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Le Courrier d’Aix – 1948-09-25 – La Vie Internationale.
Temps Orageux
Les négociations de Moscou, comme celles de Berlin n’ont rien donné ; il n’y a pas lieu d’en être surpris ; là-dessus ce sont les Russes qui sont optimistes et les Américains qui ne le sont plus ; situation très grave, dit Marshall. Qu’en penser ?
La Politique Anglo-Saxonne
Une chose est assurée : les Anglo-Saxons ne reculeront ni à Berlin, ni ailleurs ; ils affronteront le risque de guerre sans hésiter ; les manœuvres militaires des Américains en Bavière, le maintien des forces armées anglaises appuient cette résolution. L’opinion derrière les dirigeants est presque unanime. Il n’est pas douteux que Marshall et Bevin ont envoyé aux Russes une sorte d’ultimatum. Si la question de Berlin n’est pas résolue, ils iront jusqu’à la rupture diplomatique totale, que la fermeture des Consulats Russe en Amérique et Américain en Russie a déjà préparée. Là-dessus, on en référerait à l’O.N.U., avec l’idée sans doute de lui donner une force militaire internationale capable de forcer le blocus de Berlin qui ne peut indéfiniment durer.
Les Russes de leur côté ne cèderont un pouce de leurs avantages qu’aux limites extrêmes de la contrainte, l’inquiétude et l’émotion qu’ils entretiennent servant leurs desseins.
Mouvement vers l’Orient
Il semble toutefois que la politique soviétique esquisse un glissement de l’Occident vers l’Orient, Staline se rendant compte qu’en Europe son prestige est entamé et qu’il ne peut tenir ses positions qu’avec des difficultés croissantes, Une nouvelle menace grandit : l’extension du « Titisme » à tous les pays d’Europe. Tito devient un signe de ralliement, le symbole d’une politique, l’apôtre d’un communisme aussi orthodoxe du point de vue doctrinal, mais adapté à la mentalité et aux besoins de chaque peuple. Complètement indépendant de Moscou, il n’entend pas servir les intérêts économiques et stratégiques de l’U.R.S.S. Il ne veut ni travailler pour l’impérialisme Russe, ni produire au seul profit des Soviets. Il s’allie au particularisme, au chauvinisme qui est si farouchement ancré en chaque cœur d’Européen.
Peu à peu nait un National-Communisme, à mi-chemin entre le Nazisme et le Bolchévisme, influencé par l’un et l’autre. Des noms déjà circulent un peu partout ; on parle de scission à l’intérieur des partis communistes, d’épuration réciproque. Thorez et Togliatti seraient portés à la dissidence. C’est pourquoi Moscou préfère agir en Orient où le niveau de civilisation des peuples est plus proche du Russe, où les méthodes de force peuvent impunément être déployées ; là aussi cependant, on voit aux prises un Communisme pro-soviétique et un Nationalisme plus ou moins communisant ou socialisant, l’un et l’autre xénophobes mais presque partout en lutte ouverte, en particulier en Birmanie et aux Indes Néerlandaises.
La dernière manœuvre soviétique est la proposition d’évacuer la Corée du Nord si les Américains le 1er janvier consentent à retirer leurs troupes de la Corée du Sud. Les Américains ainsi repasseraient la mer tandis que les Russes demeureraient aux portes du pays avec, en Corée du Nord, un gouvernement à leur solde et des troupes commandées par eux. La Révolution serait vite déclenchée au Sud et le pays unifié en République populaire. Les Etats-Unis ne cèderont pas.
Les Elections Suédoises
On s’attendait à un recul du Parti Social Démocrate. Il est à peine sensible. Par contre, les libéraux recueillent les voix de tous ceux que le dirigisme excède, mais cela aux dépens des conservateurs et, plus encore des communistes. La fidélité à cette forme prudente et progressiste de socialisme fait honneur au peuple Suédois. Il n’a pas cédé à la tentation de renverser un gouvernement qui avait commis des fautes mais ne pouvait être responsable des difficultés économiques et politiques dont le pays subit le contrecoup. Les Suédois ont surtout manifesté leur approbation pour la ligne de neutralité fermement maintenue par Stockholm, malgré les pressions que l’on devine.
L’Union Européenne
On ne s’attendait pas à ce que Bevin prenne une position aussi nette. Dans un discours très vif, il a rejeté le plan franco-belge, pour une assemblée européenne.
« Il est facile, a-t-il dit, de convoquer une conférence et de concentrer les projecteurs sur elle. Mais ce sera travail lent et fastidieux de construire l’Union Occidentale sur des bases fermes ».
Malgré la pression des Etats-Unis qui approuvent le projet Franco-belge, l’Angleterre s’y oppose et, chose curieuse, beaucoup plus que les Dominions à cause desquels semblerait-il les Anglais répugneraient à s’associer au sort de l’Europe.
En réalité, le gouvernement travailliste relève la tête. Sir Stafford Cripps a proclamé que le pays remonte la pente ; le déficit de la balance commerciale catastrophique en mai a diminué de moitié en août grâce, il est vrai, aux exportations invisibles. Le commerce extérieur s’améliore et si les chiffres sont moins éloquents que ceux du Ministre des Finances, il n’en reste pas moins que le gouvernement travailliste se sent plus maître de son destin qu’au moment où un retard d’un mois dans les secours américains mettait en danger le ravitaillement des usines. L’instabilité du temps présent devrait cependant inviter Bevin et ses amis à la prudence ; les lendemains ont des surprises.
CRITON