Criton – 1948-11-27 – Politiques Raisonnables

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Le Courrier d’Aix – 1948-11-27 – La Vie Internationale.

 

Politiques Raisonnables

 

Le sort de la Chine, la dispute entre Français et Anglo-Saxons pour la Ruhr restent au premier plan, la politique personnelle du président Truman et la situation intérieure de la France au second. Passons en revue ces questions.

 

La Chine

Rien ne paraît avoir arrêté  l’avance communiste. Tchang-Kaï-Chek multiplie les appels désespérés aux U.S.A. Les Américains sont embarrassés. La situation est grave pour eux. Perdre le seul grand marché commercial d’avenir, abandonner l’Asie aux communistes ou bien s’engager directement dans la guerre civile. Car ni les milliards, ni l’équipement ne sauveront l’armée nationaliste démoralisée et un chef sans prestige. Les Américains ont fortifié un bon gage, le port de Tsing-Tao où, sous prétexte de rapatrier leurs nationaux, ils ont débarqué dix mille hommes. Le maintien aux affaires de Marshall indique bien que Truman n’est pas disposé à s’engager à fond en Chine. Car depuis deux ans, le Général juge la position de Tchang-Kaï-Chek sans espoir. Il croit qu’on peut négocier avec les communistes. Il est probable en définitive que les Américains auront une petite armée sur place pour faire pression sur les adversaires et leur imposer un arrangement où les intérêts des Etats-Unis seraient respectés. Cependant, les victoires communistes ont enfiévré tous les partisans de l’Asie. La situation des blancs devient partout dangereuse.

 

La Ruhr

Le gouvernement français a, sans mauvaise humeur ni grands mots, essayé de garantir un contrôle efficace de la Ruhr pour le jour, inévitable tôt ou tard, où l’occupation aura pris fin. Les Anglais qui avaient cédé à contre cœur aux projets américains ont bien accueilli le contre-projet français. Les Etats-Unis ont fait savoir cependant que la propriété des mines et industries serait rendue aux Allemands, mais qu’on étudierait, pour rassurer la France, des moyens de contrôle efficaces et durables.

En fait, la question est encore à l’étude et c’est toujours du temps gagné. Il n’y a rien d’urgent et plus on négociera, moins le problème soulèvera de passions. Car il n’a pas au fond l’importance qu’on lui prête, pour deux raisons : d’abord parce que l’on n’empêchera pas un jour ou l’autre les Allemands de disposer de leur bien, jamais un contrôle étranger n’a duré indéfiniment. Ensuite, parce que le danger russe, tant qu’il existera, exclut le danger allemand, et lorsque le danger russe aura disparu, tous les problèmes devront être reconsidérés, si la planète est encore debout. Tout cela au fond est plutôt académique.

 

La Palestine

Un bon point : l’affaire Palestinienne a l’air de s’arranger. Abdullah et Ben Gurion échangent des propos courtois. Arabes et Juifs négocient. Nous sommes en Orient et il y a loin de la coupe aux lèvres.

Cependant, les Arabes impressionnés par la force militaire juive, la défaite des Egyptiens, l’appui de Truman à Israël, l’impuissance de l’Angleterre, ont compris qu’il fallait traiter. Bevin a dû persuader Abdullah. Les Juifs de leur côté, ont hâte de mettre fin à une mobilisation ruineuse qui met l’avenir de ce pays neuf en danger. Ils sont pressés de se débarrasser de leurs terroristes, Stern et Irgoun, qui risquent d’être un instrument de coup d’état, peut-être au service du communisme, et de compromettre définitivement l’espoir d’une aide financière américaine indispensable au relèvement d’Israël et à la poursuite de l’immigration.

 

Truman

Comme on s’y attendait, la victoire électorale a donné à Truman l’ambition de diriger seul sa politique. Il a cependant bien marqué que les questions extérieures restent considérées d’un point de vue national et bi-partisan en nommant Dulles premier délégué aux Nations-Unies. Par ailleurs, il a donné sur les doigts au général Clay, irremplaçable mais trop indépendant, et semble avoir persuadé Marshall de conserver le poste de secrétaire d’Etat, bien que les deux hommes ne s’aiment guère, pour éviter sans doute une pression des forces syndicales pour imposer un pacifiste comme Johnston. Car les syndicats américains avec leurs 15 millions de membres se préparent à diriger leurs hommes aux grands postes de l’Etat. La victoire de Truman est leur œuvre et ils comptent s’en servir.

 

Churchill-Attlee

La Commission pour l’Unité européenne se réunit mercredi. Churchill a violemment pris à partie Attlee pour avoir envoyé une délégation exclusivement composée de travaillistes dirigée par l’homme le moins disposé à l’égard de l’Union européenne, M. Dalton. Aura-t-on un parlement européen si souhaité par la France et la Belgique, pays où, comme chacun sait, le parlementarisme a donné des résultats particulièrement brillants ? Il est probable que les Anglais voudront éviter toute résolution qui engage l’avenir.

 

La France

Il nous est pénible de toucher à un sujet de politique intérieure si délicat, mais les déclarations récentes du général de Gaulle ont eu un si grand retentissement à l’étranger qu’on ne peut l’ignorer.

L’attitude du Général sur la Ruhr n’a pas surpris. On sait qu’il a toujours défendu les droits de la France avec âpreté et intransigeance, ce qui n’est pas toujours la voie du succès. On fait remarquer qu’il rejoint sur ce point les communistes. Ce qui a surpris, c’est la position prise contre le plan Marshall où il les rejoint aussi. On ajoute que si le futur gouvernement du général est aussi habile que le premier dans le domaine économique et financier, la France, sans aide américaine, ne mettra pas longtemps à faire faillite. Tout cela ajoute beaucoup à l’incertitude de l’opinion mondiale à notre égard et, en définitive, nous affaiblit. La France est un pays de gens raisonnables, dit-on ; Qu’ils s’imposent !

 

                                                                        CRITON

Criton – 1948-11-20 – La Ruhr et la Chine

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Le Courrier d’Aix – 1948-11-20 – La Vie Internationale.

 

La Ruhr et la Chine

 

La controverse publique sur les décisions anglo-américaines concernant la Ruhr et l’avance rapide des communistes en Chine ont soulevé des inquiétudes majeures. Les deux événements prêtent à réflexions : l’avenir du Monde peut en être profondément modifié.

 

La Question de la Ruhr

« Laisser restaurer l’arsenal de la Ruhr entre les mains des complices d’Hitler » a dit M. Auriol, c’est aller trop loin. Personne ne songe à confier aux Allemands la libre disposition d’un potentiel industriel aussi énorme.

On a décidé :

1° de laisser aux Allemands l’administration et la gestion des industries et du charbon, tout en maintenant aux gouvernements militaires des pouvoirs étendus pour en contrôler et distribuer la production ;

2° on a décidé également de laisser au futur gouvernement allemand le soin de se prononcer sur le futur régime de propriété de ces biens, laissant aux gouvernements militaires alliés un droit de disposition sur les titres des principales sociétés, et l’attribution de l’actif des Sociétés nouvelles, de transfert et d’attribution des bénéfices, ainsi qu’un droit de fixation des quotas de production et de répartition des marchandises.

