Criton – 1948-04-03 – Armes Matérielles et Spirituelles

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Le Courrier d’Aix – 1948-04-03 – La Vie Internationale.

 

Armes Matérielles et Spirituelles

 

Après les gestes d’éclat de ces derniers jours, les politiques se recueillent tandis que sur le plan militaire les mesures concrètes se précisent : les Etats-Unis maintiennent en activité vingt mille officiers de réserve, renforcent les postes de l’Alaska, mettent au point un nouveau plan de recrutement immédiat. On parle d’un nouveau prêt-bail pour les armées de l’Occident, du réarmement de quarante divisions françaises, de l’envoi de plusieurs contingents en Afrique du Nord. Des pourparlers secrets viseraient à l’établissement de nouvelles bases dans l’Arctique. Enfin, pour la publicité, des sous-marins fantômes d’une puissance étrangère rôdent près des côtes américaines du Pacifique.

 

Le Conseil de Contrôle de Berlin

Un premier signe de détente du côté russe. D’abord on n’a jamais tant parlé de paix, même de démobilisation ; à Berlin, il y a dix jours, le maréchal Sokolovski avait brutalement mis fin aux réunions du Conseil quadripartite qui est censé coordonner l’activité des puissances occupantes en Allemagne, sous prétexte que les décisions prises à Londres par la France, l’Angleterre et les Etats-Unis contrevenaient aux accords de Postdam et rendaient impossible la coopération de la Russie. On croyait à une rupture. Les Soviets organisaient rapidement leur zone sur le modèle des autres satellites de l’Est. Devant la ferme attitude du général Clay et de Robertson, le maréchal Sokolovski a reçu de nouvelles instructions et, sous certaines conditions, le Conseil des Quatre à Berlin, reprendrait ses séances. En tout cas, quelles que soient les menaces et les difficultés, les Alliés de l’Ouest ne quitteront pas Berlin.

 

La Finlande

On ne sait toujours rien des négociations entre Staline et la délégation finlandaise à Moscou. Il y aura un traité, sans nul doute, mais sera-t-il aussi sévère que les Russes le voulaient ? Les Finlandais ont pris leur temps et le maréchal Mannerheim n’est pas pour rien en Suède : les Etats-Unis ne sont pas absents de la coulisse. Les trois pays scandinaves Norvège, Suède et Danemark directement visés par l’avance Russe prennent de concert des précautions militaires. Les Soviets accusent la Norvège de négocier avec les Etats-Unis l’octroi de bases au Cap Nord et dans l’Ile Jan Mayen aux approches de Spitzberg ; toute action soviétique rencontrera de rapides contre-mesures.

 

L’Union Européenne

On a beaucoup commenté les vacances que prend le Comité des Seize qui doit coordonner l’effort des Nations européennes en fonction du plan Marshall, aujourd’hui voté. Les difficultés viennent des Anglais. L’organisme permanent qui doit être créé aurait, selon les vœux de l’Amérique, à sa tête un secrétaire général qui aurait le droit de coordonner l’économie européenne. Un véritable esprit européen naîtrait de cet organisme central aux pouvoirs forts et effectifs. Cela aurait pour les Européens un autre avantage, celui d’éviter un contrôle direct des États-Unis sur la répartition des crédits et des marchandises réclamé par le Congrès mais rejeté par les nations européennes jalouses de leur souveraineté. Mais les Anglais hésitent à se soumettre à une autorité qu’ils ne pourraient récuser. Ils voudraient s’en tenir à un Comité de gestion où chaque pays conserverait sa liberté d’action.

 

L’Attitude Travailliste

Les hésitations de Monsieur Bevin ne sont pas partagées par tous les membres de son parti. Bon nombre voudraient voir l’Angleterre prendre l’initiative d’un parlement européen et d’un véritable super gouvernement dont leur pays ferait partie. Une autre évolution de leur part est fort intéressante. Dans un remarquable article, M. Crossman souligne que c’est de l’attitude des socialistes anglais que dépend la paix du monde. Il est frappé de l’incertitude qui divise les socialistes d’Europe et les capitulations successives que, soit par faiblesse, soit par indécision, ces partis ont consenti dans tous les pays ceinturés par l’U.R.S.S. En prenant une position nette et énergique contre le totalitarisme soviétique, en affirmant leurs principes démocratiques comme irréductibles devant la menace, ils pourraient créer un front européen solide qui serait une force morale contre l’invasion orientale. Cette attitude d’un ancien « rebelle » est à rapprocher du voyage aux Etats-Unis et des déclarations très fermes de M. Lasky qui, il n’y a pas très longtemps, visitait Staline et montrait de l’indulgence aux intentions du Kremlin. Ce revirement et la purge qui s’effectue dans l’administration anglaise … à l’endroit des communistes, montre que des esprits qui s’étaient révélés doctrinaires peuvent en Angleterre modifier leur opinion à la lumière des événements. Nous leur en rendons bien hautement hommage.

 

Le Discours Pontifical

Le Souverain Pontife n’a pas hésité, devant la gravité universellement reconnue du scrutin du 18 avril, à donner aux Italiens des directives particulièrement graves. Le Vatican a toujours répugné à se mêler aux querelles politiques, mais il s’agit aujourd’hui d’autre chose : l’avenir de la civilisation chrétienne : l’accès au pouvoir des communistes en Italie rendrait impossible le séjour à Rome de la Papauté. Le départ d’une telle puissance morale serait le signe précurseur de la fin de l’Europe. Contre ce péril majeur, les catholiques d’Italie ont développé tous leurs moyens ; c’est dans la péninsule une lutte d’homme à homme, de conscience à conscience. Aussi, la voix du pape sera-t-elle d’une grande portée.

On ne peut, a-t-il dit, servir deux maîtres : Dieu et Staline, dirons-nous.

 

                                                                                  CRITON