Voyage de Joukof

Tandis que Molotov coupait les ponts, que Staline se montrait aimable, on apprenait avec une vive curiosité que Joukof s’embarquait pour les Etats-Unis.

On sait – ce ne sont d’ailleurs que des on-dit – que Joukof passe pour le maître de la Russie de demain. Staline songerait à se retirer et donnerait sa succession à un civil. Il laisserait néanmoins assez de pouvoir aux militaires pour ne pas provoquer de conflit entre le parti et l’armée.

Toutes les dictatures connaissent les mêmes problèmes.

Quoi qu’il en soit, le voyage Joukof excite les imaginations. On parlerait, dit-on, de la bombe atomique.

 

Chine et Indochine

Le départ des Japonais laisse l’Extrême-Orient en pleine effervescence nationaliste. Des partis de l’indépendance s’agitent partout, qui se battent avec des armes japonaises.

La Situation est particulièrement tendue aux Indes néerlandaises et en Indochine.

Le double jeu des Chinois complique encore la situation dans notre colonie. Les promesses de M. Soung au général de Gaulle sont contredites par l’action des généraux chinois en Indochine qui encouragent les rebelles et emprisonnent les Français.

Les choses s’arrangeront une fois de plus, car les Anglais semblent décidés à faire respecter nos droits ; mais quelle lourde tâche nous attend !

                                                                                                CRITON

  1. P.S. – On me communique un article du « Patriote Aixois » où ces chroniques sont violemment critiquées. Je regrette d’être obligé de dire que je suis un résistant actif depuis 40 et père de déporté. Cela, pour que l’on ne puisse suspecter le « Courrier d’Aix » qui m’accorde une si libérale hospitalité.

Criton – 1945-09-29 – Conférence de Londres

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Le Courrier d’Aix – 1945-09-29 – Le Chemin de la Paix.

 

Conférence de Londres

L’émotion soulevée par l’échec de Londres se calme. Mais les Anglais restent inquiets, tandis que l’opinion américaine est froide et optimiste : au moins les questions sont nettement posées, dit-on volontiers. En fait, les conséquences sur l’échiquier diplomatique seront considérables. Nous n’avons pas à nous en plaindre : le ministre Byrne a dit essentiellement qu’il voulait associer tous les Alliés, et particulièrement la France et la Chine, à l’élaboration et au maintien de la paix. Nous devons être présents à toutes les discussions. Ces propos plaisent, quand on se reporte quelques mois en arrière, avant Potsdam, alors que les Trois pensaient régler entre eux le sort du monde et qu’on s’accordait à exclure la France de tous les débats. Devant les exigences de l’impérialisme russe, les Anglo-Saxons sentent le prix de notre concours.

 

La Diplomatie Russe

Les procédés de la diplomatie russe demeurent les mêmes qu’au temps du pacte de 39 avec Hitler et de sa première guerre finlandaise : Amener l’adversaire à des dispositions optimistes, faire croire à l’opinion que tout s’arrange, et brusquement mettre l’univers devant le fait accompli, irrévocable. Le partenaire décontenancé est en présence d’exigences nouvelles ; son désarroi le dispose à céder.

De plus, en entretenant l’inquiétude, en faisant peur, on crée une ambiance de découragement qui, dans les pays à économie libre, paralyse les affaires et nuit à la prospérité. Une mentalité défaitiste dispose aux concessions …..

Ces méthodes ont leur efficacité mais aussi leurs périls : c’est en créant la peur qu’Hitler a forgé la coalition qui l’a vaincu.

 

Les Négociations de Washington et l’Affaire des Cartels

Ce qui s’est passé à Londres a influé sur les pourparlers pour les crédits. Anglais et Américains, si loin de s’entendre au début, paraissent à la veille d’un accord. Londres obtiendrait quatre milliards de dollars.

Le fond du débat sur lequel les Anglais ont cédé, portait sur le rôle dans le monde nouveau des cartels internationaux. Problème capital pour les Américains qui ne voulaient plus que des pays soient fermés à leur activité.

En effet, en Europe, dans les dominions et colonies, avant-guerre, les grandes Compagnies américains se heurtaient à des ententes dirigées par les Compagnies anglaises rivales, soutenues par le Gouvernement britannique. Celles-ci s’alliaient soit avec des sociétés créées à cette fin en Allemagne, en France et ailleurs pour se répartir les marchés et organiser des monopoles de fait.

