Criton – 1948-09-18 – Vox Populi

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Le Courrier d’Aix – 1948-09-18 – La Vie Internationale.

 

Vox Populi

 

Le 9 septembre, rassemblés au son de la Marseillaise, un demi-million de Berlinois lacérèrent le drapeau rouge arraché à la porte de Brandebourg. Evènement historique. Première révolte populaire contre la pire tyrannie déguisée en gouvernement du peuple. Rien n’illustre mieux cette « désagrégation morale » du bolchévisme qui était le thème de notre dernière chronique.

 

Les Incidents de Berlin

Insistons : Tout Berlin fut debout ce jour-là ; toutes les classes, tous les partis : une marée. « Nous en avons assez ». Haine muette contre l’oppression russe ; cri vers la « liberté ». Les soldats de l’U.R.S.S. tirent des salves contre l’étudiant qui grimpe et arrache le drapeau. Il n’est pas atteint et est porté en triomphe. Il y a des morts, des blessés ; qu’importe.

Malgré les « explications », les féroces représailles contre les étudiants arrêtés, la contre-manifestation, d’ailleurs piteuse, où  des milliers  de communistes rassemblés à grand peine dans tous les pays d’Europe et amenés à Berlin en fourgons, n’osent provoquer le vrai peuple, malgré toutes les propagandes, les maîtres du Kremlin ont été impressionnés. Car la révolte de Berlin est prête à éclater partout où l’armée rouge occupe ou occuperait la place, et peut-être, en Russie même.

 

Les Négociations

Les interminables entretiens de Berlin et de Moscou se poursuivent sans qu’on soit renseigné sur leur progrès. Pas de rupture, pas de solution. Et la lutte pour Berlin se poursuit à l’intérieur de la ville ; lutte des Russes contre le Conseil Municipal pour donner aux communistes toutes les fonctions édilitaires : grignotage, kidnappage, sabotage, chantage, flatterie même, tout est bon. Mais Berlin ne peut céder et c’est ce qui est grave car céder Berlin, c’est ouvrir les portes de l’Europe.

 

Double Aspect de la Situation

Il est difficile de sonder les intentions des dirigeants ; de part et d’autre, on espère progresser sans guerre. Aux Etats-Unis, la thèse de Kennan gagne en vraisemblance : le régime soviétique tôt ou tard, éclatera : contenons la pression, en évitant la guerre et un jour, l’obstacle à la paix universelle cèdera. Les Russes pensent  qu’ils peuvent tout se permettre, à condition de graduer leurs audaces, de faire accepter une à une les violations de droit, de varier les points d’attaques et d’espacer les coups de force ; l’adversaire s’accoutume ainsi à tolérer ce qu’il n’eût pu admettre plus tôt et l’opinion aussi ; la limite du « Casus belli » recule. Négocier toujours pour compenser les provocations, voilà semble-t-il l’état d’esprit des hommes ; mais toute question cruciale qui touche au destin du monde présente deux aspects opposés ; l’aspect objectif contredit le subjectif ; le voici, tel qu’on le décrit à New-York : « la situation rappelle les heures critiques du conflit entre le Japon et les U.S.A. fin 41 ». Les relations culturelles et commerciales étaient rompues ; les négociations diplomatiques au point mort. Le parti militaire fermait la voie  à toute solution raisonnable ; le suprême appel de Roosevelt au Mikado comme aujourd’hui Staline, s’avérait vain. Et surtout – car c’est le plus inquiétant -, la faiblesse interne que le temps ne pouvait que révéler davantage du système japonais, comme aujourd’hui du Russe, au lieu d’être un facteur de paix peut interdire aux maîtres l’ultime coup de frein. Qui l’emportera de l’enchaînement des causes ou du dessein des hommes ? A notre sens, la pression des événements est moins forte qu’en 41 ; l’ambiance aussi moins affolée. La prudence peut encore être efficace.

 

L’Accord sur l’E.R.P.

On avait tendance à dramatiser les divergences entre les bénéficiaires du plan Marshall sur l’aide mutuelle qu’ils se doivent, sur la répartition des crédits globaux qu’ils ont à se partager. Et M. Harriman, l’arbitre américain, semblait désespérer. L’accord est fait ; les résultats méritent d’être publiés et commentés, car c’est depuis avant-hier seulement que l’on peut dire que le plan Marshall est vraiment opérant. Deux points acquis :

1° Sauf la Grèce et la Turquie qui recevront sans doute une aide supplémentaire par une autre voie, les Etats se sont mis d’accord sur la somme qui revient à chacun d’eux.

2° L’aide mutuelle. Les 19 ont accepté un plan par lequel les pays créditeurs avanceront aux pays débiteurs des sommes qui seront compensées par une aide indirecte en dollars. Voici la part de la France : 989 millions de dollars d’aide directe, 200 millions en valeur sterling pour des achats dans cette zone, 40 millions valeur en francs belges pour achats dans ce pays, 77 millions en marks pour la bizone et 16 en diverses devises.

La France arrive ainsi en tête des bénéficiaires avec 1 milliard 322 millions de dollars pour la seule première année. Les Français devraient avoir honte de ne pas répondre par plus de discipline à un appui de cette envergure ; nous n’étions pas obligés d’accepter ; peut-être une autre politique nous eût-elle permis de faire par nous-mêmes, mais puisque l’aide est sollicitée, il faut en accepter les charges.

Hérauts de la liberté, figurerons-nous les « mendiants ingrats » ?

 

                                                                                  CRITON

 

 

Criton – 1948-09-11 – La Surface et le Fond

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Le Courrier d’Aix – 1948-09-11 – La Vie Internationale.

 

La Surface et le Fond

 

Rien de nouveau : depuis trois semaines, on discute tant à Moscou qu’à Berlin la levée du blocus, le régime monétaire de la ville, l’éventualité d’une Conférence à quatre. Simultanément, les incidents se renouvellent à Berlin : lutte de ce qui reste de communistes allemands mobilisables contre la municipalité, coups de force de la police soviétique dans les secteurs occidentaux, enlèvements dans la rue et jusque dans les bureaux des officiers alliés de fonctionnaires allemands, suspects aux Russes. Cependant, cette perpétuation des mêmes procédés ne doit pas nous cacher la profonde évolution qui s’accélère dans le rapport des forces : la désagrégation morale en Russie et au dehors, du communisme soviétique.

 

Le Raidissement

Il y a plusieurs mois que nous notions à quel ridicule tendait le fanatisme du Kremlin dans les domaines politiques et culturels. Sous l’autorité de Jdanov, l’orthodoxie Lénino-marxiste devenait un dogmatisme rigide : toute infraction, toute déviation devenait un crime. De la plus simple plaisanterie jusqu’aux doctrines scientifiques, en passant par toutes les formes de l’art, tout doit s’imprégner de l’esprit du parti et s’accorder de gré ou de force à une doctrine philosophico-économique centenaire. Malgré une soumission apparente des intellectuels, l’inquiétude et le dégoût se traduisent par une abstention significative dans les publications et les assemblées. Seules émergent  (comme à ce triste congrès des intellectuels de Wroclaw qui a écœuré les derniers sympathisants anglais) quelques vieilles tiges, comme Fadéev, Ehrenbourg.

