Criton – 1949-02-05 – Offensive de Paix

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Le Courrier d’Aix – 1949-02-05 – La Vie Internationale.

 

Offensive de Paix

 

Depuis le discours de Cachin à la Chambre Française, et la déclaration de Togliatti, on la sentait venir. L’interview de Staline la consacre : l’U.R.S.S se déclare champion de la paix contre les fauteurs de guerre anglo-américains !

 

L’Interview

Cette interview, prise par un journaliste américain, ressemble tellement à celle qu’accordait Hitler en 39 que le monde, si courte que soit sa mémoire, en a éprouvé un certain malaise.

D’un côté le dictateur rouge se dit prêt à rencontrer Truman, à parler de lever le blocus de Berlin, à procéder au désarmement, tandis que sa radio et sa presse à l’intérieur, vitupère les impérialistes et bellicistes de Londres et Washington.

L’invitation de Staline a été accueillie avec méfiance. Des actes et non des paroles, demande-t-on : levez le blocus, signons un traité de paix avec l’Autriche et nous verrons. A Moscou, on ne se faisait pas d’illusion sur les dispositions américaines, mais il fallait alimenter la propagande de l’ « Humanité » et de l’ « Unité » en vue des élections.

 

Les Pourparlers d’Oslo

Moscou évidemment s’inquiète des progrès de l’Union européenne et de l’extension du pacte de l’Atlantique. C’est la vieille hantise du cordon sanitaire autour du bolchévisme.

Aussi Moscou a-t-il employé tous ses moyens de pression pour faire échouer la Conférence d’Oslo ou tout au moins empêcher la formation d’un bloc scandinave rattaché aux Etats-Unis par le pacte de l’Atlantique. Il a réussi en partie, puisque la Suède reste fidèle à la politique de neutralité. Mais la Norvège, complètement dépendante de ses intérêts maritimes, se joindra au bloc où se trouvent déjà l’Angleterre et les Etats-Unis. La Norvège a, avec l’U.R.S.S. une frontière commune et l’établissement de bases américaines en Norvège rapprocherait singulièrement les bombes atomiques de Leningrad.

Moscou a donc envoyé une note très pressante à Oslo pour intimider les Norvégiens. Mais ceux-ci ont répondu que rien ne les empêcherait de signer le pacte. Le Danemark pris entre la Suède et la Norvège ne sait comment assurer sa défense. Il viendra sans doute au pacte quand le bloc de l’Ouest sera plus puissant.

 

Bevin

L’échec de la politique anglaise en Palestine a fait passer à Bevin un mauvais moment à la Chambre des Communes. Une partie des travaillistes a voté contre lui. On s’attendait à le voir démissionner, mais c’est un rude lutteur d’un entêtement légendaire. Il a donné quelques satisfactions aux conservateurs en affirmant que la défense de Suez et des lignes de communications de l’Empire serait assurée et s’est montré plus résolu qu’à l’ordinaire sur la question de l’Union Européenne que beaucoup de travaillistes l’accusent de saboter.

En fait, l’Angleterre n’a plus la direction diplomatique, que ce soit, en Palestine, en Extrême-Orient, ou même sur le continent européen. C’est Washington qui arbitre et comme il n’est pas question de s’appuyer sur Moscou pour faire contrepoids à l’Amérique, l’Angleterre doit conformer sa politique à celle des Etats-Unis, même si ses intérêts ne coïncident pas absolument avec les leurs.

Churchill pense qu’au fond il faut en prendre son parti, s’entendre à fond avec le département d’Etat, au prix de concessions mutuelles, prendre la tête de l’Union Européenne et peut-être un jour créer un bloc Européen qui aurait une plus grande liberté de décision que l’Europe désunie d’aujourd’hui.

Bevin a pour lui quelques réactionnaires, impérialistes et anti-européens, un fort bloc de trade-unionistes dont il est l’idole et qui le soutiendront quoiqu’il fasse. Néanmoins, son sort est en suspens, et la paix revient entre Juifs et Arabes, sans que l’Angleterre y soit pour grand-chose.

Churchill pense qu’au fond il faut en prendre son parti, s’entendre à fond avec le département d’Etat, au prix de concessions mutuelles, prendre la tête de l’Union Européenne et peut-être un jour créer un bloc Européen qui aurait une plus grande liberté de décision que l’Europe désunie d’aujourd’hui.

Bevin a pour lui quelques réactionnaires, impérialistes et anti-européens, un fort bloc de trade-unionistes dont il est l’idole et qui le soutiendront quoiqu’il fasse. Néanmoins sont sort est en suspens, et la paix revient entre Juifs et Arabes, sans que l’Angleterre y soit pour grand-chose.

 

Problèmes Economiques

On est très confondu à Moscou de l’échec complet des prévisions de Marx et de Lénine sur l’évolution de la société capitaliste et l’académicien russe Varga a osé écrire sans être mis à l’ombre, que cette société pourrie était très capable de trouver son équilibre.

En effet, pour le troisième mois consécutif, les prix baissent aux Etats-Unis, les revendications de salaire et les grèves s’atténuent. Il n’est plus question d’inflation et dans tous les pays où l’économie est plus ou moins libre, la même tendance commence à paraître. Cela est très important car le plan Marshall aurait été emporté par l’inflation comme un pont par la crue des eaux. Ce n’est pas pour dire que tous les problèmes sont résolus, mais le plus grave danger recule.

 

En U.R.S.S.

Le croiriez-vous, on retourne même aux méthodes du Capitalisme en U.R.S.S. ! L’économiste Vladimorov écrit :

« Il est temps que cesse le déficit des entreprises d’Etat couvert par les subsides du trésor public. Il n’y a qu’une économie saine : une industrie qui couvre ses frais de production et vit par elle-même : les prix doivent refléter ces frais et être des prix réels. Autrement, l’entreprise ne surveille pas le coût de ses fabrications, s’endort sur les subventions, bousille le travail aux dépens du consommateur et ruine l’esprit d’émulation qui doit exister en toute entreprise » ( !).

« Conclusion : les entreprises se débrouilleraient, les prix vont évidemment monter, mais cela réduira la demande et obligera les dirigeants à redoubler d’efforts pour serrer leurs prix et les adapter au pouvoir d’achat du consommateur ».

On est en train de découvrir l’économie classique à Moscou. Qu’attend M. Queuille pour suivre l’exemple. Les Chemins de fer même vont être obligés de se suffire, le gaz, l’électricité de même ; le bon exemple de la saine économie vient de Moscou. Qu’attend-on pour le suivre ?

 

                                                                                  CRITON

Criton – 1949-01-29 – Les Plans d’Assistance Economique

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Le Courrier d’Aix – 1949-01-29 – La Vie Internationale   

Les Plans d’Assistance Economique

 

La guerre froide, disions-nous, passée du terrain politico-militaire au terrain économique. A peine le président Truman avait-il fait son exposé de reconstruction universelle que Staline ripostait en réunissant ses satellites pour établir un plan Marshall soviétique. Rivalité pour réaliser le bien-être des peuples !