Récemment, des Sociétés d’Etat soviétiques d’un type analogue ont fait brusquement leur apparition en Europe. L’une a cherché à mettre la main sur les pétroles d’Autriche ; l’autre, conjointement avec une société de l’Etat magyar, s’est adjugé le monopole du commerce extérieur hongrois.

Les Anglo-Saxons ont tenté de s’opposer, surtout en Autriche. On s’explique mieux ainsi l’échec des négociations de Londres.

En principe donc, les Anglais et les autres Nations dont la France aussi, renonceront à organiser des monopoles par des trusts internationaux. Il serait amusant qu’il ne restât plus que les Soviétiques.

 

Où en est la Question Allemande ?

Si aucun accord n’est en vue sur le sort de l’Allemagne, chaque Allié pour sa part s’emploie à la réduire. On a beaucoup remarqué que Staline, dans son interview, a insisté sur un traitement sévère et recommandé que la Ruhr soit enlevée à l’Allemagne. Les Français se rendent-ils compte de cette volonté unanime des Alliés de faire disparaitre à jamais la puissance allemande ?

Le dernier calcul d’Hitler, qui voyait l’avenir de l’Allemagne reposer sur les discordes des Alliés, s’avère une lourde erreur.

Ne pouvait-on pas craindre, il n’y a pas longtemps, que l’un ou l’autre des Alliés ne ménageât l’Allemagne pour s’en servir comme allié un jour contre les autres ?

Cette attitude sans équivoque, aussi bien des Russes que des Anglo-Saxons, a permis au général de Gaulle de faire son entrée en Allemagne ; les discours ont été accueillis avec ferveur par les populations rhénanes et n’ont soulevé aucune critique à l’étranger.

La France promet son appui aux populations de la rive gauche du Rhin et spécialement de la Sarre, qui savent que désormais leur sort dépend de nous, et de nous seuls.

 

Extrême-Orient

Enfin il semble, – il faut être prudent avant d’affirmer quelque chose de ces affaires chinoises – que la question d’Indochine évolue bien. L’appui des Anglais a été complet. Quel changement de climat depuis les querelles de Syrie ! Notre position s’améliore. Il y a un peu de nos efforts, pas mal aussi des circonstances.

 

                                                                                                CRITON

Criton – 1945-09-22 – La Conférence de Londres

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Le Courrier d’Aix – 1945-09-22 – Le Chemin de la Paix.

 

La Conférence de Londres

Londres est en ce moment le centre de l’activité diplomatique. Comme toujours, la Conférence elle-même n’est là que pour offrir aux hommes d’Etat une occasion de discours en public et de contacts privés, le fond des questions, – en l’espèce le traité avec l’Italie, – ayant été réglé depuis longtemps dans le secret.

 

Le Discours Molotov

Molotov, qui est décidément un humoriste, a voulu refaire à Londres son « coup de San Francisco ». Toute la presse anglaise s’est dressée d’indignation quand il a réclamé pour l’U.R.S.S. un mandat sur la Tripolitaine ! « Pourquoi un mandat anglais sur la Mongolie extérieure ? ». Il a fait allusion aussi à l’idée d’un mandat collectif sur les colonies, ce qui touche les Anglais au point sensible.

Il ne faut pas, semble-t-il, prendre au sérieux ces prétentions russes sur la Méditerranée. La Russie veut marquer ses droits partout pour les monnayer contre des avantages précis dans des contrées qui l’intéressent ; on parle de Tripolitaine mais on pense à la Perse.

 

La Politique Russe

Ce qui nous touche davantage, ce sont les attaques de la presse russe contre le général de Gaulle. On va jusqu’à l’accuser de vouloir créer, par un bloc occidental, un « cordon sanitaire » contre l’U.R.S.S. On sent, dans ses relations avec la Suède, la France, la Suisse, l’Espagne et le Vatican, que la Russie n’entend pas s’accommoder d’autres forces en Europe que des forces prorusses et de régimes d’obédience soviétique.

Par ailleurs, devant les difficultés intérieures auxquelles nous avons fait allusion précédemment, Staline a riposté par une intensification de la propagande et du travail. Sans lui laisser le temps de souffler, il lance la Russie, bride abattue, dans la course à la production : reconstruction, « reconversion » des usines de guerre, édification de centres de fabrication géants ; une espèce de mégalomanie industrielle, fiévreuse et forcenée, doit se communiquer à tout le peuple ; slogans, records, cascades de chiffres, tout redouble.

