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Le Courrier d’Aix – 1949-02-12 – La Vie Internationale.
Crimes et Manœuvres
Bouleversée par le procès et la condamnation du Cardinal Mindszenty, l’opinion a prêté moins d’attention aux manœuvres de Staline pour intimider la Norvège et faire échec au pacte de l’Atlantique ainsi qu’au brusque retournement de la conjoncture économique qui s’est traduit par une baisse profonde des marchés américains.
Le Procès du Cardinal
De tous les coins du monde, gouvernements, groupes privés de toute opinion ou confession envoient au pseudo-gouvernement de Hongrie des protestations.
Ce procès reproduit tant d’autres crimes analogues : mêmes accusations absurdes, mêmes pratiques pour anéantir la volonté de l’accusé, même emploi des procédés scientifiques de toxicologie criminelle ; enfin, les aveux spontanés et la condamnation par un tribunal fantôme. On a l’impression que le bolchévisme tient périodiquement à se rappeler à l’exécration universelle. La bande de vieux révolutionnaires qui règne à Moscou est persuadée que la terreur est le seul moyen d’en imposer aux hommes. Ils ne voient pas qu’ils donnent par là des atouts à ceux qui un jour les abattront. Car la véritable habileté serait d’enlever aux Américains la seule arme qu’ils ne peuvent pas forger eux-mêmes : l’arme morale.
Il est bien clair que les Etats-Unis ne pourront frapper le coup de massue, que nous avons toujours prévu que sur un adversaire qui par son abjection et ses crimes, sera d’avance, comme Hitler répudié par l’humanité. Mais c’est ce que les bolchéviks sont incapables de comprendre.
En frappant un prince de l’Eglise et une grande figure nationale, ils ont voulu écraser l’Eglise et effrayer tous les chrétiens sous leur joug. En Pologne, en Allemagne occupée et surtout en Tchécoslovaquie une épuration sauvage se poursuit. Elle vise surtout l’armée, le clergé et ce qui reste des résistants patriotes que les Russes n’ont pas réussi à faire massacrer par les Allemands. En Tchécoslovaquie, la population se défend, surtout les ouvriers, mais la répression est impitoyable.
Le Pacte de l’Atlantique
On pense communément que l’offensive de paix de Staline visait surtout à empêcher la conclusion du pacte de l’Atlantique et la constitution d’une chaîne d’états libres autour de l’U.R.S.S. Moscou, après avoir réussi à intimider la Suède – ce qui n’a jamais été bien difficile –, a cherché à détacher la Norvège de l’Alliance Américaine. Deux notes contenant des menaces voilées et des promesses ont été remises à Oslo. Staline offre à la Norvège un pacte de non-agression ! Ce genre de pacte évoque de trop tristes souvenirs pour tenter les Norvégiens. Moscou en avait conclu avec tous ses voisins dont la Finlande et les pays baltes, elle en avait même proposé un à la Pologne ! Néanmoins, abandonné par la Suède et le Danemark, la Norvège semble encore hésiter ou plutôt cherche à obtenir des Etats-Unis des engagements pratiques que la constitution américaine défend au gouvernement d’assumer. Si la Norvège ne signe pas le pacte de l’Atlantique qui sera prêt en mars, ce sera un gros échec pour le département d’Etat et un succès énorme pour Staline.
Sur le Plan Economique
Depuis quelques semaines nous attirons l’attention sur le nouvel aspect de la lutte pour la domination mondiale : la rivalité économique.
En effet, nous venons de voir le premier signe évident d’un changement radical dans l’orientation des marchés. Après neuf ans d’inflation et de rareté, d’un seul coup apparaît la baisse, l’abondance, le spectre de la surproduction. C’est l’heure tant attendue par les Soviets, celle de la dépression économique et du chômage. Nous n’en sommes pas là.
Il était fatal que la production en se développant atteindrait tôt ou tard le point où les marchés seraient saturés. Il est certain qu’ils l’auraient été moins vite si la répartition des moyens d’achats était plus équitable. Mais il y a aussi une raison psychologique. Dès que la rareté fait place à l’abondance, l’appétit des consommateurs diminue, leur hâte à s’assurer ce dont ils ont peur de manquer s’éteint. Le tout réuni provoque un arrêt brutal de la demande auquel nous assistons aujourd’hui dans tous les pays. Le fait est normal, il était prévu. Reste à savoir si, de proche en proche, il ne se transforme pas en dépression cyclique, et si l’on pourra trouver un point d’équilibre : l’avenir du monde dépend de cette issue.
Le Contre-Blocus
Les Soviets connaissent à Berlin et dans leur zone une désillusion cuisante. Le blocus de Berlin, qui n’a pas pu chasser les alliés, tourne au désastre.
Après des mois d’hésitation, maintenant qu’ils sont surs, l’hiver fini, de tenir le pont aérien, les Américains ont décidé de bloquer la zone soviétique d’Allemagne, coupant ainsi le commerce des pays derrière le rideau de fer des voies de communication terrestres avec leurs clients d’occident, privant aussi l’Allemagne orientale de ses sources d’approvisionnement. Cette zone est d’ailleurs dans un état tel de détresse économique que les usines sont obligées de fermer. Les Russes ont tellement pillé qu’il ne reste plus qu’un outillage rare et à bout de course ; les chemins de fer sans matériel, les voies défectueuses, les routes mal entretenues. Les Russes ne peuvent rien fournir pour remettre la machine en marche et la production de cette riche contrée est presque négligeable.
Protestations Anglaises
L’ère de facilité pour les producteurs exportateurs est close et les Anglais s’en effraient. Ils ont réussi merveilleusement il faut le dire et contre toute attente à remonter la pente et à réduire dans des proportions miraculeuses leur déficit commercial. Cela n’a été possible que parce que le monde solvable manquait de tout. Que se passera-t-il demain ?
Les Anglais sont effrayés tout particulièrement de la concurrence allemande qui se développe avec rapidité, grâce au salaire très bas que touche l’ouvrier allemand et aux facilités que les Américains et les Anglais eux-mêmes ont donné à l’Allemagne de produire pour se suffire et payer sa nourriture. Mais on se souvient à Londres de l’astuce des Allemands pour s’emparer d’un marché et l’on ne voit aucun moyen de s’en défendre.
CRITON