Criton – 1948-10-30 – La Course aux Armements

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Le courrier d’Aix – 1948-10-30 – La Vie Internationale.

 

La Course aux Armements

 

Faut-il désespérer de l’humanité ? Pour la troisième fois en moins de quarante ans, le monde court aux armements ; les alliances se resserrent, la mobilisation des forces industrielles et militaires enlève aux peuples tout espoir de bien-être. La faute est claire : un solitaire écrivait en 1856 :

« Quels maîtres redoutables que les Russes, si jamais ils épaississent la nuit de leur domination sur les pays du midi ! Le despotisme polaire une tyrannie telle que le monde n’en a pas encore connue, muette comme les ténèbres, tranchante comme la glace, insensible comme le bronze, avec des dehors aimables et l’éclat froid de la neige, l’esclavage sans compensation ni adoucissement : Voilà ce qu’ils nous apporteraient ». Signé du doux H.F.Amiel.

 

Préparatifs

Sur le plan moral, la grève française a donné aux travailleurs anglais l’occasion de se prononcer avec une netteté et une énergie nouvelle contre le bolchévisme ; la grande majorité des ouvriers anglais et américains fait cause commune avec le reste de la nation. C’est un fait d’importance qui influera et influe déjà sur l’état d’esprit des travailleurs français et italiens. Tôt ou tard, un revirement qui ne peut encore trouver son expression à cause du terrorisme syndicaliste, sera évident.

 

Mobilisation Industrielle aux U.S.A.

Les préparatifs pour une mobilisation générale des ressources économiques aux Etats-Unis se poursuivent avec méthode et célérité. Un recensement complet des usines pouvant servir à la besogne de guerre est dressé, les modalités d’une conversion à la fabrication d’armements, les délais, la répartition éventuelle de la main d’œuvre, le type des engins à produire, la protection des usines contre le sabotage et jusqu’au prix de revient, tout est étudié, rassemblé et des instructions sont remises à chaque industriel en sorte que tant du côté militaire que du côté économique, les stocks de matières premières sont reconstitués. La mobilisation totale peut se faire en quelques mois alors qu’il a fallu plus de deux ans à partir de 41.

 

Le Pacte de l’Atlantique

On a appris avec surprise et satisfaction que le Pacte de l’Atlantique était virtuellement conclu, c’est-à-dire que les Etats-Unis et le Canada allaient se joindre à l’alliance militaire conclue par les Cinq nations européennes : France, Belgique, Hollande, Luxembourg et l’Angleterre ; que la garantie américaine s’appliquerait à leurs territoires et qu’enfin un prêt-bail allant jusqu’à 5 milliards de dollars serait demandé au Congrès américain pour réarmer les cinq nations. Par ailleurs, le voyage de Marshall à Athènes et à Rome, les pourparlers avec Franco, font penser à un vaste bloc de défense contre le bolchévisme qui s’étendrait du Japon à l’Irlande.

 

Extrême-Orient

Le Japon, en effet, reprend sous l’égide des Etats-Unis sa place dans le monde ; son gouvernement passe aux conservateurs. L’industrie lourde augmente sa production. Une reconstitution limitée de l’armée japonaise n’est pas exclue, qui servirait aux desseins américains sur le continent asiatique. Les Etats-Unis ont cherché à apaiser les conflits en Indochine et aux Indes néerlandaises. Ce dernier est en voie de règlement au moins en principe ; l’autre paraît devoir suivre. Anglais et Américains réarment le Siam qui s’est déclaré anti-communiste. En Birmanie, la révolte organisée par les agents de Moscou paraît dominée tout comme à Java. En Malaisie, les Anglais ont la situation en mains.

 

En Chine

Cette consolidation de la situation dans le Sud-Est asiatique ne compense pas l’importance défaite de Chang-Kaï-Chek en Chine. Le malheureux Maréchal a perdu toute la Mandchourie ; les communistes chinois maîtres du pays s’entendent avec Moscou pour en faire une république populaire ; dans le port de Yuekshow ( ?), 200.000 soldats, débris de l’armée gouvernementale entraînée et armée par les Américains, attend de s’embarquer pour le Sud. La Mongolie intérieure coupée à présent de la Chine nationaliste deviendrait elle aussi république populaire. En outre, en Corée du Sud occupée par les Américains, une révolte des rouges a éclaté. On cherche à renverser le gouvernement et à proclamer une république coréenne unifiée et libérée des troupes étrangères. C’est un territoire grand comme l’Allemagne et la France réunies et d’une grande valeur industrielle que la Russie vient de s’annexer. Le rideau de fer en Asie se déplace vers le Sud et menace d’avancer encore. Il y a peu d’espoir que les positions perdues puissent être regagnées.

 

A l’O.N.U.

Pendant ce temps, M. Bramuglia, délégué argentin et médiateur de l’O.N.U., se propose toujours de trouver une formule de convention ( ?) sur le blocus de Berlin acceptable pour Vychinski. Celui-ci semble dire oui, puis se fait photographier la main solennellement levée pour dire non ; cependant les pourparlers ne sont pas rompus. Vychinski n’a pas refusé d’entendre d’autres projets ; un prix Nobel de patience s’impose pour M. Bramuglia. A Berlin cependant, le général Von Seydlitz installe sa nouvelle police militaire. Mal lui en prend et peu s’en faut qu’il ne soit assassiné. L’Allemagne résiste et dans ce pays comme ailleurs, la politique des Russes a réussi à occuper des positions, mais aussi à dresser l’esprit des peuples de plus en plus résolus contre leur tyrannie. Sans le vouloir, ils ont donné des armes à ceux qu’ils voulaient combattre, ce qui fut l’erreur de tous les conquérants, sauf peut-être Jules César.

 

                                                                                  CRITON