Enfin, les méthodes radicales de la révolution de 1917 sont appliquées en Pologne et en Yougoslavie, aussi en Bulgarie et en Roumanie (quoique à un moindre degré) : terrorisme policier, massacre des officiers de l’ancienne armée, arrestation des évêques, meurtres de prêtres, emprisonnement des propriétaires et des notables et confiscation de leurs biens, pour décapiter ce qui pourrait être une opposition à la pénétration soviétique. C’est ce que Molotov appelle « des gouvernements démocratiques soutenus par la majorité de la population ».

Cependant, malgré cette énorme poussée et les excès de langage, la politique russe reste prudente.

 

Les Relations Franco-Anglaises

Comme nous l’avions fait prévoir, les relations Franco-anglaises seront difficiles à régler. A l’inverse de ce qui se passa avant 1914, c’est aujourd’hui l’Angleterre qui a besoin de l’alliance française.

Loin de chercher à constituer en Europe un bloc anti-Russe, le général de Gaulle veut éviter qu’il nous arrive une troisième fois d’être liés au sort de l’Angleterre et que nous soyons entraînés dans une guerre pour des intérêts qui ne nous touchent qu’indirectement.

Ou la paix qui s’ouvre n’est qu’un court entracte de quelques dix ans, et ce qui reste d’Europe sera submergé sans que les Anglais y puissent rien, – ou bien nous allons aboutir à une entente équilibrée entre les trois grandes Nations, et toute alliance particulière sera inutile….

 

Les Négociations Anglo-Américaines

Lord Keynes et Lord Halifax jouent en Amérique une rude partie. Après la dénonciation de l’accord prêts-bails, les crédits américains à la Grande-Bretagne sont pour celle-ci une question vitale. Cependant, les négociateurs anglais soutiennent que si les conditions américaines étaient inacceptables, l’Angleterre, à son grand regret se replierait sur elle-même et organiserait une autarchie dont le régime de guerre facilite la réalisation.

Par ailleurs, M. Hoover, ancien président des Etats-Unis et mentor du parti républicain, a fait un discours très écouté où il met en garde les Américains contre des largesses excessives et l’octroi dangereux de crédits à des pays plus ou moins solvables. Il s’agit là d’une autre forme d’isolationnisme qui n’est pas mort aux Etats-Unis. Cela pourrait peser sur les décisions de Truman ; il est peu probable que les Anglais obtiennent les 4 ou 5 milliards de dollars qu’ils sollicitent …..

 

L’Indochine

Un mot pour souligner l’importance de la visite de M. Soong au général de Gaulle. Les Chinois sont toujours aimables, mais on empêche les troupes françaises de pénétrer en Indochine …..

 

                                                                                                 CRITON

Criton – 1945-09-15 – Le Chemin de la Paix

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Le Courrier d’Aix – 1945-09-15 – Le Chemin de la Paix.

 

Partout on négocie ; les traités se préparent. Une nouvelle carte du monde va bientôt paraître. Les couleurs auront beaucoup changé.

 

Les Embarras de la Politique Anglaise

Londres est de mauvaise humeur ; l’opposition, les grands journaux disent : « Nous avons été seuls pendant dix-huit mois contre Hitler. Sans nous, le monde périssait. Maintenant on discute nos droits ; on nous présente la facture de nos propres sacrifices ».

Nous avons fait l’expérience amère de cette même ingratitude en 1918, amis Anglais, rappelez-vous.

C’est surtout la fin de l’accord prêts-bails qui a été cruellement ressentie à Londres. L’Angleterre, dispensatrice autrefois des crédits dans le monde, perdit après 1914 sa suprématie financière. En 1945, elle n’est plus qu’un pays débiteur qui doit ménager ses créanciers. Force est de solliciter des crédits américains !

Une vive irritation s’élève aussi contre la politique russe : « Qu’arriverait-il si les Russes disposaient de la bombe atomique ? C’est à l’Angleterre que revient la mission morale de sauver les peuples d’Europe d’un nouveau totalitarisme, de préserver la démocratie ».

En fait, tant qu’il n’y a dans le monde que trois puissances, l’Angleterre ne peut rien sans l’agrément de l’une des autres. Un intérêt anglais ne pourra être défendu contre l’ambition russe que si les Américains y consentent. C’est pourquoi l’alliance française serait bien précieuse. En France aussi, maintenant qu’il ne faut plus compter sur la Russie, l’idée reprend force, et Blum est à Londres pour préparer les voies.

