Criton – 1949-02-05 – Offensive de Paix

ORIGINAL-Criton-1949-02-05  pdf

Le Courrier d’Aix – 1949-02-05 – La Vie Internationale.

 

Offensive de Paix

 

Depuis le discours de Cachin à la Chambre Française, et la déclaration de Togliatti, on la sentait venir. L’interview de Staline la consacre : l’U.R.S.S se déclare champion de la paix contre les fauteurs de guerre anglo-américains !

 

L’Interview

Cette interview, prise par un journaliste américain, ressemble tellement à celle qu’accordait Hitler en 39 que le monde, si courte que soit sa mémoire, en a éprouvé un certain malaise.

D’un côté le dictateur rouge se dit prêt à rencontrer Truman, à parler de lever le blocus de Berlin, à procéder au désarmement, tandis que sa radio et sa presse à l’intérieur, vitupère les impérialistes et bellicistes de Londres et Washington.

L’invitation de Staline a été accueillie avec méfiance. Des actes et non des paroles, demande-t-on : levez le blocus, signons un traité de paix avec l’Autriche et nous verrons. A Moscou, on ne se faisait pas d’illusion sur les dispositions américaines, mais il fallait alimenter la propagande de l’ « Humanité » et de l’ « Unité » en vue des élections.

 

Les Pourparlers d’Oslo

Moscou évidemment s’inquiète des progrès de l’Union européenne et de l’extension du pacte de l’Atlantique. C’est la vieille hantise du cordon sanitaire autour du bolchévisme.

Aussi Moscou a-t-il employé tous ses moyens de pression pour faire échouer la Conférence d’Oslo ou tout au moins empêcher la formation d’un bloc scandinave rattaché aux Etats-Unis par le pacte de l’Atlantique. Il a réussi en partie, puisque la Suède reste fidèle à la politique de neutralité. Mais la Norvège, complètement dépendante de ses intérêts maritimes, se joindra au bloc où se trouvent déjà l’Angleterre et les Etats-Unis. La Norvège a, avec l’U.R.S.S. une frontière commune et l’établissement de bases américaines en Norvège rapprocherait singulièrement les bombes atomiques de Leningrad.

Moscou a donc envoyé une note très pressante à Oslo pour intimider les Norvégiens. Mais ceux-ci ont répondu que rien ne les empêcherait de signer le pacte. Le Danemark pris entre la Suède et la Norvège ne sait comment assurer sa défense. Il viendra sans doute au pacte quand le bloc de l’Ouest sera plus puissant.

 

Bevin

L’échec de la politique anglaise en Palestine a fait passer à Bevin un mauvais moment à la Chambre des Communes. Une partie des travaillistes a voté contre lui. On s’attendait à le voir démissionner, mais c’est un rude lutteur d’un entêtement légendaire. Il a donné quelques satisfactions aux conservateurs en affirmant que la défense de Suez et des lignes de communications de l’Empire serait assurée et s’est montré plus résolu qu’à l’ordinaire sur la question de l’Union Européenne que beaucoup de travaillistes l’accusent de saboter.

En fait, l’Angleterre n’a plus la direction diplomatique, que ce soit, en Palestine, en Extrême-Orient, ou même sur le continent européen. C’est Washington qui arbitre et comme il n’est pas question de s’appuyer sur Moscou pour faire contrepoids à l’Amérique, l’Angleterre doit conformer sa politique à celle des Etats-Unis, même si ses intérêts ne coïncident pas absolument avec les leurs.

Churchill pense qu’au fond il faut en prendre son parti, s’entendre à fond avec le département d’Etat, au prix de concessions mutuelles, prendre la tête de l’Union Européenne et peut-être un jour créer un bloc Européen qui aurait une plus grande liberté de décision que l’Europe désunie d’aujourd’hui.

Bevin a pour lui quelques réactionnaires, impérialistes et anti-européens, un fort bloc de trade-unionistes dont il est l’idole et qui le soutiendront quoiqu’il fasse. Néanmoins, son sort est en suspens, et la paix revient entre Juifs et Arabes, sans que l’Angleterre y soit pour grand-chose.

Churchill pense qu’au fond il faut en prendre son parti, s’entendre à fond avec le département d’Etat, au prix de concessions mutuelles, prendre la tête de l’Union Européenne et peut-être un jour créer un bloc Européen qui aurait une plus grande liberté de décision que l’Europe désunie d’aujourd’hui.

Bevin a pour lui quelques réactionnaires, impérialistes et anti-européens, un fort bloc de trade-unionistes dont il est l’idole et qui le soutiendront quoiqu’il fasse. Néanmoins sont sort est en suspens, et la paix revient entre Juifs et Arabes, sans que l’Angleterre y soit pour grand-chose.

 

Problèmes Economiques

On est très confondu à Moscou de l’échec complet des prévisions de Marx et de Lénine sur l’évolution de la société capitaliste et l’académicien russe Varga a osé écrire sans être mis à l’ombre, que cette société pourrie était très capable de trouver son équilibre.

En effet, pour le troisième mois consécutif, les prix baissent aux Etats-Unis, les revendications de salaire et les grèves s’atténuent. Il n’est plus question d’inflation et dans tous les pays où l’économie est plus ou moins libre, la même tendance commence à paraître. Cela est très important car le plan Marshall aurait été emporté par l’inflation comme un pont par la crue des eaux. Ce n’est pas pour dire que tous les problèmes sont résolus, mais le plus grave danger recule.

 

En U.R.S.S.

Le croiriez-vous, on retourne même aux méthodes du Capitalisme en U.R.S.S. ! L’économiste Vladimorov écrit :

« Il est temps que cesse le déficit des entreprises d’Etat couvert par les subsides du trésor public. Il n’y a qu’une économie saine : une industrie qui couvre ses frais de production et vit par elle-même : les prix doivent refléter ces frais et être des prix réels. Autrement, l’entreprise ne surveille pas le coût de ses fabrications, s’endort sur les subventions, bousille le travail aux dépens du consommateur et ruine l’esprit d’émulation qui doit exister en toute entreprise » ( !).

« Conclusion : les entreprises se débrouilleraient, les prix vont évidemment monter, mais cela réduira la demande et obligera les dirigeants à redoubler d’efforts pour serrer leurs prix et les adapter au pouvoir d’achat du consommateur ».

On est en train de découvrir l’économie classique à Moscou. Qu’attend M. Queuille pour suivre l’exemple. Les Chemins de fer même vont être obligés de se suffire, le gaz, l’électricité de même ; le bon exemple de la saine économie vient de Moscou. Qu’attend-on pour le suivre ?

 

                                                                                  CRITON