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Le Courrier d’Aix – 1948-10-16 – La Vie Internationale.
Force et Fermeté
Les Américains, soutenus par les Anglais, ont poursuivi leur effort pour ressaisir l’initiative diplomatique. Effort qui s’est élevé jusqu’à la menace par l’acceptation d’un conflit éventuel. Malgré leurs violentes contre-attaques, on sent que les Soviétiques ont été intimidés. Ils ne croyaient pas à la sincérité d’une résolution aussi forte et aussi unanime. Les chances de paix y ont gagné.
L’Affaire Vinson
Pour des raisons électorales, le président Truman a failli brouiller la partie. Il a rappelé Marshall en consultation pour tenter de renouer avec Moscou en envoyant le procureur Vinson en ambassadeur extraordinaire auprès de Staline. Les précédents n’étant guère encourageants, Truman voulait simplement montrer aux Américains qu’il ne voulait, pour leur sauvegarde, négliger aucune chance d’apaisement. Mais c’était enlever à l’action entreprise par le Secrétaire d’Etat devant les Nations Unies, beaucoup de la force morale. L’opinion américaine très ferme a donné tort à Truman et Dewey son adversaire a appuyé l’attitude de Marshall. Le président a cédé.
Le Discours de Churchill
Devant le Congrès conservateur, Churchill a lancé un grand discours qui a ceci de curieux, qu’il en circule deux versions ; l’une officielle jugée alarmiste, qui laisse pour la paix à plus ou moins longue échéance, peu d’espoir.
Les conditions qu’il pose, le retour de l’U.R.S.S. dans ses frontières, et l’évacuation de l’Europe, sont pour l’heure nettement irréalisables. L’autre texte, celui qui fut effectivement exprimé, est beaucoup plus nuancé. Il demande aux Russes de faire un geste et de remplir seulement quelques-unes des conditions qu’il juge nécessaires au maintien de la paix. Le ton demeure très vif et l’appel à la reconstitution rapide des forces britanniques, au resserrement des liens anglo-américains, à la mise en train de l’union militaire européenne, tout cela se présente comme une préparation au combat. On affirme de tous côtés que c’est le seul langage que Staline comprendra.
L’Attitude Russe
Les Russes n’ont pas répondu tout à fait sur le même ton. Cette attitude de défi sert leur propagande. Ils se posent en champions de la paix. Leur dessein en Europe est d’abord de tenir le plus longtemps possible les positions acquises et de saboter le plan Marshall ; ils ne s’en cachent même pas. L’offensive de grèves en France, purement politiques, vise à annuler les effets favorables de l’aide américaine et à créer autour de la réunion de l’O.N.U. à Paris, une atmosphère de malaise et d’appréhension.
En Tchécoslovaquie
Le discours du premier Tchécoslovaque Zapotocki a frappé par son pessimisme, non sur le problème de la paix qu’il croit assurée, mais sur la situation intérieure du pays. La position économique de la nouvelle Tchécoslovaquie, malgré les traités signés, s’avère insuffisante. L’U.R.S.S. n’a pas les moyens d’approvisionner l’industrie tchèque, une lourde machine, et le gouvernement est aux abois, d’autant que la misère grandit, que le ravitaillement devient maigre et que la résistance ouvrière s’accroît avec le mécontentement.
Tito
Tito, lui, n’est pas en meilleure posture. Coupé, par son attitude en face du Kominform, des ressources des pays voisins, il sent qu’il sera contraint tôt ou tard, à changer de camp pour que la Yougoslavie ne meure pas d’asphyxie. En termes voilés et ambigus, il prépare l’opinion à une volte-face qui ne se présente pas comme très aisé.
La Question d’Espagne
Toujours au premier plan, le problème espagnol évolue. D’une part, on cherche à affaiblir Franco en donnant consistance à l’opposition des socialistes et des monarchistes alliés pour le renverser. D’autre part, les Etats-Unis, après avoir affirmé leur intention d’intégrer l’Espagne dans l’union occidentale s’en tiennent néanmoins à la convention de l’O.N.U. de 1946 qui l’exclut de cette communauté. A Washington on ne peut désavouer les résolutions de l’Assemblée des Nations-Unies, et Londres ne peut se résoudre à renouer avec Franco. On fera donc revenir l’O.N.U. sur sa résolution par le jeu de la majorité. Ce sont les républiques latines d’Amérique qui se chargeront de demander à l’Assemblée d’abroger l’exclusive de 1946. Les Anglo-Saxons s’abstiendront et un vote décidera.
En Extrême-Orient
C’est toujours en Extrême-Orient que la pression Soviétique gagne en force. Les défaites de l’armée gouvernementale en Chine se multiplient. Chang-Kaï-Chek ne dissimule plus le danger, son armée recule, se débande ; un million de communistes descendent de Mandchourie vers le Shensi, menacent les capitales de Sian et de Tanyuen.
En Indochine, M. Bollaert a souligné les efforts des rouges pour empêcher par le terrorisme, la conclusion d’un accord avec Bao Daï qui rétablirait la paix dans le Viêt-Nam. En Indonésie, la lutte continue, mais les forces communistes parties en combat sans préparation suffisante, se désagrègent ; les puits de pétrole n’en flambent pas moins. C’est en Asie que les Américains aveuglés par leur préjugé anti-colonialiste et ce qu’ils croyaient être leur intérêt commercial, ont donné le plus de chances à leur adversaire ; il est un peu tard pour réparer le mal. Mais il faudra bien qu’ils essayent, l’enjeu est trop sérieux.
CRITON