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Le Courrier d’Aix – 1948-10-23 – La Vie Internationale.
Résistances
La situation peut se caractériser sous deux aspects :
1° Bien que les intentions des dirigeants demeurent pacifiques, la nécessité de ne pas lâcher prise pour ne pas paraître céder à l’intimidation, aggrave chaque jour la guerre froide, comme à Berlin par exemple ou en Corée.
2° Dans tous les pays civilisés, l’homme de la rue longtemps incertain voit clairement aujourd’hui la fin et les moyens de l’impérialisme soviétique, et répugne à en être l’instrument ; évolution qui s’accélère et dont nous avons signalé les phases. On se rend compte à Moscou de l’influence perdue dans les esprits ; la vérité fait son chemin en dépit et peut-être par l’effet même de la propagande. Le temps n’est pas très loin où l’Occident Européen aura, dans son ensemble et à l’exception de fanatiques cas intéressés, vomi le bolchévisme. Par contre malheureusement, la pression des événements augmente avec une telle régularité qu’on se demande si, de ce train-là, la paix peut tenir longtemps.
Aux Etats-Unis
On ne peut nier que la température monte. La façon dont l’ambassade Vinson du président Truman a été rejetée par l’opinion montre qu’elle ne croit plus à la conciliation et que la rechercher c’est jouer les dupes. La « Pravda » n’a pas tort de signaler aux Etats-Unis l’influence croissante des militaires et des hommes politiques qui les représentent comme Foinstel ( ?). C’est une véritable pré-mobilisation que Truman vient de signer avec l’organisation et l’entrainement des réserves qui va commencer sans délai.
En Chine
L’avance foudroyante des troupes en Chine est la plus pressante inquiétude des Etats-Unis. Les Communistes sont à 80 kms de Suzhou, dernière base de Tchang-Kaï-Chek dans le nord ; toute la Mandchourie est perdue et des formations ennemies se groupent au sud, non loin de Nankin. Le Maréchal a convoqué un Conseil de guerre ; les Etats-Unis se voient obligés d’envoyer plus de matériel pour rééquiper les forces gouvernementales, mais cela n’est pas grand-chose au regard des besoins. Sauver la Chine représente un effort très supérieur à ce qu’exige le redressement de l’Europe et du Proche-Orient réunis, et si l’on voulait réussir, on ne pourrait éviter d’envoyer des soldats se battre sur place. On voit où cela mène.
L’Allemagne
Nous ne lasserons pas nos lecteurs en leur détaillant les manœuvres de Vychinski et les combinaisons des six au Conseil de sécurité. Personne n’est dupe de ces palabres. Il n’en peut rien sortir, sinon la condamnation morale de l’U.R.S.S. Vychinski au pied du mur, a dû refuser de montrer ses intentions et ses dérobades exaspèrent les neutres. Mais que lui importe ? Le blocus de Berlin ne sera pas levé, bien au contraire. Les Russes tirent dans le couloir aérien, ils coupent toutes communications entre leur secteur et ceux des alliés et mettent mille entraves à l’administration de la ville.
Cependant, M. Dulles le futur Secrétaire d’Etat a raison de dire que les Russes ont échoué dans leur politique à Berlin et en Allemagne. La résistance a pris une telle ampleur que les Soviets ont dû procéder un peu partout à des purges au sein du parti communiste allemand. Il n’est pas exagéré de dire que 99% des Allemands sont prêts à se révolter contre l’occupation rouge si l’occasion se présentait, d’autant que les conditions économiques s’aggravent en zone soviétique, tandis qu’en zone occidentale les effets de la réforme monétaire sont de plus en plus favorables. Tous les observateurs s’accordent à trouver le pays transformé.
Projet Russe ?
Dans ces conditions on a été intrigué de l’arrivée à Berlin de Von Seydlitz, le général allemand qui, avec Paulus et son armée, est depuis si longtemps tenu en réserve par les Russes. Il serait venu organiser une police allemande aux effectifs considérables destinée à remplacer l’occupant soviétique si celui-là se décidait, devant l’attitude de la population, à offrir aux alliés une évacuation simultanée de toute l’Allemagne. La police Seydlitz se chargerait alors de bolchéviser le pays. Inutile de dire que les Etats-Unis ne consentiront pas à évacuer l’Allemagne, ce serait livrer l’Europe à l’U.R.S.S. Les Russes partiraient quand même pensant que les Allemands rendus libres finiraient par obtenir la libération de leurs frères occidentaux. C’est à voir.
La Palestine
En Palestine la guerre a repris, et comme les Etats-Unis ne sont pas décidés à prendre parti avant l’élection présidentielle, la pauvre assemblée des Nations-Unis enregistre un échec de plus.
Les Juifs sont aux prises avec les Egyptiens qui, comme nous l’avons dit, convoitent le désert du Néguev qu’ils ont à peu près conquis et entendent conserver. Les autres états arabes peu satisfaits du jeu égyptien, s’abstiennent, mais l’état d’hostilité semble durable. Compliquée par la question des pétroles, la situation palestinienne ne contribue pas à éclaircir l’atmosphère.
La Conférence des Dominions
A Londres, la Conférence des premiers ministres des Dominions à laquelle participent pour la première fois Ceylan, l’Inde et le Pakistan a discuté de la situation politique et militaire et des projets d’Union Européenne. La ligne adoptée par l’Angleterre ne semble pas devoir être modifiée. Par contre, aboutissement d’une lutte sécuritaire, l’Irlande veut rompre les derniers liens avec la Couronne. Et cela pose à nouveau les problèmes cruels de 14-18 et de 39-44 de la difficile défense du Royaume-Uni.
CRITON