Criton – 1945-09-29 – Conférence de Londres

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Le Courrier d’Aix – 1945-09-29 – Le Chemin de la Paix.

 

Conférence de Londres

L’émotion soulevée par l’échec de Londres se calme. Mais les Anglais restent inquiets, tandis que l’opinion américaine est froide et optimiste : au moins les questions sont nettement posées, dit-on volontiers. En fait, les conséquences sur l’échiquier diplomatique seront considérables. Nous n’avons pas à nous en plaindre : le ministre Byrne a dit essentiellement qu’il voulait associer tous les Alliés, et particulièrement la France et la Chine, à l’élaboration et au maintien de la paix. Nous devons être présents à toutes les discussions. Ces propos plaisent, quand on se reporte quelques mois en arrière, avant Potsdam, alors que les Trois pensaient régler entre eux le sort du monde et qu’on s’accordait à exclure la France de tous les débats. Devant les exigences de l’impérialisme russe, les Anglo-Saxons sentent le prix de notre concours.

 

La Diplomatie Russe

Les procédés de la diplomatie russe demeurent les mêmes qu’au temps du pacte de 39 avec Hitler et de sa première guerre finlandaise : Amener l’adversaire à des dispositions optimistes, faire croire à l’opinion que tout s’arrange, et brusquement mettre l’univers devant le fait accompli, irrévocable. Le partenaire décontenancé est en présence d’exigences nouvelles ; son désarroi le dispose à céder.

De plus, en entretenant l’inquiétude, en faisant peur, on crée une ambiance de découragement qui, dans les pays à économie libre, paralyse les affaires et nuit à la prospérité. Une mentalité défaitiste dispose aux concessions …..

Ces méthodes ont leur efficacité mais aussi leurs périls : c’est en créant la peur qu’Hitler a forgé la coalition qui l’a vaincu.

 

Les Négociations de Washington et l’Affaire des Cartels

Ce qui s’est passé à Londres a influé sur les pourparlers pour les crédits. Anglais et Américains, si loin de s’entendre au début, paraissent à la veille d’un accord. Londres obtiendrait quatre milliards de dollars.

Le fond du débat sur lequel les Anglais ont cédé, portait sur le rôle dans le monde nouveau des cartels internationaux. Problème capital pour les Américains qui ne voulaient plus que des pays soient fermés à leur activité.

En effet, en Europe, dans les dominions et colonies, avant-guerre, les grandes Compagnies américains se heurtaient à des ententes dirigées par les Compagnies anglaises rivales, soutenues par le Gouvernement britannique. Celles-ci s’alliaient soit avec des sociétés créées à cette fin en Allemagne, en France et ailleurs pour se répartir les marchés et organiser des monopoles de fait.

Récemment, des Sociétés d’Etat soviétiques d’un type analogue ont fait brusquement leur apparition en Europe. L’une a cherché à mettre la main sur les pétroles d’Autriche ; l’autre, conjointement avec une société de l’Etat magyar, s’est adjugé le monopole du commerce extérieur hongrois.

Les Anglo-Saxons ont tenté de s’opposer, surtout en Autriche. On s’explique mieux ainsi l’échec des négociations de Londres.

En principe donc, les Anglais et les autres Nations dont la France aussi, renonceront à organiser des monopoles par des trusts internationaux. Il serait amusant qu’il ne restât plus que les Soviétiques.

 

Où en est la Question Allemande ?

Si aucun accord n’est en vue sur le sort de l’Allemagne, chaque Allié pour sa part s’emploie à la réduire. On a beaucoup remarqué que Staline, dans son interview, a insisté sur un traitement sévère et recommandé que la Ruhr soit enlevée à l’Allemagne. Les Français se rendent-ils compte de cette volonté unanime des Alliés de faire disparaitre à jamais la puissance allemande ?

Le dernier calcul d’Hitler, qui voyait l’avenir de l’Allemagne reposer sur les discordes des Alliés, s’avère une lourde erreur.

Ne pouvait-on pas craindre, il n’y a pas longtemps, que l’un ou l’autre des Alliés ne ménageât l’Allemagne pour s’en servir comme allié un jour contre les autres ?

Cette attitude sans équivoque, aussi bien des Russes que des Anglo-Saxons, a permis au général de Gaulle de faire son entrée en Allemagne ; les discours ont été accueillis avec ferveur par les populations rhénanes et n’ont soulevé aucune critique à l’étranger.

La France promet son appui aux populations de la rive gauche du Rhin et spécialement de la Sarre, qui savent que désormais leur sort dépend de nous, et de nous seuls.

 

Extrême-Orient

Enfin il semble, – il faut être prudent avant d’affirmer quelque chose de ces affaires chinoises – que la question d’Indochine évolue bien. L’appui des Anglais a été complet. Quel changement de climat depuis les querelles de Syrie ! Notre position s’améliore. Il y a un peu de nos efforts, pas mal aussi des circonstances.

 

                                                                                                CRITON