 

Des Faits

Depuis le coup de Prague en février, cette réprobation de la conscience européenne revêt les formes les plus diverses. Le plus gros fait d’abord : le cas Tito que Moscou n’ose encore attaquer de front. Tito tient tête et s’affirme. Il épure. Il remanie son Cabinet où s’installent au premier plan les personnalités les plus visées par le Kominform. Un malaise et une révolte s’étendent aux autres pays satellites.

Voici qu’en Pologne, le chef du parti communiste Gomulka est excommunié ; l’homme le plus impopulaire de Pologne, le président Bierut le remplace ; les autres se dérobent. Déjà lors de la fusion, 80% des socialistes s’y étaient refusés. Gomulka ne luttait pas seulement contre la collectivisation des petits domaines paysans, mais contre l’exploitation du travail industriel polonais par l’U.R.S.S.

 

Les Désertions

Les Américains viennent de publier le nombre des désertions de Soviétiques, militaires et civils, passés dans leur seule zone depuis un an : 13.000 ! On croit qu’en zone anglaise, le chiffre est plus élevé. Un colonel d’état-major, deux généraux, des techniciens, près de 4.000 officiers et fonctionnaires de tous grades.

 

Résistance Allemande

A Berlin, la quasi-unanimité des habitants lutte contre l’oppression russe. Dans la zone soviétique a éclaté un mouvement de sabotage dans les usines de la société soviétique qui a trusté l’industrie allemande. Aucune coercition ne s’est révélée efficace et le déficit de l’exploitation est tel que les Russes se résolvent à rendre aux Allemands sous forme nationalisée la disposition de leurs affaires.

Par ailleurs, les machinations russes pour recréer un nationalisme allemand, allié des Soviets, le succès de la réforme monétaire en zone occidentale, le déploiement de la force aérienne alliée à Berlin, ont retourné l’opinion allemande plus que tout autre sensible à la puissance et à la réussite. Voilà donc les forces spirituelles en mouvement. Rien ne les arrêtera.

 

Un Commentaire

Le correspondant du « Monde » à Washington a câblé un résumé de l’évolution de la situation depuis la fin de la guerre, tel qu’on le voit là-bas, que nous voudrions reproduire en entier :

« On croit que les chefs de l’armée Rouge ont compris que dans une épreuve de force avec les Etats-Unis, les Soviets succomberaient. Il aurait peut-être été possible l’an dernier de prendre l’Amérique par surprise, mais ce n’est plus le cas aujourd’hui ».

C’est cette crainte que nous avons exprimée ici à une époque où on n’en voyait pas le sens, tandis qu’aujourd’hui et depuis quelques mois déjà, nous croyons le voir s’affaiblir ….

 

Lippmann et les Anglais

Rarement un article a fait plus de bruit que l’attaque du journaliste américain contre le gouvernement travailliste à propos de l’Union Européenne :

La sécurité et la résurrection de l’Europe, dit-il en substance, reposent sur l’unité de la communauté européenne. Or celle-ci ne peut se réaliser que si l’Angleterre en prend la direction. Mais Attlee, Bevin et Cripps n’en feront rien. Pourquoi le gouvernement le plus progressiste du monde ne promeut-il pas la plus progressiste des idées ? Pourquoi se montre-t-il plus nationaliste que le patriote Churchill ? Parce que l’expérience socialiste en Angleterre est devenue une architecture si complexe de places et de contrôles, que le gouvernement sent que, s’il était obligé d’abandonner une traction même minime de sa souveraineté, l’édifice entier s’écroulerait. Malgré lui, il devient un national-socialisme : l’union des libres européens est incompatible avec le travaillisme étatique de type anglais, et pour finir, une menace non équivoque. L’hiver prochain, quand le Congrès aura à examiner le programme de relèvement pour l’Europe, la question pourrait se poser avec acuité ».

 

                                                                                  CRITON

Criton – 1948-09-04 – L’Echéance de Septembre

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Le Courrier d’Aix – 1948-09-04 – La Vie Internationale.

 

L’échéance de Septembre

 

La politique extérieure cette semaine ne tient pas la vedette. Qui sait cependant si les problèmes politiques qui nous inquiètent ne sont pas commandés du dehors ? La France, est, comme toujours, une position-clé. Si nous sommes déchirés, n’est-ce pas parce qu’on se la dispute ?

 

A Moscou

Il faudrait une patience de diplomate pour suivre les méandres des tractations en cours. Il y a les entretiens mystérieux de Moscou ; l’attente qui se prolonge ; l’alternance des bruits favorables et de mauvais signes, le communiqué toujours différé. Tout cela est calculé : les délégués de l’occident sollicitent une audience de l’auguste personne de Staline, ils s’empressent au Kremlin, tandis qu’on laisse les peuples inquiets dans l’attente d’une parole de paix. Tout cela sert le prestige russe, la propagande influence les masses et flatte un immense orgueil. Soyons méfiants : ces pourparlers sur la monnaie à Berlin, sur les modalités du blocus, sur la police et l’administration municipale, ressemblent à un camouflage. On ne peut s’empêcher de rappeler les palabres de juillet-août 39 entre Franco-Anglais et Soviétiques qui ont précédé le coup de théâtre : l’accord Molotov-Ribbentrop. Que serait-ce aujourd’hui ? Tentons une hypothèse.

 

Tito

Le conflit Tito-Kominform s’aggrave chaque jour. De violentes polémiques se multiplient non avec Moscou qui reste muet, mais avec les satellites voisins qui lui obéissent. C’est la Roumanie, la Hongrie, la Tchécoslovaquie qui condamnent Tito. Le blocus a commencé. Des démissions de diplomates, des incidents de frontière. Ce n’est pas s’aventurer que de prévoir que ce mouvement va aboutir à une lutte armée. On dit que les Russes massent des troupes en Hongrie et en Roumanie, que les guérillas se forment. Tito se défendra, mais le peuple se moque que les loups se mangent entre eux.

Les négociations de Moscou n’auraient-elles pas précisément pour but, en offrant aux puissances occidentales une apparente conciliation sur l’affaire de Berlin, d’éviter un conflit mondial en envahissant la Yougoslavie ? Tito aux abois pourrait en appeler aux Etats-Unis. Si l’on en est à l’accord, les Etats-Unis laisseront faire et l’armée rouge sera sur l’Adriatique sans encombre.

 

Commentaires

Dans un lumineux article, l’expert anglais Crankslaw dit en substance :

« Le but des Russes est de démontrer l’infaillibilité de Karl Marx (cela est l’essentiel en effet, pour nous, de la mentalité soviétique actuelle). Quand la société capitaliste s’en ira en fumée, nous serons en position de dominer les ruines. La tâche des Etats-Unis est de démontrer que tant qu’ils veillent, le monde ne peut pas sauter. La stratégie des Russes, ajoute l’auteur, n’a pas été heureuse. A Berlin, ils n’ont réussi qu’à mettre en évidence la puissance de l’aviation anglo-saxonne. En Yougoslavie, ils ont fait éclater la fissure dans le bloc des satellites. Enfin et surtout, au lieu de leurrer et d’endormir les puissances occidentales depuis trois ans, ils ont tout fait pour les alerter ».