Nous sommes heureusement encore loin d’une libre disposition entre les mains des Allemands. Mais la question a cependant des aspects sérieux.

 

Les Intentions Américaines

Les projets qui sont en fait d’inspiration américaine ne visent pas à créer pour la France un nouveau danger allemand. Ce serait dans les circonstances actuelles, si contraire à leurs intérêts et même au bon sens, qu’il ne vaut pas qu’on s’y arrête. Ils ont cependant une arrière-pensée : la France, avouons-le, n’inspire pas une grande confiance ; son instabilité politique d’abord, la possibilité d’une restauration autoritaire qui créerait peut-être aux Anglo-Saxons des difficultés nouvelles, les poussent à hâter la solution du problème de la Ruhr.

La France cherchera en tout état de cause à préserver sa neutralité dans un conflit Russo-Américain, au cas où elle ne serait pas directement menacée. La puissance d’une cinquième colonne pro-russe laisse peu d’espoir de lui voir jouer un rôle militaire efficace. Elle pourrait même être un danger, si des désordres éclataient à l’intérieur. Il faut donc que l’Allemagne puisse jouer un rôle actif en cas de conflit et que les Allemands soient mis en état moralement et matériellement d’offrir de bonnes bases à une résistance aux Russes sur le continent. Il faut leur accorder des satisfactions qui les engagent à produire et à collaborer. D’autre part, un contrôle français trop étendu sur la Ruhr aurait pour effet de réduire l’activité du bassin qu’on veut faire servir à un redressement de l’Allemagne, en lui permettant de payer sa nourriture et peut-être de fournir une contribution industrielle aux préparatifs militaires.

En remettant la propriété aux Allemands, les Américains comptent bien n’en faire que des prête-noms qui leur donne le moyen de diriger eux-mêmes la production, l’Allemagne devenant le glacis de la résistance au bolchévisme couvrirait une France incertaine et l’obligerait elle aussi à participer à la lutte commune. C’est une garantie que les Etats-Unis cherchent pour eux et indirectement un moyen de pression sur nous. Il est normal que la France de son côté marchande pour obtenir une part aussi considérable que possible dans le contrôle du bassin de la Ruhr.

Il ne semble pas cependant qu’on puisse se faire beaucoup d’illusions sur les concessions à arracher.

 

La Chine

Plus grave est peut-être pour nous le problème chinois. Que les communistes gagnent la guerre civile ou qu’ils fassent la paix avec les nationalistes et rétablissent l’ordre – pour le moment les deux partis annoncent des victoires – on peut être sûr qu’ils aideront tous les peuples jaunes à conquérir leur indépendance. Tous, communistes et nationalistes l’ont toujours fait. S’ils n’appuient pas davantage les Vietmins et autres mouvements anti-européens, c’est qu’ils sont trop faibles et ne veulent pas mécontenter les Etats-Unis dont tous les partis chinois, fussent-ils communistes, ont besoin.

Il en serait probablement autrement si la paix revenait ; ce qui est peu probable encore. Une Chine forte et unifiée ne serait sans doute pas une alliée de Moscou, mais un formidable encouragement pour tous ceux qui s’emploient à chasser les blancs d’Asie. Et il n’y a plus que trois petits points où l’autorité de ceux-ci se maintient, et combien précaire et difficile !

Pour l’heure, la situation est encore confuse. Les deux partis se battent et n’ont pas l’air très disposés à s’entendre : Tchang-Kaï-Chek a encore des armées solides qui paraissent couvrir assez bien Nankin, et au Nord, les communistes sont obligés de souffler. Il peut encore y avoir des surprises.

 

Le Conflit de Berlin

Pendant ce temps, MM. Evatt et Trygvie Lie cherchent à obliger les Anglo-Saxons et les Russes à renouer des négociations directes sur Berlin. Les Américains voient là plutôt une manœuvre pour les mettre en mauvaise posture moralement vis-à-vis des Soviets qui se disent toujours prêts à discuter. Ils ne risquent pas grand-chose en se posant en champions de la conciliation et de la paix. Ils tiennent les gages.

 

                                                                                  CRITON

Criton – 1948-11-13 – L’Union de Démocraties

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Le Courrier d’Aix – 1948-11-13 – La Vie Internationale.

 

L’Union des Démocraties

 

On mesure de plus en plus l’importance de la réélection du président Truman. Dans le domaine extérieur, on y voit bien, à tort d’ailleurs, une chance d’accord russo-américain ; à l’intérieur, une évolution décisive de la démocratie américaine vers une forme moins libérale, plus voisine des conceptions européennes, partant, plus capable d’accélérer le rapprochement nécessaire entre les forces ouvrières des deux côtés de l’Atlantique.

 

Point de vue de Moscou

Les Bolchéviques ne s’y sont point trompés. L’élection de Truman est pour eux ce qui pouvait arriver de pire. La débâcle de Wallace a vivement impressionné les Russes, d’ordinaire assez indifférents aux événements électoraux. Ils espéraient fermement un succès au moins relatif. Ils ont pour les Etats-Unis une admiration dissimulée et le désaveu de leurs tendances idéologiques les affecte. La « Pravda » elle-même y va d’un pleur.

Ce qui est plus grave, c’est l’importance que veulent prendre dans la politique mondiale les syndicats américains. La victoire de Truman est leur victoire. En Europe, on les considérait jusqu’ici comme uniquement préoccupés d’avantages matériels et indifférents aux problèmes d’idées. Une suspicion mutuelle régnait. Cet état d’esprit est en train de changer. Déjà on en avait eu l’indication dans l’accord des organisations ouvrières anglaises et américaines pour se retirer de l’organisme mondial dominé par les communistes. On sent à présent le moment venu d’un rapprochement spirituel dont la portée est considérable.

Cela sera pour Moscou un coup très dur. On sait que le véritable ennemi du communisme n’est pas la réaction qui se sert, mais la démocratie sociale. Un front commun de toutes les tendances de cette démocratie dans le monde, s’il devenait agissant, serait une force irrésistible qui étreindrait l’U.R.S.S. elle-même.

 

Truman et la Paix

On attend de Truman des gestes spectaculaires. Un dialogue direct avec Staline, de nouvelles négociations générales ; une ambassade Vinson. On croit que le temps est propice pour faire céder Moscou : le blocus de Berlin a échoué ; le corridor aérien tiendra ; le pacte de l’Atlantique se concrétise ; une crise économique aux Etats-Unis est de moins en moins probable. L’échec de la grève en France enlève aux Russes le dernier espoir d’avancer à l’ouest. Staline a tout intérêt à stabiliser la situation sur ce front de guerre froide pour se consacrer à la conquête de l’Asie qui marche si bien et où l’avenir du communisme n’est pas compromis.

