Criton – 1948-04-17 – Pétards et Coups d’Epingles

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Le Courrier d’Aix – 1948-04-17 – La Vie Internationale.

 

Pétards et Coups d’Epingles

 

Les esprits se calment peu à peu. L’affaire de Berlin se dilue en  enquêtes, notes et controverses ; les chicanes de Vienne, soulevées par les Soviets, ont passé presque inaperçues. On s’habitue.

 

La Révolte de Bogota

Reconnaissons-le ; ce fut un coup de maître des Bolcheviques de porter la révolution en Colombie, paisible depuis 45 ans.

La Colombie est un fief, presque une colonie des Etats-Unis. Toute l’organisation économique du pays a été leur œuvre. En choisissant Bogota, la capitale, comme siège de la conférence panaméricaine qui devait s’occuper de la défense de l’hémisphère, des crédits aux petits états et des colonies européennes du nouveau monde, les Etats-Unis voulaient réunir les délégués de l’Amérique latine dans l’atmosphère la plus propice à leur influence. A peine assis, les délégués entendent des coups de feu dans la rue ; la ville est pillée ; le sang coule ; M. Marshall descend à la cave et commande l’avion de retour. Puis, on se ressaisit, le président de la Colombie rétablit l’ordre ; la conférence reprendra ses travaux.

L’alerte néanmoins laissera des traces profondes. Naturellement on a arrêté des communistes, et le même jour un complot était découvert au Paraguay. Les Soviets ont voulu montrer qu’aucune région du globe n’est hors de leur portée, même cet hémisphère occidental sur lequel veillent jalousement les Etats-Unis. Ceux-ci ont encaissé le coup non sans émotions. Ils ont été surpris. Il est sûr que leur détermination à agir et à réarmer n’en sera que plus forte.

 

Le Fond de l’Histoire

Que les Soviets soient dans l’affaire, nul doute ; qu’ils y soient seuls c’est peu probable. Il n’y a guère que 8.000 communistes en Colombie et on n’a trouvé que deux Russes. N’oublions pas que les Etats-Unis contre lesquels le complot était dirigé, ont d’autres ennemis en Amérique et tout d’abord, Perón, le dictateur d’Argentine, tantôt bien, tantôt mal, avec les rouges selon son intérêt tout comme Hitler avec Staline. Perón mène en Amérique latine le combat contre les Etats-Unis, allié à tous ceux qui les haïssent soit par intérêt commercial, soit par antagonisme idéologique, soit encore pour des mobiles purement sentimentaux.

 

L’Affaire des Falkland

La révolution de Colombie n’est pas sans relation avec l’affaire des Falkland qui mit récemment aux prises l’Angleterre d’une part, l’Argentine et le Chili de l’autre. Les républiques américains ont des visées d’expansion vers l’Arctique et veulent créer un mouvement d’opinion hostile à la « colonisation » européenne du nouveau monde ; dépouiller l’Angleterre, la France et la Hollande de leurs possessions. En d’autres temps les Etats-Unis fidèles à Monroe, auraient appuyé le mouvement. Mais pour diverses raisons et surtout pour ne pas créer à l’Angleterre, déjà accablée, de nouveaux embarras, ils ont soutenu le statu-quo, c’est-à-dire l’Angleterre tant aux Falkland qu’au Honduras. Colère à Buenos-Ayres. Enfin, les républiques latines sont jalouses de l’intérêt que les Etats-Unis portent à l’Europe, indignées de ne recevoir que 500 millions de crédits quand l’Europe reçoit cinq milliards. Ajoutez à cela le début d’une crise économique et vous comprendrez que le climat est favorable à l’émeute.

 

Tactique Soviétique

Constante dans ses procédés, la politique des Soviets est très mobile sur ses objectifs. Elle cherche le terrain favorable à l’agitation et se retire d’où il se montre défavorable. La France et l’Italie ne rendent pas. On les abandonne. Les élections d’Algérie venant après l’échec des grèves de décembre et différents revers électoraux ont fait de la France un mauvais placement. Aussi les fonds du P.C. sont en baisse et leurs organes se raréfient. En Italie, la Russie s’est résignée à la défaite de dimanche prochain. En refusant à l’Italie l’entrée à l’O.N.U. elle a porté un dernier coup à ses partisans dans la péninsule. Sur Trieste aussi l’U.R.S.S. a pris position contre la restitution après quinze jours d’hésitation.

 

En Palestine

Entre le dollar et la papauté la partie n’était pas égale, mais le foyer d’incendie en Palestine est bien tentant. On a acquis la preuve que Juifs et Arabes qui maintenant se livrent des batailles rangées et meurtrières reçoivent un appui soviétique ; armes de part et d’autre et du côté juif des instructeurs et des terroristes professionnels. On peut se demander depuis quelques jours si cela précisément n’incitera pas les deux parties à faire la trêve.

 

Conclusion

Cette politique soviétique présente des avantages. A Berlin et à Vienne, grâce à leurs coups d’épingles, les Russes ont obtenu un contrôle sur tous les mouvements des Anglo-Saxons, sur leurs transports, sur leur communications aériennes et même téléphoniques. Ils ont rendu plus difficile, moins sûr, plus désagréable le séjour dans les deux villes ; et surtout, en occupant la scène diplomatique, sur des points précis, avec toute la violence acquise, ils empêchent leurs adversaires de prendre l’initiative et peuvent, protégés par l’agitation et le bruit, avancer en silence ailleurs, en Chine, en Iran ou en Corée. Par contre, ils multiplient le nombre et l’activité de leurs ennemis et rendent chaque jour plus improbable une solution pacifique à longue échéance. Mais la cherchent-ils ?

 

                                                                                  CRITON

Criton – 1948-04-10 – Escarmouche

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Le Courrier d’Aix – 1948-04-10 – La Vie Internationale.

 

Escarmouche

 

La bataille pour Berlin a donné le frisson à tout le monde sauf aux hommes d’Etat. L’Union Soviétique a besoin d’impressionner par des manifestations de puissance l’électeur de demain qui va d’instinct vers le plus fort. La peur de la guerre paralyse l’esprit d’entreprise et gène la reconstruction ; double raison d’inquiéter.

 

Le Challenge Economique

Comme l’a dit Marshall, rien ne servirait d’abattre le bolchévisme par la force, s’il n’était vaincu d’abord sur le terrain économique. La bataille sera gagnée d’avance et peut-être – tout est possible – évitée, si le retour à l’équilibre s’effectue plus vite et mieux à l’Ouest qu’à l’Est ; si surtout, l’écart déjà énorme entre les niveaux de vie des travailleurs des deux portions du monde va s’accentuant à mesure que la paix, ou ce qui en tient lieu, dure. C’est bien ce que les statistiques et l’aspect même des villes d’Europe continentale montrent. Le vote final du plan Marshall qui vient d’intervenir, rend certaine la continuité de ce redressement. Un courant d’idées encore confus pénètre les travailleurs, les fait douter de ceux qu’ils croyaient aveuglément leurs défenseurs naturels. Des signes irrécusables surgissent : hier, les élections algériennes, demain si nous ne nous trompons, les italiennes.