 

Interview du Général de Gaulle

Pas de difficulté en apparence ; le général de Gaulle se rallie à l’idée d’un bloc occidental qui disposerait de la Ruhr et du Rhin, l’un et l’autre internationalisés. En réalité, le bloc, vu par Londres, est un bloc britannique, dirigé au gré des Anglais.

La France veut une alliance libre où chacun reste maître de sa part. Le prix de l’alliance française, c’est la rive gauche du Rhin, c’est aussi mettre à la disposition de l’industrie française une part importante du potentiel de la Ruhr qui en doublerait la puissance. Enfin, c’est rapprocher des Français les Belges qu’on tenait bien en mains.

Tout cela serait acceptable si l’on pouvait lier la France définitivement à la politique anglaise par une alliance en bonne forme. Mais les Français ne veulent pas aliéner leur liberté … « Alors, dit-on à Londres, la France change si souvent de gouvernement ; Pétain et l’armistice de 40 sont d’hier. Faut-il payer si cher l’appui d’une planche pourrie ? » Et à Paris on répond : Nous savons – l’affaire de Syrie est là – que devant son intérêt, l’Angleterre ne cède jamais ; alors nous voulons des gages, d’abord.

 

Les Relations Russo-Américaines

Ce qui inquiète l’Angleterre, c’est que sur bien des points, Russes et Américains sont d’accord. Cette entente, que nous avons soulignée, s’est manifestée ces jours-ci en deux occasions : le nouveau gouvernement allemand installé par les Russes dans leur zone a causé une vive émotion à Londres ; violation des accords de Potsdam, les Russes se moquent des Alliés.

Les Américains ont répondu avec calme que l’initiative russe n’était nullement secrète et parfaitement légitime.

En réalité, les Russes ont préféré, disent-ils, centraliser l’administration allemande pour l’ensemble de leur zone sous une direction unique, tandis que nous, Américains, préférons l’organiser sur le plan local. Il ne s’agit pas là d’un « gouvernement allemand ».

 

La Position de la Turquie

Par contre, et cela confirme encore l’entente russo-américaine, Saradjoglou, ministre turc, a déclaré que la Turquie était plus que jamais solide et unie autour de son Gouvernement, qu’elle n’avait rien à demander à personne et rien à donner.

Ce langage énergique prouve que les Américains ont obtenu des Russes qu’ils renoncent à leurs prétentions de modifier le régime turc et de recouvrer les provinces arméniennes.

 

L’Angleterre et l’Europe

En Europe, privé d’appui américain, M. Bevin poursuit la lutte difficile engagée par M. Eden : avec l’aide du roi Pierre et du chef croate Matchek, elle cherche à unir les vieux Serbes et les Croates contre la dictature de Tito.

Le régent de Grèce Damaskinos est à Londres, et le Gouvernement Vulgaris tient, malgré les sommations des communistes.

Enfin, le ministre Mazarik obtient pour la Tchécoslovaquie des crédits et des facilités commerciales qui maintiendront pour ce pays une porte ouverte sur l’Occident pour équilibrer la pression russe.

 

                                                                          CRITON

Criton – 1945-09-08 – Le Chemin de la Paix

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Le Courrier d’Aix – 1945-09-08 – Le Chemin de la Paix.

 

Le discours Bevin et le voyage du général de Gaulle sont des événements de première importance. L’avenir du monde se dessine plus clairement aujourd’hui.

 

Le Discours Bevin

Ce fut une grosse surprise pour tous ceux qui attendaient du Gouvernement travailliste un changement quelconque dans la politique extérieure anglaise. L’approbation totale donnée par M. Eden à son successeur, le passage significatif où Bevin se refuse à intervenir dans la politique intérieure espagnole, les allusions aux dictatures rouges qui tentent dans les Balkans de se substituer au nazisme et que l’Angleterre ne saurait admettre, la violente réaction de la presse russe contre ce langage « fasciste », enfin les déclarations des divers ministres britanniques, tout concourt à montrer qu’en politique étrangère, comme en matière économique et même sociale, le nouveau Gouvernement agira exactement comme l’eût fait le précédent.

Certains disent qu’il sera même plus conservateur car il n’aura pas besoin de faire, comme un gouvernement conservateur, des concessions à un adversaire de gauche.

La raison profonde de cette attitude, c’est que les Anglais quels que soient leurs désirs, ne peuvent rien entreprendre qui les sépare moralement des Etats-Unis tout-puissants et relâche la solidarité anglo-saxonne. L’Angleterre demeurera capitaliste, parce que les Etats-Unis le sont.

