Criton – 1945-10-06 – Conférence de Londres

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Courrier d’Aix – 1945-10-06 – Le Chemin de la Paix.

 

Conférence de Londres

L’échec non dissimulé de la Conférence de Londres a provoqué le pessimisme de la presse libre du monde entier. La presse anglaise, surtout travailliste, abandonne tout espoir d’un accord avec les Russes. En France, on s’en prend à notre diplomatie impuissante à faire respecter nos droits.

Il y a là quelque injustice. Certes, notre diplomatie commit, avant et après la Libération, de lourdes fautes. Elle a acquis depuis l’expérience qui lui manquait et, dans la position très délicate où nous sommes, avec la faiblesse de nos moyens, il était difficile de faire mieux depuis le voyage à Washington.

Sans être lié vis-à-vis des Anglo-Saxons par des liens qui engagent l’avenir, nous faisons valoir le prix de notre concours, qui sera d’autant plus appréciable que le conflit entre grands sera plus aigu.

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Donc cette Conférence de Londres paraissait devoir suivre le cours consacré de toutes les conférences du passé. Beaucoup d’optimisme au début, une crise aigüe ensuite où tout semble perdu, enfin un compromis final qui ne signifie pas grand-chose et prépare, à la satisfaction des participants, la conférence suivante. M. Byrnes, ministre américain, avait rédigé ce compromis.

On devait s’accorder sur le traité pour l’Italie et pour les pays balkaniques, provoquer une conférence élargie qui, avec de la patience, force enquêtes et marchandages, laisser une porte ouverte à l’influence occidentale dans l’Europe centrale.

Mais les Russes ont préféré une rupture brutale des pourparlers ; aux Américains même, ils ont été jusqu’à  demander une enquête sur leurs agissements au Japon. Byrnes, désarçonné, en a référé à Washington qui a répliqué par une note calme qui laisse la voie ouverte à une rencontre des trois Grands. Pendant ce temps d’ailleurs, Staline donnait pour l’opinion américaine, une interview remplie de dispositions conciliantes. La partie continue.

 

Le Problème Allemand

Il est curieux de constater le peu d’attention que provoque en France l’ensemble des mesures très importantes prises ces temps-ci pour réduire dans l’avenir l’Allemagne à l’impuissance.

Les Américains, dans leur zone, viennent de diviser l’Allemagne en trois Etats, dont un Etat de Bavière, qui, grâce aux sentiments séparatistes des Bavarois, pourrait bien être définitif.

Cent mille nazis ont été arrêtés. Une décentralisation complète de l’administration ne laissera dans les services que des autochtones.

Le centre de l’Allemagne sera séparé de la Prusse. Les usines susceptibles de travailler pour la guerre seront transformées ou détruites ; les laboratoires d’études sont supprimés, leur outillage confisqué et les savants allemands ont été transportés en qualité de prisonniers aux Etats-Unis, en sorte que la jeunesse allemande sera privée de maîtres scientifiques.

Que n’a-t-on fait cela en 1918 ! Quoi qu’il en soit, il semble bien que le cauchemar du voisinage allemand va réellement se dissiper. Que sont les autres dangers auprès du péril mortel qu’il représentait ?

 

Le Voyage de Joukof

Tandis que Molotov coupait les ponts, que Staline se montrait aimable, on apprenait avec une vive curiosité que Joukof s’embarquait pour les Etats-Unis.

On sait – ce ne sont d’ailleurs que des on-dit – que Joukof passe pour le maître de la Russie de demain. Staline songerait à se retirer et donnerait sa succession à un civil. Il laisserait néanmoins assez de pouvoir aux militaires pour ne pas provoquer de conflit entre le parti et l’armée.

Toutes les dictatures connaissent les mêmes problèmes.

Quoi qu’il en soit, le voyage Joukof excite les imaginations. On parlerait, dit-on, de la bombe atomique.

 

Chine et Indochine

Le départ des Japonais laisse l’Extrême-Orient en pleine effervescence nationaliste. Des partis de l’indépendance s’agitent partout, qui se battent avec des armes japonaises.

La Situation est particulièrement tendue aux Indes néerlandaises et en Indochine.

Le double jeu des Chinois complique encore la situation dans notre colonie. Les promesses de M. Soung au général de Gaulle sont contredites par l’action des généraux chinois en Indochine qui encouragent les rebelles et emprisonnent les Français.

Les choses s’arrangeront une fois de plus, car les Anglais semblent décidés à faire respecter nos droits ; mais quelle lourde tâche nous attend !

                                                                                                CRITON

  1. P.S. – On me communique un article du « Patriote Aixois » où ces chroniques sont violemment critiquées. Je regrette d’être obligé de dire que je suis un résistant actif depuis 40 et père de déporté. Cela, pour que l’on ne puisse suspecter le « Courrier d’Aix » qui m’accorde une si libérale hospitalité.