De l’autre côté du rideau de fer, les statistiques sont suspectes, mais certains faits sont éloquents. En U.R.S.S. en particulier, après la bonne récolte de l’été, une vague d’euphorie était passée ; la réforme monétaire a complètement changé l’humeur. Les plaintes ont afflué ; le ministre de l’économie a été destitué et accusé de sabotage. Non seulement les marchandises n’ont pas abondé comme on l’avait promis, mais les malfaçons se multiplient. La charge des armements égale à celle que supportent les Etats-Unis, écrase un pays dix fois moins riche. Il semble aussi que le Kominform dans ses calculs se trompe sur l’efficacité d’une propagande quelle qu’elle soit. Hitler a passé par là et 34 ans de bourrage de crâne. Il n’y a plus d’astuce inédite.

 

L’Affaire de Berlin

Le scénario est demeuré classique. Il y a plus de six mois qu’il était prêt ; nous en avions parlé. Les Occidentaux avaient eu le temps d’y parer. Il s’agit de rendre matériellement intenable la présence des 3 alliés dans la capitale. Evidemment, les Russes n’avaient pas la naïveté de croire que les Etats-Unis allaient céder et quitter Berlin ; outre la perte de prestige, ç’eut été rendre effective une république populaire de l’Allemagne orientale qui existe déjà virtuellement, à laquelle il ne manque qu’un siège et une tête.

Donc les Russes ont coupé les communications ferroviaires entre Berlin et la zone anglaise. Les Américains ont riposté en coupant la route de Postdam et occupé le siège des chemins de fer ; puis après cet échange de mauvais procédés, tout semble rentrer dans l’ordre ; les Russes espéraient peut-être un incident sanglant, mais de part et d’autre, les éléments militaires en place sont choisis parmi les plus disciplinés. Il n’y a eu qu’une collision d’avions. Un fait cependant demeure. A moins d’un modus vivendi que pourraient peut-être trouver Montgomery, qui vient d’arriver, et le général Sokolovski, le conseil quadripartite ne fonctionne plus et l’Allemagne de l’Est n’aura plus d’autre contact avec celle de l’Ouest que par quelques trocs commerciaux.

 

Un Plan

Nous sommes heureux de rencontrer dans le « Monde » une suggestion excellente.

Pourquoi, au lieu de jouer une partie sur l’échiquier de Berlin, les Alliés ne vont-ils pas résolument au-devant du désir des Allemands et que les Russes prétendent appuyer ? Qu’on fasse donc voter les Allemands et qu’ils choisissent leur gouvernement central. L’unité politique serait décidée par la majorité et l’unité économique s’imposerait. Qu’on offre aux Russes d’organiser dans les quatre zones des élections libres surveillées par des Commissions internationales ; qu’on laisse ensuite aux  Allemands la responsabilité de leur organisation interne, on mettrait ainsi les Russes au pied du mur ; nul doute qu’ils s’y refuseraient et les Allemands, s’il était besoin, sauraient au moins qui leur ment.

Qu’une telle suggestion vienne d’un journal officieux français est à nos yeux un événement. L’opinion chez nous a été lente à désapprendre de craindre le « boche », à admettre qu’un ennemi si proche et si puissant qu’on avait cru vaincre et qui s’était si vite relevé était cette fois incapable pour deux générations au moins, non seulement d’être menaçant, mais même de n’être plus, par son dénuement, une charge et une gêne pour le reste du monde. Il aurait fallu comprendre aussi que l’occupation militaire même était une erreur coûteuse et inutile, car le jour où, comme en 36, elle deviendrait nécessaire, elle aurait justement pris fin. Comme dit le rédacteur du « Monde » :

Qu’on le veuille ou non, les Alliés devront se délester un jour de ce poids trop lourd qui excède leurs forces et leur capacité d’entente ».

Ajoutons qu’il serait bon que les Allemands s’accusent eux-mêmes de leurs maux au lieu d’en maudire l’occupant.

 

                                                                        CRITON

Criton – 1948-04-03 – Armes Matérielles et Spirituelles

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Le Courrier d’Aix – 1948-04-03 – La Vie Internationale.

 

Armes Matérielles et Spirituelles

 

Après les gestes d’éclat de ces derniers jours, les politiques se recueillent tandis que sur le plan militaire les mesures concrètes se précisent : les Etats-Unis maintiennent en activité vingt mille officiers de réserve, renforcent les postes de l’Alaska, mettent au point un nouveau plan de recrutement immédiat. On parle d’un nouveau prêt-bail pour les armées de l’Occident, du réarmement de quarante divisions françaises, de l’envoi de plusieurs contingents en Afrique du Nord. Des pourparlers secrets viseraient à l’établissement de nouvelles bases dans l’Arctique. Enfin, pour la publicité, des sous-marins fantômes d’une puissance étrangère rôdent près des côtes américaines du Pacifique.

 

Le Conseil de Contrôle de Berlin

Un premier signe de détente du côté russe. D’abord on n’a jamais tant parlé de paix, même de démobilisation ; à Berlin, il y a dix jours, le maréchal Sokolovski avait brutalement mis fin aux réunions du Conseil quadripartite qui est censé coordonner l’activité des puissances occupantes en Allemagne, sous prétexte que les décisions prises à Londres par la France, l’Angleterre et les Etats-Unis contrevenaient aux accords de Postdam et rendaient impossible la coopération de la Russie. On croyait à une rupture. Les Soviets organisaient rapidement leur zone sur le modèle des autres satellites de l’Est. Devant la ferme attitude du général Clay et de Robertson, le maréchal Sokolovski a reçu de nouvelles instructions et, sous certaines conditions, le Conseil des Quatre à Berlin, reprendrait ses séances. En tout cas, quelles que soient les menaces et les difficultés, les Alliés de l’Ouest ne quitteront pas Berlin.

 

La Finlande

On ne sait toujours rien des négociations entre Staline et la délégation finlandaise à Moscou. Il y aura un traité, sans nul doute, mais sera-t-il aussi sévère que les Russes le voulaient ? Les Finlandais ont pris leur temps et le maréchal Mannerheim n’est pas pour rien en Suède : les Etats-Unis ne sont pas absents de la coulisse. Les trois pays scandinaves Norvège, Suède et Danemark directement visés par l’avance Russe prennent de concert des précautions militaires. Les Soviets accusent la Norvège de négocier avec les Etats-Unis l’octroi de bases au Cap Nord et dans l’Ile Jan Mayen aux approches de Spitzberg ; toute action soviétique rencontrera de rapides contre-mesures.