 

Le Président Truman

La politique américaine aussi se précise. Le président Truman conquiert rapidement la popularité. « Un homme de bon sens, disent les Américains, le meilleur que nous puissions avoir ». Agir avec bon sens, cela signifie ne rien faire que le citoyen moyen, qui n’a cure de politique, ne puisse comprendre et approuver. Politique et bon sens, comme ces mots, pour nous Français, sonnent mal ensemble ! Il se pourrait cependant que la force des choses nous oblige à les réconcilier.

 

Le voyage de Gaulle

Bien que Roosevelt ne soit plus, pas mal de préventions restaient à vaincre. L’accueil a été déférent, et les négociations semble-t-il menées dans un cadre très objectif, ont nettement défini les obligations et les droits de la France. On s’est rendu compte à Washington que notre politique avait radicalement changé, qu’on avait enfin compris les nécessités de l’heure. La France, comme l’Angleterre travailliste, ajustera sa politique intérieure et extérieure, économique et sociale, aux directives générales données par les U.S.A.

D’ailleurs, la fin de l’accord prêts-bails, qui a causé une vive émotion est venue à point pour forcer les hésitations. Du jour au lendemain, si l’accord prêts-bails n’était pas remplacé par des crédits à long terme, la France, plus encore que l’Angleterre, privée de matières premières et d’argent, courait à la faillite. En tout état de cause, nos finances, si malmenées depuis un an, requièrent un secours urgent.

 

Extrême-Orient

La question indochinoise, dont nous avons toujours souligné la gravité, rendait aussi pressant le voyage à Washington. On sait qu’une agitation indigène très vive va chercher à s’opposer au rétablissement de notre souveraineté, que nos troupes sont encore en France qui devaient s’embarquer. Sur ce point, Truman est beaucoup moins « anti-colonial » que Roosevelt. Il laisse la question indochinoise comme celle de Hong-Kong à débattre avec les Chinois. Ceux-ci cependant vont occuper le Nord et l’Ouest de l’Indochine. Il faudra négocier. Mais nos troupes vont rejoindre.

On s’explique mieux pourquoi la politique américaine avait été si complaisante à Potsdam aux intérêts russes en Europe. Il fallait éviter la guerre civile en Chine que les Russes étaient maîtres d’allumer à leur gré, et obtenir que Tchang-Kaï-Chek et Staline se missent d’accord : c’est chose faite. Les Russes, d’après les termes publiés, ont fait plus de concessions qu’on ne prévoyait.

La Mandchourie restera, en droit au moins, sous la souveraineté chinoise, ce qui laissera le pays ouvert à la pénétration étrangère. La Corée, de même, restera un marché accessible aux Américains.

 

Balkans

L’accord conclu, les Anglo-américains ont, de concert, manifesté publiquement qu’ils ne se désintéressaient pas des Balkans où les intrigues redoublent, en Roumanie, en Bulgarie, en Grèce. La place nous manque pour exposer ces luttes complexes. Bornons-nous à la Bulgarie.

Le jeu là-bas, est mené par le fameux Dimitroff, bulgare d’origine, naturalisé russe, membre du Kominterm et du Soviet Suprême. Le voilà redevenu bulgare. Il organise dans le pays un « Front national » où de gré ou de force, tous les partis constitués doivent s’insérer – nous connaissons la méthode – mais en Bulgarie, les moyens de persuasion sont énergiques, et les élections auraient été si triomphales que Washington et Londres ont mis leur veto. Et leur volonté fut faite ….

 

                                                                                                CRITON

Criton – 1945-09-01- Le Chemin de la Paix

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Le Courrier d’Aix – 1945-09-01 – Le Chemin de la Paix

 

Août 1945 marque dans l’histoire du monde une phase nouvelle. Depuis la chute de Napoléon, cent trente ans se sont écoulés, durant lesquels l’équilibre entre les puissances fut plus ou moins stable. Aucune ne parvint à dominer. Aujourd’hui s’ouvre l’ère de la prépondérance américaine.

 

La Cérémonie de Tokyo

La Conférence de San Francisco devait préparer ce chapitre nouveau de l’histoire. On se souvient que les Russes avaient réussi à en atténuer quelque peu l’éclat. Depuis, il y eut la bombe atomique et la capitulation du Japon. Les Etats-Unis ont voulu, en donnant à la cérémonie de Tokyo l’ampleur et la solennité qu’ils excellent à diffuser, faire savoir à l’univers qu’ils prennent en mains sa destinée.