Parfaitement juste.

 

La mort de Jdanov

C’est un coup de théâtre que la disparition à 52 ans du héros de Léningrad dont nous entendions récemment la voix aux réunions du Kominform. On le disait l’héritier désigné et le bras droit de Staline. Ses ennemis Malenkov et Molotov doivent trouver que la nature a bien fait les choses, s’ils ne l’ont aidée. Ce qui est intéressant, c’est qu’avec lui disparait le chef du fanatisme bolchévique à qui la guerre ne fait pas peur. Ce peut être un signe.

 

Franco

Une question dormante s’est réveillée : Franco a eu avec le prétendant au trône d’Espagne, Don Juan, une entrevue en mer. Les commentaires sont confus, Ce qui est sûr, c’est que les Etats-Unis exercent sur l’Espagne une pression très vive. L’Espagne a besoin de crédits, de l’aide Marshall. Et elle sera tenue systématiquement à l’écart tant que certaines conditions ne seront pas remplies. Franco a cherché à résister. Il a compté sur Perón et l’Argentine pour le tirer de ses embarras économiques. Mais l’économie argentine n’est pas assez solide et les dirigeants un peu fantasques. Hors de Washington, pas de salut : l’évolution commence.

 

L’Union Européenne

L’invitation lancée par la France à former un parlement européen a été un geste spectaculaire qui a créé pas mal d’agitation. Les Européens ont applaudi, les Anglais ont été mis dans l’embarras. Mais l’appui clairement exprimé des Etats-Unis rend toute résistance systématique impossible à Monsieur Attlee et à ses amis politiques. D’autant qu’une large fraction de l’opinion anglaise – Churchill en tête – s’intéresse très chaudement à la naissance d’une nouvelle Europe unie. On consultera les Dominions. Mais quelle que soit la réponse, il faudra bien, si l’Amérique l’exige, que l’Angleterre se décide à faire partie de l’Europe. A Londres, on le sait bien.

 

                                                                                  CRITON

Criton – 1948-08-28 – Effervescences

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Le Courrier d’Aix – 1948-08-28 – La Vie Internationale.

 

Effervescences

 

Il n’y a rien de changé. Il n’y aura rien de fondamentalement changé, voilà depuis longtemps le plus probable. Optimisme aujourd’hui, pessimisme demain, entretiens favorables à Moscou, coups de feu à Berlin, la guerre des nerfs menée de façon experte continue ; les Russes savent rendre impénétrable leur véritable dessein à tel point que si à Washington on ne croit pas à la guerre, de bons esprits à Londres la voient venir en septembre. Noter opinion demeure : il n’y aura ni accord, ni rupture.

La guerre des nerfs suffira-t-elle à entraver la reconstruction européenne ? Moscou redoute surtout qu’un retour de prospérité en occident et aussi en Allemagne ne condamne dans les esprits la dure condition économique, sociale et morale des pays qui lui sont soumis. Mais, à notre sens, les Russes n’ont pas les moyens de rétablir l’équilibre par la force.

 

Le Danube Soviétique

La conférence  danubienne a été pour les Soviétiques l’occasion d’imposer leur volonté. Ils l’ont fait avec le maximum de brutalité et une sorte de joie insolente.

Français, Anglais et Américains mis en minorité et bafoués par Vychinski, ont refusé de signer les accords qui leur étaient imposés ; cette convention a cela de tristement curieux qu’elle symbolise la « réaction » économique et morale qui est le caractère véritable du bolchévisme. Le Danube, jusqu’à la fin de la domination Turque a été un fleuve mort où ne circulaient que des produits échangés de village à village. Il va le redevenir ; l’activité du Danube, le caractère international qu’elle prit, suivait exactement la marche vers l’Est de la civilisation chrétienne, le progrès des relations commerciales internationales, la sécurité et la facilité des échanges et avec eux, la dissémination de la culture. La fermeture des écoles Françaises en Roumanie et ailleurs achève de caractériser cette réaction vers un âge qu’on croyait révolu. De cela, d’ailleurs, le monde prend heureusement de plus en plus conscience.

 

Les Coups de Feu à Berlin

Les premières balles ont sifflé depuis 45 aux confins des secteurs soviétiques et américains de Berlin. Ce fut pour les Berlinois affamés par les Russes, l’occasion de montrer leur sentiment. Au péril de leur vie, ils ont lynché la police Bolchévique. Depuis le blocus, d’ailleurs, ce n’est pas seulement à Berlin, mais dans toute l’Allemagne et surtout dans la zone Russe que la colère du peuple se fait sentir, à tel point que les Soviétiques ont préféré ajourner les élections, même les élections à la tchécoslovaque qu’ils proposaient dans leur zone. L’opposition aurait trouvé un moyen de s’exprimer.

 

Le Nationalisme Egyptien

Parmi les grands courants qui traversent le monde, le développement du nationalisme xénophobe dans les pays de civilisation moins avancée est particulièrement intense. Les Soviétiques l’ont très largement excité, développé, et parfois comme en Yougoslavie, leur effort a passé le but. En sorte qu’il existe en Asie et en Afrique deux aspects de ce nationalisme, l’un inspiré par Moscou, et l’autre qui parait purement autochtone ; ces deux nationalismes sont souvent aux prises. C’est actuellement le cas en Indochine, à Java, en Birmanie, pour ne parler que des plus aigus.

En Egypte, il est aussi anti-russe qu’anti-anglais, purement xénophobe. Les Français jusqu’à la guerre, honorés, accueillis et dont la situation orale et culturelle était magnifique et privilégiée, sont chassés comme des indésirables au mépris des conventions internationales. Les Américains même ne sont pas épargnés bien qu’ils aient les moyens de se faire respecter, moyens qui nous manquent.

 

La Lutte Tito-Kominform

On ne sait rien d’assez précis sur la lutte entre Tito et les Soviétiques pour porter un jugement et essayer un pronostic. On sent une lutte à mort, une lutte entre deux gangs ; lutte par tracts, par propagande orale et secrète, lutte de polices, évasion de diplomates et de généraux des rangs des partisans de Tito ; finalement une bataille diplomatique ; c’est Rákosi en Hongrie qui dénonce le danger Titiste. C’est Tito lui-même qui envoie une note violente à la Roumanie et nommément à Anna Pauker, la passionaria de Bucarest.

Bien fin qui dira lequel aura la peau de l’autre. Les Etats-Unis pourraient sans doute faire pencher la balance. Mais ils ne paraissent guère y tenir et Tito a peur de leur aide. Il se veut meilleur communiste que les autres, au moins en apparence.

 

Markos

La débâcle finale de Markos parait accomplie, Il y aura sans doute d’autres épisodes, et une résurgence de l’émeute est probable. Il est caractéristique néanmoins que les Russes n’ont pas engagé la lutte à fond sur le terrain où ils auraient la partie facile, une position stratégique excellente. Ils ont laissé, comme en Perse, les Américains l’emporter. Ce qu’on ne peut interpréter autrement que comme un signe de prudence.

 

                                                                                  CRITON

Criton – 1948-08-07 – Jeu Egal

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Le Courrier d’Aix – 1949-08-07 – La Vie Internationale.