 

L’Union Européenne

On a beaucoup commenté les vacances que prend le Comité des Seize qui doit coordonner l’effort des Nations européennes en fonction du plan Marshall, aujourd’hui voté. Les difficultés viennent des Anglais. L’organisme permanent qui doit être créé aurait, selon les vœux de l’Amérique, à sa tête un secrétaire général qui aurait le droit de coordonner l’économie européenne. Un véritable esprit européen naîtrait de cet organisme central aux pouvoirs forts et effectifs. Cela aurait pour les Européens un autre avantage, celui d’éviter un contrôle direct des États-Unis sur la répartition des crédits et des marchandises réclamé par le Congrès mais rejeté par les nations européennes jalouses de leur souveraineté. Mais les Anglais hésitent à se soumettre à une autorité qu’ils ne pourraient récuser. Ils voudraient s’en tenir à un Comité de gestion où chaque pays conserverait sa liberté d’action.

 

L’Attitude Travailliste

Les hésitations de Monsieur Bevin ne sont pas partagées par tous les membres de son parti. Bon nombre voudraient voir l’Angleterre prendre l’initiative d’un parlement européen et d’un véritable super gouvernement dont leur pays ferait partie. Une autre évolution de leur part est fort intéressante. Dans un remarquable article, M. Crossman souligne que c’est de l’attitude des socialistes anglais que dépend la paix du monde. Il est frappé de l’incertitude qui divise les socialistes d’Europe et les capitulations successives que, soit par faiblesse, soit par indécision, ces partis ont consenti dans tous les pays ceinturés par l’U.R.S.S. En prenant une position nette et énergique contre le totalitarisme soviétique, en affirmant leurs principes démocratiques comme irréductibles devant la menace, ils pourraient créer un front européen solide qui serait une force morale contre l’invasion orientale. Cette attitude d’un ancien « rebelle » est à rapprocher du voyage aux Etats-Unis et des déclarations très fermes de M. Lasky qui, il n’y a pas très longtemps, visitait Staline et montrait de l’indulgence aux intentions du Kremlin. Ce revirement et la purge qui s’effectue dans l’administration anglaise … à l’endroit des communistes, montre que des esprits qui s’étaient révélés doctrinaires peuvent en Angleterre modifier leur opinion à la lumière des événements. Nous leur en rendons bien hautement hommage.

 

Le Discours Pontifical

Le Souverain Pontife n’a pas hésité, devant la gravité universellement reconnue du scrutin du 18 avril, à donner aux Italiens des directives particulièrement graves. Le Vatican a toujours répugné à se mêler aux querelles politiques, mais il s’agit aujourd’hui d’autre chose : l’avenir de la civilisation chrétienne : l’accès au pouvoir des communistes en Italie rendrait impossible le séjour à Rome de la Papauté. Le départ d’une telle puissance morale serait le signe précurseur de la fin de l’Europe. Contre ce péril majeur, les catholiques d’Italie ont développé tous leurs moyens ; c’est dans la péninsule une lutte d’homme à homme, de conscience à conscience. Aussi, la voix du pape sera-t-elle d’une grande portée.

On ne peut, a-t-il dit, servir deux maîtres : Dieu et Staline, dirons-nous.

 

                                                                                  CRITON

Criton – 1948-03-27 – La Fin du Commencement

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Le Courrier d’Aix – 1948-03-27 – La Vie Internationale.

 

La Fin du Commencement

 

Les leçons de l’histoire serviraient-elles ? « Chaque position perdue aujourd’hui, a dit Byrnes, devra être reconquise plus tard à grand peine ». Les Etats-Unis ont agi : ils ont accepté le risque de guerre, ils ont parlé le seul langage que les Hitler et les Staline comprennent : celui de la Force. On a été surpris à Moscou ; l’élection présidentielle, l’imminente crise économique, croyait-on, devaient suffire à paralyser les U.S.A.

 

Que se Passera-t-il ?

Si l’on écoutait Washington, la guerre serait à nos portes, Il est difficile de mesurer à quel degré d’émotion il faut porter les jeunes Américains pour leur faire accepter le service militaire. Mais il est aussi dans la manière américaine de mettre le public devant les conséquences des responsabilités que l’on prend, et les dangers qu’on court. Rien n’indique cependant que la situation échappe aux dirigeants. Moscou masquera son recul ; les Russes ont mille moyens de semer le trouble dans le monde sans provoquer la guerre. Mais, comme nous l’avons dit depuis longtemps, le coup de grâce se prépare et quand tout sera prêt…

Pour l’instant, nous sommes dans la guerre froide, comme dans l’autre à l’automne 42, la marée change de sens.

 

Trieste

En chargeant M. Bidault d’annoncer à l’Italie que les trois Alliés lui rendraient Trieste. Les Anglo-Saxons ont voulu marquer avec la France leur solidarité. Ils ont, a-t-on dit, devancé l’intention Russe d’influencer les élections du 18 avril en proposant eux-mêmes le retour de Trieste à l’Italie. Quoi qu’il en soit, ils ont délibérément pris une position à la fois politique et militaire sur ce point difficile où nous savons que des troubles étaient en préparation. Ils ont mis les communistes italiens en posture délicate et certainement orienté le vote d’un peuple très patriote. En tout état de cause d’ailleurs, le succès des rouges ne semblait pas probable. Mais leur effectif qui eut pu être de 45% tomberait à 35% et l’Italie sera solidement liée au bloc occidental.

L’Union douanière avec la France et, sans doute, malgré la résistance des Anglais, la restitution de ses anciennes colonies, l’admission à l’O.N.U. et finalement l’adhésion au pacte de Bruxelles signé l’autre jour, sanctionneront le retour de l’Italie dans le camp des nations civilisées.

 

La Politique Etrangère Anglaise

Mais revenons au pacte de Bruxelles : on a publié une amusante photo où Bevin à Bruxelles, la tête entre les mains en proie à de tumultueuses réflexions, écoute le discours de Bidault, et un article aussi objectif qu’ingénu de « L’Economist » pose la grande question : L’Angleterre, en signant le pacte de Bruxelles, est-elle sincère ? La politique traditionnelle de la Grande-Bretagne est-elle définitivement renversée ? Chaque fois en effet qu’elle s’est alliée à l’Europe, c’est qu’un danger pressant menaçait l’équilibre du continent indispensable à son intérêt et à sa sécurité. Mais sitôt le danger passé, Albion retournait à son isolement et reprenait la politique impériale, laissant les Européens meurtris panser leurs plaies. Le pacte de Bruxelles est-il encore une fois un pacte de circonstance, ou bien marque-t-il la volonté de réaliser les Etats-Unis d’Europe et d’intégrer définitivement les Iles Britanniques au continent tant économiquement que politiquement ? Notre conviction est que les Anglais n’ont pas choisi encore ; ils ont laissé ouvertes les deux issues : bloc européen ou bloc impérial, sincères en ce sens qu’ils n’ont pas exclu de devenir européens, avec l’espoir sans doute de n’y être pas contraints. Jamais cependant dans l’histoire, l’Angleterre n’a pris avec le continent des engagements aussi formels. C’est qu’elle est de tous les grands pays du monde, celui dont la situation est la plus difficile : définitivement incapable de se suffire, il faudra bien un jour s’associer à un grand ensemble. Le premier pas est fait. Les autres suivront-ils ?