 

Le Discours Truman

Le discours d’investiture du président américain a été qualifié d’événement historique. Il exprime en effet avec netteté les points essentiels qui vont définir sa politique. D’abord qu’il n’y a pas d’accord possible avec le communisme mais que la guerre peut être évitée si les Etats-Unis sont assez forts pour enlever toute chance de succès à l’agresseur.

Ensuite que les Américains doivent rallier autour d’eux le plus de pays possible en les aidant au maximum à recouvrer la santé économique, à élever le niveau de vie de leurs travailleurs et par là, contrecarrer les plans de sabotage communiste ; qu’une alliance  militaire doit être signée par les Etats-Unis avec tous les peuples qui veulent se détendre et qu’on leur fournira les armes nécessaires.

Enfin, et ceci est le point nouveau qui a suscité tant de commentaires : « Nous mettrons notre capital et nos ressources techniques à la disposition des peuples arriérés économiquement, en Asie et en Afrique pour leur permettre de s’équiper et de résister à la propagande soviétique fondée sur la misère.

Et cela, ajoute Truman, « non avec le dessein de les exploiter au sens impérialiste du mot, mais pour les mettre en mesure de s’organiser eux-mêmes ; l’expérience prouve en effet que notre commerce se développe dans les pays qui réalisent eux-mêmes des progrès ». Si l’on ajoute à cela le vœu habituel en faveur d’un abaissement des barrières douanières, on voit que les Etats-Unis visent à étendre leur aide au monde qui n’est pas encore aux mains des Soviets.

L’appât de cet appui est capable d’attirer dans l’orbite américaine les pays qui manquent de tout. Moscou a bien senti le danger. Il va essayer de calmer les impatiences des pays conquis, économiquement abandonnés et qui voient la manne américaine pleuvoir sur les voisins.

Truman a bien soin de distinguer cette aide, du système d’exploitation coloniale, mais il oublie que ce système était le seul possible à une époque où les pays occupés étaient complètement primitifs et que dans bien des cas, l’entreprise coloniale a fait plus pour les peuples que n’en fera jamais le dollar.

Aujourd’hui, grâce aux progrès réalisés, ces peuples peuvent être en mesure de recevoir une aide matérielle et d’en tirer parti à leur usage exclusif. Mais qu’ils ne s’y trompent pas : derrière l’aide désintéressée et sans contrepartie apparente du gouvernement des Etats-Unis, il y aura le capital et l’entreprise privée pour en tirer profit.

S’il veut maintenir la prospérité américaine, le président est bien obligé d’ouvrir coûte que coûte des débouchés à une industrie en perpétuelle expansion, d’assurer aussi à l’Amérique le contrôle des sources de matières premières. Même avec les meilleures intentions, on ne peut empêcher que les affaires ne soient les affaires qui ne se font pas à fonds perdus.

Le programme du président n’est que la forme moderne de ce qu’a été autrefois l’entreprise coloniale et ce qu’elle est malheureusement parfois encore : Civiliser et en même temps tirer des ressources développées un profit équitable. Il n’y a de changé que l’apparence.

 

L’Allemagne

Signalons l’importance du conseil de contrôle, que d’un commun accord, les Etats-Unis, la Grande Bretagne et la France viennent d’instituer.

Cet organisme qui sera permanent et définitif, a pour but d’empêcher la formation en Allemagne d’organisations militaires ou para-militaires, de veiller à ce que ne soit pas fabriqué du matériel de guerre ou des produits susceptibles de servir à la guerre ; de surveiller les laboratoires et les établissements de recherche scientifique et plus généralement de tous édifices, chantiers où pourrait se reconstituer le potentiel militaire allemand.

Donc au moins en principe, la France a reçu tous apaisements pour sa sécurité. On a beau dire qu’elle sera seule contre deux, il sera bien difficile aux Anglo-Saxons qui n’ont d’ailleurs aucune raison de s’y opposer, de rendre cette surveillance inefficace, à condition qu’on l’exerce très sérieusement.

 

L’Union Européenne

Les projets d’Union Européenne ne vont toujours pas très fort de l’avant. Malgré le pressant désir d’aboutir à quelque chose de concret, ni les Franco-Belges, ni les Américains n’ont pu empêcher l’obstruction des Anglais. L’organisation prévue a encore été ajournée.

 

La Chine

Tchank-Kaï-Chek a démissionné ; abandonné par les Américains, trahi par ses partisans, il laisse en fait le champ libre au général communiste Mao Tsé Tung. Sauf imprévu, il sera donc le chef de la Chine de demain et il n’a pas caché qu’elle serait une république populaire. Même parmi les meilleurs observateurs et connaisseurs de la Chine, les avis sont partagés. Sera-ce vraiment une république communiste sur le modèle imposé aux satellites de l’Ouest résolument orientée vers Moscou et fermée à l’influence occidentale : ou bien Mao Tsé sera-t-il obligé de composer pour réussir et laisser la porte ouverte à tous les compromis politiques sociaux et économiques. Le chinois essentiellement marchand s’accommoderait mal d’une discipline collectiviste. Jusqu’ici, on ne saurait s’entretenir d’illusions : Mao Tsé et les siens sont communistes et paraissent décidés à agir comme tels.

 

                                                                                  CRITON

Criton – 1949-01-22 – La Lutte Economique

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Le Courrier d’Aix – 1949-01-22 – La Vie Internationale.

 

La Lutte Economique

 

Comme on le sentait depuis quelques mois alors que beaucoup croyaient à la guerre, les conflits de plus en plus tendent à s’apaiser. Est-ce par la volonté des hommes ou de plus mystérieuses raisons ?

 

En Palestine

L’incident des cinq avions ainsi que nous l’annoncions, n’aura pas de suite et la hâte des Juifs et des Arabes à terminer une guerre onéreuse se manifeste dans toutes les négociations ; à Rhodes entre Egyptiens et Juifs, à Ammar entre Israël et Abdullah, à Tel-Aviv avec les Libanais et Irakiens.

Les difficultés financières des Juifs sont mises à profit par les Etats-Unis qui subordonnent l’octroi d’un crédit de 100 millions de dollars à Israël à la conclusion de la Paix. L’Angleterre de son côté se dispose à reconnaître les règlements obtenus, Bevin âprement critiqué pour sa politique palestinienne a dû céder aussi sous la pression des Etats-Unis.

 

En Chine

La situation est toujours confuse ; la tendance reste la même. Les troupes communistes avancent ; les nationalistes démoralisés résistent assez mal. Tchang-Kaï-Chek est sur le point de se réfugier à Formose. Le Kuomintang demande la paix. Les communistes vainqueurs ne sont pas disposés à négocier.