 

Jeu Egal

 

Soviétiques et Anglo-Saxons font jeu égal. Berlin, ravitaillé par avion, tient ; malgré toutes les brimades, comptes bloqués, guerre des marks, des deux polices, la population des secteurs anglo-franco-américains résiste à la pression soviétique avec un courage qui dit bien la peur qu’elle a des Russes et sa haine d’un conquérant qu’elle méprise.

Côté diplomatique, nous sommes au régime de la douche écossaise : les Trois font une démarche à Moscou ; Molotov est en vacances ; on croit à une manœuvre, à une intention bien arrêtée de rupture et puis il revient, reçoit les ambassadeurs qui demandent à voir Staline en personne et l’entrevue a lieu ; le secret cette fois est bien gardé.

Optimisme prudent, dit-on à Londres ; qu’en découlera-t-il ? Probablement pas grand-chose. Une conversation à quatre, aboutirait-elle ? C’est une guerre de positions qui commence et de grands éclats sont peu probables, soit qu’ils eussent voulu aggraver les choses ou au contraire les arranger, les Russes avaient le champ libre. Ils ne veulent sans doute, ni l’un, ni l’autre, et les Alliés ont fait le point.

 

L’Affaire de Berlin

De vives critiques se sont élevées aux Etats-Unis contre la politique du département d’Etat et du général Clay. Les arrières-pensées politiques n’en sont point absentes. Walter Lippmann en particulier, considère que l’affaire de Berlin est un guêpier dont les Américains ne se tireront pas aisément et qu’elle est la conséquence directe des décisions de Londres.

Les Etats-Unis ne devaient pas imposer la formation d’un Etat d’Allemagne occidentale dont personne ne veut, ni les Allemands, ni les Anglais, ni les Français, ni bien entendu les Russes. Cette obstination inutile est la cause directe de l’imbroglio Berlinois. Est-ce bien sûr ?

Les Russes avaient là une occasion de troubles et d’émotions et ils n’en manquent aucune. L’Allemagne occidentale s’anémiait dangereusement et une réforme politique s’imposait ; une réforme monétaire encore bien plus. Les Soviets auraient tôt ou tard et probablement à l’heure fixée, réalisé leur République populaire allemande dans leur zone. Fallait-il attendre ? C’était retarder la reconstruction Européenne qui est l’essentiel, sans avantage assuré en contrepartie.

D’ailleurs, si l’on va au fond des choses, cette lutte froide entre Russes et Américains les sert l’un et l’autre. La tension qu’elle entretient fait accepter plus aisément aux petits états les mesures d’autorité qu’on leur impose et aide considérablement à la formation des deux blocs auxquels les nations entraînées malgré elles auraient bien voulu se soustraire. La force des choses les contraint à choisir ou plutôt à s’enrôler car elles n’ont pas le choix, quoiqu’on prétende.

 

Les Satellites

Les Soviets poursuivent l’unification de ce qui est à présent leur empire. Instruits par leur mésaventure avec Tito, ils poursuivent en toute hâte l’épuration.

En Hongrie, le président Tildy est la dernière victime : on arrête son gendre et on le débarque. Un pur le remplace.

En Tchécoslovaquie, les Sokols sont passés au crible après la manifestation de Prague.

On dit que la Roumanie serait bientôt proclamée République Soviétique.

En Bulgarie, des mesures sévères contre la contagion Titiste achèvent l’unification du pays.

Partout, la pression se fait plus dure : les libertés les plus inoffensives en apparence disparaissent. L’influence Française est particulièrement visée : toutes nos écoles sont fermées en pays soumis aux Soviets, même les Instituts Français. Notre influence en sera-t-elle diminuée ? La contrainte de l’esprit et de la foi a toujours été éphémère et à la longue s’est retournée contre ceux qui l’ont exercée.

 

Hystérie

On est d’accord en Amérique pour condamner l’hystérie de guerre, comme ils disent, qui s’étend sur tout le pays. La haine du Rouge, la phobie du communisme, la chasse à l’espion s’amplifie. Ce sont en ce moment les révélations de l’ex-espionne Miss Bentley qui font voir, dans tous les postes secrets, des agents de Moscou à l’écoute.  Vraies ou fausses, ces histoires sont le signe habituel d’une psychose collective qui ne manque pas de finir en éclat. Les Américains, malgré eux, y viennent et leurs convictions tolérantes ne résisteront pas. La persécution commence ; on arrête les chefs communistes. On dénonce et on épure. Tristesses !

 

La Conférence du Danube

Mêmes passions de l’autre côté : la Conférence du Danube s’est ouverte à Belgrade. Il s’agit de réviser la convention de 1921. Les Russes et leurs satellites sont en majorité et imposeront leurs décisions. On avait fait de cette conférence la pierre de touche des intentions soviétiques. On est fixé. Vychinski s’est surpassé. Sa froide violence, ses arguments procéduriers coupés d’injures directes, mettraient à bout tout autre qu’un anglo-saxon ; la France représentée par l’éminent M. Thierry, n’a pas été épargnée. Vychinski a déchiré ses adversaires avec d’autant plus de haine qu’il les sentait impuissants. Mais on a peu réagi ; on s’habitue. Personne ne s’attendait à ce que les Russes ouvrent le Danube à la navigation internationale. Le fleuve est à eux. Cependant des bruits font croire que les Etats Danubiens dans une position économique désespérée veulent arracher à Moscou la permission d’adhérer à l’E.R.P. Ce serait une telle victoire pour les Américains qu’on en doute. Ce n’est qu’un signe de difficultés intérieures qui ne font que s’aggraver et cela rendra Moscou prudent.

 

                                                                                  CRITON

 

Criton – 1948-07-31 – Cafouillages

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Le Courrier d’Aix – 1948-07-31 – La Vie Internationale.

 

Cafouillages

 

Le mot est vulgaire mais décrit bien la situation. Quand cela chauffe près des buts, chacun y va de son coup de pied et les défenseurs hésitent de peur d’envoyer la balle dans leurs propres filets. Un jour de détente ; M. Truman proclame que les chances de paix sont excellentes ; le général Clay assure que personne ne veut la guerre, et que les Russes n’effectuent aucun mouvement de troupes en Allemagne. Pendant ce temps, on discute à Londres de la seconde note à envoyer à Moscou ; sera-t-elle verbale ou écrite ? Les Anglais penchent pour le document. S’adressera-t-on à Molotof ou à Staline en personne ? Ceux-ci, selon toute apparence, s’en soucieront comme d’une guigne. En fait, au risque de nous répéter, il n’y a rien de fondamentalement changé ; tous veulent gagner du temps. Marshall pour laisser à son successeur le soin de décider, les Russes pour proclamer leur République populaire d’Allemagne. De leur côté, après de multiples accrochages, les trois, France, Angleterre, Etats-Unis, ont passé outre aux réticences des Allemands. La trizone est constituée et le gouvernement de l’Allemagne occidentale va se préparer en septembre.