 

Les Conséquences de Potsdam

On s’explique mieux pourquoi ils ont si aisément abandonné l’Europe aux Russes (car le drapeau rouge flotte à exactement deux cents kilomètres du Rhin). Tant par les rapatriés que par les rares journalistes qui ont pu traverser la ligne de partage des zones, se confirme la première impression que nous avions signalée : les Russes rencontrent partout des difficultés considérables, sauf – choses curieuse – en Allemagne, au moins pour l’heure.

 

Le Nouveau Gouvernement Allemand

En grand mystère, on a vu sortir enfin ce gouvernement allemand, que les Russes cherchent à former depuis Stalingrad. Nous avons suivi les phases de cette laborieuse préparation. L’original, c’est que le président du Conseil sera le maréchal Joukov lui-même auquel des ministres allemands, contrôlés par des secrétaires d’Etat russes, feront leur rapport et dont ils recevront les instructions.

Il y avait assez de communistes en Allemagne pour que tous les postes fussent remplis, et quelques démocrates, socialistes et chrétiens, ont offert leur concours, afin de conserver à des Allemands la direction de tous les rouages administratifs, petits et moyens. Peu importe l’autorité centrale, qui ne sera pas éternelle, pourvu que l’autorité visible, celle que le public connaît, soit allemande.

 

La Politique Russe

Par contre en Autriche, en Hongrie, en Roumanie et partiellement en Yougoslavie et en Bulgarie, le prestige de la Russie libératrice s’est effondré avec l’occupation. D’un côté, les pillages et les meurtres commis par les soldats, les pouvoirs locaux partout confiés à des aventuriers mal considérés, les pays occupés envahis par de petits propagandistes, juifs presque toujours, baragouinant toutes les langues, agitateurs professionnels et orateurs de carrefours, enfin l’arrogance des officiers et le caractère extrêmement primitif et misérable des hommes, tout cela dressa les populations contre le conquérant. Partout des sociétés secrètes comme il en pousse spontanément en Europe centrale, s’organisent contre le nouvel ennemi.

Enfin, chose plus que toute autre révélatrice, le subtil Benes, en Tchécoslovaquie, qui s’était lié à la Russie, cherche à faire machine arrière. D’un autre côté, le Russe, formidable d’endurance et de courage au combat, aime ensuite à se détendre. Rien, pas même la menace de mort, ne l’empêchera de se débaucher. Ceux qui ont vu à Berlin l’armée d’élite qui vainquit les Allemands ne peuvent la reconnaître.

Et puis, ces hommes privés de tout se sont laissé éblouir par la civilisation occidentale qu’ils découvraient. La plupart ont perdu la foi dans l’idéal communiste ; le retour des soldats pourrait être pour l’U.R.S.S. le signe d’une crise intérieure sérieuse. Tout cela, les Américains le prévoyaient. En livrant l’Europe centrale, ils savaient qu’ils faisaient aux Russes un cadeau embarrassant. Pour toutes les populations de nouveau opprimées, l’Amérique représente le salut. Les intrigues et l’argent auront beau jeu….

 

Le Retour de Washington

Nous ne sommes guère informés des résultats du voyage du général de Gaulle (à Washington). On ne semble pas pressé de régler les questions pendantes : le régime de la Ruhr, la répartition du charbon, la distribution des réparations. Revenu de New-York, il faut consulter Londres, et l’accord Franco-anglais sera sur ces questions très laborieux.

Par contre, les Américains, par une série de décrets, ont pris à l’endroit de l’industrie allemande, un ensemble de mesures restrictives telles que, si elles sont maintenues, les Allemands ne sont pas près de préparer leur revanche ; la leçon de 1939 a servi. Quel soulagement pour nous !

 

                                                                                                CRITON

 

Criton – 1945-08-25 – Le Chemin de la Paix

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Le Courrier d’Aix – 1945-08-25 – Le Chemin de la Paix.

 

La Guerre n’est plus. Depuis plusieurs semaines on la sentait finir. On a cependant été surpris d’apercevoir à l’horizon cette figure incroyable : la paix.

 

Le Chemin de la Paix

Il sera rude : la guerre a mélangé les peuples ; les ennemis se sont déchirés avec une sauvagerie inconnue depuis un millénaire ; les alliés se sont côtoyés avec des regards méfiants. Ils se sépareront plus étrangers que jamais. L’antagonisme et la haine n’ont jamais été si forts et surtout si universels ; y a-t-il deux peuples amis ?