Il y aura certainement de nouvelles tentatives d’apaisement. Mais la menace Russe d’abattre tout avion survolant le corridor qui ne serait pas suffisamment identifiable, les coups d’épingles quotidiens à Berlin et à Vienne disent assez clairement qu’on gagnera du temps peut-être, mais sans rien changer au fond des choses. L’optimisme sur ce point est aussi naïf que tenace, même parmi les diplomates.

 

Débâcle en Chine

Les plus sombres prédictions ont été dépassées. Les communistes envahissent la Chine proprement dite, sont aux portes de Pékin à proximité de Nankin au Sud ; un raz de marée. Malgré la décomposition rapide de son système de défense, Chang-Kaï-Chek veut tenir. Il parle d’une guerre de huit ans ! Par contre, on parle plutôt autour de lui et contre lui d’un accord entre nationalistes et communistes. A notre avis, il y a bien des chances pour qu’il en soit ainsi tôt ou tard. Tchang-Kaï-Chek discrédité devra céder la place, et l’intérêt commun des chinois commande l’union pour profiter de l’aide américaine, de la rivalité Russie-Etats-Unis, se protéger des ambitions de l’U.R.S.S. et d’une renaissance japonaise sous l’égide des U.S.A. Il est vrai que les passions en Chine, comme ailleurs, sont plus fortes que l’intérêt, mais il y a aussi des passions qui rapprochent les deux partis. Un accord se ferait si les militaires ne sont pas plus forts que les civils, ce qui est à voir.

 

En Palestine

Le tour est joué. Les Israéliens ont gagné. La victoire de Truman semble les assurer de pouvoir conserver leurs avantages. La déroute militaire des Egyptiens dans le Néguev a consterné les Arabes qui commencent à se quereller entre eux depuis que leur faiblesse est si apparente. La force aura donc décidé encore une fois et l’O.N.U., en pressant Arabes et Juifs de négocier, ne fera en fait qu’entériner le fait accompli ; on s’approche d’une solution provisoire et précaire bien entendu.

Ce qui est curieux, c’est que les Russes semblent se tenir fermement  aux côtés des Juifs, que des escarmouches recommencent en Perse sur la frontière Russe. On s’attendait plutôt à une politique pro-arabe pour profiter du ressentiment des chefs du Moyen-Orient dont les Américains eux-mêmes commencent à sentir l’effet. Il faut croire que les temps ne sont pas venus de cette volte-face.

 

En Grèce

Les Balkans seront toujours les Balkans. Il faut être un diplomate chevronné pour s’y reconnaître dans le nouvel imbroglio grec et le jeu compliqué des grandes et petites puissances. On assiste aujourd’hui à ce miracle de voir une motion de l’U.R.S.S. approuvée à l’unanimité, recommandant des négociations directes entre les grecs et leurs voisins du nord. En attendant, les rebelles ne sont pas vaincus, le pays est toujours aussi mal en point et le gouvernement plus instable que jamais. Abcès qui restera longtemps ouvert, disions-nous il y a bientôt deux ans !

 

                                                                                  CRITON

 

Criton – 1948-11-06 – Nouvelle Etape

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Le Courrier d’Aix – 1948-11-06 – La Vie Internationale.

 

Nouvelle Etape

 

La proximité de l’élection présidentielle aux Etats-Unis avait suspendu toute résolution diplomatique. Réélu contre toute attente, en dépit de pronostics savamment organisés, le président Truman va retrouver une autorité que ses maladresses lui avaient fait perdre, mais dont le peuple américain ne lui a pas tenu rigueur. Son administration qui compte d’excellents directeurs, va poursuivre sa politique : on sait où l’on va, c’est beaucoup.

 

L’Election

La défaite de Dewey n’atteint pas que le personnage qui avait le grave défaut d’être antipathique. Le Sénat et la Chambre passent aux démocrates. C’est contre la machine électorale du parti républicain actionnée par les grands intérêts financiers et industriels que le peuple américain a voté. Les organisations ouvrières ont voté à gauche, mais la déroute complète de Wallace montre qu’elles ont voté aussi anti-communiste. Moscou ne doit pas s’y tromper.

L’Europe accueille l’événement avec sympathie, on craignait l’interrègne de deux mois entre les présidents. L’inconnue d’hommes nouveaux et derrière Dewey, la pression des isolationnistes et des grosses sociétés, capable de contrarier une politique à larges vues qui doit s’accompagner d’une grande générosité. On craignait, surtout à Londres, une intransigeance délibérée à l’égard des gouvernements socialistes ; enfin que l’attention des Etats-Unis ne se porte davantage sur l’Extrême-Orient.

Il reste à souhaiter que le président Truman, grisé par le succès, ne passe pas outre aux conseils de son entourage quand il lui viendra de grandes idées comme cela s’est vu.

 

La Chine

L’effondrement de l’armée de Tchang-Kaï-Chek est un fait accompli. Les causes n’en sont pas uniquement militaires. Le prestige du Maréchal n’a fait que baisser depuis des années. La corruption de son administration, l’écroulement du dollar chinois et le désordre économique qui en résultait avaient ruiné son autorité. Le communisme a profité de cette impopularité. Les chefs ont su se montrer meilleurs administrateurs, plus soucieux du sort des masses. Mais ils sont plutôt xénophobes et Moscou se méfie d’eux. Au nationalisme de Tchang-Kaï-Chek pourrait bien succéder un national-communisme qui ne serait pas précisément pro-soviétique. Les Russes ne se font pas grande illusion ; personne ne conquerra la Chine. Mais ils se sont assuré une prise directe sur de vastes territoires qu’ils ne lâcheront pas. Au besoin, ils mettront au pas, par la force, les gouvernements locaux.

 

L’Union Européenne

Depuis la Conférence des Dominions et les visites de Marshall à Bevin, on sent à Londres une évolution en faveur de l’Union Européenne. Bien sûr, il n’est pas question d’accepter un super-gouvernement européen, ni même un parlement élu qui constituerait une pression de l’opinion sur les dirigeants de chaque état. On commencera par un comité pour l’étude des projets. Ce genre de Comité est généralement le signe d’un enterrement. En réalité, Bevin cède à une poussée d’opinion fortement appuyée tant par les Etats-Unis que par des hommes de poids comme Churchill, Spaak et Blum. On ne comprendrait pas que devant le danger Russe, l’Angleterre, par esprit insulaire, répétât sous une autre forme, les fautes de 14 et de 39.

 

En Palestine

Les Israéliens ont très adroitement profité du répit que leur offrait la campagne électorale américaine pour rompre la trêve et se servir de leur supériorité militaire sur les Egyptiens et les Arabes. Ils ont conquis toute la Galilée et repris le Néguev en grande partie. Les Nations Unies ont été saisies d’une demande de sanctions contre cette rupture des conditions d’armistice. Mais le président Truman qui avait besoin de voix israélites, a mis son veto à cette proposition anti-juive. Les Anglais qui l’avaient soutenue, ont été très contrariés ; car c’est non seulement leur politique qui est visée mais aussi l’indépendance morale de l’Assemblée ouvertement défiée, et cette fois par les Etats-Unis et non plus par les Russes. Par la force des choses, et faute d’un véritable esprit international, l’O.N.U. subit le sort de la S.D.N. C’est un forum où se débattent au grand jour les intérêts particuliers qui se sont déjà affrontés dans les chancelleries, ce qui aggrave les conflits au lieu de les apaiser et leur donne plus d’importance dans l’opinion, ce qui est plus fâcheux encore.