 

La Question de Berlin

Elle ne semble pas devoir évoluer non plus. Les Russes veulent la capitale pour eux seuls. Sans Berlin, après la constitution à l’automne de la nouvelle république populaire, ils ne peuvent espérer grignoter l’Allemagne de l’Ouest que si le symbole de l’unité germanique, la capitale du Reich, en fait partie. Comme ils n’en chasseront pas les Américains par la force, et que ceux-ci semblent en mesure de tenir indéfiniment grâce au ravitaillement aérien, ils s’efforceront de réduire peu à peu la présence des autres alliés à un simple symbole, un drapeau planté là au-dessus de quelques officiels sans pouvoir.

Les Alliés ont trouvé cependant une riposte sérieuse : ils ont coupé le trafic entre la zone soviétique et les autres, en sorte que le transit avec la Suisse et l’Italie est interrompu par terre. Cela obligera les Soviets à aller chercher les marchandises par mer, s’ils en ont les moyens, et fera payer aux Suisses auxquels les Etats-Unis ne pardonnent pas leur neutralité économique.

 

Blocus ?

C’est aussi un premier pas vers le blocus, auquel nous avons déjà fait allusion et qui sera sans doute l’acte prochain de la guerre froide. C’est pour cela d’ailleurs que les Soviets se hâtent d’acheter sur les marchés mondiaux les matières premières qui leur manquent. Cela au surplus fait monter les prix et gêne l’application du plan Marshall.

 

Le Plan Marshall

Tout ne va pas pour le mieux de ce côté, d’ailleurs, Nous avons dit tout le scepticisme que nous inspirait l’Union Européenne et les arrières pensées des Anglais là-dessus. La mauvaise humeur de M. Bevin a éclaté quand Bidault a proposé la constitution d’un parlement international ; les travaillistes se révèlent plus nationalistes que les conservateurs et prennent nettement positon contre les idées churchilliennes.

Les administrateurs du plan Marshall, MM. Hoffmann et Kirman, devant les maigres progrès de la coopération européenne ont élevé la voix et menacé, au cas où les seize ne montreraient pas plus de solidarité, de l’interruption du plan l’an prochain ; ils se sont montrés plus européens que les Européens eux-mêmes ! Cet incident a permis un résultat : on a fait accepter aux Belges et aux Anglais la constitution d’un pool en dollars, qui permettrait à la France débitrice de ces deux pays de continuer à recevoir d’eux des marchandises ; car les échanges inter-européens, loin de s’amplifier, devenaient de plus en plus difficiles pour des raisons techniques sans doute, mais aussi par suite de l’âpre égoïsme des plus favorisés.

 

Côté Russe

Consolons-nous en examinant les difficultés de l’autre côté.

Après celle de la Tchécoslovaquie, la balance des comptes de la Yougoslavie accuse un déficit catastrophique, le dollar qui valait 190 dinars, en cote 600. Le fond de l’affaire Tito, c’est surtout la carence totale des Russes dans la fourniture des marchandises promises aux Yougoslaves. Sous peine d’asphyxie. Il faudra bien que ceux-ci s’adressent aux pays d’occident. L’orage gronde de plus en plus parmi les satellites.

Le Congrès du parti communiste de Belgrade a dévoilé, avec une violence de langage que ces Messieurs ont apprise à Moscou, tous les mauvais tours que se jouent entre eux les balkaniques et l’éternelle rivalité des partisans Macédoniens et Serbes, la même confusion, les mêmes sanglantes querelles continuent là-bas comme au temps de la défaite turque.

 

Les Comités de Libération

Ce qui prouve qu’il y a quelque chose de changé derrière le rideau de fer, c’est l’abondance des manifestes et des tracts qui émanent des groupes d’émigrés aussi bien des Soviétiques que des autres peuples Slaves, de Hongrois et de Roumains. Ces groupements, les uns en Allemagne, les autres en France et aux Etats-Unis, préparent la Libération et discutent de l’avenir. Ils ont des liaisons avec les partisans demeurés à l’intérieur. La M.K.V.D. et toutes les polices secrètes ont fort à faire.

 

Signe des temps

Ce qui est curieux c’est que, par la force des choses, l’Allemagne joue encore une fois un rôle essentiel dans le conflit de forces. Les Etats-Unis remettent sur pied l’industrie allemande parce que, sans son concours, la reconstruction européenne est impossible. Les Russes après avoir démantelé  en toute hâte, reconstituent eux aussi une industrie allemande pour essayer de fournir des outils à leurs satellites qui se détournent d’eux parce qu’ils sont impuissants à les aider. Les Allemands s’en rendent bien compte, et depuis que le nouveau mark leur donne un peu plus d’aisance, ils relèvent la tête et se sentent redevenir nazis. Nous savions bien qu’il ne leur en faudrait pas beaucoup pour cela.

 

                                                                                  CRITON

Criton – 1948-07-24 – Sur la Corde Raide

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Le Courrier d’Aix – 1948-07-24 – La Vie Internationale.

 

Sur la Corde Raide

 

Notre situation est celle d’une foule qui regarde évoluer au-dessus de sa tête l’acrobate sur la corde tendue. Les chances de chute sont faibles, mais on a quand même le frisson. L’habileté des Soviets, c’est de laisser ignorer où ils vont ; persuadés que les Anglo-Saxons ne feront jamais la guerre à moins qu’eux ne les y forcent, ils entretiennent à plaisir l’anxiété. La dépression qui en résulte sert la politique Soviétique. Le touriste américain s’apeure, l’Europe occidentale sera privée de précieuses devises, et la reprise économique par mille incidences est ralentie. On se demande toujours si les gens du Kremlin voient clairement où le jeu les mène, car une affaire comme celle-ci hâte l’échéance et rend encore moins probable, à la longue, une solution pacifique. Pensent-ils être toujours maîtres de la direction ?

 

A Berlin

La bataille pour Berlin est réglée comme au théâtre. Un jour on dit que le couloir aérien va être réduit, puis fermé. Les avions Yak des Russes font des exercices et frôlent de l’aile les gros transports américains. De l’autre côté, on voit déjà les trains blindés forçant le passage des voies interdites.

Le lendemain, on respire : les Russes ravitailleront Berlin eux-mêmes et on ne parle plus d’acrobaties aériennes ni d’exercices de parachute. Cela finira-t-il comme on le pense à Londres et à Paris par une nouvelle conférence à quatre ? Allemands et Français s’en réjouiraient, car l’organisation de l’Allemagne occidentale en serait retardée. Mais les Américains, s’ils consentent à causer, ne voudront pas ajourner leurs projets de Francfort. Et c’est justement pour faire échec à ces projets que les Russes ont monté le coup de Berlin.

