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Le Courrier d’Aix – 1948-02-07 – La Vie Internationale.
Signe des Temps
Comment dire ce que ressent chaque homme civilisé devant la mort de Gandhi victime du fanatisme qui, blanc ou rouge, musulman ou hindou, juif ou arabe, propage la haine et stérilise la bonne volonté pourtant réelle des hommes. L’assassinat de l’ascète pacifique, l’incendie des cadeaux du Train de l’amitié, symboles des temps.
L’Inde
Depuis le départ des Anglais et la division du pays en deux Etats, la guerre civile s’allume et s’apaise tour à tour. Un courant de fanatisme et un courant de sagesse s’affrontent. Les gouvernants font preuve de beaucoup de modération, mais les factions semblent plus fortes. On peut se demander cependant si l’influence de l’apôtre mort ne sera pas plus puissante que celle du vivant, les morts dans l’histoire servant rarement la cause des meurtriers. Souhaitons que cette vieille civilisation, si impénétrable qu’elle soit à nos esprits, ne sombre pas, elle aussi, dans la discorde.
Purges Monétaires
L’activité diplomatique a suivi ces temps-ci son ordinaire routine ; les Russes ont multiplié les notes de protestations aux Etats-Unis ; les Etats-Unis ont consciencieusement réfuté, selon la formule, les allégations soviétiques. Que ce soit le prélude à une offensive de grand style ou le roulement de tambour de la propagande, le tout n’émeut plus guère. L’intérêt va à l’effort dispersé que les Etats font pour conserver à leurs monnaies quelque valeur. Les Russes ont opté pour le dixième consolidé, les Français pour le tiers congelé, les autres suivront. Car, malgré tous les projets d’union, jamais les Etats n’ont agi plus isolément, et en matière monétaire, surtout par temps de crise, le moindre courant d’air menace les châteaux de cartes que sont les systèmes financiers actuels.
Les Finances Britanniques
La purge monétaire française a suscité beaucoup de mauvaise humeur et d’appréhension, à Londres surtout. La Livre qui au marché libre ne vaut que deux dollars quarante ne pourra plus longtemps maintenir la parité fictive de quatre, d’autant que les prix montent rapidement. Sir Stafford Cripps ne place plus ses bons du trésor ; les Anglais, privés de revenus, mangent leur capital ; en réalisant, ils se font des disponibilités qui jouent un rôle d’inflation, on va donc mettre un impôt sur le capital, pour freiner les ventes. Ces procédés et d’autres peuvent aussi bien avoir des effets opposés à ceux qu’on espère, si les conditions psychologiques sont contraires. Car les banquiers, fussent-ils ministres, oublient parfois que l’argent n’est pas une marchandise qu’on déplace, c’est un état d’âme collectif, une puissance créée par l’idée que s’en font les hommes ; l’art du financier tien de celui de l’homme d’état et du psychologue. Il manie les prestiges.
Le Rôle de Washington
Ce qui a irrité Londres, c’est que rien n’aurait pu se faire à Paris sans l’accord des Etats-Unis ; à Washington, on se soucie peu du prestige de la Livre ; on verrait peut-être même sans déplaisir une tempête financière balayer le travaillisme. On désire la stabilité des monnaies quelles qu’en soient les conditions, pour que chaque pays puisse exporter et se suffire dans le cadre d’échanges internationaux libres. La France est une lourde charge pour les Etats-Unis et il ne faudrait qu’un peu de liberté et de bon sens pour que ce pays toujours riche et peu peuplé équilibre ses comptes. La France est aussi la pierre de touche du succès du plan Marshall et le plan suppose la stabilité monétaire intérieure et extérieure. Enfin, l’équilibre final des économies européennes comporte un alignement des monnaies et par conséquent une dévaluation de la Livre. Peu importe donc comment on l’obtiendra.
L’Incident Dimitrov
Dimitrov, le dictateur rouge des Bulgares enflammé par des tournées de pactes que les Balkaniques s’offrent mutuellement, avait imprudemment parlé d’un bloc de l’Europe du Sud-Est qui s’étendrait de la Tchéco-Slovaquie à la Grèce. Mais Moscou a fait savoir que l’U.R.S.S. s’opposerait à toute union douanière qui aboutirait à la formation d’un bloc économique en dehors d’elle. L’U.R.S.S respecte trop l’indépendance des peuples, comme chacun sait, pour leur permettre d’aliéner ainsi leur souveraineté ; le vieil adage, diviser pour régner reste actuel. Moscou veut que chaque satellite soit lié directement à l’U.R.S.S. et non à ses voisins sinon par des pactes militaires qui ne sont que formalités et prétextes à cérémonies. On peut se demander, pour être équitable, si Washington n’a pas à l’égard du bloc occidental de Churchill repris et relancé par M. Bevin, et malgré une chaleureuse approbation de principe, les mêmes restrictions mentales. Ce bloc reste assez loin d’une réalisation même théorique, mais bien qu’on ne puisse avoir trop d’illusions, il se peut que quelques accords de détail viennent mettre un peu d’ordre dans le chaos de notre vieux continent.
CRITON