 

L’Allemagne

A Berlin rien de nouveau. Le pont aérien tient ; la rumeur d’une proposition russe d’évacuation de l’Allemagne persiste. L’U.R.S.S. organise sa police militaire pour remplacer l’armée rouge. Les choses ne vont pas très bien. Dans les rangs du parti Communiste unifié, l’épuration d’une part et les fuites de l’autre, ont fait le vide ; il n’y a plus personne pour faire façade pour les Soviets. Dans l’armée même et la haute administration soviétique, le nombre des désertions atteint des chiffres stupéfiants. C’est pourquoi Staline a jugé bon d’accuser d’intentions belliqueuses les Anglo-Saxons et d’étaler son pacifisme. Le peuple russe craint la guerre et se méfie du régime.

 

                                                                                  CRITON

Criton – 1948-10-30 – La Course aux Armements

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Le courrier d’Aix – 1948-10-30 – La Vie Internationale.

 

La Course aux Armements

 

Faut-il désespérer de l’humanité ? Pour la troisième fois en moins de quarante ans, le monde court aux armements ; les alliances se resserrent, la mobilisation des forces industrielles et militaires enlève aux peuples tout espoir de bien-être. La faute est claire : un solitaire écrivait en 1856 :

« Quels maîtres redoutables que les Russes, si jamais ils épaississent la nuit de leur domination sur les pays du midi ! Le despotisme polaire une tyrannie telle que le monde n’en a pas encore connue, muette comme les ténèbres, tranchante comme la glace, insensible comme le bronze, avec des dehors aimables et l’éclat froid de la neige, l’esclavage sans compensation ni adoucissement : Voilà ce qu’ils nous apporteraient ». Signé du doux H.F.Amiel.

 

Préparatifs

Sur le plan moral, la grève française a donné aux travailleurs anglais l’occasion de se prononcer avec une netteté et une énergie nouvelle contre le bolchévisme ; la grande majorité des ouvriers anglais et américains fait cause commune avec le reste de la nation. C’est un fait d’importance qui influera et influe déjà sur l’état d’esprit des travailleurs français et italiens. Tôt ou tard, un revirement qui ne peut encore trouver son expression à cause du terrorisme syndicaliste, sera évident.

 

Mobilisation Industrielle aux U.S.A.

Les préparatifs pour une mobilisation générale des ressources économiques aux Etats-Unis se poursuivent avec méthode et célérité. Un recensement complet des usines pouvant servir à la besogne de guerre est dressé, les modalités d’une conversion à la fabrication d’armements, les délais, la répartition éventuelle de la main d’œuvre, le type des engins à produire, la protection des usines contre le sabotage et jusqu’au prix de revient, tout est étudié, rassemblé et des instructions sont remises à chaque industriel en sorte que tant du côté militaire que du côté économique, les stocks de matières premières sont reconstitués. La mobilisation totale peut se faire en quelques mois alors qu’il a fallu plus de deux ans à partir de 41.

 

Le Pacte de l’Atlantique

On a appris avec surprise et satisfaction que le Pacte de l’Atlantique était virtuellement conclu, c’est-à-dire que les Etats-Unis et le Canada allaient se joindre à l’alliance militaire conclue par les Cinq nations européennes : France, Belgique, Hollande, Luxembourg et l’Angleterre ; que la garantie américaine s’appliquerait à leurs territoires et qu’enfin un prêt-bail allant jusqu’à 5 milliards de dollars serait demandé au Congrès américain pour réarmer les cinq nations. Par ailleurs, le voyage de Marshall à Athènes et à Rome, les pourparlers avec Franco, font penser à un vaste bloc de défense contre le bolchévisme qui s’étendrait du Japon à l’Irlande.

 

Extrême-Orient

Le Japon, en effet, reprend sous l’égide des Etats-Unis sa place dans le monde ; son gouvernement passe aux conservateurs. L’industrie lourde augmente sa production. Une reconstitution limitée de l’armée japonaise n’est pas exclue, qui servirait aux desseins américains sur le continent asiatique. Les Etats-Unis ont cherché à apaiser les conflits en Indochine et aux Indes néerlandaises. Ce dernier est en voie de règlement au moins en principe ; l’autre paraît devoir suivre. Anglais et Américains réarment le Siam qui s’est déclaré anti-communiste. En Birmanie, la révolte organisée par les agents de Moscou paraît dominée tout comme à Java. En Malaisie, les Anglais ont la situation en mains.

 

En Chine

Cette consolidation de la situation dans le Sud-Est asiatique ne compense pas l’importance défaite de Chang-Kaï-Chek en Chine. Le malheureux Maréchal a perdu toute la Mandchourie ; les communistes chinois maîtres du pays s’entendent avec Moscou pour en faire une république populaire ; dans le port de Yuekshow ( ?), 200.000 soldats, débris de l’armée gouvernementale entraînée et armée par les Américains, attend de s’embarquer pour le Sud. La Mongolie intérieure coupée à présent de la Chine nationaliste deviendrait elle aussi république populaire. En outre, en Corée du Sud occupée par les Américains, une révolte des rouges a éclaté. On cherche à renverser le gouvernement et à proclamer une république coréenne unifiée et libérée des troupes étrangères. C’est un territoire grand comme l’Allemagne et la France réunies et d’une grande valeur industrielle que la Russie vient de s’annexer. Le rideau de fer en Asie se déplace vers le Sud et menace d’avancer encore. Il y a peu d’espoir que les positions perdues puissent être regagnées.

 

A l’O.N.U.

Pendant ce temps, M. Bramuglia, délégué argentin et médiateur de l’O.N.U., se propose toujours de trouver une formule de convention ( ?) sur le blocus de Berlin acceptable pour Vychinski. Celui-ci semble dire oui, puis se fait photographier la main solennellement levée pour dire non ; cependant les pourparlers ne sont pas rompus. Vychinski n’a pas refusé d’entendre d’autres projets ; un prix Nobel de patience s’impose pour M. Bramuglia. A Berlin cependant, le général Von Seydlitz installe sa nouvelle police militaire. Mal lui en prend et peu s’en faut qu’il ne soit assassiné. L’Allemagne résiste et dans ce pays comme ailleurs, la politique des Russes a réussi à occuper des positions, mais aussi à dresser l’esprit des peuples de plus en plus résolus contre leur tyrannie. Sans le vouloir, ils ont donné des armes à ceux qu’ils voulaient combattre, ce qui fut l’erreur de tous les conquérants, sauf peut-être Jules César.

