ORIGINAL-Criton-1945-10-20 pdf
Le Courrier d’Aix – 1945-10-20 – Le Chemin de la Paix.
La Situation
On a pu cette semaine analyser avec sang-froid, tant dans les chancelleries que dans l’opinion, la situation internationale.
L’impression générale n’est guère optimiste. La presse américaine, jusqu’ici calme, s’est émue. On mesure l’abîme qui sépare l’U.R.S.S. du monde occidental. On sent, dans tous les domaines et en tous lieux, la lutte acharnée que se livrent, tantôt sourde et tantôt ouverte, les deux masses opposées …
Les Américains en Chine
L’Europe dans le Monde compte de moins en moins. On a l’impression que, s’il n’y avait à résoudre que le problème européen, on arriverait, sinon à un accord, du moins à un modus vivendi. Aucune des grandes Nations ne risquerait son existence pour le modifier.
Mais le Moyen-Orient et la Chine posent de plus graves questions. C’est un événement considérable que le débarquement de deux divisions américaines à Tien-Tsin. Les Américains patrouillent en outre toutes les côtes ; l’armée nationale de Tchang-Kaï-Chek a été pourvue par eux d’une aviation de transport pour amener autour de Pékin des troupes, afin de devancer l’armée communiste chinoise qui cherche à occuper le pays et à installer son administration.
En effet, l’accord entre Tchoung-King et les communistes n’était qu’une feinte ; la lutte se poursuit ; les Américains ripostent.
Il y a plus : On n’a guère remarqué en France avec quel empressement – le mot n’est pas trop fort – les Japonais, empereur en tête, se sont soumis aux U.S.A. Faute d’autre possibilité, le Japon vivra en colonie américaine, ce qui laissera au peuple un niveau de vie suffisant et l’espoir d’un nouveau destin.
Le marché chinois est pour l’industrie américaine le débouché de l’avenir. Les U.S.A. se taillent dans le Pacifique la part du lion.
Contre-Mesures Russes
Les Russes luttent par tous les moyens. Sans en revenir au vieux slogan « la main de Moscou », les milieux officiels anglais n’hésitent pas, à propos de la grève des dockers, à parler d’organisation communiste révolutionnaire. Cette grève, au lendemain des élections travaillistes, paraît avoir des tendances politiques.
Les Américains voient dans leurs propres grèves des dockers et des marins un plan qui vise à paralyser les envois de vivres en Europe, de façon que les distributions alimentaires arrivent trop tard et ne servent pas l’instrument de propagande aux Anglo-Saxons parmi les populations libérées.
Ce qui est sûr, c’est que les groupes politiques qui cherchent partout à susciter des troubles, comme en Italie ou au Portugal, les grands mouvements nationalistes, en Indochine et aux Indes Néerlandaises, et la plupart des nationalistes arabes, sont soutenus par Moscou ; l’espionnage, les sociétés secrètes jouent à fond.
La Situation en Europe Centrale
Cela n’est d’ailleurs pas à sens unique. En Russie, en Yougoslavie, en Bulgarie, les Gouvernements sont obligés à des épurations massives.
Dans l’armée russe, une purge comme on n’en avait pas vu depuis l’affaire Toukatchenwski a conduit au poteau un grand nombre d’officiers supérieurs revenus des différents pays d’Europe et convaincus de relations suspectes. Tito, aux prises avec une véritable guerre civile, épure aussi parmi ses partisans.
Il semble cependant qu’un accord serait proche en ce qui concerne l’Autriche et la Hongrie. Le Gouvernement Renner, élargi et démocratisé, sera reconnu par les Anglo-Saxons. Les élections de Budapest, qui se sont déroulées sans pression, ont marqué le succès des petits propriétaires contre les communistes et les socialistes. Un Gouvernement de coalition serait en formation.
La Question Allemande
Le statut futur de l’Allemagne ne se précise pas vite : c’est le sort de la Ruhr qu’on n’ose aborder.
Les Franco-Belges voudraient que, détachée politiquement de l’Allemagne, la Ruhr fut administrée par les Pays d’Europe occidentale qui ont souffert des destructions allemandes, ceux de l’Est ayant le bassin silésien à leur disposition ; les Russes veulent la mise en commun des ressources de la Ruhr. Les Anglais préfèrent que la région, quoique économiquement dirigée par un office international, reste allemande, qu’une industrie allemande suffisante demeure pour que tout le profit de ce riche réseau industriel n’aille pas à ses voisins …
CRITON