Dans ce vaste pays où l’anarchie n’a cessé de régner, il n’y a pas de raison d’Etat ou de pression économique pour obliger les belligérants à cesser la guerre civile. Cependant, les appels à la paix se multiplient, venus de tous les partis, de toutes les classes sociales. La population est à bout. Cet état d’esprit donne aux communistes une chance d’imposer leurs conditions. Comme partout, la misère sert le bolchévisme.

 

France – Angleterre

Les relations Franco-Anglaises ont ceci de bizarre, c’est que si l’on examine les points de divergences entre les deux pays, on trouve qu’il s’agit de peu de choses et qu’on va pouvoir s’entendre du premier coup. Et puis rien n’aboutit ; le malaise, un instant dissipé, reparaît.

C’est que l’Angleterre est aux prises avec des problèmes qu’elle ne veut pas résoudre. Elle souhaite l’Union Européenne à condition d’en prendre la direction sans cependant perdre sa position mondiale et relâcher ses liens avec les Dominions : prétentions contradictoires. En matière économique, elle veut son indépendance à l’égard des Etats-Unis et pour cela, exporter sans importer l’équivalent, ce qui est impossible. Elle veut rendre l’Allemagne viable économiquement et l’empêcher en même temps de lui faire concurrence. Elle veut établir un socialisme européen qui mettrait en commun les ressources européennes en laissant toutefois les richesses anglaises aux Anglais seuls.

  S’entendre dans ces conditions, n’est jamais que s’entendre à demi. C’est ce qu’a constaté M. Schuman. En un certain sens, tout est facile ; en un autre, rien n’est faisable. Les Anglais sentent bien qu’il faudrait se résoudre à une solution claire. La politique internationale du travaillisme rencontre une forte opposition des travaillistes eux-mêmes. Mais d’ici les élections de 1950, on ne voit pas un changement sérieux, à moins que les Etats-Unis soient en mesure d’imposer leur volonté d’unir l’Europe coûte que coûte, et au besoin malgré elle.

 

La Guerre Froide

Des bruits circulent de négociations secrètes entre Russes et Américains sur Berlin. Les Soviets ont perdu la bataille du blocus. Le pont aérien a fonctionné à la perfection. Les Berlinois ont tenu. Berlin ne sera pas soviétisé.

Dans la zone d’occupation Russe, la résistance à l’occupant déjà très forte s’accentue. Les Bolchéviques ne trouvent plus d’Allemands pour appliquer leur politique et remplir les emplois publics à leur service. Le sabotage et la résistance passive s’étendent. Les fuites vers la zone anglo-américaine se multiplient. Devant ces difficultés, les Russes paraissent enclins à faire une pause. De là à parler d’apaisement, il y a loin. N’y croyons pas.

 

La Crise du Plan Marshall

La guerre froide cependant, s’oriente plutôt vers la lutte économique où les chances des Communistes semblent grandir. Il y a une crise du plan Marshall. Les signes en sont apparus avec les difficultés économiques belges. La Belgique, faute de dollars, restreint ses importations d’Amérique et d’autre part, ne peut plus exporter à la France et même à l’Angleterre parce que ces pays sont endettés vis-à-vis d’elle et, qu’à moins que les Etats-Unis ne paient la différence, il n’y a pas d’espoir de rééquilibrer les échanges. Les affaires ralentissent.

Aux Etats-Unis même, la situation demeure excellente mais uniquement grâce au surarmement et aux largesses du Plan Marshall. Néanmoins, on assiste à ce paradoxe : des mines de charbon aux Etats-Unis ferment faute de débouchés, alors que le charbon manque à l’Europe et que tant de bateaux restent au port. Les exportations américaines baissent rapidement, même en Amérique du Sud et au Canada. Par ailleurs, presque tous les pays sont amenés à suivre une politique d’austérité pour sauver leur monnaie. Les Etats-Unis se voient obligés, s’ils veulent maintenir leur production et leur prospérité, d’intervenir de plus en plus dans la vie économique des autres nations, d’abord en prêtant à fonds perdus et ensuite, par une pression proprement politique, en empêchant les pays qu’elle aide de se replier sur eux-mêmes et d’adopter un système économique et social incompatible avec de libres échanges.

L’Angleterre seule essaie de se suffire, de sauver son indépendance par des sacrifices sans cesse accrus ; mais la corde semble bien tendue. Les Russes profitent de cette situation. Ils poussent maintenant leurs satellites à échanger leurs produits avec l’Occident. La Pologne, la Tchécoslovaquie traitent avec l’Angleterre. Ils pensent par-là atténuer les difficultés de ces pays et ébranler la prospérité américaine, ce qui aujourd’hui est un objectif essentiel.

 

                                                                                  CRITON

Criton – 1949-01-15 – Nouvelle Alarme

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Le Courrier d’Aix – 1949-01-15 – La Vie Internationale.

 

Nouvelle Alarme

 

L’Affaire Palestinienne

On s’était laissé aller à la quiétude quand a éclaté l’incident palestinien. Cinq avions britanniques abattus ! L’opinion mal remise des émotions de la guerre froide a un peu dramatisé. Qu’en est-il ?

Du côté anglais, on s’inquiète de voir se constituer en Orient une puissance militaire qui n’est contrebalancée par rien. En pénétrant en territoire égyptien, les Juifs ont montré qu’ils pouvaient sans peine atteindre Suez. Cependant, l’affaire Judéo-Egyptienne paraissait arrangée. Une conférence s’ouvre à Rhodes. L’Armistice accepté a été à peu près observé et les Juifs ont retiré leurs troupes du pays Egyptien. L’Egypte de son côté, a refusé l’appui des Anglais considérant le traité d’alliance de 1936 comme caduc. Là-dessus, les Juifs abattent cinq avions anglais qui faisaient une reconnaissance au-dessus des positions israéliennes. Que vont faire les anglais ? Pas grand-chose, car l’opinion anglaise est divisée sur la question. Qu’allaient faire ces avions, demande Eden ? Déjà on pense que les Américains vont s’entremettre, comme ils l’ont fait entre Juifs et Egyptiens. L’affaire s’arrangera et les Anglais y perdront un peu de prestige, voilà tout.

Il y a cependant dans l’affaire un point inquiétant. La Russie qui cherche partout à créer des foyers d’agitation a trouvé en Palestine un terrain de choix. C’est elle qui ravitaille en armes les Juifs, autrefois par Tito et maintenant par la Tchécoslovaquie. C’est elle qui envoie des émigrants de tous les pays satellites parmi lesquels se glissent des terroristes et des agitateurs entraînés par Moscou ou par Sofia. C’est elle qui attise la haine des Juifs contre l’Angleterre  et bien que le communisme proprement dit soit assez faible en Palestine même, les partis qui lui sont hostiles s’appuient sur l’U.R.S.S. Celle-ci verrait volontiers une guerre d’Espagne s’allumer en Palestine. Mais les Américains veillent … Il n’en reste pas moins que la force militaire d’Israël à proximité de Suez est un gros atout pour les Juifs et une lourde menace pour Albion. Aussi, les Anglais ont-ils renforcé Akaba, le port de la Transjordanie qui donne accès à la Mer Rouge et protègera le canal au nord.