 

                                                                                  CRITON

Criton – 1948-10-23 – Résistances

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Le Courrier d’Aix – 1948-10-23 – La Vie Internationale.

 

Résistances

 

La situation peut se caractériser sous deux aspects :

1° Bien que les intentions des dirigeants demeurent pacifiques, la nécessité de ne pas lâcher prise pour ne pas paraître céder à l’intimidation, aggrave chaque jour la guerre froide, comme à Berlin par exemple ou en Corée.

2° Dans tous les pays civilisés, l’homme de la rue longtemps incertain voit clairement aujourd’hui la fin et les moyens de l’impérialisme soviétique, et répugne à en être l’instrument ; évolution qui s’accélère et dont nous avons signalé les phases. On se rend compte à Moscou de l’influence perdue dans les esprits ; la vérité fait son chemin en dépit et peut-être par l’effet même de la propagande. Le temps n’est pas très loin où l’Occident Européen aura, dans son ensemble et à l’exception de fanatiques cas intéressés, vomi le bolchévisme. Par contre malheureusement, la pression des événements augmente avec une telle régularité qu’on se demande si, de ce train-là, la paix peut tenir longtemps.

 

Aux Etats-Unis

On ne peut nier que la température monte. La façon dont l’ambassade Vinson du président Truman a été rejetée par l’opinion montre qu’elle ne croit plus à la conciliation et que la rechercher c’est jouer les dupes. La « Pravda » n’a pas tort de signaler aux Etats-Unis l’influence croissante des militaires et des hommes politiques qui les représentent comme Foinstel ( ?). C’est une véritable pré-mobilisation que Truman vient de signer avec l’organisation et l’entrainement des réserves qui va commencer sans délai.

 

En Chine

L’avance foudroyante des troupes en Chine est la plus pressante inquiétude des Etats-Unis. Les Communistes sont à 80 kms de Suzhou, dernière base de Tchang-Kaï-Chek dans le nord ; toute la Mandchourie est perdue et des formations ennemies se groupent au sud, non loin de Nankin. Le Maréchal a convoqué un Conseil de guerre ; les Etats-Unis se voient obligés d’envoyer plus de matériel pour rééquiper les forces gouvernementales, mais cela n’est pas grand-chose  au regard des besoins. Sauver la Chine représente un effort très supérieur à ce qu’exige le redressement de l’Europe et du Proche-Orient réunis, et si l’on voulait réussir, on ne pourrait éviter d’envoyer des soldats se battre sur place. On voit où cela mène.

 

L’Allemagne

Nous ne lasserons pas nos lecteurs en leur détaillant les manœuvres de Vychinski et les combinaisons des six au Conseil de sécurité. Personne n’est dupe de ces palabres. Il n’en peut rien sortir, sinon la condamnation morale de l’U.R.S.S. Vychinski au pied du mur, a dû refuser de montrer ses intentions et ses dérobades exaspèrent les neutres. Mais que lui importe ? Le blocus de Berlin ne sera pas levé, bien au contraire. Les Russes tirent dans le couloir aérien, ils coupent toutes communications entre leur secteur et ceux des alliés et mettent mille entraves à l’administration de la ville.

Cependant, M. Dulles le futur Secrétaire d’Etat a raison de dire que les Russes ont échoué dans leur politique à Berlin et en Allemagne. La résistance a pris une telle ampleur que les Soviets ont dû procéder  un peu partout à des purges au sein du parti communiste allemand. Il n’est pas exagéré de dire que 99% des Allemands sont prêts à se révolter contre l’occupation rouge si l’occasion se présentait, d’autant que les conditions économiques s’aggravent en zone soviétique, tandis qu’en zone occidentale les effets de la réforme monétaire sont de plus en plus favorables. Tous les observateurs s’accordent à trouver le pays transformé.

 

Projet Russe ?

Dans ces conditions on a été intrigué de l’arrivée à Berlin de Von Seydlitz, le général allemand qui, avec Paulus et son armée, est depuis si longtemps tenu en réserve par les Russes. Il serait venu organiser une police allemande aux effectifs considérables destinée à remplacer l’occupant soviétique si celui-là se décidait, devant l’attitude de la population, à offrir aux alliés une évacuation simultanée de toute l’Allemagne. La police Seydlitz se chargerait alors de bolchéviser le pays. Inutile de dire que les Etats-Unis ne consentiront pas à évacuer l’Allemagne, ce serait livrer l’Europe à l’U.R.S.S. Les Russes partiraient quand même pensant que les Allemands rendus libres finiraient par obtenir la libération de leurs frères occidentaux. C’est à voir.

 

La Palestine

En Palestine la guerre a repris, et comme les Etats-Unis ne sont pas décidés à prendre parti avant l’élection présidentielle, la pauvre assemblée des Nations-Unis enregistre un échec de plus.

Les Juifs sont aux prises avec les Egyptiens qui, comme nous l’avons dit, convoitent le désert du Néguev qu’ils ont à peu près conquis et entendent conserver. Les autres états arabes peu satisfaits du jeu égyptien, s’abstiennent, mais l’état d’hostilité semble durable. Compliquée par la question des pétroles, la situation palestinienne ne contribue pas à éclaircir l’atmosphère.

 

La Conférence des Dominions

A Londres, la Conférence des premiers ministres des Dominions à laquelle participent pour la première fois Ceylan, l’Inde et le Pakistan a discuté de la situation politique et militaire et des projets d’Union Européenne. La ligne adoptée par l’Angleterre ne semble pas devoir être modifiée. Par contre, aboutissement d’une lutte sécuritaire, l’Irlande veut rompre les derniers liens avec la Couronne. Et cela pose à nouveau les problèmes cruels de 14-18 et de 39-44 de la difficile défense du Royaume-Uni.

 

                                                                                  CRITON

 

Criton – 1948-10-16 – Force et Fermeté

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Le Courrier d’Aix – 1948-10-16 – La Vie Internationale.

 

Force et Fermeté

 

Les Américains, soutenus par les Anglais, ont poursuivi leur effort pour ressaisir l’initiative diplomatique. Effort qui s’est élevé jusqu’à la menace par l’acceptation d’un conflit éventuel. Malgré leurs violentes contre-attaques, on sent que les Soviétiques ont été intimidés. Ils ne croyaient pas à la sincérité d’une résolution aussi forte et aussi unanime. Les chances de paix y ont gagné.

 

L’Affaire Vinson

Pour des raisons électorales, le président Truman a failli brouiller la partie. Il a rappelé Marshall en consultation pour tenter de renouer avec Moscou en envoyant le procureur Vinson en ambassadeur extraordinaire auprès de Staline. Les précédents n’étant guère encourageants, Truman voulait simplement montrer aux Américains qu’il ne voulait, pour leur sauvegarde, négliger aucune chance  d’apaisement. Mais c’était enlever à l’action entreprise par le Secrétaire d’Etat devant les Nations Unies, beaucoup de la force morale. L’opinion américaine très ferme a donné tort à Truman et Dewey son adversaire a appuyé l’attitude de Marshall. Le président a cédé.