 

Le Sort de l’Allemagne Occidentale

Où en est-on ? Les Américains qui ont, par les moyens qu’on sait, amené les Anglais à leurs vues, veulent imposer aux Allemands de l’ouest un statut politique dont les dirigeants des partis et les administrateurs des Länders endosseraient la responsabilité. Les chefs allemands réunis à Cologne ont refusé de souscrire. Ils ont émis des contre-propositions. Pourquoi ? bien qu’ils comprennent tous les avantages que ces projets offrent pour le relèvement de l’Allemagne, ils ont peur pour leur tête le jour où les Américains partis, ils se trouveraient en face de leurs compatriotes, ou, pire encore, les Russes. Collaborateurs, leur sort serait vite réglé. Par des contreprojets inacceptables pour les Américains, ils sauvent la face et pourront s’incliner, sans trop d’inquiétude, devant les ordres que les occupants, en fin de compte leur enjoindront d’exécuter. La diplomatie française de son côté a tout fait pour retarder l’application des décisions de Francfort. On a si peur d’un relèvement allemand qu’on préfèrerait que le chaos se prolongeât. On a peur aussi de perdre le coke de la Ruhr si la métallurgie allemande augmente sa production. Il faut cependant reconnaître qu’il n’y a pas de reconstruction européenne possible si l’industrie de la Ruhr n’y travaille pas. Ce que Bidault aurait voulu, c’est que les moyens de cette participation soient strictement fixés à l’avance ; malheureusement, les Américains veulent conserver à l’industrie allemande une certaine souplesse, pour qu’elle puisse s’adapter plus tard aux intérêts de la production américaine. Par une large participation de leurs grandes entreprises, ils veulent se préserver d’une concurrence et se conserver des marchés. Il est bien évident que l’industrie des Etats-Unis ne peut se désintéresser d’un potentiel de l’importance de la Ruhr. Rien ne les empêchera d’en tenir les commandes et de les tenir seuls. C’est cela ce que les Russes voudraient éviter. Et du même coup, comme c’est aussi l’intérêt de la France, sinon de l’Angleterre, ils espèrent retarder l’affaire et diviser les alliés. La conférence à quatre n’est pas encore ouverte !

 

En Tchécoslovaquie

Derrière le rideau de fer, une dislocation se prépare. Tito a ouvert tranquillement son congrès communiste de Belgrade et s’est fait acclamer comme il se doit. Il a parlé des heures pour faire l’éloge de Staline et de sa doctrine. Pendant ce temps, un pétrolier américain débarquait de l’essence à Fiume. Mais ce qui est plus sérieux, c’est l’effondrement prochain de l’économie tchécoslovaque ; le gouvernement Potocki est sur les dents. Tandis qu’une sourde rébellion intérieure l’oblige à une répression aussi féroce que celle d’Hitler, on invente des complots, arrête, épure et fusille, les caisses de la banque nationale se vident. En juin 47, la balance du commerce tchèque était favorable. Ensuite, le déficit était resté modeste, mais il est passé de 130.000 livres sterling seulement en décembre, à 24 millions en avril. Les réserves d’or ont fondu en quelques mois. On envisage des mesures désespérées comme le dumping pour se procurer des matières premières. Sinon, c’est l’arrêt des usines et le chômage, auquel aucun gouvernement ne résisterait. Naturellement, Gottwald a fait appel aux Soviets, mais ceux-ci n’ont rien à donner. Ils prennent et ne rendent jamais. Sans devises, privés de l’appui des Etats-Unis, privés en plus des matières premières yougoslaves, les Tchèques devant leurs magasins vides, se demandent pour quel roi de Prusse ils travaillent. Dans l’état présent, on comprend que si les Etats-Unis décidaient comme riposte au blocus de Berlin, un blocus économique autour du rideau de fer, tout le système soviétique pourrait bien craquer. On le sait à Moscou.

Pour qui travaille le temps ? Tout est là.

 

                                                                                            CRITON

Criton – 1948-07-17 – Impasses

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Le Courrier d’Aix – 1948-07-17 – La Vie Internationale.

 

Impasses

 

L’échange de notes dans la bataille de Berlin n’ouvre aucune perspective d’accord. Entre Tito et Staline, la rupture est bien consommée. En Palestine enfin, Bernadotte ayant échoué, l’O.N.U. saisie du conflit va essayer d’imposer une trêve prolongée Ce qui frappe en cette année 48, c’est que toutes les difficultés, qu’elles soient intérieures ou internationales, paraissent de plus en plus insolubles et que le temps qui d’ordinaire arrange tout, fait aujourd’hui office contraire.

 

A Berlin

Les Anglo-Saxons se sont engagés à fond. Une file serrée d’avions ravitaille Berlin et ce déploiement d’organisation et de puissance a fait impression sur les Germains. Les Russes, après la perte de prestige que l’affaire Tito, les troubles de Prague et autres craquements leur font subir, ne peuvent céder. Ils peuvent, tout en maintenant le blocus, assurer eux-mêmes le ravitaillement de Berlin. C’est sans doute ce qu’ils proposeront. Mais les Anglo-Saxons s’en trouveront-ils satisfaits ? De part et d’autre, on ne manque pas de patience, empruntons-en nous-mêmes.

 

En Palestine

Bernadotte n’a pas pu faire accepter son plan assez compliqué. Ce sont les Arabes qui cependant favorisés, l’ont fait rejeter les premiers. Comme il était prévisible dès le début, c’est l’Egypte qui, en engageant son prestige dans la lutte, sera le plus difficile de satisfaire. Là encore la patience n’est pas aisément épuisée ; ce qui n’empêche pas les combats de reprendre et de s’amplifier. La politique est si ardente qu’on ne se soucie guère des victimes.

 

Tito

Les Russes ont bien juré la fin du dictateur yougoslave. Ils procèdent par la bande et par étapes. Blocus économique d’abord en le privant du carburant de Roumanie et d’Albanie ; blocus moral en isolant le parti communiste yougoslave de ses confrères. Privée de matières premières, la Yougoslavie dans l’état déjà lamentable de son économie, ne pourra que faire appel aux Américains ou se soumettre à Staline (si toutefois celui-ci y consent).

Les Etats-Unis s’intéressent beaucoup à l’affaire ; Tito, de peur de passer pour un renéga, ne peut ouvertement s’entendre avec eux. La première condition posée serait l’ouverture des frontières à la circulation des personnes et des marchandises étrangères. Mais cela seul représente l’abolition du régime communiste qui ne peut exister qu’en vase clos. Cruel dilemme, dont on attend la solution avec une curiosité aussi vive que désintéressée.

 

En Extrême-Orient

Si  l’U.R.S.S. parait avoir touché les rochers en Europe, son activité en Extrême-Orient s’accentue. Elle est plus à son aise là où ne vivent que des populations primitives qui obéissent sans réfléchir. On manie mieux des Malais que des Tchèques. Le quartier général du Kominform sud oriental est Bangkok, capitale du Siam, où l’ambassade soviétique compte plus de 200 membres ! De cette position centrale elle commande à la Birmanie à l’ouest, la Chine au nord, l’Indochine à l’est et la Malaisie au sud. C’est en Malaisie que l’action révolutionnaire se développe le plus brutalement ; les Anglais ont dû envoyer de nombreuses troupes, exécuter des rebelles, sillonner la jungle d’avions. Malgré les succès, on ne peut espérer, pas plus là qu’en Indochine, que la sécurité sera dans l’avenir suffisamment assurée, pour qu’une exploitation normale des ressources du pays puisse reprendre. Les Européens se sentant en danger n’iront y risquer ni leurs vies, ni leurs capitaux. Et l’Europe sera privée, au moment où elle a le plus besoin, d’étain et de caoutchouc, matières d’utilisation et d’échange indispensables à son relèvement difficile. C’est en Extrême-Orient que l’on voit le mieux le jeu antagoniste des deux impérialismes Russe et Américain.

