Criton – 1945-09-08 – Le Chemin de la Paix

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Le Courrier d’Aix – 1945-09-08 – Le Chemin de la Paix.

 

Le discours Bevin et le voyage du général de Gaulle sont des événements de première importance. L’avenir du monde se dessine plus clairement aujourd’hui.

 

Le Discours Bevin

Ce fut une grosse surprise pour tous ceux qui attendaient du Gouvernement travailliste un changement quelconque dans la politique extérieure anglaise. L’approbation totale donnée par M. Eden à son successeur, le passage significatif où Bevin se refuse à intervenir dans la politique intérieure espagnole, les allusions aux dictatures rouges qui tentent dans les Balkans de se substituer au nazisme et que l’Angleterre ne saurait admettre, la violente réaction de la presse russe contre ce langage « fasciste », enfin les déclarations des divers ministres britanniques, tout concourt à montrer qu’en politique étrangère, comme en matière économique et même sociale, le nouveau Gouvernement agira exactement comme l’eût fait le précédent.

Certains disent qu’il sera même plus conservateur car il n’aura pas besoin de faire, comme un gouvernement conservateur, des concessions à un adversaire de gauche.

La raison profonde de cette attitude, c’est que les Anglais quels que soient leurs désirs, ne peuvent rien entreprendre qui les sépare moralement des Etats-Unis tout-puissants et relâche la solidarité anglo-saxonne. L’Angleterre demeurera capitaliste, parce que les Etats-Unis le sont.

 

Le Président Truman

La politique américaine aussi se précise. Le président Truman conquiert rapidement la popularité. « Un homme de bon sens, disent les Américains, le meilleur que nous puissions avoir ». Agir avec bon sens, cela signifie ne rien faire que le citoyen moyen, qui n’a cure de politique, ne puisse comprendre et approuver. Politique et bon sens, comme ces mots, pour nous Français, sonnent mal ensemble ! Il se pourrait cependant que la force des choses nous oblige à les réconcilier.

 

Le voyage de Gaulle

Bien que Roosevelt ne soit plus, pas mal de préventions restaient à vaincre. L’accueil a été déférent, et les négociations semble-t-il menées dans un cadre très objectif, ont nettement défini les obligations et les droits de la France. On s’est rendu compte à Washington que notre politique avait radicalement changé, qu’on avait enfin compris les nécessités de l’heure. La France, comme l’Angleterre travailliste, ajustera sa politique intérieure et extérieure, économique et sociale, aux directives générales données par les U.S.A.

D’ailleurs, la fin de l’accord prêts-bails, qui a causé une vive émotion est venue à point pour forcer les hésitations. Du jour au lendemain, si l’accord prêts-bails n’était pas remplacé par des crédits à long terme, la France, plus encore que l’Angleterre, privée de matières premières et d’argent, courait à la faillite. En tout état de cause, nos finances, si malmenées depuis un an, requièrent un secours urgent.

 

Extrême-Orient

La question indochinoise, dont nous avons toujours souligné la gravité, rendait aussi pressant le voyage à Washington. On sait qu’une agitation indigène très vive va chercher à s’opposer au rétablissement de notre souveraineté, que nos troupes sont encore en France qui devaient s’embarquer. Sur ce point, Truman est beaucoup moins « anti-colonial » que Roosevelt. Il laisse la question indochinoise comme celle de Hong-Kong à débattre avec les Chinois. Ceux-ci cependant vont occuper le Nord et l’Ouest de l’Indochine. Il faudra négocier. Mais nos troupes vont rejoindre.

On s’explique mieux pourquoi la politique américaine avait été si complaisante à Potsdam aux intérêts russes en Europe. Il fallait éviter la guerre civile en Chine que les Russes étaient maîtres d’allumer à leur gré, et obtenir que Tchang-Kaï-Chek et Staline se missent d’accord : c’est chose faite. Les Russes, d’après les termes publiés, ont fait plus de concessions qu’on ne prévoyait.

La Mandchourie restera, en droit au moins, sous la souveraineté chinoise, ce qui laissera le pays ouvert à la pénétration étrangère. La Corée, de même, restera un marché accessible aux Américains.

 

Balkans

L’accord conclu, les Anglo-américains ont, de concert, manifesté publiquement qu’ils ne se désintéressaient pas des Balkans où les intrigues redoublent, en Roumanie, en Bulgarie, en Grèce. La place nous manque pour exposer ces luttes complexes. Bornons-nous à la Bulgarie.

Le jeu là-bas, est mené par le fameux Dimitroff, bulgare d’origine, naturalisé russe, membre du Kominterm et du Soviet Suprême. Le voilà redevenu bulgare. Il organise dans le pays un « Front national » où de gré ou de force, tous les partis constitués doivent s’insérer – nous connaissons la méthode – mais en Bulgarie, les moyens de persuasion sont énergiques, et les élections auraient été si triomphales que Washington et Londres ont mis leur veto. Et leur volonté fut faite ….

 

                                                                                                CRITON