 

Le Discours de Churchill

Devant le Congrès conservateur, Churchill a lancé un grand discours qui a ceci de curieux, qu’il en circule deux versions ; l’une officielle jugée alarmiste, qui laisse pour la paix à plus ou moins longue échéance, peu d’espoir.

Les conditions qu’il pose, le retour de l’U.R.S.S. dans ses frontières, et l’évacuation de l’Europe, sont pour l’heure nettement irréalisables. L’autre texte, celui qui fut effectivement exprimé, est beaucoup plus nuancé. Il demande aux Russes de faire un geste et de remplir seulement quelques-unes des conditions qu’il juge nécessaires au maintien de la paix. Le ton demeure très vif et l’appel à la reconstitution rapide des forces britanniques, au resserrement des liens anglo-américains, à la mise en train de l’union militaire européenne, tout cela se présente comme une préparation au combat. On affirme de tous côtés que c’est le seul langage que Staline comprendra.

 

L’Attitude Russe

Les Russes n’ont pas répondu tout à fait sur le même ton. Cette attitude de défi sert leur propagande. Ils se posent en champions de la paix. Leur dessein en Europe est d’abord de tenir le plus longtemps possible les positions acquises et de saboter le plan Marshall ; ils ne s’en cachent même pas. L’offensive de grèves en France, purement politiques, vise à annuler les effets favorables de l’aide américaine et à créer autour de la réunion de l’O.N.U. à Paris, une atmosphère de malaise et d’appréhension.

 

En Tchécoslovaquie

Le discours du premier Tchécoslovaque Zapotocki a frappé par son pessimisme, non sur le problème de la paix qu’il croit assurée, mais sur la situation intérieure du pays. La position économique de la nouvelle Tchécoslovaquie, malgré les traités signés, s’avère insuffisante. L’U.R.S.S. n’a pas les moyens d’approvisionner l’industrie tchèque, une lourde machine, et le gouvernement est aux abois, d’autant que la misère grandit, que le ravitaillement devient maigre et que la résistance ouvrière s’accroît avec le mécontentement.

 

Tito

Tito, lui, n’est pas en meilleure posture. Coupé, par son attitude en face du Kominform, des ressources des pays voisins, il sent qu’il sera contraint tôt ou tard, à changer de camp pour que la Yougoslavie ne meure pas d’asphyxie. En termes voilés et ambigus, il prépare l’opinion à une volte-face qui ne se présente pas comme très aisé.

 

La Question d’Espagne

Toujours au premier plan, le problème espagnol évolue. D’une part, on cherche à affaiblir Franco en donnant consistance à l’opposition des socialistes et des monarchistes alliés pour le renverser. D’autre part, les Etats-Unis, après avoir affirmé leur intention d’intégrer l’Espagne dans l’union occidentale s’en tiennent néanmoins à la convention de l’O.N.U. de 1946 qui l’exclut de cette communauté. A Washington on ne peut désavouer les résolutions de l’Assemblée des Nations-Unies, et Londres ne peut se résoudre à renouer avec Franco. On fera donc revenir l’O.N.U. sur sa résolution par le jeu de la majorité. Ce sont les républiques latines d’Amérique qui se chargeront de demander à l’Assemblée d’abroger l’exclusive de 1946. Les Anglo-Saxons s’abstiendront et un vote décidera.

 

En Extrême-Orient

C’est toujours en Extrême-Orient que la pression Soviétique gagne en force. Les défaites de l’armée gouvernementale en Chine se multiplient. Chang-Kaï-Chek ne dissimule plus le danger, son armée recule, se débande ; un million de communistes descendent de Mandchourie vers le Shensi, menacent les capitales de Sian et de Tanyuen.

En Indochine, M. Bollaert a souligné les efforts des rouges pour empêcher par le terrorisme, la conclusion d’un accord avec Bao Daï qui rétablirait la paix dans le Viêt-Nam. En Indonésie, la lutte continue, mais les forces communistes parties en combat sans préparation suffisante, se désagrègent ; les puits de pétrole n’en flambent pas moins. C’est en Asie que les Américains aveuglés par leur préjugé anti-colonialiste et ce qu’ils croyaient être leur intérêt commercial, ont donné le plus de chances à leur adversaire ; il est un peu tard pour réparer le mal. Mais il faudra bien qu’ils essayent, l’enjeu est trop sérieux.

 

                                                                                  CRITON

Criton – 1948-10-09 – Les Grandes Manoeuvres

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Le Courrier d’Aix – 1948-10-09 – La Vie Internationale.

 

Les Grandes Manœuvres

 

Après l’avalanche de discours, les grandes manœuvres diplomatiques et militaires. C’est plutôt bon signe. Parler de détente serait excessif ; manifestation de prudence plutôt.

 

Politique Soviétique

Le changement de front de l’Ouest vers l’Est de la politique Soviétique auquel nous faisions allusion précédemment se précise. A l’Ouest en effet, l’offensive prévue contre Tito ne s’est pas produite ; une nouvelle note de Molotov aux puissances occidentales cherche à éviter le débat public sur le blocus de Berlin à l’O.N.U. en offrant de revenir aux pourparlers à quatre qui, dit Moscou, n’auraient échoué que sur des points de détail.

Les manœuvres Russes ont surtout pour objet de soutenir la propagande dans les pays occidentaux où l’idéologie soviétique est manifestement en déclin et de fournir des manchettes à « L’Humanité ». On propose le désarmement, ce qui fait toujours plaisir au peuple ; on parle de proscrire l’arme atomique, sans offrir bien sûr d’en laisser contrôler en U.R.S.S. l’éventuelle fabrication ; on cherche à faire preuve d’un esprit de conciliation, sans rien offrir toutefois de concret ; on cherche à éviter que la duplicité révélée par la combinaison Molotov-Sokolovski dans l’affaire de Berlin se soit étalée avec trop de précision devant l’opinion mondiale. Enfin, certains bruits circulent d’une offre de traité de Paix à l’Autriche de la part de l’U.R.S.S.

 

La Guerre en Chine

En Extrême-Orient par contre, l’offensive communiste prend sur tous les fronts une extension considérable qui alarme de plus en plus Anglais et Américains. D’abord, un grave échec de Tchang-Kaï-Chek : la prise de Tsi-Nan par les communistes chinois. L’armée gouvernementale du Chantoung est en déroute. Le prestige déjà fort ébranlé du Maréchal a encore baissé. C’est une armée de 300.000 rouges qui descend vers le Sud. Washington voit le danger, et le futur du président Dewey, dans son programme,a mentionné l’intérêt essentiel qu’il porte à une aide importante à la Chine.

En Indonésie, la lutte entre gouvernementaux et communistes a pris une grave ampleur, les combats se multiplient ; l’agitation aux Indes préoccupe le Pandit Nehru. En Birmanie, on se bat également. En Malaisie, l’énergique répression des Anglais a pu réduire l’action militaire des rebelles à des embuscades isolées. Mais la fermentation des esprits est intense.