Le Bolchévisme organise le sabotage pour affaiblir les pays continentaux, en l’occurrence la France et l’Angleterre. Il s’appuie sur les masses. Les Américains soutiennent les nationalistes de droite, mandarins et notables qui s’opposent au communisme autant qu’aux colonisateurs. Russes et Américains visent, en fin de compte, à évincer ceux qui ont fait par leur labeur et leur initiative ces pays qui sans eux seraient encore des jungles malsaines. Tout récemment, en Indonésie Hollandaise, une grosse société américaine a traité avec les nationalistes indigènes qui sont les maîtres à Java, un véritable monopole du commerce extérieur de l’île pour de nombreuses années ; les Hollandais ont protesté et le département d’Etat étudie l’affaire.

Il ne faut pas gratter beaucoup les idéologies pour voir apparaître les appétits instinctifs des races.

Les uns se plaisent à régner sur la misère, les autres sur une prospérité dont ils tiennent les commandes. Nous disons bien des instincts, car en dernière analyse ni russes, ni américains n’en tirent un profit personnel. Mais les uns ont la passion de détruire, les autres d’entreprendre et de monopoliser et les moyens employés malheureusement ne tiennent pas grand compte des tiers.

 

France, Italie

L’opinion internationale qui avait jusqu’à ces derniers jours fondé de grands espoirs sur le relèvement des pays latins est déçue. Eux aussi, retournent dans leur ornière ; agitations politique et sociale, goût de l’anarchie qui se résout tôt ou tard en dictature, incapacité de se discipliner et d’accepter les sacrifices et les privations que la guerre, et surtout trois années d’errements financiers et économiques, imposent. Les peuples les plus intelligents sont-ils à ce point aveugles ?

 

                                                                                  CRITON

Criton – 1948-07-10 – De Berlin à Belgrade

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Le Courrier d’Aix – 1948-07-10 – La Vie Internationale.

 

De Berlin à Belgrade

 

La bataille pour Berlin continue, l’effervescence à Prague, à Belgrade et à Tirana aussi. Après les coups de théâtre, l’épreuve de patience. On conçoit qu’aucune des deux parties ne cèdera et l’on prévoit déjà le ravitaillement de Berlin en charbon cet hiver par la voie des airs.

 

Le Cas Tito

L’affaire ne s’éclaircit pas. Une polémique violente à coup de notes et d’expulsions s’est allumée entre Yougoslaves et Albanais. Bagarres à Trieste entre communistes orthodoxes et Titistes ; frictions entre Yougoslaves et Bulgares. Prague est extrêmement nerveux : la grande fête des Sokols a servi d’occasion aux démonstrations pour Benes et la liberté, contre le Gouvernement. La rue s’agite ; des rumeurs d’occupation militaire russe circulent ; les ouvriers socialistes grondent et sabotent ; la police opère et matraque. La position de Tito est mal définie. Il demande la médiation de Staline en personne. La « Borba », son journal, continue à vilipender les Américains et autres impérialistes, mais par voie diplomatique, on demande des dollars. Le monde communiste a officiellement pris parti contre Tito pour le Kominform, à l’exception du Suisse. Mais tout cela ne révèle rien de l’agitation profonde, du désarroi même des partisans, qu’une scission interne travaille. Moscou reste silencieux.

 

Les Faiblesses de la Politique Russe

Depuis que Staline a cessé de jouer un rôle prépondérant, la politique de l’U.R.S.S. s’est durcie à l’intérieur comme à l’extérieur. Dans un récent article, M. Duff Cooper, l’ex-ambassadeur n’hésite pas à écrire : « La stupidité Russe basée sur l’ignorance peut produire une guerre que personne ne veut » ; cela à propos du nouvel envoyé Russe à Washington qui croit sans hésiter au succès de Wallace à l’élection présidentielle.

Ignorance en effet : Imbus de leur foi marxiste-léniniste, les Jdanov et Malenkov se trompent sur l’effet de leur action. Ils ont cru que la guerre froide allait précipiter la crise économique latente aux Etats-Unis et emporter le système capitaliste en un coup de vent. Tout au contraire, l’activité bat tous les records. Ils croient à la victoire fatale du communisme alors qu’il ne fait que reculer. Les élections de Finlande et de Hollande en apportent une nouvelle preuve.

Ils ne croient pas à la résolution américaine, alors qu’ils ont en face d’eux un pays parfaitement uni devant le péril et pleinement conscient de son rôle et de sa puissance. Ils se trompent enfin à ne pas voir que le spirituel commande et que le progrès de la conscience, malgré les vicissitudes, fait son chemin ; les innombrables caricatures qui ont paru sur la querelle Tito-Kominform, les plaisanteries sur le jargon Lenino-Marxiste des Bulles et contre-bulles, montrent que la doctrine n’est pas loin du ridicule. Et cela compte infiniment plus qu’une manœuvre diplomatique.

 

La Diplomatie Américaine

Le département d’Etat a aussi son préjugé : il est convaincu que les dictatures, si elles ne finissent pas dans la défaite, éclatent par dislocation interne. Kennan a soutenu cette thèse pour la Russie, et cela paraissait d’un optimisme presque puéril à l’époque. Cela l’est moins aujourd’hui. En travaillant à rétablir la prospérité des pays restés libres, laissant les autres sombrer dans la misère, les Américains croient à la puissance du contraste. L’affaire Tito qui, au fond, est autant économique que politique, leur donne raison.

 

Les Accords Bilatéraux

Les Seize Nations bénéficiaires du plan Marshall vont signer l’accord qui le met en marche. Ces traités ont soulevé des protestations, surtout en Angleterre et en France ; on a négocié. Les Etats-Unis ont fait des concessions et ceux qui criaient à l’atteinte à la souveraineté nationale auraient vraiment pu faire l’économie de cette polémique s’ils avaient l’intention de céder.

En fait, il n’y a rien dans les accords qui porte atteinte à la liberté des peuples. Mais il ne faut pas trop d’illusion ! Les traités d’ordre financier qui lient les Etats entre eux enchaînent beaucoup plus le débiteur que si celui-ci était un particulier. Il eut mille fois mieux valu que les hommes d’affaires américains renflouent les affaires françaises ou anglaises que l’Etat. Voyez l’Allemagne d’après 19. Les Compagnies américaines ont financé l’industrie du Reich à pleines mains. Ils ont tout perdu et Hitler a profité de l’outillage. Les épargnants français ont prêté 11 milliards de franc-or à la Russie des Tsars ; les grands ducs les ont bus et la politique Russe n’en n’a point été gênée. Les capitaux anglais ont fait l’Afrique du Sud. Elle n’en prend pas moins à son aise avec la métropole.

Par contre, rappelons combien les dettes de guerre ont pesé du fait des Etats-Unis sur notre politique allemande entre les deux guerres. La dette d’Etat à Etat est bien plus dangereuse que les participations financières privées.