Puis est venue la bombe atomique ; on a tremblé à la pensée qu’en une nuit toutes les villes d’un grand pays comme le nôtre pourraient, par surprise, être anéanties avec tout leur peuple ; une mort instantanée, imprévisible, saisirait une partie de l’univers.

Ce sombre tableau a du bon ; l’immensité du péril obligera les conducteurs de peuples à soupeser leur responsabilité. L’opinion émue, en Angleterre surtout, réclame qu’à tout prix on s’accorde. On voit à l’évidence que le problème de la paix est affaire purement morale. Il faut qu’elle soit dans la volonté et dans les cœurs, sinon l’humanité périra ; dépassée par le progrès technique, celle-ci n’a pas acquis le « supplément d’âme » qui serait nécessaire pour le dominer. L’abîme est devant nos yeux.

 

La Politique Américaine

Ce sont en fait les Etats-Unis qui possèdent aujourd’hui l’arme irrésistible. Le monde est à leur merci ; reconnaissons que les deux bombes jetées sur le Japon sont arrivées au moment psychologique pour faire le maximum d’effet. Comment vont-ils user de leur toute puissance ? On ne voit pas encore le plan dans son ensemble.

D’abord, la conférence de Potsdam a provoqué en France et en Angleterre de la déception, presque de la stupeur ; la Russie recevait en Europe tout ce qu’elle pouvait revendiquer. Les troupes soviétiques s’installent jusqu’au cœur de l’Allemagne pour une durée indéfinie. L’unité germanique est non seulement brisée, mais le rideau de fer entre les deux tronçons de l’Europe sera abaissé de Trieste à Stettin. Malgré les efforts de Churchill, tout s’est passé comme si Russes et Américains se partageaient la tâche d’un commun accord. En Extrême-Orient, on a laissé aux Russes les deux jours nécessaires pour entrer en guerre, et sous condition d’un accord avec la Chine de Tchang-Kaï-Chek qui ne vaudra que par la bonne foi des partenaires ; la Mandchourie, la Mongolie intérieure et pratiquement la Corée tombent sous la coupe soviétique, sans compter Port-Arthur et Sakhaline.

Qu’est-ce à dire ? Les Américains pensent-ils assurer la paix en donnant aux Russes, en plein essor (ils leur accordent en plus cette année un milliard de dollars pour leur reconstruction), tout ce qu’ils peuvent raisonnablement souhaiter, comme si l’histoire ne nous enseignait pas que l’appétit vient en mangeant ? Ou bien sûr, de la supériorité de leur civilisation, de leurs méthodes économiques, de leur système social, pensent-ils que, par la force des choses et de l’exemple, les peuples sous le joug russe, las de leur misère et de leur esclavage, se tourneront d’eux-mêmes, irrésistiblement, vers le soleil de Washington ?

En fait, cette entente russo-américaine a été très sensible aux Anglais. Dans son premier discours, comme chef de l’opposition, Churchill a protesté contre cette expansion slave au cœur de l’Europe, et surtout contre l’expulsion massive par la terreur des populations autochtones des pays annexés par la Russie et la Pologne. L’Angleterre, impuissante, voit l’Europe se briser sous ses yeux.

 

La Politique de la France

Et la France ? Il n’en a pas été question. Notre gouvernement s’est surtout effrayé de la position nettement anti-française prise par Staline à Potsdam. Isolé de tous les conseils, déçu dans l’alliance, qui paraissait logique entre la France et la Russie, force fut bien à notre pays d’en finir sans délai avec la politique suivie jusqu’ici. Par une nécessité géographique et morale à la fois, supérieure à toutes les volontés humaines, la France fait et fera partie du bloc Anglo-saxon. Il vaut mieux que ce soit de gré que de force.

Aussi, le général de Gaulle est-il à Washington où depuis des mois on nous attend. Truman l’a dit : les Etats-Unis veulent des bases, ils les auront ; ils veulent un certain ordre économique, compatible avec leurs échanges, et cela sera.

Et au fond, disons-le, nous n’y ferons pas une mauvaise affaire. On a trop méconnu en France ce qu’il y avait dans la politique américaine, – malgré toute l’âpreté mercantile que l’on voudra, – de profond respect de la justice et de générosité d’âme qui n’est pas exclusivement un calcul mais une foi qui peut à l’occasion se traduire dans les faits et assurer au monde un peu plus de bien-être et peut-être la paix.

