Criton – 1945-09-22 – La Conférence de Londres

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Le Courrier d’Aix – 1945-09-22 – Le Chemin de la Paix.

 

La Conférence de Londres

Londres est en ce moment le centre de l’activité diplomatique. Comme toujours, la Conférence elle-même n’est là que pour offrir aux hommes d’Etat une occasion de discours en public et de contacts privés, le fond des questions, – en l’espèce le traité avec l’Italie, – ayant été réglé depuis longtemps dans le secret.

 

Le Discours Molotov

Molotov, qui est décidément un humoriste, a voulu refaire à Londres son « coup de San Francisco ». Toute la presse anglaise s’est dressée d’indignation quand il a réclamé pour l’U.R.S.S. un mandat sur la Tripolitaine ! « Pourquoi un mandat anglais sur la Mongolie extérieure ? ». Il a fait allusion aussi à l’idée d’un mandat collectif sur les colonies, ce qui touche les Anglais au point sensible.

Il ne faut pas, semble-t-il, prendre au sérieux ces prétentions russes sur la Méditerranée. La Russie veut marquer ses droits partout pour les monnayer contre des avantages précis dans des contrées qui l’intéressent ; on parle de Tripolitaine mais on pense à la Perse.

 

La Politique Russe

Ce qui nous touche davantage, ce sont les attaques de la presse russe contre le général de Gaulle. On va jusqu’à l’accuser de vouloir créer, par un bloc occidental, un « cordon sanitaire » contre l’U.R.S.S. On sent, dans ses relations avec la Suède, la France, la Suisse, l’Espagne et le Vatican, que la Russie n’entend pas s’accommoder d’autres forces en Europe que des forces prorusses et de régimes d’obédience soviétique.

Par ailleurs, devant les difficultés intérieures auxquelles nous avons fait allusion précédemment, Staline a riposté par une intensification de la propagande et du travail. Sans lui laisser le temps de souffler, il lance la Russie, bride abattue, dans la course à la production : reconstruction, « reconversion » des usines de guerre, édification de centres de fabrication géants ; une espèce de mégalomanie industrielle, fiévreuse et forcenée, doit se communiquer à tout le peuple ; slogans, records, cascades de chiffres, tout redouble.

Enfin, les méthodes radicales de la révolution de 1917 sont appliquées en Pologne et en Yougoslavie, aussi en Bulgarie et en Roumanie (quoique à un moindre degré) : terrorisme policier, massacre des officiers de l’ancienne armée, arrestation des évêques, meurtres de prêtres, emprisonnement des propriétaires et des notables et confiscation de leurs biens, pour décapiter ce qui pourrait être une opposition à la pénétration soviétique. C’est ce que Molotov appelle « des gouvernements démocratiques soutenus par la majorité de la population ».

Cependant, malgré cette énorme poussée et les excès de langage, la politique russe reste prudente.

 

Les Relations Franco-Anglaises

Comme nous l’avions fait prévoir, les relations Franco-anglaises seront difficiles à régler. A l’inverse de ce qui se passa avant 1914, c’est aujourd’hui l’Angleterre qui a besoin de l’alliance française.

Loin de chercher à constituer en Europe un bloc anti-Russe, le général de Gaulle veut éviter qu’il nous arrive une troisième fois d’être liés au sort de l’Angleterre et que nous soyons entraînés dans une guerre pour des intérêts qui ne nous touchent qu’indirectement.

Ou la paix qui s’ouvre n’est qu’un court entracte de quelques dix ans, et ce qui reste d’Europe sera submergé sans que les Anglais y puissent rien, – ou bien nous allons aboutir à une entente équilibrée entre les trois grandes Nations, et toute alliance particulière sera inutile….

 

Les Négociations Anglo-Américaines

Lord Keynes et Lord Halifax jouent en Amérique une rude partie. Après la dénonciation de l’accord prêts-bails, les crédits américains à la Grande-Bretagne sont pour celle-ci une question vitale. Cependant, les négociateurs anglais soutiennent que si les conditions américaines étaient inacceptables, l’Angleterre, à son grand regret se replierait sur elle-même et organiserait une autarchie dont le régime de guerre facilite la réalisation.

Par ailleurs, M. Hoover, ancien président des Etats-Unis et mentor du parti républicain, a fait un discours très écouté où il met en garde les Américains contre des largesses excessives et l’octroi dangereux de crédits à des pays plus ou moins solvables. Il s’agit là d’une autre forme d’isolationnisme qui n’est pas mort aux Etats-Unis. Cela pourrait peser sur les décisions de Truman ; il est peu probable que les Anglais obtiennent les 4 ou 5 milliards de dollars qu’ils sollicitent …..

 

L’Indochine

Un mot pour souligner l’importance de la visite de M. Soong au général de Gaulle. Les Chinois sont toujours aimables, mais on empêche les troupes françaises de pénétrer en Indochine …..

 

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