 

La Palestine

On en parlera toujours ; la guerre entre Juifs et Arabes se poursuit et quelques Anglais tombent dans la bagarre. Les Américains si décidés en d’autres points ont, le mot est de mise, cafouillé étrangement sur celui-là. Ils établissent le plan de partage, l’abandonnent, parlent d’une occupation à trois, puis en dernière heure, proposent la tutelle de l’O.N.U. Il faut à tout prix éviter qu’un foyer de guerre ne se crée, qui ferait l’affaire des Soviets. Il ne faut pas mécontenter les Arabes et faire accepter aux Juifs un modus vivendi. Mais ceux-ci vont proclamer le 15 mai, quand les Anglais partiront, l’Etat Juif. Quadrature du cercle…

 

En Grèce

Nous avons été inquiets le jour où le jeune général américain Van Fleet, à peine débarqué, proclamait sa confiance dans une prochaine victoire des troupes gouvernementales grecques : quelle présomption ! Les Soviétiques tiennent là leur guerre d’Espagne et ils sauront la prolonger ; la situation, loin de s’apaiser, s’aggrave : très vilaine affaire qui durera jusqu’au jour fatal.

 

                                                                                  CRITON

Criton – 1948-03-20 – La Phase Militaire

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Le Courrier d’Aix – 1948-03-20 – La Vie Internationale.

 

La Phase Militaire

 

La conférence des Quatre en décembre fut celle de la « dernière chance ». Elle a clos la phase diplomatique du conflit entre Est et Ouest. Avec le pacte de Bruxelles et le discours Truman de mercredi commence la phase militaire.

Le Monde a été surpris de la rapidité avec laquelle les Alliés occidentaux ont riposté à l’attentat commis par l’U.R.S.S. sur la République Tchécoslovaque. Les Démocraties, hantées par les souvenirs de leurs tergiversations et de leurs faiblesses, ont voulu affirmer leur résolution, à la fois sur le plan politique et militaire. On ne recommencera pas les fautes de 36-38.

 

Activités des Etats-Majors

A vrai dire, les conversations d’Etat-Major ne datent pas d’hier. Elles avaient montré l’extrême faiblesse des armées qui font front en Allemagne. Si la guerre avait éclaté l’an dernier, si ce qu’on connaît sous le nom de « plan Jdanov » avait été réalisé, l’U.R.S.S. n’aurait rencontré aucune résistance. Il n’en sera plus de même demain. L’an prochain, une marche sur l’Atlantique serait pour les Russes une opération risquée.

 

A Bruxelles, à Washington et à Lake Success

Donc on a frappé à Bruxelles un grand coup auquel a répondu le discours du président Truman et, de façon aussi spectaculaire, à l’O.N.U., la mise en accusation de l’U.R.S.S. par le Chili à propos de l’affaire Tchèque. Cette sorte de respect humain qui empêchait les hommes d’Etat de nommer une agression par son nom et d’accuser le totalitarisme bolchévique a disparu ; l’offensive verbale a libre cours.

A Bruxelles, on a jeté les bases d’une union occidentale franco-anglo-belgo-hollandaise économique, culturelle et surtout militaire. Mais on ne se fait aucune illusion sur les difficultés qu’une fusion économique comporte actuellement. Seulement on a évité de donner au pacte l’aspect d’une simple défense stratégique ; on a voulu, avec raison, affirmer la solidarité d’une civilisation.

A Washington, le Président a souligné la solidarité des Etats-Unis avec les signataires du pacte et en demandant le rétablissement du service militaire obligatoire et le renforcement immédiat des effectifs, fait comprendre que la puissance américaine appuyerait la résolution des démocraties d’Europe.

A première vue, la réponse du Congrès américain a été remarquablement favorable. L’opinion est mûre pour une action résolue. On voit bien que New-York n’est plus qu’à vingt heures de vol de Moscou. Dommage qu’il n’en ait pas été de même de Berlin, il y a dix ans.

 

L’Allemagne

Il est difficile de savoir ce que pense le Kremlin de cette réaction si véhémente. Comme tous les mouvements idéologiques, le Bolchévisme ne peut conserver son prestige qu’en attaquant et en progressant sans cesse ; stoppé, il reculerait bien vite. C’est ce qui rend dangereuse la situation, mais le champ d’agitation est si vaste et si divers, que les risques majeurs peuvent être encore évités. Pour l’heure, l’Allemagne est le pion sur lequel se pose le doigt des adversaires ; côté ouest, c’est l’invitation faite aux Allemands des trois zones de participer aux travaux des Seize Nations assemblées à Paris pour coordonner leurs ressources et leur activité en fonction du plan Marshall. Ce geste est en soi un événement. On est loin du dictat de Versailles ; et si les Allemands n’apparaissent qu’à l’ombre des gouverneurs militaires des trois zones, ils n’en donneront pas moins librement leur avis à Paris.

 

Le Congrès du Peuple

L’U.R.S.S. n’a pas voulu être en reste. Elle a riposté aux accords de Londres de la semaine passée par la convocation d’un « Congrès du Peuple » à Berlin où se réunissent les délégués des quatre zones, tous bien entendu du parti socialo-communiste unifié, agissant comme un véritable parlement de l’Allemagne entière, sorte de quatrième Reich du type « populaire ». Ce parlement improvisé va élire un Comité directeur qui sera, pour la zone russe, une sorte de gouvernement dont on voudra étendre l’autorité morale sur l’ensemble du pays. Il se recommande aux masses par son appel à l’unité chère à la plupart des Allemands, par ses attaques contre le démembrement du Reich voulu par les puissances occidentales, par une protestation contre l’annexion de la Sarre aux intérêts français. En somme, les Russes font à Berlin exactement le pendant de ce que les Alliés ont fait à Francfort et à Londres. Autant qu’on en peut juger, la réaction des Allemands est assez différente.

 

Encore la Palestine

La question palestinienne devient chaque jour plus grave et prend désormais le caractère d’un conflit international. Par un jeu curieux de circonstances, plutôt que par habileté, l’U.R.S.S. est en train de marquer là-bas un succès. Elle avait, en effet, appuyé le plan de partage quand les Juifs n’en voulaient pas. Elle avait essaimé ses terroristes que les spécialistes de l’attentat de « l’Irgoun » voyaient d’un assez mauvais œil. Puis, devant la menace Arabe grandissante et la volte-face des Etats-Unis abandonnant devant l’O.N.U. le plan de partage, les Juifs furieux de l’attitude américaine se groupent à peu près tous sous la protection de l’U.R.S.S. qui n’attendait que cela ! Voilà que l’Irgoun fasciste fusionne avec l’Haganah démocrate et que l’armée juive se rassemble avec des spécialistes et des armes fournis par l’U.R.S.S. Les Anglais eux, ont leur plan de longue date. Ils partiront, quoi qu’il arrive, le 15 mai. Mais l’émir Abdullah de Transjordanie veille sur leurs intérêts. Avec son armée, il occupera le pays et proposera aux Juifs une solution honorable qu’on espère leur faire accepter sous la menace d’une guerre sainte déclenchée par tous les pays arabes réunis.