 

La Grève des Dockers Anglais

Engagée à propos d’un conflit futile intéressant tout juste onze travailleurs, la grève a duré 16 jours, a fait perdre des millions de dollars à l’exportation. Le Gouvernement a dû se servir de la réquisition pour y mettre fin. Il y a laissé encore un peu de prestige. On a accusé le communisme, mais il y a bien autre chose : c’est un conflit entre les syndicats et leurs adhérents. Cette lourde machine qu’est une fédération avec ses subdivisions, sa paperasserie, ses magnats liés au gouvernement même, a perdu contact avec les hommes qu’elle est censé protéger. Ceux-ci ont le sentiment qu’ils sont un objet de marchandage entre un capitalisme d’Etat qui a remplacé le patron, et un syndicat qui les gouverne sans les connaître et, pour des intérêts qui leur échappent. D’où ces grèves spontanées dirigées contre la nouvelle tyrannie syndicale. Les ouvriers regrettent le temps où ils s’expliquaient avec leur employeur. C’est un aspect de la crise du socialisme étatique qui s’éloigne de l’idéal du socialisme véritable. Les Anglais en prennent conscience les premiers, et contribueront sans doute à le liquider.

 

                                                                                  CRITON

 

Criton – 1948-07-03 – La Révolte de Tito

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Le Courrier d’Aix – 1948-07-03 – La Vie Internationale.

 

La Révolte de Tito

 

La rupture entre le Maréchal Tito et Moscou est un événement considérable. Depuis mars, bien des rumeurs circulaient. On savait que tout n’allait pas pour le mieux derrière le rideau de fer. Mais on ne prévoyait pas un éclat. Les conséquences de l’événement seront très étendues si Tito se maintient au pouvoir. Mais son excommunication officielle par le Kominform ne laisse-t-elle pas supposer que Moscou a les moyens de l’abattre ?

 

Histoire de l’Evénement

Le Maréchal Tito avait l’ambition, comme tout dictateur, de passer de chef de parti au rôle de héros national ; or, aucun pays n’était moins préparé que la Yougoslavie à un régime collectiviste. Pour asseoir son autorité autrement que par la force, il lui fallait rallier ses adversaires, et pour cela renoncer dans une large mesure à imposer le communisme, mener une politique d’indépendance nationale et devant la misère du pays, obtenir des secours du seul côté d’où ils pouvaient venir : les Etats-Unis. Ce qui a provoqué Moscou, ce sont moins les entorses au marxisme intégral que les approches vers Washington.

Si Tito n’est pas exécuté, c’est le principal bastion de l’expansion soviétique qui s’écroule. Il ne sera pas facile de l’atteindre, car il possède la seule armée de l’Europe orientale dans un pays très difficile. Il serait d’ailleurs malaisé aux Russes, au cas où de façon ou d’autre ils élimineraient Tito de maintenir un gouvernement fantoche, comme celui de Pologne qui ne représenterait absolument rien puisque la plupart des communistes – d’ailleurs rares – resteraient fidèles au Maréchal.

La partie est donc bien compromise pour le Kremlin en Yougoslavie et l’exemple de Tito risque d’ébranler la position des soutiens de Moscou dans les autres pays soumis.

 

Ailleurs

Il n’est pas certain qu’en Bulgarie même Dimitrov soit tout à fait d’accord avec Staline. Il a déjà reçu quelques avertissements et l’opposition dans ce pays, le seul par tradition russophile des Balkans, est très forte depuis le meurtre de Petkov. En Roumanie, dominée par la nouvelle « Passionaria » Anna Pauker, ancienne maîtresse de Staline, une effroyable répression sévit ; les Russes ont déporté et peut-être exterminé dix mille officiers Roumains renouvelant le coup de Katyn contre les officiers Polonais. Une épuration massive se poursuit dans l’administration. En Tchécoslovaquie, le nouveau « Protektorat » redevient comme au temps d’Hitler un foyer de résistance et de complot. En Hongrie, la persécution contre les catholiques, la résistance du Cardinal Mindszenty, la fermeture des écoles chrétiennes ont provoqué des incidents sanglants. En Pologne enfin, la lutte des partisans a repris. Pour ne rien dire de l’Ukraine où la révolte n’est pas éteinte.

 

La Conférence de Varsovie

Cela explique la Conférence de Varsovie que les chroniqueurs mal informés, croyaient être la préparation d’une offensive contre les Anglo-Américains en Allemagne. Elle n’avait pour but que de faire sentir la présence Russe dans tous les pays où grondait l’insurrection. La résistance polonaise, aidée en cela par une propagande souterraine des Anglo-Saxons avait répandu le bruit que la Russie allait rendre aux Allemands les provinces à l’est de la ligne Oder-Neisse données aux Polonais, reprendre Berlin par tous les moyens et reconstituer un Reich allié de l’U.R.S.S. On ressuscitait à nouveau l’armée de Von Paulus. Les Polonais se sentaient encore une fois trahis.

C’est pourquoi l’une des manifestations de la conférence de Varsovie a été l’affirmation de l’intangibilité des frontières occidentales de la Pologne. Moscou a préféré décevoir les communistes allemands pour rassurer les Polonais.

 

A Berlin

La presse occidentale et même des voix autorisées ont donné aux incidents de Berlin une portée exagérée. On sent déjà qu’il n’y aura pas besoin de beaucoup d’énergie pour que la situation s’arrange. Ce ne sera évidemment qu’une accalmie et nous aurons d’autres émotions. Mais dans l’état actuel, les Russes ne pousseront pas l’affaire au drame ; le général Clay le sait bien, mais il entre dans la tactique anglo-saxonne d’émouvoir l’opinion pour justifier une politique vigoureuse contre le communisme. Si l’affaire Tito réussit, les Américains auront, après les élections d’Italie, marqué un gros point. Déjà ils ont réglé avec le Maréchal l’affaire des avions américains abattus, et débloqué 55 millions de dollars appartenant au gouvernement yougoslave. Par contre, ils vont se trouver en difficulté pour négocier la question de Trieste sans mécontenter les Italiens. Mais le calme qui règne dans le territoire fait prévoir qu’une solution a dû être envisagée.

 

L’Election de Dewey

La Convention américaine du parti Républicain a élu Dewey candidat à l’élection présidentielle. Ce sera donc très probablement Dewey président. Warren, vice-président, et Foster Dulles pour remplacer Marshall au département d’Etat. Le choix est plutôt surprenant car Dewey est peu populaire et avait contre lui son échec de 44. Jeune, très dynamique, mais dépourvu d’idées, il exécutera la politique des puissances qui l’ont désigné. On peut craindre que la haute finance et l’industrie qu’il représente ne mènent une politique moins généreuse et moins humaine que celle de Roosevelt et de Truman, Marshall plus « Businesslike », et que nous aurons à regretter le temps présent et les accords bien modérés que l’on nous a demandé de signer.

 

En Palestine

Il ne nous reste plus de place pour parler du problème d’Israël. Voilà que les Juifs de l’Irgoun et ceux de la Haganah se livrent une bataille rangée, rivalité politique déjà vieille entre une formation de terroristes à tendance fasciste et un groupe de politiques d’extrême gauche qui domine Israël : la tâche juive n’en sera pas facilitée. Nous aurons malheureusement l’occasion d’y revenir.

 

                                                                                            CRITON