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Le Courrier d’Aix – 1948-01-31 – La vie Internationale.
Les Déboires de la Politique Anglaise
Les deux événements saillants de ces derniers jours : la querelle franco-anglaise sur la dévaluation du franc, et la révolte à Bagdad contre le traité Anglo-Iraquien venant après le discours de Bevin pour l’union de l’Europe occidentale, tous ces faits invitent à faire le point de la politique britannique.
Les Echecs de M. Bevin
Depuis sa venue au pouvoir et malgré sa réelle habileté, M. Bevin a conduit son pays d’abandons en abandons, de mécompte en mécompte. Echec d’abord de la politique d’équilibre entre la Russie et les U.S.A. Toutes les avances à l’U.R.S.S. ont échoué et aujourd’hui, les discours de MM. Morrison et Attlee opposent avec vigueur et quelque passion le socialisme de la libre Angleterre, au « fascisme rouge » la vraie gauche démocratique de Londres, au communisme réactionnaire, parti de droite, à Moscou. A part un traité commercial dont l’application s’avère déjà problématique, l’Angleterre n’a reçu de l’U.R.S.S. que des injures. Force est donc d’en revenir à une étroite entente avec les U.S.A., d’autant que Sir Stafford Cripps n’a pas caché que la situation financière de l’Angleterre était à leur merci. Faut-il rappeler encore, le retrait de l’Inde, d’ailleurs fort habilement mené, abandon quand même d’une position économique et stratégique primordiale, capitulation totale et désastreuse pour le pays même en Birmanie, échec en Egypte où le sentiment anti-anglais est plus fort qu’au temps de l’occupation. Enfin, dernier et non le moindre, le guêpier Palestinien, la dernière position qu’on abandonnera, la seule qu’il eut fallu quitter.
Le Traité Anglo-Irakien
Hier encore, l’Angleterre forte de son prestige auprès des chefs arabes concluait avec le gouvernement de Bagdad un de ces traités à l’orientale qui permet à l’occupant de rester tout en partant. Mais une révolte a éclaté venue plutôt d’éléments nationalistes que communistes ; le ministère est renversé, et le traité par terre. Il parait que les Français sont très populaires à Damas, les anglais ne tarderont pas à l’être à Bagdad.
Les Causes
Pourquoi tant de revers ? Suite de la guerre, certes, mais la guerre n’explique pas tout : dans les pays où l’Angleterre étendait non sans peine son pouvoir, elle s’appuyait sur les notables et les princes. Ceux-ci comptaient sur la force britannique pour assurer leur fortune, le conservatisme de la vieille Angleterre, la solidité de ses traditions, les rassuraient.
L’avènement du travaillisme, qui apparut non plus comme une vicissitude électorale, mais une transformation de la mentalité anglaise, a jeté la défiance parmi les roitelets ; pour se défendre des masses travaillées par le bolchévisme, ils se font nationalistes et leur jette en pâture l’occupant. D’autre part l’argent, en Orient plus qu’ailleurs, en impose. Si le lord gouverneur n’était pas sympathique, la livre sterling ramenait les cœurs. L’Angleterre appauvrie par la guerre et par son dirigisme qui a enlevé à ses nationaux leur crédit personnel à l’extérieur et leur initiative financière, n’a plus le geste large. En Orient, les consciences s’achètent et le prestige coûte cher. C’est ainsi qu’il fallut peu à peu céder devant les Yankees.
L’Union Européenne
Pour compenser tant d’abandons, il n’y a qu’un moyen, si l’on veut résister à l’expansion américaine. Churchill dès l’autre guerre l’avait vu, c’est de souder l’empire français à l’empire britannique, et par voie d’attraction les petites nations d’alentour. Alors ce nouveau bloc serait une troisième force. Malheureusement, les troisièmes forces sont dures à souder et le bloc n’est pas pour demain.
Le Benelux
On parle beaucoup d’union douanière, d’union économique plutôt, et l’on cite en exemple le Benelux. Or le Benelux ou plutôt la Belgique et la Hollande ne représentent rien de tel. Les marchandises circulent moins facilement entre les deux pays qu’au temps de Charles-Quint. Certains articles seulement, sont libres ; certains pools d’importation fonctionnent ; on espère arriver à mieux, mais il faudra des années pour que le Benelux soit une réalité, si rien n’y contrevient.
Socialisme contre Communisme
Après bien des hésitations, le socialisme anglais est sorti de son « complexe ». On n’osait pas dire son fait à Staline parce que la révolution Russe restait pour les syndicats un symbole de libération. Malgré l’évidence contraire, on sentait un malaise. Mais à force d’être traités de bourgeois et d’impérialistes, MM. Morrison et Attlee se sont emportés et le rêve d’un bloc des socialismes européens contre le communisme et le capitalisme, prend corps. Une grande conférence s’ouvrira entre les coreligionnaires politiques en mars ; les allemands et Schumacher y parleront. Mais le socialisme est une conviction, ce n’est pas une foi : on meurt pour Hitler ou pour Staline, mais pas pour Léon Blum ou Attlee. C’est pourquoi le socialisme a toujours capitulé.
CRITON