 

Dean Acheson

Marshall a démissionné comme on le prévoyait, regretté par tout le monde. Son successeur, Dean Acheson, un juriste qui n’a pas encore une grande expérience des affaires mondiales a subi l’assaut des critiques du parti républicain aux Etats-Unis ; on l’accuse d’être l’avocat de Hiss poursuivi pour son activité pro-communiste. On le dit favorable aux Soviets. En réalité, sous le nom d’Acheson, c’est Truman qui va diriger la politique extérieure américaine. Tout le monde s’y attendait et tout le monde le craint, car jusqu’ici, les interventions du Président n’ont pas été très heureuses. Cependant, le caractère agressif de l’impérialisme soviétique est trop évident pour que la politique de fermeté ne soit pas poursuivie, et aussi le réarmement américain.

La politique de Marshall continuera parce qu’il n’y en a pas d’autre possible, mais Truman saisira toutes les occasions pour montrer au peuple américain ses intentions pacifiques. Puisse-t-il ne pas se faire rouler ?

 

La Conférence Scandinave

Les trois pays scandinaves se consultent fiévreusement. Les Etats-Unis font une vive pression pour qu’ils adhèrent au pacte de l’Atlantique. Comme nous l’avons dit, il s’agit de constituer une vaste alliance des nations libres, alliance économique et militaire contre l’U.R.S.S. et ses satellites. Au pacte de l’Atlantique succèdera un pacte du Pacifique et la boucle sera fermée autour du monstre.

Les Scandinaves sont divisés. La Norvège est prête à s’intégrer dans l’Union occidentale, mais la Suède tant par tradition que par peur de l’U.R.S.S., veut garder sa neutralité. Le Danemark hésite : il voudrait les avantages d’un accord étroit avec l’Occident sans s’exposer aux risques que sa position géographique comporte. Les consultations se multiplient. Le dernier mot en fait appartient à l’Angleterre.

 

Un Article de Lippmann

Comme le souligne Lippmann, tout l’échafaudage de la politique américaine se heurte à une question : l’Angleterre voudra-t-elle s’intégrer à l’Europe, ou restera-t-elle une nation insulaire ? Sans elle, il n’y a pas d’Union occidentale possible. Si elle ne s’engage pas à fond en Europe, la France est trop faible, trop divisée et minée à l’intérieur pour résister à l’U.R.S.S. La peur la fera céder. Mais, dit Lippmann, il faut se rendre à l’évidence : l’Angleterre ne consentira jamais à lier son sort à celui du continent. A notre avis, la partie n’est pas jouée ; l’Angleterre retarde l’heure du choix mais sera peut-être contrainte de se décider à être européenne. Car cet isolement si cher aux cœurs anglais, s’il devenait un jour un isolement véritable, serait peut-être  fatal à cet édifice devenu fragile qu’est l’empire britannique. Beaucoup d’Anglais le savent bien.

 

                                                                                  CRITON

 

Criton – 1949-01-08 – Perspectives

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Le Courrier d’Aix – 1949-01-08 – La Vie Internationale.

 

Perspectives

 

Dans l’ensemble, l’année 1948 s’est achevée sur une note plus apaisante qu’on ne pouvait l’espérer à son aurore. Aucun conflit ne s’est éteint, aucun cependant ne s’est aggravé, au point de mettre la paix mondiale en danger. Même la guerre en Chine paraît tourner aux négociations. Sans qu’on puisse en donner les raisons, les restes d’ardeur belliqueuse laissés par la guerre se sont affaiblis. On semble pouvoir compter sur un sursis plus ou moins long.

 

Un Article Inspiré

Dans « Foreign Affairs » vient de paraître un article qui fait suite, à un an d’intervalle, à celui qui avait fait sensation. L’auteur qui est membre du bureau des affaires Russes au département d’Etat, analyse les déclarations de Staline et conclut que toutes celles qui tendent à faire croire que le monde capitaliste et le monde communiste peuvent vivre pacifiquement côte à côte sont de pure tactique. Staline n’a cessé de croire qu’un conflit est inévitable, parce que le monde capitaliste condamné par ses contradictions internes, cherchera dans la guerre une issue à ses difficultés. L’auteur pense que cette guerre n’est cependant pas probable avant quelques années et que le meilleur moyen de la prévenir est de montrer que le système capitaliste est capable de fournir à l’homme non seulement plus de liberté et de bien-être, mais aussi une grande stabilité économique.

A notre avis, ce que Staline et ses camarades ne voient pas, c’est que le capitalisme a énormément évolué depuis Karl Marx ; le message de Truman au Congrès américain montre que cette évolution va s’accélérer encore. De plus, à côté d’un monde qui peut encore s’appeler capitaliste au sens social du mot, s’est organisé un monde socialiste dont l’Angleterre est le prototype et qui, même s’il n’est pas viable et doit s’effondrer à plus ou moins bref délai, laissera de telles traces que le système qui lui succèdera sera peut-être plus éloigné du capitalisme selon Marx que le système actuel.

Le moment n’est pas loin, s’il n’est pas déjà venu, où le pseudo-communisme russe apparaitra comme le camouflage idéologique de méthodes d’organisation économique archaïques et périmées et où le régime devra se transformer ou périr.

C’est ce que l’on pense couramment aux Etats-Unis.

 

L’Accord des Six

L’accord sur la Ruhr continue à être diversement commenté ; les Allemands ont vivement protesté parce qu’ils sentent que la liberté économique n’est pas près de leur être rendue. Par ailleurs, les termes de l’accord sont assez vagues et comme tout traité, il sera ce que l’on ne fera. Il n’en reste pas moins que pour la France, c’est un droit qui est écrit et reconnu, de contrôler à l’avenir le potentiel industriel de l’arsenal de l’Allemagne. Ce droit demeurera et pourra éventuellement appuyer une action qui, approuvée ou non par les autres signataires, n’en sera pas moins juridiquement inattaquable. Ce qui nous manquait en 1919, c’est ce que les Allemands ont compris.

L’accord des Six a d’ailleurs été grandement facilité par le rapport américain récemment parvenu au Département d’Etat sur la mentalité allemande actuelle. Après la période de désespoir de ces dernières années, depuis le succès de la réforme monétaire, l’orgueil allemand s’est relevé. Les Germains croient toujours qu’ils sont le premier peuple du monde, indispensable au relèvement de l’Europe, le soldat allemand, l’allié sans lequel le bolchévisme ne pourra être contenu… La résistance de Berlin au blocus soviétique a fait éclater cet orgueil qui a été l’aliment du nazisme.