Le plan réussira-t-il ? Il faudrait être prophète pour se prononcer.

 

                                                                                  CRITON

Criton – 1948-03-13 – Réactions

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Le Courrier d’Aix – 1948-03-13 – La Vie Internationale.

 

 

Réactions

 

 Le coup de force de Prague ; le suicide de Jean Masaryk qui en éclaire le sens, la mise au pas de la Finlande, ont stimulé les pourparlers languissants des puissances occidentales. Elles ont décidé qu’il était temps de s’unir pour la défense commune. Pour une tâche aussi impérieuse et aussi simple en apparence, mille difficultés surgissent. Il y a cependant progrès. Les Anglais qui savent sans l’avouer que leur faiblesse et leur aveuglement ont été la cause indirecte des deux guerres mondiales, veulent éviter la troisième ; les Américains voient clairement qu’ils sont sous une menace directe qui met en jeu leur existence même. Sentiment qu’ils n’avaient encore jamais eu. Les Français enfin ont compris que le problème allemand avait changé de sens, que la sécurité française était sur l’Elbe et non plus sur le Rhin.

 

La Conférence de Londres

 

Si bien que la Conférence de Londres s’est terminée par un accord provisoire ; la discussion reprendra en avril. Les pourparlers avaient été jusqu’ici entourés de mystère pour ne pas mettre en évidence les divergences franco-anglaises. Les Anglais, en effet, ne voulaient pas lâcher la Ruhr, clé de l’économie européenne. Ils ont fait de sérieuses concessions ; obligés l’an dernier de céder à la pression américaine, nous avons vu qu’ils partageaient déjà avec les Etats-Unis le contrôle et la répartition des produits du bassin. La France obtient cette fois-ci que la Ruhr soit soumise à la surveillance des trois puissances. Ce qui doit éviter définitivement que ce potentiel industriel ne serve aux Allemands à préparer la guerre. Par contre, on n’est pas tout à fait d’accord sur la question politique : Fédéralisme complet ou Fédéralisme centralisé, ni sur la fusion des trois zones. Cela viendra.

 

 

Le Problème Militaire

 

La question d’une défense commune de l’occident contre une agression soviétique est ouvertement discutée. C’est la Belgique, en la personne de M. Spaak, qui a secoué les hésitations anglaises et posé carrément la question pour la prochaine conférence de Bruxelles. Tout revient au fond à obtenir une garantie formelle des Etats-Unis d’intervenir militairement si l’un des pays du bloc occidental était menacé du dehors ou même du dedans.

Le gouvernement Truman n’ose pas prendre d’initiative ; il a peur de donner des armes à Wallace, c’est-à-dire perdre des voix à l’élection de novembre, peur d’effrayer le citoyen moyen hostile aux alliances militaires.

 

 

Le Plan Marshall

 

L’isolationnisme se manifeste contre le plan Marshall qui n’est pas encore voté ; le général a insisté pour qu’il le soit avant les élections italiennes du 18 avril, car ces élections sont cruciales pour l’avenir de la paix. Pourquoi le plan, dont la nécessité est chaque jour plus évidente est-il encore combattu ? Marshall a probablement eu tort d’inclure dans son plan l’Europe continentale et l’Angleterre ; pour remettre l’Allemagne et l’Autriche en état de se suffire et de décharger le contribuable américain de leur entretien,  on aurait fait l’unanimité ; pour aider la France et l’Italie, on se serait accordé. Mais aider l’Angleterre, c’est consolider le travaillisme qui rêve d’être une troisième force dans le monde, qui veut faire de l’Union occidentale une réalisation socialiste, qui veut nationaliser la Ruhr, etc. Aider le travaillisme, disent les Sénateurs obstinés, c’est faire le jeu de Staline. Cette opinion un peu simpliste, est très répandue en Amérique et voilà pourquoi le plan Marshall marque le pas. Il eut fallu traiter à part la question d’un nouveau prêt à l’Angleterre.

 

 

L’Election Présidentielle

 

Plus s’avance l’échéance, plus la situation est confuse ; Truman perd du terrain et ses chances paraissent bien faibles. Les Américains sentent que pour les temps troublés que nous allons vivre, il faudrait à la Maison Blanche, une personnalité. Il y a bien Mac Arthur qui n’a pas dit non, mais il a l’âme d’un dictateur et l’Américain moyen n’aime pas les militaires. Entre tous les possibles, qu’ils soient républicains ou démocrates, personne ne s’impose. Pour un pays qui sent sa vie en jeu, c’est assez fâcheux. Mais il vaut peut-être mieux n’avoir pas de grands hommes que d’en avoir de faux.

 

 

La Palestine

 

S’il fallait faire le procès facile des démocraties, de leurs contradictions et de leurs faiblesses, on parlerait de la question de la Palestine à l’O.N.U. Le partage avait été décidé : deux états allaient naître, l’un Arabe, l’autre Juif ; on avait voté, on allait mettre sur pied une armée internationale pour garantir l’exécution de l’accord ; et puis, tout est à l’eau, on se déjuge ; le problème repart de zéro. Que s’est-il passé ? Les Américains ont abandonné le projet de partage pour plusieurs raisons. D’abord parce que ce n’est pas le moment de mécontenter les Arabes qui tiennent le pétrole et les bases du Moyen-Orient. Puis les Juifs pour lesquels l’accord était fait, ont voté contre Truman pour Wallace au Bronx. Leurs organisations, tant aux Etats-Unis qu’en Palestine, sont bourrées de Bolchévistes et si l’armée internationale comprenait des Russes, les désordres seraient pires qu’ils ne sont.

Ah ! Le problème Juif est un sacré problème !

 

 

                                                                                            CRITON

 

Criton – 1948-03-06 – Faisons le Point

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Le Courrier d’Aix – 1948-03-06 – La Vie Internationale.

 

Faisons le Point

 

Le coup d’état bolchévique de Prague, à peine achevé, la Finlande était invitée par Staline en personne à s’aligner ; ce double événement a retenti comme la sirène d’alarme et réveillé les plus optimistes. La peur s’est trouvée amplifiée par les discours de ceux qui appuient leur politique sur l’opinion. On a compris ce que signifie l’impérialisme soviétique après trois ans d’un aveuglement qui ressemblait à une complicité.

