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Le Courrier d’Aix – 1945-08-04 – La Guerre et le Monde.
Les Elections Britanniques
Le résultat des élections en Angleterre est un événement historique d’une portée considérable. Le complet succès des travaillistes et la chute de Churchill vont influer sur l’orientation du monde d’après-guerre, en Europe surtout.
On ne réalisait pas qu’un homme, qui avait, sans commettre une faute, sauvé son pays du plus grand désastre, pouvait être abattu d’un tel élan.
« Triomphe de la démocratie », dit-on évidemment. Les masses, comme les Athéniens du temps d’Aristide, se lassent de l’autorité d’un homme que sa gloire rend trop puissant, dont la grandeur les importune. Clémenceau en 19 en fit l’amère expérience ; tandis que les tyrans sanguinaires vont jusqu’au bout.
Mais ici il y a autre chose : la guerre en Angleterre a fourni aux citoyens une multitude d’emplois qui, dans la paix, risquent d’être inutiles. Les anglais ont voté pour le parti dont ils espèrent qu’il leur conservera leur situation.
On maintiendra les cadres sociaux du temps de guerre. Le machinisme, inexorablement, entraîne les sociétés humaines vers l’organisation de la ruche.
Quoi qu’il en soit, nous allons assister à un changement de personnel dans les sphères dirigeantes de la politique anglaise.
X X X X
Au point de vue français, nous avons peu à perdre à la disparition de Eden du Foreign-Office. Churchill lui-même, quoique sincèrement francophile comme bon nombre de conservateurs, avait pour notre gouvernement actuel une aversion bien connue.
Nous aurions tort cependant de concevoir trop d’espérances. Rappelons-nous, le gouvernement travailliste de Mac Donald dont nous escomptions une compréhension plus juste de nos droits, les incartades injurieuses de Snowden.
Les milieux travaillistes n’ont jamais eu beaucoup de rapports avec la France. Ils y voient un vieux pays auquel les idées hardies et l’ardeur constructive manquent, un pays qui se plait dans le désordre et l’improvisation avec des poussés impérialistes et militaristes qui les inquiètent.
S’entendront-ils mieux avec Staline ? On compte beaucoup sur Sir Stinford Cripps, qui est bien en cour à Moscou, sur Bevin qui est un prolétaire…. On demande à voir.
Les Américains eux, tout en applaudissant, font la grimace…
Postdam
La conférence tire à sa fin et paraît, sauf imprévu, devoir se dissoudre sans résultat d’importance.
On sentait que Staline se rendait à la conférence à contrecœur ; la disparition de Churchill ajoute à la confusion. On parle d’un ajournement à l’automne, quand les nouveaux dirigeants anglais se seront mis au courant.
Cependant, l’occupation de Vienne par les Alliés, Français compris, est un succès qu’on ne saurait sous-estimer.
Le gouvernement Renner devenait vite impopulaire. Les Russes ne pouvaient plus nourrir les Viennois. Ils ont reculé devant la famine et l’hostilité des masses.
Grèce
La pauvre Grèce paie cher la rivalité Anglo-russe. Il semble que le cabinet Voulgaris va renoncer à son tour. La terreur blanche a succédé à la terreur rouge. Tito menace de plus en plus l’Epiré, et Moscou annonce qu’on s’y bat.
Extrême-Orient
L’ultimatum envoyé par les Alliés au Japon met fin aux espoirs d’une fin prochaine du conflit. Si l’on devait négocier la paix, les choses ne seraient pas devenues publiques.
Comme nous le pressentions, c’est l’échec des négociations Soung-Staline entre la Chine de Tchang-Kaï-Chek et les Soviets qui a fait avorter les pourparlers de paix. Les Russes ne renonceront pas à leurs ambitions en Mandchourie et envers la Chine, pas plus qu’à soutenir le gouvernement communiste en Chine du Nord.
L’équilibre paraît encore plus difficile à réaliser en Extrême-Orient qu’en Europe. Les Japonais peuvent espérer qu’un conflit entre Alliés leur laissera une petite chance.
Cependant, les Américains ont commencé le blocus de la côte ouest des îles japonaises. La nourriture, le carburant vont manquer, tandis que les usines sautent et les navires de guerre vont au fond.
Churchill, avant de partir, nous a fait espérer une fin prochaine ; acceptons-en l’augure.
CRITON