Le rapport américain souligne le peu de confiance qu’on peut accorder aux Allemands en matière politique, l’absence chez eux de toute foi démocratique et le risque de voir cette puissance germanique, si on la laissait se relever à sa guise, s’allier à celui qui pourrait l’aider dans une nouvelle tentative de domination. Ces conseils de prudence ont eu grand effet à Washington.

 

En Chine

Il nous faudrait plusieurs colonnes pour analyser la situation chinoise actuelle. Tchang-Kaï-Chek voudrait démissionner, mais ses partisans l’en empêchent.

Au sein du Kouo-Min-Tang, les rivaux du Maréchal s’agitent et cherchent à négocier avec les communistes. Ceux-ci veulent la victoire finale qu’ils estiment prochaine. Les Américains essaient de rassembler ceux qui voudraient former un gouvernement de coalition mais chaque fraction cherche à dominer, personne ne peut s’entendre. Notre impression est que la situation actuelle pourrait bien s’éterniser. La guerre civile en Chine est devenue endémique et semble incurable. C’est comme une seconde nature.

 

En Palestine

Il y a dans l’affaire Judéo-Arabe autant de comédie que de drame. Les Juifs ont attaqué les Egyptiens dans le Néguev et leur ont infligé une leçon. Les Anglais qui sont toujours en principe alliés des Egyptiens ont fait mine de vouloir tenir leurs obligations et menacé de combattre les Juifs. En fait, ils n’étaient pas mécontents de montrer aux Egyptiens qu’ils étaient si faibles qu’ils pourraient bien avoir encore besoin du soldat anglais. Pendant ce temps, Abdullah se tient coi et laisse tomber les Egyptiens et les autres pays arabes qui parlent de combattre Israël et refusent au souverain de Transjordanie la couronne de Palestine.

On sent néanmoins que la paix est proche et que tout cela est pure tactique. Ce qui est l’essentiel.

 

                                                                                  CRITON

Criton – 1949-01-01 – Drame et Comédie

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Le Courrier d’Aix – 1949-01-01 – La Vie Internationale.

 

Drame et Comédie

 

Semaine aux événements bien mêlés : une nouvelle qui nous réjouit : l’accord des Six sur la Ruhr qui est un succès capital pour notre avenir. Une histoire bien amusante : la condamnation platonique de l’action hollandaise en Indonésie par le Conseil de Sécurité. Enfin, hélas, l’arrestation le jour même de Noël, par les bolchéviques de Hongrie de l’héroïque prélat.

 

Le Cardinal Mindszenty

Il est allé au-devant du martyre ; il se savait et il le voulait. Il avait dit qu’en ce siècle de capitulation devant la force, l’Eglise devait opposer au communisme autre chose que des mots. Les Bolchéviks de Hongrie ont commis l’erreur de l’arrêter et de le charger d’accusations ridicules qui servent indistinctement pour tous leurs adversaires : complot, espionnage et trafic de devises ! Ils ont soulevé l’indignation de toute la chrétienté. Les leçons de l’histoire ne leur servent pas plus qu’à Hitler.

 

Au Conseil de Sécurité

 Pour une fois, donnons raison à la « Pravda ». Elle raconte comment la campagne foudroyante des Hollandais à Sumatra et à Java avait été préparée après un accord secret entre La Haye et le département d’Etat qui avait au préalable agi auprès de Soekarno et du cabinet républicain de Java. Comment ?  Londres avait donné son accord. Ce que la « Pravda » ne dit pas, c’est que Moscou avait envoyé là-bas ses brigades de choc pour recommencer le coup manqué en septembre par les communistes de l’Ile.

Devant le Conseil de Sécurité, ce sont les Américains qui ont présenté le blâme contre les Hollandais. Ils ne pouvaient avoir l’air de les approuver ; l’opinion américaine est encore très anti-colonialiste. Ils auraient mis de plus les Anglais dans l’embarras, l’Australie étant très hostile au maintien des Hollandais dans son voisinage, et les Dominions très farouches sur la question de l’indépendance des peuples asiatiques. Ce qui est le plus amusant, c’est que la Russie s’est opposée à cette motion de censure dans l’espoir, semble-t-il, d’obtenir des sanctions matérielles contre les Hollandais et la possibilité de participer à une expédition d’enquête qui lui aurait donné un accès légal dans le pays.

Finalement, toute motion a été ajournée et comme l’action militaire hollandaise s’est achevée sans coup férir, on fera publiquement le silence sur le fait accompli.

 

L’Accord des Six

Nos lecteurs reconnaîtront qu’alors que la presse et l’opinion ici se déchaînaient contre les projets anglo-américains sur la Ruhr, nous avons été d’un optimisme très assuré. Non que nous espérions un succès de la thèse française, ce qui était hors de question depuis trois ans, mais une satisfaction aussi large qu’on pouvait raisonnablement l’attendre.

Or, l’accord de mercredi nous accorde :

1° le contrôle international que nous demandions sur la gestion des industries de la Ruhr, et non plus sur la seule répartition des produits ;

2° le maintien pendant et après l’occupation d’une commission militaire qui veillera à la démilitarisation de l’Allemagne (si nous avions pu obtenir cela en 1919 !). On mettra sur pied à cet effet une force de police industrielle permanente.

Le seul point sur lequel nous n’avons pas fait céder les Anglo-Saxons concerne la propriété même des mines et des industries qui reviendra aux Allemands. La France enfin a dû reconnaître la nécessité, dans l’intérêt de la défense de l’Europe, d’un accroissement important de la production allemande, nécessaire au relèvement du niveau de vie des Allemands eux-mêmes et au paiement de leur subsistance, nécessaire aussi pour nous permettre de recevoir davantage de coke et de charbon, ce que nous avons également obtenu en principe.

L’accord des Six paraît être le prélude à un accord plus étendu peut-être à une véritable coopération économique franco-allemande qui, si elle choque nos sentiments, coïnciderait évidemment avec nos intérêts essentiels.  En tous cas, les Etats-Unis mettront comme condition au maintien de l’E.R.P., une collaboration entre les bénéficiaires qui impliquera pour chacun des sacrifices et même des abandons de leur souveraineté dans l’intérêt général.

Et cela vise surtout les Anglais. A Washington on n’est pas très content de M. Bevin. Il n’est pas impossible qu’il soit obligé de céder la place. Le voyage de M. Schuman à Londres mettra à l’épreuve la bonne volonté britannique. On assure que M. Attlee qui prendrait la place de Bevin est animé d’intentions conciliantes, intentions qui coïncident avec celles de l’opinion anglaise dans sa majorité qui considère que tout désaccord sérieux entre Français et Anglais a mis et mettra encore la paix du monde en danger.

