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Le Courrier d’Aix – 1948-03-13 – La Vie Internationale.
Réactions
Le coup de force de Prague ; le suicide de Jean Masaryk qui en éclaire le sens, la mise au pas de la Finlande, ont stimulé les pourparlers languissants des puissances occidentales. Elles ont décidé qu’il était temps de s’unir pour la défense commune. Pour une tâche aussi impérieuse et aussi simple en apparence, mille difficultés surgissent. Il y a cependant progrès. Les Anglais qui savent sans l’avouer que leur faiblesse et leur aveuglement ont été la cause indirecte des deux guerres mondiales, veulent éviter la troisième ; les Américains voient clairement qu’ils sont sous une menace directe qui met en jeu leur existence même. Sentiment qu’ils n’avaient encore jamais eu. Les Français enfin ont compris que le problème allemand avait changé de sens, que la sécurité française était sur l’Elbe et non plus sur le Rhin.
La Conférence de Londres
Si bien que la Conférence de Londres s’est terminée par un accord provisoire ; la discussion reprendra en avril. Les pourparlers avaient été jusqu’ici entourés de mystère pour ne pas mettre en évidence les divergences franco-anglaises. Les Anglais, en effet, ne voulaient pas lâcher la Ruhr, clé de l’économie européenne. Ils ont fait de sérieuses concessions ; obligés l’an dernier de céder à la pression américaine, nous avons vu qu’ils partageaient déjà avec les Etats-Unis le contrôle et la répartition des produits du bassin. La France obtient cette fois-ci que la Ruhr soit soumise à la surveillance des trois puissances. Ce qui doit éviter définitivement que ce potentiel industriel ne serve aux Allemands à préparer la guerre. Par contre, on n’est pas tout à fait d’accord sur la question politique : Fédéralisme complet ou Fédéralisme centralisé, ni sur la fusion des trois zones. Cela viendra.
Le Problème Militaire
La question d’une défense commune de l’occident contre une agression soviétique est ouvertement discutée. C’est la Belgique, en la personne de M. Spaak, qui a secoué les hésitations anglaises et posé carrément la question pour la prochaine conférence de Bruxelles. Tout revient au fond à obtenir une garantie formelle des Etats-Unis d’intervenir militairement si l’un des pays du bloc occidental était menacé du dehors ou même du dedans.
Le gouvernement Truman n’ose pas prendre d’initiative ; il a peur de donner des armes à Wallace, c’est-à-dire perdre des voix à l’élection de novembre, peur d’effrayer le citoyen moyen hostile aux alliances militaires.
Le Plan Marshall
L’isolationnisme se manifeste contre le plan Marshall qui n’est pas encore voté ; le général a insisté pour qu’il le soit avant les élections italiennes du 18 avril, car ces élections sont cruciales pour l’avenir de la paix. Pourquoi le plan, dont la nécessité est chaque jour plus évidente est-il encore combattu ? Marshall a probablement eu tort d’inclure dans son plan l’Europe continentale et l’Angleterre ; pour remettre l’Allemagne et l’Autriche en état de se suffire et de décharger le contribuable américain de leur entretien, on aurait fait l’unanimité ; pour aider la France et l’Italie, on se serait accordé. Mais aider l’Angleterre, c’est consolider le travaillisme qui rêve d’être une troisième force dans le monde, qui veut faire de l’Union occidentale une réalisation socialiste, qui veut nationaliser la Ruhr, etc. Aider le travaillisme, disent les Sénateurs obstinés, c’est faire le jeu de Staline. Cette opinion un peu simpliste, est très répandue en Amérique et voilà pourquoi le plan Marshall marque le pas. Il eut fallu traiter à part la question d’un nouveau prêt à l’Angleterre.
L’Election Présidentielle
Plus s’avance l’échéance, plus la situation est confuse ; Truman perd du terrain et ses chances paraissent bien faibles. Les Américains sentent que pour les temps troublés que nous allons vivre, il faudrait à la Maison Blanche, une personnalité. Il y a bien Mac Arthur qui n’a pas dit non, mais il a l’âme d’un dictateur et l’Américain moyen n’aime pas les militaires. Entre tous les possibles, qu’ils soient républicains ou démocrates, personne ne s’impose. Pour un pays qui sent sa vie en jeu, c’est assez fâcheux. Mais il vaut peut-être mieux n’avoir pas de grands hommes que d’en avoir de faux.
La Palestine
S’il fallait faire le procès facile des démocraties, de leurs contradictions et de leurs faiblesses, on parlerait de la question de la Palestine à l’O.N.U. Le partage avait été décidé : deux états allaient naître, l’un Arabe, l’autre Juif ; on avait voté, on allait mettre sur pied une armée internationale pour garantir l’exécution de l’accord ; et puis, tout est à l’eau, on se déjuge ; le problème repart de zéro. Que s’est-il passé ? Les Américains ont abandonné le projet de partage pour plusieurs raisons. D’abord parce que ce n’est pas le moment de mécontenter les Arabes qui tiennent le pétrole et les bases du Moyen-Orient. Puis les Juifs pour lesquels l’accord était fait, ont voté contre Truman pour Wallace au Bronx. Leurs organisations, tant aux Etats-Unis qu’en Palestine, sont bourrées de Bolchévistes et si l’armée internationale comprenait des Russes, les désordres seraient pires qu’ils ne sont.
Ah ! Le problème Juif est un sacré problème !
CRITON