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Le Courrier d’Aix – 1948-02-14 – La Vie Internationale.
Les Surprises de l’Economie
Tandis que les escarmouches se multiplient entre Russes et Américains sur tous les points critiques du vaste front de la guerre froide, l’attention demeure concentrée sur le problème économique dont l’évolution déconcerte non seulement les dirigeants aux abois, mais les spécialistes avertis.
La Guerre des Documents
Les Etats-Unis ont inauguré la « guerre froide des documents » en publiant les négociations Ribbentrop-Staline qui ont précédé la pacte de 39, les plans de partage de la Pologne, la division géographique des sphères d’influence Allemande et Russe dans les Balkans et le Proche-Orient, après la défaite escomptée de l’Angleterre et de la France ; ces documents n’apprenaient rien. Ce qu’on attend des archives du Reich, ce sont des révélations sur ce que furent pendant la guerre et jusqu’en 45 les contacts entre Russes et Allemands qui ont permis à Staline de jouer aux Anglo-Saxons le chantage : aide immédiate ou paix séparée avec Hitler. Les Russes paraissent néanmoins irrités et ripostent par d’autres pièces qui montrent les hésitations, les lâchetés, les contradictions des lamentables politiciens Français et Anglais avant et après Munich. Quelques détails mal connus montrent une fois de plus aux mains de quels fantoches on confie les destinées des peuples !
Escarmouches
Sur tous les fronts, les Russes multiplient les attaques : En Allemagne ils menacent de constituer, en réplique à la bizone, une dix-huitième république soviétique d’Allemagne. En Autriche, ils éliminent l’autorité du gouvernement national et achèvent de s’emparer de l’économie de leur zone ; en Grèce, les rebelles rôdent autour d’Athènes et bombardent Salonique ; en Turquie, la querelle s’envenime. Les Turcs rappellent leur ambassadeur de Moscou. En Iran surtout, les Soviétiques multiplient les menaces contre le gouvernement de Téhéran qui parait très fort de l’appui américain. En résumé, les antagonismes sont soigneusement entretenus et l’on ne manque aucune occasion d’incident.
Le Traité Italo-Américain
- Dunn et le comte Sforza ont récemment conclu un traité d’amitié et de collaboration économique ; le traité va assez loin puisqu’il permet aux Italiens d’exercer en Amérique les mêmes droits que les Américains en Italie. C’est dire qu’en fait, les capitaux américains vont pouvoir s’employer librement dans la péninsule, et que les Etats-Unis ont choisi l’Italie comme un partenaire et un allié en cas de conflit. Une clause prévoit cependant de façon indirecte qu’en cas de victoire du bolchévisme, le traité cesserait de jouer. L’Italie bien dirigée, en plein travail, inspire aux Etats-Unis une confiance qu’ils n’ont pas pu placer ailleurs ! Reste l’échéance des élections qui diront exactement vers quel bloc va le peuple italien.
Le Chaos Economique
Les événements chaque jour nous prouvent qu’en matière économique et financière on ne sait pas toujours ce que l’on fait ; tel croit faire baisser les prix en comprimant la monnaie qui, le lendemain, les voit monter en flèche. Aux Etats-Unis, tandis que le président se lamente sur la hausse, les prix des matières premières, surtout des produits alimentaires baissent en huit jours de vingt pour cent. On en cherche la cause : crainte de mesures coercitives et de contrôle ? Crainte que la pénurie de dollars dans le monde ne vienne ralentir les exportations des Etats-Unis malgré l’aide Marshall ? Sentiment qu’il y a dans le monde plus de ressources qu’on ne pense et qu’un peu de liberté dans les échanges aurait vite fait de faire apparaître un équilibre insoupçonné ? Toujours est-il qu’on baisse, et cet événement, s’il se confirme, est la meilleure nouvelle que l’on puisse saluer, le premier signe de soulagement à la détresse humaine.
Le Discours de Sir Stafford
Ce serait en particulier pour l’Angleterre qui tire ses derniers 100 millions de dollars de l’emprunt américain, un secours providentiel. Sir Stafford vient de donner avec sa dureté habituelle un tableau franchement noir des résultats de sa politique. Voyez plutôt :
« Le contrôle des matières premières et des licences est devenu plus difficile car l’attraction du marché noir – tiens, tiens – a détourné les produits de leur destination essentielle. La planification est devenue de plus en plus malaisée et de moins en moins efficace ! »
« La position est devenue d’autant plus délicate qu’il nous est de plus en plus difficile de vendre nos produits exportés. Les acheteurs sont circonspects, nos prix montent et la concurrence se fait jour. Nous avons épuisé nos emprunts à l’extérieur et nous dépensons rapidement nos dernières grosses réserves d’or. Nous avons à faire face à la spirale inflationniste. Si les revenus individuels augmentent, toute la structure de notre économie va s’écrouler » etc.
Voilà un ministre sincère. Le remède, – souhaitons qu’il ne soit pas pire que le mal – est offert par M. Attlee. Blocage des salaires ; limitation des dividendes, peut-être impôt sur le capital ; la bourse baisse ; la ceinture se rétrécit d’un cran. Il ne reste, en guise de vœu, qu’à répéter notre adage. A force de persévérer, fût-ce dans la plus mauvaise voie, on obtient des résultats quand même.
CRITON