A Washington, on insiste beaucoup pour que l’entente cordiale se refasse et qu’une réconciliation générale fasse du bloc occidental une réalité vivante et non plus un être de raison. Pour sauver la civilisation, il faut développer une conscience de l’esprit européen qui exprime les valeurs dont cette civilisation est faite, ce qui implique un minimum de désintéressement, la chose la plus difficile à obtenir en politique.

 

                                                                                  CRITON

 

Criton – 1948-12-25 – Fin de Session

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Le Courrier d’Aix – 1948-12-25 – La Vie Internationale.

 

Fin de Session

 

Jour après jour, le groupement des nations libres s’étend. C’est en Extrême-Orient que le barrage à l’expansion soviétique est aujourd’hui le plus urgent. Les Etats-Unis, renonçant à la politique anti-colonialiste qui convenait si bien à leurs intérêts commerciaux, aident maintenant les pays européens à se maintenir dans leurs possessions.

 

Les Hollandais reprennent Java

On sait qu’après la formation d’une République Indonésienne, les Hollandais avaient perdu le contrôle de Java et de la plus grande partie de Sumatra où se trouvaient les ressources essentielles de l’économie néerlandaise et l’un des réservoirs de matières premières essentielles à l’industrie américaine. Les Etats-Unis avaient encouragé le mouvement d’indépendance indigène, et d’astucieux hommes d’affaires américains avaient traité avec les nouveaux dirigeants un véritable monopole des exportations de la jeune république.

Depuis l’avance communiste en Chine, il fallut constituer un bloc de défense du Sud-Est asiatique. Les Etats-Unis, après de nombreuses tractations secrètes, auraient acquis l’appui du Siam, des Indes et du gouvernement Birman. Ils ont soutenu la France en Indochine et l’Angleterre en Malaisie. C’est au tour des Hollandais aujourd’hui de reconquérir leur empire. Ils ne rencontrent d’ailleurs pas grande résistance. Les dirigeants Indonésiens se sont laissé arrêter sans difficulté. La situation était mûre. La population, lasse du brigandage, avait également assez des nationalistes impuissants et des bandits communistes. Le gouvernement, aux prises avec des embarras économiques devant lesquels ils n’étaient pas préparés, préfère se retirer et attendre des jours plus favorables ; une pression américaine a sans doute fait le reste.

Voilà donc semble-t-il un grand pays colonial qui retourne en Asie. Cela est de bonne augure pour le sort de l’Indochine ou de grandes opérations militaires viennent d’être entreprises dont on peut espérer une pacification relative : le temps presse car la vague rouge n’aurait pas tardé à déferler.

 

En Chine

L’abandon de Tchang-Kaï-Chek se confirme. Marshall, qui a de bonnes relations avec certains chefs communistes, estime indispensable le départ du Maréchal pour obtenir un accord entre les partis en présence. Toute aide leur a été retirée, tant militaire que financière, et l’on espère négocier. Les Russes semblent de leur côté extrêmement prudents. Ils craignent le bourbier chinois et ne veulent pas se compromettre auprès des dirigeants communistes en laissant apparaître leurs visées impérialistes. La situation militaire évolue de plus en plus rapidement en faveur des communistes et la prise de Nankin paraît proche.

 

France – Italie

Il semble que les entretiens Sforza-Schuman aient une certaine importance. Les Français servent-ils de médiateurs entre les Anglais et les Italiens au sujet des colonies ? La prochaine visite de Bevin à Paris laisserait croire, qu’outre les problèmes franco-anglais qui sont assez épineux, la question des colonies italiennes, le réarmement italien, l’inclusion de l’Italie dans le bloc occidental seront examinées.

Il est probable par ailleurs que l’admission de l’Espagne au Conseil des Nations Occidentales se fera par étapes discrètes. Le frère du Caudillo est à Paris. Le groupement des pays d’Occident se poursuivra aussi nécessairement que celui des pays d’Orient. Cette politique est adroite et n’a rien d’agressif en soi. Lorsque le bloc sera tel que presque toutes les forces du monde en feront partie à l’exception de l’U.R.S.S., sa force d’attraction sera suffisante pour que les pays soumis au joug Soviétique puissent s’en libérer. Tito n’attend que ce moment-là.

En Tchécoslovaquie, la situation économique est si mauvaise que les ministres communistes ont dû aller à Moscou pour obtenir des matières premières indispensables à la marche au ralenti des usines tchèques, les Américains ayant cessé toutes fournitures. Ils ne sont pas revenus les mains très pleines, car la Russie est déjà en difficulté et n’a pas grand-chose à donner. Les malfaçons dans les usines soviétiques sont telles que des épurations constantes sont effectuées parmi les dirigeants de l’industrie : les transports marchent encore plus mal – opposition intérieure au régime ou lassitude de l’ouvrier russe si misérable ? – Le rendement industriel baisse très nettement depuis quelques mois, en dépit des statistiques officielles.

 

En Palestine

La situation évolue comme il était prévu depuis quelques temps : Abdullah lâchant les autres pays arabes, fait son roitelet et traite avec les Juifs. Comme il a une armée, l’appui des Anglais et le consentement américain, il se sent fort. Les Juifs, en difficulté d’argent, semblent pressés de traiter. Ce serait un grand soulagement pour tout le monde.

 

                                                                                  CRITON

Criton – 1948-12-18 – Fin de Session

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Le Courrier d’Aix – 1948-12-18 – La Vie Internationale.

 

Fin de Session

 

Le tableau de la situation internationale ne se modifie guère. Les communistes triomphent en Chine, les problèmes franco-anglais demeurent épineux, la session parisienne de l’O.N.U. se termine sur un fiasco complet, tous les problèmes litigieux de l’heure restant au point même où l’Assemblée les avait trouvés. La course aux armements, seule, est en plein essor.

 

La Chine

Pau Hoffman est en Chine. Madame Tchang-Kaï-Chek, à Washington. Comme prévu, elle n’a rien obtenu. Les Américains ne soutiendront pas le Maréchal. Ils sont sûrs qu’en y mettant le prix, on peut arriver à persuader quelques personnalités du camp communiste à former avec certains éléments du régime nationaliste un gouvernement de coalition auquel l’aide financière américaine sera indispensable. La diplomatie du dollar trouve en Chine un terrain de choix. Mais les Soviets ne lâcheront pas facilement leur proie.

En attendant, Tchang continue une lutte désastreuse. Les Rouges sont aux portes de Pékin. Trois des armées nationalistes sont encerclées autour de Su Chow. Néanmoins, les forces en présence sont encore considérables et il est fort possible que la lutte ne se termine pas par une défaite radicale des nationalistes. La Chine nous a habitués à ces guerres civiles interminables qui rebondissent quand on les croyait terminées. Entre temps, on discute, et souvent sans succès. Selon certains observateurs, il en pourrait bien être encore de même cette fois.