 

                                                                                                           CRITON

Criton – 1945-08-04 – Les Elections Britanniques

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Le Courrier d’Aix – 1945-08-04 – La Guerre et le Monde.

 

Les Elections Britanniques

Le résultat des élections en Angleterre est un événement historique d’une portée considérable. Le complet succès des travaillistes et la chute de Churchill vont influer sur l’orientation du monde d’après-guerre, en Europe surtout.

On ne réalisait pas qu’un homme, qui avait, sans commettre une faute, sauvé son pays du plus grand désastre, pouvait être abattu d’un tel élan.

« Triomphe de la démocratie », dit-on évidemment. Les masses, comme les Athéniens du temps d’Aristide, se lassent de l’autorité d’un homme que sa gloire rend trop puissant, dont la grandeur les importune. Clémenceau en 19 en fit l’amère expérience ; tandis que les tyrans sanguinaires vont jusqu’au bout.

Mais ici il y a autre chose : la guerre en Angleterre a fourni aux citoyens une multitude d’emplois qui, dans la paix, risquent d’être inutiles. Les anglais ont voté pour le parti dont ils espèrent qu’il leur conservera leur situation.

On maintiendra les cadres sociaux du temps de guerre. Le machinisme, inexorablement, entraîne les sociétés humaines vers l’organisation de la ruche.

Quoi qu’il en soit, nous allons assister à un changement de personnel dans les sphères dirigeantes de la politique anglaise.

                                                                X  X  X  X

Au point de vue français, nous avons peu à perdre à la disparition de Eden du Foreign-Office. Churchill lui-même, quoique sincèrement francophile comme bon nombre de conservateurs, avait pour notre gouvernement actuel une aversion bien connue.

Nous aurions tort cependant de concevoir trop d’espérances. Rappelons-nous, le gouvernement travailliste de Mac Donald dont nous escomptions une compréhension plus juste de nos droits, les incartades injurieuses de Snowden.

Les milieux travaillistes n’ont jamais eu beaucoup de rapports avec la France. Ils y voient un vieux pays auquel les idées hardies et l’ardeur constructive manquent, un pays qui se plait dans le désordre et l’improvisation avec des poussés impérialistes et militaristes qui les inquiètent.

S’entendront-ils mieux avec Staline ? On compte beaucoup sur Sir Stinford Cripps, qui est bien en cour à Moscou, sur Bevin qui est un prolétaire…. On demande à voir.

Les Américains eux, tout en applaudissant, font la grimace…

 

Postdam

La conférence tire à sa fin et paraît, sauf imprévu, devoir se dissoudre sans résultat d’importance.

On sentait que Staline se rendait à la conférence à contrecœur ; la disparition de Churchill ajoute à la confusion. On parle d’un ajournement à l’automne, quand les nouveaux dirigeants anglais se seront mis au courant.

Cependant, l’occupation de Vienne par les Alliés, Français compris, est un succès qu’on ne saurait sous-estimer.

Le gouvernement Renner devenait vite impopulaire. Les Russes ne pouvaient plus nourrir les Viennois. Ils ont reculé devant la famine et l’hostilité des masses.

 

Grèce

La pauvre Grèce paie cher la rivalité Anglo-russe. Il semble que le cabinet Voulgaris va renoncer à son tour. La terreur blanche a succédé à la terreur rouge. Tito menace de plus en plus l’Epiré, et Moscou annonce qu’on s’y bat.

 

Extrême-Orient

L’ultimatum envoyé par les Alliés au Japon met fin aux espoirs d’une fin prochaine du conflit. Si l’on devait négocier la paix, les choses ne seraient pas devenues publiques.

Comme nous le pressentions, c’est l’échec des négociations Soung-Staline entre la Chine de Tchang-Kaï-Chek et les Soviets qui a fait avorter les pourparlers de paix. Les Russes ne renonceront pas à leurs ambitions en Mandchourie et envers la Chine, pas plus qu’à soutenir le gouvernement communiste en Chine du Nord.

L’équilibre paraît encore plus difficile à réaliser en Extrême-Orient qu’en Europe. Les Japonais peuvent espérer qu’un conflit entre Alliés leur laissera une petite chance.

Cependant, les Américains ont commencé le blocus de la côte ouest des îles japonaises. La nourriture, le carburant vont manquer, tandis que les usines sautent et les navires de guerre vont au fond.

Churchill, avant de partir, nous a fait espérer une fin prochaine ; acceptons-en l’augure.

 

                                                                                                CRITON