 

La lettre de Staline

A chaque pays convient une méthode propre. En Hongrie, la manière brutale, policière et militaire, en Tchéco-Slovaquie l’infiltration suivie d’un coup d’état qui prétend respecter les formes de la démocratie, en Finlande où l’U.R.S.S. ne tient qu’une minorité insignifiante, il faut persuader peu à peu par menaces successives. Il faut citer la lettre que Staline a envoyée à Paasikivi, président de la République finlandaise ; tout à fait de sa manière, il propose à la Finlande un traité d’assistance mutuelle, lisez : le droit d’occuper militairement la Finlande pour exercer une pression directe sur les pays scandinaves – « traiter, dit Staline, contre un éventuel danger d’agression de la part de l’Allemagne ». Et il ajoute sans rire : « Comme nos deux pays ont terriblement souffert de cette agression, nous serions responsables devant nos peuples d’en permettre le retour ». Or, chacun sait que les Allemands n’ont jamais tué un seul Finlandais, tandis qu’en 1939… Staline conclut : « Désirant créer des conditions favorables à une amélioration radicale – en effet- des relations entre nos deux pays, en vue d’assurer la sécurité et la paix, etc. …( !)

 

A Qui le Tour ?

Les Italiens vont voter le 18 avril. Cette date remplit la péninsule d’anxiété. Et à Washington où l’on avait fondé beaucoup d’espoir sur l’Italie, on sent le terrain peu sûr. Pour influencer les électeurs, les Russes soutiennent les revendications coloniales de l’Italie, tandis que les évêques italiens menacent d’excommunication ceux qui voteraient marxiste. Les rouges auront certainement plus de suffrages qu’ils n’en eurent jamais en Tchéco-Slovaquie ; s’ils ne l’emportent pas, la réplique sera rapide.

 

A Trieste

En effet, l’agitation se manifeste dans le territoire de Trieste. Les syndicats communistes de Tito ont menacé les Anglo-Saxons de passer à l’action ; le sang coulera, il y aura des Américains tués, on se croira au premier jour de la guerre. Les Etats-Unis n’ont rien laissé deviner de la riposte éventuelle devant l’agression que l’U.R.S.S. mettra prudemment au compte de Tito, qui, probablement, confiera l’action à des formations para-militaires.

 

La situation

Que penser de tout cela ?

Le danger n’est pas plus grand qu’il y a trois ans ; rien que de prévu ; l’invraisemblable aveuglement de Roosevelt moribond à Yalta et à Postdam, l’affolement des Anglais et même de Churchill devant les V2, les erreurs militaires du commandement britannique à l’automne 44, ont permis à l’U.R.S.S. de s’assurer des positions qu’ils n’avaient jamais espéré saisir ; la comédie a continué avec le pacte franco-soviétique de 45. Elle s’achève aujourd’hui à Prague et à Helsinki. La tragédie va-t-elle commencer ? C’est peu probable, à moins que la situation n’échappe au contrôle des hommes.

 

Les Forces en Présence

Si habile qu’elle soit, la politique soviétique, par son astuce, a suscité des réactions salutaires ; la France en particulier aurait tort de s’en plaindre. Elle lui doit d’avoir échappé à la faillite ; sans le Kominform et les événements de Prague, le plan Marshall aurait-il été voté sans diminution appréciable des crédits et en temps opportun ? … aurions-nous reçu en trois mois des secours divers et pas loin d’un milliard de dollars ? Aurions-nous obtenu, outre le charbon sarrois en totalité, 1 million de tonnes par trimestre de la Ruhr ? Aurions-nous bientôt un pacte militaire avec les E.U. et l’Angleterre qui cette fois ne fera pas de la France le soldat sacrifié ? etc. …

Sur le plan militaire, l’U.R.S.S. n’est pas en état de se mesurer avec les E.U. Son équipement industriel est en retard sur le leur de 35 ans. La mer, cet atout capital, lui est fermée ; on ne sait pas du tout ce que serait le moral de l’armée rouge en pays étranger où les déserteurs se chiffrent par dizaines de mille en temps de paix. Enfin si la cinquième colonne est fort agissante dans les pays de l’Ouest, elle ne l’est pas moins chez les satellites de l’U.R.S.S. Il n’est que de lire les mémoires qui paraissent pour savoir quel réseau d’espionnage et de résistance, jusque dans les camps de la N.K.W.D. ont tressé les patriotes d’Europe centrale, entraînés par neuf ans de lutte. Par ailleurs, l’armée britannique est fort supérieure à celle de 1939, les Etats-Unis ont des armes décisives et quelques-unes de leurs meilleures troupes en Europe. Entre l’aveuglement et la panique, il y a place pour la mesure.

 

                                                                                            CRITON

 

Criton – 1948-02-28 – Neuf Ans Après

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Le Courrier d’Aix – 1948-02-28 – La Vie Internationale.

 

Neuf Ans Après

 

Le coup d’état communiste en Tchéco-Slovaquie, si prévu qu’il fût, n’en a pas moins soulevé une plus vive émotion que la mise au pas des autres voisins de l’U.R.S.S. En Pologne, en Roumanie, en Hongrie, la dictature rouge ne faisait que se substituer à une autre, moins cruelle mais souvent aussi arbitraire. En Tchéco-Slovaquie c’est la conscience démocratique du monde qui est offensée, avec l’écrasement d’une société civilisée et la répétition à neuf ans d’intervalle de la même violence morale.

 

Le Drame

Le scénario de Prague n’a pas varié d’avec les précédents : après le noyautage de la police et de l’armée, l’intimidation des fonctionnaires, après la capitulation qui est de règle partout d’une fraction du parti socialiste, Gottwald, le Henlein au service de Moscou, a démissionné ses collègues, pris le pouvoir à lui seul avec des comparses après avoir organisé une menace de la rue et découvert le complot traditionnel qui lui a permis d’incarcérer ses adversaires. On a même verrouillé la frontière pour que personne ne sorte ; qu’aucun Nagy ou Mikolajezyk n’aille dire la vérité. Que de fois avons-nous dénoncé ici même les illusions de Monsieur Benes ! On ne négocie pas avec Staline, pas plus qu’avec Hitler ; les subtilités diplomatiques sont vaines. Si les formes varient, le résultat reste le même : il faut craindre ou disparaître. Néanmoins l’attitude de la Tchéco-Slovaquie depuis 44 se comprend aisément. Déçus par la faiblesse et l’impuissance des démocraties en 38 et 39, ulcérés par l’abandon de la France et de l’Angleterre, attirés aussi par le mythe du panslavisme, les Tchèques ont passé d’assez bon cœur au camp des Soviets. Ils savent aujourd’hui où ils vont, car le but de l’U.R.S.S. est non seulement de les soumettre mais aussi, comme l’eut fait Hitler s’il en avait eu le temps, de les ruiner. La Tchéco-Slovaquie, si le rideau de fer s’abat devant elle, dépendra pour ravitailler son industrie des matières premières soviétiques. Elle sera soumise comme celle des textiles polonais, au travail forcé, à très bas salaire ; l’entreprise privée aura vécu et avec elle beaucoup d’activités secondaires qui donnaient aux Tchèques un niveau de vie assez élevé. Enfin, ils dépendront pour se nourrir des récoltes de leurs voisins qui sont plutôt irrégulières ; fatalement, une union exclusive avec un bloc de pays pauvres abaissera la Tchéco-Slovaquie à leur niveau … Les Etats-Unis l’aideront-ils quand même ou la laisseront-ils faire l’expérience intégrale ?