 

L’O.N.U.

Cette malheureuse session de l’O.N.U. a été encore plus négative qu’on ne l’avait craint. Non seulement le veto soviétique et l’obstruction du groupe slave ont empêché les grands problèmes de recevoir une solution, comme l’affaire de Berlin, le problème grec, le traité Autrichien, mais d’autres questions où le duel Russo-Américain n’est pas engagé, comme la Palestine et les colonies italiennes, sont restées sans solution. Toutes les objections que l’on fait contre la diplomatie sur la place publique restent valables ; on parle pour les électeurs ou les camarades, plutôt que pour s’entendre avec le voisin. Les points de vue ne se rapprochent pas et les rapports entre nations s’aigrissent.

Cependant, sur le plan matériel, l’échec a été total, sur le plan moral, on s’est félicité de l’accord sur la Déclaration des Droits de l’homme. Cette Charte du citoyen, pour académique qu’elle soit, est l’ébauche d’un ordre moral international qu’on peut espérer peu à peu imposer à toutes les nations. Un tribunal international serait institué auquel pourraient en appeler les citoyens ou les groupes opprimés par leurs gouvernements. Les sanctions seraient difficilement applicables, mais le verdict embarrasserait assez le gouvernement accusé. Ainsi, la conscience humaine pourrait-elle exprimer et peu à peu imposer ses exigences morales fondamentales. Ce qui serait d’importance pour sauver une civilisation menacée.

L’O.N.U. a encore un avantage : il se forme, grâce au contact permanent des hommes politiques les plus représentatifs du monde, une vie sociale internationale où l’on apprend à se connaître – pas toujours pour s’aimer – mais pour que puisse se former une opinion collective sur le caractère et les intentions d’un chacun. C’est ainsi que les discours de Vychinski et de ses collègues ont déterminé pas mal de délégations qui se proposaient de rester neutres dans le grand conflit de l’Ouest et de l’Est, à se ranger dans le camp occidental. Dans l’opinion, l’U.R.S.S. a beaucoup perdu de crédit.

 

France-Angleterre

Les divergences dont nous avons parlé apparaissent à l’examen si nombreuses et si profondes que, sur l’injonction pressante des Etats-Unis, une conversation à fond entre les deux pays s’impose. Sir Stafford Cripps qui devait venir à Paris ne le fera qu’après le vote du budget français et il est fortement question que M. Bevin l’accompagne. La conversation ne s’annonce pas facile et le récent discours de Bevin, son caractère brusque, un certain mépris de la confusion française, font présager de grosses difficultés. Cependant aux Etats-Unis, on pourrait bien dire aux bénéficiaires du plan Marshall : Mettez-vous d’accord ou nous coupons les crédits.

 

                                                                                  CRITON

Criton – 1948-12-11 – La Chine et le Reste

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Le Courrier d’Aix – 1948-12-11 – La Vie Internationale.

 

La Chine et le Reste

 

On discute présentement un bon nombre de questions qui n’avancent guère : l’avenir de la Ruhr, le conflit Palestinien, le sort des colonies italiennes, l’Union Européenne, les relations commerciales franco-anglaises, le Pacte de l’Atlantique, d’autres encore de moindre importance, mais les préoccupations sont ailleurs ; c’est le sort de la Chine qui se joue. On se rend compte de l’énorme déséquilibre des forces dans le monde qui pourrait résulter de la chute de Tchang-Kaï-Chek.

 

En Chine

Et cependant l’événement paraît chaque jour plus certain. Les troupes Communistes approchent de Nankin qui va être évacuée. Pékin peut tomber d’un jour à l’autre, et dans le Camp Nationaliste, c’est un sauve qui peut. Les Américains, très préoccupés, ne paraissent pas avoir de projets nouveaux. Madame Tchang-Kaï-Chek a reçu à Washington un accueil plutôt froid. On ne se soucie guère de verser dans le gouffre chinois les trois milliards de dollars que l’on réclame. Marshall et Truman considèrent la Chine actuelle comme un mauvais placement et ils ne veulent pas compromettre leurs chances de s’entendre plus tard avec le vainqueur.

On couvrira autant que possible l’Asie du Sud-Est et peut-être Tchang pourra-t-il tenir dans l’Extrême-Sud du pays où il a conservé quelque prestige. La contrée plus difficile permet de résister à meilleur compte. Cependant on signale des révoltes locales dans le Yunnan ; l’effervescence gagne l’Indochine. Par ailleurs, le Congrès américain répugne à soutenir un gouvernement qui a perdu la confiance des masses. On respecte par sentiment démocratique le suffrage des populations. Pour y voir plus clair, la Maison Blanche a envoyé en Chine Paul Hoffman qui a l’œil prompt et le jugement sûr.

 

L’Election de Berlin

Depuis un an, les Berlinois gardent la vedette. On admire leur courage et ils soutiennent leur réputation : 90% ont été aux urnes pour manifester contre le blocus Soviétique, malgré les menaces et l’intimidation. La victoire prévue des Sociaux-démocrates a été chaleureusement accueillie en Angleterre. Ce sera pour les Russes une preuve de plus que l’Europe les maudit.

 

L’Italie

La diplomatie italienne s’agite beaucoup. L’Italie cherche à rentrer officiellement dans le système défensif européen sur un pied d’égalité avec les autres partenaires, à récupérer une partie des anciennes colonies et à reprendre le droit d’avoir une armée, limitée à presque rien par le traité de paix. Pour cela, Sforza a fait valoir que les autres vaincus, la Hongrie et la Bulgarie avaient reconstitué une force militaire avec l’appui des Soviets ; les traités ayant été violés de ce côté, rien ne s’oppose au réarmement italien. Pour les colonies, les Anglais seuls font une opposition tenace. Il semble cependant qu’on pourrait aboutir à un compromis, si l’Angleterre conservait la Cyrénaïque et Tobrouk. La France soutient les prétentions italiennes par crainte de voir s’établir un état arabe aux frontières de la Tunisie.

 

Les Relations Franco-Anglaises

Il est de bonne tradition que les relations soient toujours médiocres entre Français et Anglais sous un gouvernement travailliste. Malgré de bonnes paroles, on n’est d’accord sur rien, ni sur l’Allemagne, ni sur l’Union Européenne, ni sur le E.R.P., ni sur la coopération militaire, et voici que les questions commerciales deviennent irritantes. Exporter ou mourir, cela veut dire en Anglais vendre aux autres et leur acheter le moins possible. Le plan Cripps prévoit 100 millions de livres de ventes à l’Europe et seulement 7 millions d’achats en 1952. On comprend que les pays du continent, à ce taux, ne peuvent espérer équilibrer leurs comptes. En réalité, les Anglais pensent que, bon gré, mal gré, les Etats-Unis qui ont besoin de la France et de ses voisins payeront la différence, ce qu’ils ont fait jusqu’ici.