Le problème stratégique est évidemment le même pour Staline que pour Hitler : occuper l’Eurasie est la condition première d’un succès final ; l’Europe, L’U.R.S.S. peut s’en emparer aisément ; l’Asie demande du temps. On s’y emploie.

 

L’Activité Militaire Anglo-Américaine

Unanimité dans l’autre camp sur un point : il faut être forts et au plus vite. On jongle avec les chiffres. Les Anglais vont former cent mille aviateurs. Aux Etats-Unis, les journaux font une publicité tapageuse aux inventions de guerre. Les manœuvres militaires se multiplient en Amérique même. L’Union des forces des cinq puissances occidentales et l’établissement d’un commandement unique sous l’autorité de Montgomery, a enfin vu le jour tout au moins sur le papier, car entre la France et l’Angleterre, les tiraillements continuent. Enfin, la grande presse américaine insiste chaque jour pour que les Etats-Unis fassent une déclaration de solidarité avec le bloc des cinq, promettent l’assistance militaire à l’Europe et présentent au Congrès un projet de prêt-bail pour l’armement des nations européennes menacées.

 

L’Espagne

Le grand événement fut l’arrivée de la mission Grey à Madrid, dirigée par le président de la Commission de l’armée et ayant officiellement pour objet de sonder Franco sur l’utilisation des bases espagnoles par les Etats-Unis en cas de conflit avec l’U.R.S.S. Franco bien entendu a formulé des exigences : égalité des droits de l’Espagne avec les autres nations, c’est-à-dire reconnaissance diplomatique et participation au plan Marshall. Il semble bien que les Américains soient résolus à obtenir coûte que coûte le concours de l’Espagne, sinon ils auraient négocié dans le secret.

L’affaire embarrasse au plus haut point le Cabinet de Londres. Comment refuser d’intégrer l’Espagne au réseau de défense qui doit couvrir l’Angleterre ? Mais comment faire accepter aux membres du parti travailliste une réconciliation avec Franco ? Cruel dilemme auquel il faudra bien échapper. Les Etats-Unis prendront les devants. D’autres vont suivre, sinon tous ; Et l’Angleterre n’en pouvant mais, fera semblant de se résigner à l’inévitable.

 

Et la Palestine ?

On en parle moins ; l’assassinat du Comte Bernadotte a fait à la cause juive un mal considérable car le meurtre fut organisé contre celui qui avait réussi à imposer la trêve ; pourquoi ? C’est que la trêve est infiniment plus défavorable à Israël qu’aux Arabes. Elle oblige les Juifs à entretenir une armée de 70.000 hommes qui ruine les finances du jeune état sans avancer la décision militaire qui sans elle aurait penché en leur faveur. La trêve c’est un moyen infaillible de pression économique sur Israël pour imposer un compromis à plus ou moins longue échéance parce que lorsque les caisses d’Israël seront vides, la reprise des hostilités sur une vaste échelle sera impossible ; la politique anglaise aura triomphé et les Etats-Unis, malgré les apparences contraires, n’y sont pas hostiles.

 

                                                                                  CRITON

Criton – 1948-10-02 – De Mal en Pis

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Le Courrier d’Aix – 1948-10-02 – La Vie Internationale.

 

De Mal en Pis

 

Que de discours ! La situation s’est évidemment aggravée sans qu’on puisse dire que la tension a atteint son paroxysme. Les Marshall, Bevin, Spaak, Schuman, ont parlé plus ferme que de coutume. L’unité de vues des occidentaux paraît mieux assurée et les accords militaires plus précis. L’opinion, de plus en plus nerveuse, croit à une guerre imminente ce qui aide les dirigeants à prendre des mesures de mobilisation impopulaires difficiles à appliquer si la peur ne régnait.

 

L’Appel à l’O.N.U.

Les négociations qui trainent depuis trois mois ont échoué. De propositions en contre-propositions les Soviets ont modifié l’apparence de leurs exigences sur le contrôle de Berlin. Mais cela revenait toujours à faire de la ville une capitale de la zone russe. Les trois ont dû refuser et voici la question portée devant l’O.N.U.

Que signifie ce recours à une institution dont l’impuissance est chaque jour plus évidente ? Il ne s’agit pas pour les Américains de gagner du temps en procédures, mais de mettre la majorité des nations dans l’obligation de déclarer que l’U.R.S.S. est dans son tort et implicitement que si les Etats-Unis doivent recourir à la force pour sortir d’une situation intenable, tous les procédés amiables ont été épuisés. Les Américains n’agiront jamais sans mettre de leur côté le droit et l’opinion. Mais personne ne se fait d’illusion sur l’action de l’O.N.U. en l’occurrence.

 

La Politique Soviétique

Elle ne change pas et continue à porter ses fruits. Sa position est très forte : le blocus de Berlin ne peut être contrecarré par les transports aériens indéfiniment. Tôt ou tard, les Anglo-Américains devraient renoncer. Et cela est moralement impossible. Reste le recours inévitable à la force. Est-ce la guerre ? Pas nécessairement. Quels avantages l’U.R.S.S. aurait-elle à la provoquer ? L’occupation du reste de l’Europe ? En tirerait-elle plus de profit que de charges ? Et après ? Comme pour Hitler, la guerre n’en serait pas gagnée.

Hitler n’avait en 39 pas grand-chose devant lui : une armée polonaise et une armée française dont on a vu ce qu’il advint, des Anglais sans soldats exercés sans armement adéquat, une puissance militaire américaine quasi inexistante. En main, il avait un instrument militaire que la Russie ne possèdera jamais ; il n’a pas vaincu.

Aujourd’hui, si le continent européen n’offre pas plus de résistance qu’en 39, en revanche, l’Angleterre et les Etats-Unis ont une armée constituée par tous ceux qui ont l’expérience récente des combats ; une puissance industrielle et scientifique incomparablement accrue. Enfin, l’arme atomique. Il y a certes, les cinquièmes colonnes auprès desquelles celle de Hitler était une armée de boy-scouts, mais elle existe dans les deux camps, chez les satellites de l’U.R.S.S. autant qu’à l’inverse chez les européens d’occident. Si forte que soit l’armée rouge qui oserait prétendre qu’elle a le moral, la cohésion, la précision, la discipline de l’armée allemande ? La partie serait donc infiniment plus difficile pour l’U.R.S.S. aujourd’hui.

A moins que l’on n’admette que le seul but du bolchévisme est de créer partout et même chez lui un chaos dont l’univers ne pourrait se relever, on conçoit mal qu’un impérialisme aussi méthodique que le Russe risque le tout pour le tout alors qu’il a obtenu sans combat des avantages énormes. Que risque l’U.R.S.S. à pousser la situation au pire ? Absolument rien ; d’obliger les Américains à employer la force ? Mais il serait toujours temps de les arrêter et même si du sang était versé, on pourrait toujours négocier. Car on devine bien que les Etats-Unis préfèreront s’en tenir à un succès local à Berlin que d’engager la guerre totale.