 

Politique aux Etats-Unis

Tout dépend – pour le sort même de ce qui reste d’Europe – de l’évolution de la cuisine électorale aux U.S.A., en plein feu en ce moment.

L’élection au Bronx, faubourg de New-York d’un candidat du troisième parti, celui de Wallace, comme on sait, pacifiste et communisant, a enlevé quelques atouts au candidat démocrate à la présidence, et les chances de Taft, républicain réactionnaire et quelque peu isolationniste, grandissent d’autant. Car Wallace enlèvera des voix à Truman et les masses américaines iront plutôt à l’homme qu’elles croient capable de les écarter de la guerre. Taft est nettement réticent à l’égard du plan Marshall. Il défend le contribuable, il s’intéresse, comme Mac Arthur et une partie de l’état-major, beaucoup plus à la Chine qu’à l’Europe. Si on l’y poussait, il échangerait volontiers l’Europe contre l’Asie, si l’on pouvait partager pacifiquement le monde en deux. Aux dangers que court l’Europe, s’ajoute donc ceux de l’échéance de Novembre prochain. Les Soviets ont bien calculé tout cela. Comme Hitler en 39-40, ils savent profiter de la confusion qu’amène aux E.U., un changement de président, surtout que cette fois-ci, il n’y a pas de Roosevelt, et que les possibilités sont ouvertes.

 

Psychose

Aux Etats-Unis comme en Angleterre on s’attend à ce que la vague rouge frappe l’Italie d’abord, puis la France ; une élection municipale à Pescara a montré que la partie en Italie est fort incertaine. Il faut tenir compte d’un fait ressortant de la psychologie des foules ; le magnétisme de la force crée une sorte de vertige mental qui entraîne les masses contre leurs instincts, vers une soumission aveugle et consentante, sorte de viol moral que tous les artifices d’une force déployée de façon spectaculaire forcent aisément. Ce qui se passe à Prague peut, par contagion, surprendre Rome.

Ces phénomènes ont un caractère soudain et déconcertant…

 

La conférence de Londres

Pendant ce temps à Londres, Français, Américains et Anglais délibèrent pour la nième fois de l’Allemagne ; bizone, trizone ? La Ruhr sera-t-elle contrôlée à trois ou à deux, ou à seize. Le Benelux aura-t-il la parole ? Le pis est que plus on cause et moins on parait s’entendre.

Ah ! Les démocraties depuis l’antiquité n’ont pas changé ; le miracle est qu’elles aient survécu après tant d’effondrements et d’éclipses. Cela, quand même, donne confiance.

 

                                                                                  CRITON

Criton – 1948-02-21 – Forces et Faiblesses

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Le Courrier d’Aix – 1948-02-21 – La Vie Internationale.

 

Forces et Faiblesses

 

Bien que la constitution d’un état d’Allemagne occidentale ne soit pas encore chose faite, les Russes paraissent redouter cette éventualité, tant pour l’effet qu’elle aurait sur les satellites voisins du Reich que pour les discussions futures sur le traité avec le Japon, dont l’U.R.S.S. n’entend pas être exclue ; des négociations à quatre sont donc probables, ce qui a donné lieu à des rumeurs fantaisistes d’accord et d’apaisement que les autres faits démentent. Washington ne s’y trompe pas.

 

L’Espagne

Après un répit assez long pendant lequel la situation de Franco s’est affermie, l’Espagne a vu venir à elle ses adversaires. La France d’abord qui répare enfin l’énorme et coûteuse erreur de 1945. Mais derrière la France se tiennent les Etats-Unis, tandis que l’Angleterre tout en poussant à fond ses échanges commerciaux avec l’Espagne, boude ostensiblement son gouvernement ; l’Espagne dans le prochain conflit est une position trop importante pour que l’Amérique la néglige pour des motifs idéologiques. Si les pourparlers en cours aboutissent, le gouvernement espagnol donnera quelques gages de libéralisme et d’apaisement politique, et recevra des crédits américains. L’Espagne se trouve intégrée dans le bloc occidental en fait sinon en droit.

 

La Situation en U.R.S.S.

Il est hors de doute qu’on assiste en U.R.S.S. à un raidissement intérieur ; une attitude de méfiance à l’égard des intellectuels autrefois favoris du régime. Ce furent d’abord les écrivains qui durent faire des confessions publiques ; voici le tour des musiciens. Tout effort vers l’art libre est étouffé sous l’accusation de « formalisme ». On ne tolère qu’un art réaliste et de la musique folklorique. Les savants eux-mêmes sont l’objet de suspicion. Beaucoup en effet ont réussi à fuir l’U.R.S.S. ces derniers temps ; des hommes célèbres sont en zone américaine d’Allemagne et trouveront asile aux Etats-Unis. Tout l’état-major d’une usine de recherches atomiques a gagné la Suède. Des militaires de tous rangs désertent. Ce qui prouve que les Américains n’ont pas complètement tort qui prétendent que le régime porte en lui-même des faiblesses.

 

Vers les Elections

En attendant, la pression exercée par les Soviétiques sur tous les fronts demeure. Cela est pour eux une nécessité à la veille d’élections capitales en Italie et peut-être en France. Le succès des partisans dépend en effet de la force qui s’affirme bruyamment derrière eux, de la terreur qu’ils inspirent. Le moindre risque de recul tournerait l’opinion des indécis que le prestige et l’intérêt influence ; on votera pour qui l’on croit le plus fort.

 

La Grèce

C’est toujours en Grèce que les adversaires s’acharnent. Le pays est systématiquement ruiné, terrorisé, brûlé par les partisans. Le découragement commençait à gagner les gouvernementaux qui sur le plan militaire, réagissaient mollement. Force a été aux Américains de prendre la situation en mains, et des officiers des Etats-Unis surveillent et dirigent l’armée grecque. De là à une intervention directe, il n’y a plus qu’un pas qu’il faudra bien franchir ; l’engrenage est fatal et l’U.R.S.S. y pousse.

 

En Angleterre

Les Anglais ont été assez déconcertés par les sombres avertissements de Cripps sur une banqueroute prochaine, d’autant qu’un ministre leur dit un jour que tout va mieux, et un autre le lendemain que tout est à peu près perdu. En fait, il s’agissait de faire accepter aux Trade-Unions une stabilisation des salaires, et aux industriels une limitation des bénéfices. Les syndicats ont été difficiles à persuader mais il semble que cela soit chose faite. Le bon sens et la discipline l’ont emporté. Il est d’ailleurs certain que malgré le peu de sympathie dont jouit la politique anglaise à Washington, la situation internationale est trop grave pour que les Etats-Unis laissent se produire un effondrement financier d’une envergure incalculable comme le serait celui de l’Angleterre. Les Anglais le savent bien. Les crédits américains viendront de mauvaise grâce, mais ils viendront.