Sir Stafford Cripps devait venir à Paris, pressé par le gouvernement Français de trouver une solution. Mais on désire à Londres que la France équilibre son budget et stabilise sa monnaie avant de conclure un traité avec elle. On conserve une rancune de l’affaire de la dévaluation de janvier dernier, qui pourtant n’a pas nui à la livre qui se porte très bien, mieux que les estomacs britanniques.

 

La Ruhr

L’irritante question de la Ruhr s’apaise grâce à la bonne volonté et à la sagesse des négociateurs ; le problème essentiel, c’est le maintien indéfini du contrôle de la production lorsque l’occupation aura pris fin. D’ici là, le danger allemand ne saurait exister. Il semble bien qu’on soit prêt à s’entendre sur le principe. Reste, ce qui est fort délicat à mettre sur pied des années à l’avance, un système efficace qui soit accepté par les Allemands et vraiment voulu par les Anglo-Saxons. Pour les Anglais, ils sont trop intéressés à ne pas voir se développer outre mesure une industrie allemande concurrente, pour ne pas donner, au fond, dans nos vues.

 

                                                                                  CRITON

Criton – 1948-12-04 – Renouveau de la Guerre Froide

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Le Courrier d’Aix – 1948-12-04 – La Vie Internationale.

 

Renouveau de la Guerre Froide

 

La bataille pour Berlin a repris dans la ville même, ce qui prouve la vanité des efforts de conciliation de M. Bramuglia et l’intention des Soviets de ne laisser aucun répit. En apparence, la tactique n’a pas changé. Il y a cependant du nouveau.

 

La Stratégie Soviétique

« Les Anglo-Américains préparent la guerre, a dit Timochenko, ressuscité à l’occasion du défilé sur la Place Rouge, mais cette politique sera brisée par la croissance des forces sociales pacifiques qui empêcheront qu’une guerre puisse commencer ».  Cela fait écho aux mots d’ordre « Nous ne nous battrons jamais contre l’Union Soviétique »,  lancés par tous les pays où les communistes sont en force.

Depuis la mort de Jdanov, les dirigeants soviétiques se sont rendu compte que la crise économique aux Etats-Unis n’aurait pas lieu, que le réarmement s’accélérait et que le temps où une guerre pouvait être risquée était passé. Il y a eu l’affaire Tito, de graves difficultés en Tchécoslovaquie et chez les autres satellites, une situation intérieure tant politique qu’économique toujours médiocre tandis que, en dépit des crises gouvernementales et des grèves, les pays d’occident se relevaient rapidement. Malgré les sabotages, l’efficacité du plan Marshall n’est pas douteuse. Autant de déceptions dont la tactique russe devait tenir compte. C’est ainsi, comme nous l’avons signalé tout au début, que la grande offensive de Chine fut décidée et l’effort essentiel porte sur l’Extrême-Orient.

En Occident, les moyens d’action des Soviets sont maintenant apparemment épuisés. Les partis communistes sont las, des tendances Titistes se font jour. On n’espère plus que dans une dictature providentielle pour ressouder l’unité ouvrière et rendre leur prestige aux organisations syndicales du parti. Un dernier argument de propagande reste « Nous voulons la paix, nous sommes les champions de la paix dans le monde contre les fauteurs de guerre anglo-saxons ». Le slogan est bien gros, mais tout pacifisme émeut les cœurs. En France et en Italie où les deux guerres ont laissé des déceptions, l’idée de neutralité est populaire sans qu’on se demande sincèrement si, le cas échéant, elle serait possible.

 

La Riposte

C’est au sein même des classes ouvrières que la lutte prend forme. Depuis la victoire de Truman, les syndicats américains ont pris position avec une énergie inattendue contre le communisme dans les organisations, et l’Union Soviétique, au dehors. L’A.F.L. a voté une motion de combat réclamant une épuration et une politique d’extrême fermeté. Le C.I.O., l’autre organisme, parait devoir suivre. Simultanément en Angleterre, le T.U.C. s’est réuni pour décider le dépistage des infiltrations communistes dans les syndicats et aussi une politique vigoureuse à l’égard de l’U.R.S.S. Ces prises de position très nettes ont leur répercussion sur le continent et la scission idéologiquement, chaque jour plus évidentes sur la question « Pour ou contre les Soviets ».

 

A Berlin

Ce qui n’empêche pas la guerre froide de reprendre. On a saboté les travaux du Conseil Municipal à Berlin, destitué les fonctionnaires et refusé de reconnaître par avance la municipalité qui sera élue le 5 décembre dans les secteurs occidentaux. Il y aura une autre municipalité recrutée par les Russes, qui légifèrera contre la première. Mais on prévoit plus : une coupure définitive de l’Allemagne en deux, la nomination d’un Parlement de l’Allemagne orientale et – ce qui serait plus grave – une sorte de putsch communiste dans les secteurs occidentaux ; des bandes armées maîtriseraient la police anglo-franco-américaine et annexeraient Berlin au Reich Oriental. Les Américains, dit-on, enverraient à Berlin une division blindée avec armement complet.

 

En Chine

Les communistes paraissent l’emporter. Madame Tchang-Kaï-Chek part pour Washington, mais on ne fera rien en Amérique pour sauver le régime du Kuomin-Tang d’une débâcle inévitable.  On se contentera de renforcer quelques points stratégiques, Tsing-Tao d’abord ; plus tard, Shanghai et Hong-Kong par les Anglais.

Une conférence a réuni à Saigon les chefs militaires anglo-franco-américains. Enfin, succès d’importance, le Siam s’est rallié à la cause des occidentaux. L’armée siamoise va recevoir des armes et des instructeurs. On pense en faire en Asie du Sud-Est le noyau de la résistance au communisme, ce qui aiderait à couvrir l’Indochine, la Birmanie, la Malaisie et les Indes néerlandaises.

 

La Ruhr

Le Gouvernement Français a remporté un succès auquel on ne s’attendait pas. Il semble que le président Truman soit à l’origine de ce revirement. L’opinion américaine, et surtout anglaise, a joué aussi un rôle en défendant avec vigueur la thèse française.

Bref, deux points sont acquis. La France participera au « Comité d’Essen », c’est-à-dire au contrôle du charbon et de l’acier de la Ruhr ; la fusion des trois zones en sera accélérée ; mais ce contrôle ne durera qu’autant que les gouvernements militaires conserveront leurs pouvoirs. En second lieu, une commission de sécurité surveillera l’industrie allemande quand celle-ci sera rendue aux Allemands. Sur l’organisation et les pouvoirs de cette commission, on discutera. Enfin, il semble que la remise définitive des mines et des entreprises au gouvernement futur du Reich pourrait être ajournée jusqu’à la signature du traité de paix, ce qui pourrait bien être aux calendes grecques.

 

                                                                                  CRITON