Dans le cas d’un choc limité, l’émotion dans le monde suffirait à provoquer un désarroi financier et économique tel qu’il compenserait pour l’U.R.S.S. le repli limité qu’il serait obligé de concéder. Le retour à l’ordre et à la prospérité serait considérablement retardé et on aurait beau jeu à Moscou pour provoquer des troubles et ameuter les masses contre l’agression des impérialistes américains. Ceux-ci perdraient en prestige ce qu’ils auraient obtenu par la force et l’effort financier pour aider l’Europe exigerait des sommes beaucoup plus importantes, parce que le désordre serait plus grand. Donc sans engager la guerre totale, les Russes ont encore plus à gagner qu’à perdre à pousser les Anglo-Américains à un éclat.

 

L’Opinion

Cela aurait de plus des répercussions sérieuses sur l’opinion. En Angleterre en particulier il y a beaucoup de pacifistes à tout prix. Aux Etats-Unis, il y a Wallace et ses suivants. Un choc ébranlerait plus qu’il ne consoliderait la cohésion de l’esprit public. Il faut le reconnaître, comme Hitler avant 39, les atouts majeurs sont entre les mains de l’U.R.S.S. Aucune diplomatie, aucune démonstration de puissance ne peut renverser les positions. Washington le sait, l’heure du règlement de compte viendra peut-être, mais il est peu probable que ce soit demain.

 

                                                                                  CRITON

Criton – 1948-09-25 – Temps Orageux

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Le Courrier d’Aix – 1948-09-25 – La Vie Internationale.

 

Temps Orageux

 

Les négociations de Moscou, comme celles de Berlin n’ont rien donné ; il n’y a pas lieu d’en être surpris ; là-dessus ce sont les Russes qui sont optimistes et les Américains qui ne le sont plus ; situation très grave, dit Marshall. Qu’en penser ?

 

La Politique Anglo-Saxonne

Une chose est assurée : les Anglo-Saxons ne reculeront ni à Berlin, ni ailleurs ; ils affronteront le risque de guerre sans hésiter ; les manœuvres militaires des Américains en Bavière, le maintien des forces armées anglaises appuient cette résolution. L’opinion derrière les dirigeants est presque unanime. Il n’est pas douteux que Marshall et Bevin ont envoyé aux Russes une sorte d’ultimatum. Si la question de Berlin n’est pas résolue, ils iront jusqu’à la rupture diplomatique totale, que la fermeture des Consulats Russe en Amérique et Américain en Russie a déjà préparée. Là-dessus, on en référerait à l’O.N.U., avec l’idée sans doute de lui donner une force militaire internationale capable de forcer le blocus de Berlin qui ne peut indéfiniment durer.

Les Russes de leur côté ne cèderont un pouce de leurs avantages qu’aux limites extrêmes de la contrainte, l’inquiétude et l’émotion qu’ils entretiennent servant leurs desseins.

 

Mouvement vers l’Orient

Il semble toutefois que la politique soviétique esquisse un glissement de l’Occident vers l’Orient, Staline se rendant compte qu’en Europe son prestige est entamé et qu’il ne peut tenir ses positions qu’avec des difficultés croissantes, Une nouvelle menace grandit : l’extension du « Titisme » à tous les pays d’Europe. Tito devient un signe de ralliement, le symbole d’une politique, l’apôtre d’un communisme aussi orthodoxe du point de vue doctrinal, mais adapté à la mentalité et aux besoins de chaque peuple. Complètement indépendant de Moscou, il n’entend pas servir les intérêts économiques et stratégiques de l’U.R.S.S. Il ne veut ni travailler pour l’impérialisme Russe, ni produire au seul profit des Soviets. Il s’allie au particularisme, au chauvinisme qui est si farouchement ancré en chaque cœur d’Européen.

Peu à peu nait un National-Communisme, à mi-chemin entre le Nazisme et le Bolchévisme, influencé par l’un et l’autre. Des noms déjà circulent un peu partout ; on parle de scission à l’intérieur des partis communistes, d’épuration réciproque. Thorez et Togliatti seraient portés à la dissidence. C’est pourquoi Moscou préfère agir en Orient où le niveau de civilisation des peuples est plus proche du Russe, où les méthodes de force peuvent impunément être déployées ; là aussi cependant, on voit aux prises un Communisme pro-soviétique et un Nationalisme plus ou moins communisant ou socialisant, l’un et l’autre xénophobes mais presque partout en lutte ouverte, en particulier en Birmanie et aux Indes Néerlandaises.

La dernière manœuvre soviétique est la proposition d’évacuer la Corée du Nord si les Américains le 1er janvier consentent à retirer leurs troupes de la Corée du Sud. Les Américains ainsi repasseraient la mer tandis que les Russes demeureraient aux portes du pays avec, en Corée du Nord, un gouvernement à leur solde et des troupes commandées par eux. La Révolution serait vite déclenchée au Sud et le pays unifié en République populaire. Les Etats-Unis ne cèderont pas.

 

Les Elections Suédoises

On s’attendait à un recul du Parti Social Démocrate. Il est à peine sensible. Par contre, les libéraux recueillent les voix de tous ceux que le dirigisme excède, mais cela aux dépens des conservateurs et, plus encore des communistes. La fidélité à cette forme prudente et progressiste de socialisme fait honneur au peuple Suédois. Il n’a pas cédé à la tentation de renverser un gouvernement qui avait commis des fautes mais ne pouvait être responsable des difficultés économiques et politiques dont le pays subit le contrecoup. Les Suédois ont surtout manifesté leur approbation pour la ligne de neutralité fermement maintenue par Stockholm, malgré les pressions que l’on devine.

 

L’Union Européenne

On ne s’attendait pas à ce que Bevin prenne une position aussi nette. Dans un discours très vif, il a rejeté le plan franco-belge, pour une assemblée européenne.

« Il est facile, a-t-il dit, de convoquer une conférence et de concentrer les projecteurs sur elle. Mais ce sera travail lent et fastidieux de construire l’Union Occidentale sur des bases fermes ».

Malgré la pression des Etats-Unis qui approuvent le projet Franco-belge, l’Angleterre s’y oppose et, chose curieuse, beaucoup plus que les Dominions à cause desquels semblerait-il les Anglais répugneraient à s’associer au sort de l’Europe.

En réalité, le gouvernement travailliste relève la tête. Sir Stafford Cripps a proclamé que le pays remonte la pente ; le déficit de la balance commerciale catastrophique en mai a diminué de moitié en août grâce, il est vrai, aux exportations invisibles. Le commerce extérieur s’améliore et si les chiffres sont moins éloquents que ceux du Ministre des Finances, il n’en reste pas moins que le gouvernement travailliste se sent plus maître de son destin qu’au moment où un retard d’un mois dans les secours américains mettait en danger le ravitaillement des usines. L’instabilité du temps présent devrait cependant inviter Bevin et ses amis à la prudence ; les lendemains ont des surprises.

 

                                                                                  CRITON