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Le Courrier d’Aix – 1945-09-01 – Le Chemin de la Paix
Août 1945 marque dans l’histoire du monde une phase nouvelle. Depuis la chute de Napoléon, cent trente ans se sont écoulés, durant lesquels l’équilibre entre les puissances fut plus ou moins stable. Aucune ne parvint à dominer. Aujourd’hui s’ouvre l’ère de la prépondérance américaine.
La Cérémonie de Tokyo
La Conférence de San Francisco devait préparer ce chapitre nouveau de l’histoire. On se souvient que les Russes avaient réussi à en atténuer quelque peu l’éclat. Depuis, il y eut la bombe atomique et la capitulation du Japon. Les Etats-Unis ont voulu, en donnant à la cérémonie de Tokyo l’ampleur et la solennité qu’ils excellent à diffuser, faire savoir à l’univers qu’ils prennent en mains sa destinée.
Les Conséquences de Potsdam
On s’explique mieux pourquoi ils ont si aisément abandonné l’Europe aux Russes (car le drapeau rouge flotte à exactement deux cents kilomètres du Rhin). Tant par les rapatriés que par les rares journalistes qui ont pu traverser la ligne de partage des zones, se confirme la première impression que nous avions signalée : les Russes rencontrent partout des difficultés considérables, sauf – choses curieuse – en Allemagne, au moins pour l’heure.
Le Nouveau Gouvernement Allemand
En grand mystère, on a vu sortir enfin ce gouvernement allemand, que les Russes cherchent à former depuis Stalingrad. Nous avons suivi les phases de cette laborieuse préparation. L’original, c’est que le président du Conseil sera le maréchal Joukov lui-même auquel des ministres allemands, contrôlés par des secrétaires d’Etat russes, feront leur rapport et dont ils recevront les instructions.
Il y avait assez de communistes en Allemagne pour que tous les postes fussent remplis, et quelques démocrates, socialistes et chrétiens, ont offert leur concours, afin de conserver à des Allemands la direction de tous les rouages administratifs, petits et moyens. Peu importe l’autorité centrale, qui ne sera pas éternelle, pourvu que l’autorité visible, celle que le public connaît, soit allemande.
La Politique Russe
Par contre en Autriche, en Hongrie, en Roumanie et partiellement en Yougoslavie et en Bulgarie, le prestige de la Russie libératrice s’est effondré avec l’occupation. D’un côté, les pillages et les meurtres commis par les soldats, les pouvoirs locaux partout confiés à des aventuriers mal considérés, les pays occupés envahis par de petits propagandistes, juifs presque toujours, baragouinant toutes les langues, agitateurs professionnels et orateurs de carrefours, enfin l’arrogance des officiers et le caractère extrêmement primitif et misérable des hommes, tout cela dressa les populations contre le conquérant. Partout des sociétés secrètes comme il en pousse spontanément en Europe centrale, s’organisent contre le nouvel ennemi.
Enfin, chose plus que toute autre révélatrice, le subtil Benes, en Tchécoslovaquie, qui s’était lié à la Russie, cherche à faire machine arrière. D’un autre côté, le Russe, formidable d’endurance et de courage au combat, aime ensuite à se détendre. Rien, pas même la menace de mort, ne l’empêchera de se débaucher. Ceux qui ont vu à Berlin l’armée d’élite qui vainquit les Allemands ne peuvent la reconnaître.
Et puis, ces hommes privés de tout se sont laissé éblouir par la civilisation occidentale qu’ils découvraient. La plupart ont perdu la foi dans l’idéal communiste ; le retour des soldats pourrait être pour l’U.R.S.S. le signe d’une crise intérieure sérieuse. Tout cela, les Américains le prévoyaient. En livrant l’Europe centrale, ils savaient qu’ils faisaient aux Russes un cadeau embarrassant. Pour toutes les populations de nouveau opprimées, l’Amérique représente le salut. Les intrigues et l’argent auront beau jeu….
Le Retour de Washington
Nous ne sommes guère informés des résultats du voyage du général de Gaulle (à Washington). On ne semble pas pressé de régler les questions pendantes : le régime de la Ruhr, la répartition du charbon, la distribution des réparations. Revenu de New-York, il faut consulter Londres, et l’accord Franco-anglais sera sur ces questions très laborieux.
Par contre, les Américains, par une série de décrets, ont pris à l’endroit de l’industrie allemande, un ensemble de mesures restrictives telles que, si elles sont maintenues, les Allemands ne sont pas près de préparer leur revanche ; la leçon de 1939 a servi. Quel soulagement pour nous !
CRITON