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Le Courrier d’Aix – 1945-09-15 – Le Chemin de la Paix.
Partout on négocie ; les traités se préparent. Une nouvelle carte du monde va bientôt paraître. Les couleurs auront beaucoup changé.
Les Embarras de la Politique Anglaise
Londres est de mauvaise humeur ; l’opposition, les grands journaux disent : « Nous avons été seuls pendant dix-huit mois contre Hitler. Sans nous, le monde périssait. Maintenant on discute nos droits ; on nous présente la facture de nos propres sacrifices ».
Nous avons fait l’expérience amère de cette même ingratitude en 1918, amis Anglais, rappelez-vous.
C’est surtout la fin de l’accord prêts-bails qui a été cruellement ressentie à Londres. L’Angleterre, dispensatrice autrefois des crédits dans le monde, perdit après 1914 sa suprématie financière. En 1945, elle n’est plus qu’un pays débiteur qui doit ménager ses créanciers. Force est de solliciter des crédits américains !
Une vive irritation s’élève aussi contre la politique russe : « Qu’arriverait-il si les Russes disposaient de la bombe atomique ? C’est à l’Angleterre que revient la mission morale de sauver les peuples d’Europe d’un nouveau totalitarisme, de préserver la démocratie ».
En fait, tant qu’il n’y a dans le monde que trois puissances, l’Angleterre ne peut rien sans l’agrément de l’une des autres. Un intérêt anglais ne pourra être défendu contre l’ambition russe que si les Américains y consentent. C’est pourquoi l’alliance française serait bien précieuse. En France aussi, maintenant qu’il ne faut plus compter sur la Russie, l’idée reprend force, et Blum est à Londres pour préparer les voies.
Interview du Général de Gaulle
Pas de difficulté en apparence ; le général de Gaulle se rallie à l’idée d’un bloc occidental qui disposerait de la Ruhr et du Rhin, l’un et l’autre internationalisés. En réalité, le bloc, vu par Londres, est un bloc britannique, dirigé au gré des Anglais.
La France veut une alliance libre où chacun reste maître de sa part. Le prix de l’alliance française, c’est la rive gauche du Rhin, c’est aussi mettre à la disposition de l’industrie française une part importante du potentiel de la Ruhr qui en doublerait la puissance. Enfin, c’est rapprocher des Français les Belges qu’on tenait bien en mains.
Tout cela serait acceptable si l’on pouvait lier la France définitivement à la politique anglaise par une alliance en bonne forme. Mais les Français ne veulent pas aliéner leur liberté … « Alors, dit-on à Londres, la France change si souvent de gouvernement ; Pétain et l’armistice de 40 sont d’hier. Faut-il payer si cher l’appui d’une planche pourrie ? » Et à Paris on répond : Nous savons – l’affaire de Syrie est là – que devant son intérêt, l’Angleterre ne cède jamais ; alors nous voulons des gages, d’abord.
Les Relations Russo-Américaines
Ce qui inquiète l’Angleterre, c’est que sur bien des points, Russes et Américains sont d’accord. Cette entente, que nous avons soulignée, s’est manifestée ces jours-ci en deux occasions : le nouveau gouvernement allemand installé par les Russes dans leur zone a causé une vive émotion à Londres ; violation des accords de Potsdam, les Russes se moquent des Alliés.
Les Américains ont répondu avec calme que l’initiative russe n’était nullement secrète et parfaitement légitime.
En réalité, les Russes ont préféré, disent-ils, centraliser l’administration allemande pour l’ensemble de leur zone sous une direction unique, tandis que nous, Américains, préférons l’organiser sur le plan local. Il ne s’agit pas là d’un « gouvernement allemand ».
La Position de la Turquie
Par contre, et cela confirme encore l’entente russo-américaine, Saradjoglou, ministre turc, a déclaré que la Turquie était plus que jamais solide et unie autour de son Gouvernement, qu’elle n’avait rien à demander à personne et rien à donner.
Ce langage énergique prouve que les Américains ont obtenu des Russes qu’ils renoncent à leurs prétentions de modifier le régime turc et de recouvrer les provinces arméniennes.
L’Angleterre et l’Europe
En Europe, privé d’appui américain, M. Bevin poursuit la lutte difficile engagée par M. Eden : avec l’aide du roi Pierre et du chef croate Matchek, elle cherche à unir les vieux Serbes et les Croates contre la dictature de Tito.
Le régent de Grèce Damaskinos est à Londres, et le Gouvernement Vulgaris tient, malgré les sommations des communistes.
Enfin, le ministre Mazarik obtient pour la Tchécoslovaquie des crédits et des facilités commerciales qui maintiendront pour ce pays une porte ouverte sur l’Occident pour équilibrer la pression russe.
CRITON