 

Aux Etats-Unis

D’autant que la récente chute des prix des matières premières a fait réfléchir New-York, beaucoup de banquiers hostiles au plan Marshall s’y rallient. Cette baisse, d’ailleurs salutaire, n’est pas le signe d’une crise prochaine, c’est néanmoins un avertissement. Si la pénurie de dollars devenait chronique, le reste du monde est assez vaste pour s’organiser peu à peu et tant bien que mal pour se suffire. C’est en particulier ce à quoi tendent les efforts de coordination des deux empires coloniaux français et anglais qui se précisent en ce moment.

 

Les Etats-Unis du Monde

Ceci nous ramène aux efforts d’Union européenne qui font grand bruit à cette heure. On prend le problème par le petit bout, cherchant à aplanir les obstacles, démolir une par une les barrières douanières, associer un par un les états ; la méthode a du bon et il en sortira toujours quelque chose de profitable. Il y aurait peut-être mieux à notre avis : c’est de faire tout sauter à la fois et créer d’un seul élan les Etats-Unis du Monde. Cela sauverait peut-être la paix et serait, en fait et malgré l’apparence, plus facile à réaliser qu’une union par fragment qui ne trouvera que des palliatifs.

Mais cela est malheureusement une utopie !

 

                                                                                            CRITON

Criton – 1948-02-14 – Les Surprises de l’Economie

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Le Courrier d’Aix – 1948-02-14 – La Vie Internationale.

 

Les Surprises de l’Economie

 

Tandis que les escarmouches se multiplient entre Russes et Américains sur tous les points critiques du vaste front de la guerre froide, l’attention demeure concentrée sur le problème économique dont l’évolution déconcerte non seulement les dirigeants aux abois, mais les spécialistes avertis.

 

La Guerre des Documents

Les Etats-Unis ont inauguré la « guerre froide des documents » en publiant les négociations Ribbentrop-Staline qui ont précédé la pacte de 39, les plans de partage de la Pologne, la division géographique des sphères d’influence Allemande et Russe dans les Balkans et le Proche-Orient, après la défaite escomptée de l’Angleterre et de la France ; ces documents n’apprenaient rien. Ce qu’on attend des archives du Reich, ce sont des révélations sur ce que furent pendant la guerre et jusqu’en 45 les contacts entre Russes et Allemands qui ont permis à Staline de jouer aux Anglo-Saxons le chantage : aide immédiate ou paix séparée avec Hitler. Les Russes paraissent néanmoins irrités et ripostent par d’autres pièces qui montrent les hésitations, les lâchetés, les contradictions des lamentables politiciens Français et Anglais avant et après Munich. Quelques détails mal connus montrent une fois de plus aux mains de quels fantoches on confie les destinées des peuples !

 

Escarmouches

Sur tous les fronts, les Russes multiplient les attaques : En Allemagne ils menacent de constituer, en réplique à la bizone, une dix-huitième république soviétique d’Allemagne. En Autriche, ils éliminent l’autorité du gouvernement national et achèvent de s’emparer de l’économie de leur zone ; en Grèce, les rebelles rôdent autour d’Athènes et bombardent Salonique ; en Turquie, la querelle s’envenime. Les Turcs rappellent leur ambassadeur de Moscou. En Iran surtout, les Soviétiques multiplient les menaces contre le gouvernement de Téhéran qui parait très fort de l’appui américain. En résumé, les antagonismes sont soigneusement entretenus et l’on ne manque aucune occasion d’incident.

 

Le Traité Italo-Américain

  1. Dunn et le comte Sforza ont récemment conclu un traité d’amitié et de collaboration économique ; le traité va assez loin puisqu’il permet aux Italiens d’exercer en Amérique les mêmes droits que les Américains en Italie. C’est dire qu’en fait, les capitaux américains vont pouvoir s’employer librement dans la péninsule, et que les Etats-Unis ont choisi l’Italie comme un partenaire et un allié en cas de conflit. Une clause prévoit cependant de façon indirecte qu’en cas de victoire du bolchévisme, le traité cesserait de jouer. L’Italie bien dirigée, en plein travail, inspire aux Etats-Unis une confiance qu’ils n’ont pas pu placer ailleurs ! Reste l’échéance des élections qui diront exactement vers quel bloc va le peuple italien.

 

Le Chaos Economique

Les événements chaque jour nous prouvent qu’en matière économique et financière on ne sait pas toujours ce que l’on fait ; tel croit faire baisser les prix en comprimant la monnaie qui, le lendemain, les voit monter en flèche. Aux Etats-Unis, tandis que le président se lamente sur la hausse, les prix des matières premières, surtout des produits alimentaires baissent en huit jours de vingt pour cent. On en cherche la cause : crainte de mesures coercitives et de contrôle ? Crainte que la pénurie de dollars dans le monde ne vienne ralentir les exportations des Etats-Unis malgré l’aide Marshall ? Sentiment qu’il y a dans le monde plus de ressources qu’on ne pense et qu’un peu de liberté dans les échanges aurait vite fait de faire apparaître un équilibre insoupçonné ? Toujours est-il qu’on baisse, et cet événement, s’il se confirme, est la meilleure nouvelle que l’on puisse saluer, le premier signe de soulagement à la détresse humaine.

 

Le Discours de Sir Stafford

Ce serait en particulier pour l’Angleterre qui tire ses derniers 100 millions de dollars de l’emprunt américain, un secours providentiel. Sir Stafford vient de donner avec sa dureté habituelle un tableau franchement noir des résultats de sa politique. Voyez plutôt :

« Le contrôle des matières premières et des licences est devenu plus difficile car l’attraction du marché noir – tiens, tiens – a détourné les produits de leur destination essentielle. La planification est devenue de plus en plus malaisée et de moins en moins efficace ! »

« La position est devenue d’autant plus délicate qu’il nous est de plus en plus difficile de vendre nos produits exportés. Les acheteurs sont circonspects, nos prix montent et la concurrence se fait jour. Nous avons épuisé nos emprunts à l’extérieur et nous dépensons rapidement nos dernières grosses réserves d’or. Nous avons à faire face à la spirale inflationniste. Si les revenus individuels augmentent, toute la structure de notre économie va s’écrouler » etc.

Voilà un ministre sincère. Le remède, – souhaitons qu’il ne soit pas pire que le mal – est offert par M. Attlee. Blocage des salaires ; limitation des dividendes, peut-être impôt sur le capital ; la bourse baisse ; la ceinture se rétrécit d’un cran. Il ne reste, en guise de vœu, qu’à répéter notre adage. A force de persévérer, fût-ce dans la plus mauvaise voie, on obtient des résultats quand même.

 

                                                                                            CRITON