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Le Courrier d’Aix – 1945-10-13 – Le Chemin de la Paix.
La Conférence de Londres
Il n’a pas fallu beaucoup d’efforts à M. Molotov pour torpiller la Conférence de Londres. Un véritable accès de désespoir s’est emparé de l’opinion anglaise. Le mot est du Daily Herald , l’organe travailliste, où le pessimisme est le plus accusé. Il va jusqu’à dire qu’on finira par regretter Hitler !
L’échec le plus grave porte sur la question des Balkans et de l’Europe centrale. Les Gouvernements hongrois, polonais, yougoslave, bulgare et roumain sont entièrement aux mains des Soviets. Si ces pays conservent nominalement leur indépendance, en fait ce sont d’ores et déjà des provinces russes. Que les Anglais et Américains reconnaissent ou non ces Gouvernements, la Russie traitera avec eux et disposera de toutes les ressources de ces pays.
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Les exigences russes ont été au-delà. Ils ont refusé le droit de navigation sur le Danube, émis des prétentions sur Tripoli, les îles du Dodécanèse et même réclamé un port sur la Mer Rouge et le Golfe Persique.
Devant cette poussée d’impérialisme frénétique, les Anglais se sentent impuissants. La diplomatie française, autant qu’on en peut juger par les déclarations obscures de M. Bidault, est embarrassée et paralysée par la peur de mécontenter les Russes.
Ceux-ci continuent une violente campagne de presse contre Blum et le parti socialiste, contre de Gaulle et son « bloc occidental ». A Londres, ils se sont opposés à ce que la France participât aux discussions relatives aux questions balkaniques. Ils cherchent en toute occasion à éliminer la France du concert international.
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L’attitude américaine reste énigmatique. Le but de la diplomatie américaine paraît être de faire sentir, tant à la Conférence de Londres qu’aux discussions financières de Washington, que sans l’appui américain, l’Angleterre n’est plus qu’un faible troisième, qu’elle est incapable de défendre ses intérêts vitaux. Les Etats-Unis n’ont pas dit leur dernier mot. Ils sortiront au moment voulu un projet d’accord que Molotov lui-même signera avec le sourire ; le silence se fera subitement sur les problèmes en apparence les plus aigus.
Les Pourparlers de Washington
Ces pourparlers où, malgré eux, les Anglais font figure de solliciteurs, ne paraissent pas non plus prendre une tournure favorable.
Un redressement financier anglais est impossible sans crédits américains. Et l’on devra payer ces crédits, en se soumettant au contrôle américain. Cela, les Anglais ne peuvent en supporter l’idée.
Au moment où ils auraient eu besoin de souffler un peu, il leur faut redoubler d’efforts, exporter à tout prix, comprimer leurs dépenses en devises, comme par exemple interdire à leurs navires d’emprunter la voie du Canal de Panama pour épargner des dollars.
Le nouveau Gouvernement travailliste est désemparé par l’ampleur et l’acuité des problèmes. L’absence d’une autorité morale comme celle de Churchill se fait durement sentir. Les travaillistes ont conservé l’esprit « Société des Nations ». Ils se seraient senti à l’aise dans une discussion méthodique et paisible d’organisation internationale comme dans les Congrès des Trade-Unions. Mais dans l’atmosphère de guerre diplomatique qui est actuelle, ils perdent pied ….
La Question d’Extrême-Orient et l’Indochine
Les craintes qu’on pouvait avoir que les relations Franco-chinoises au sujet de l’Indochine fussent compromises, ont été dissipées.
Cela ne veut pas dire que nous n’aurons pas dans les années à venir à mener là-bas une lutte très dure. Les Chinois ont pour le moment à assumer leur reconstruction ; Tchounking doit affermir son autorité dans cet immense pays où les intrigues, ruses continuent. Ils ont besoin de tous les concours, même du nôtre. Mais cela n’empêche pas, pour l’avenir, quelque arrière-pensée.
Les Anglais eux-mêmes, jusque-là réticents, ont apporté leur aide aux Français de Saïgon contre les révoltés indigènes … Nous restaurerons peu à peu notre autorité.
L’Affaire de Pearl-Harbour
Pour ceux que les dessous de la politique internationale intéressent, l’affaire de Pearl Harbour fournit une matière magnifique. Depuis longtemps, on chuchotait que l’attaque de Pearl Harbour était connue d’avance par MM. Roosevelt et Cordell Hull, que M. Dewey, l’adversaire de Roosevelt aux élections avait failli révéler l’affaire durant la campagne électorale, mais que cela aurait fait savoir aux Japonais qu’on avait déchiffré leur code secret. Il n’en reste pas moins qu’on s’était bien gardé d’avertir les commandants du port et des navires, ou de déplacer ceux-ci, de façon à donner au public américain le maximum d’émotion, la secousse salutaire pour le porter à la guerre. Quant aux victimes, évidemment ….
CRITON