Criton – 1949-01-29 – Les Plans d’Assistance Economique

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Le Courrier d’Aix – 1949-01-29 – La Vie Internationale   

Les Plans d’Assistance Economique

 

La guerre froide, disions-nous, passée du terrain politico-militaire au terrain économique. A peine le président Truman avait-il fait son exposé de reconstruction universelle que Staline ripostait en réunissant ses satellites pour établir un plan Marshall soviétique. Rivalité pour réaliser le bien-être des peuples !

 

Le Discours Truman

Le discours d’investiture du président américain a été qualifié d’événement historique. Il exprime en effet avec netteté les points essentiels qui vont définir sa politique. D’abord qu’il n’y a pas d’accord possible avec le communisme mais que la guerre peut être évitée si les Etats-Unis sont assez forts pour enlever toute chance de succès à l’agresseur.

Ensuite que les Américains doivent rallier autour d’eux le plus de pays possible en les aidant au maximum à recouvrer la santé économique, à élever le niveau de vie de leurs travailleurs et par là, contrecarrer les plans de sabotage communiste ; qu’une alliance  militaire doit être signée par les Etats-Unis avec tous les peuples qui veulent se détendre et qu’on leur fournira les armes nécessaires.

Enfin, et ceci est le point nouveau qui a suscité tant de commentaires : « Nous mettrons notre capital et nos ressources techniques à la disposition des peuples arriérés économiquement, en Asie et en Afrique pour leur permettre de s’équiper et de résister à la propagande soviétique fondée sur la misère.

Et cela, ajoute Truman, « non avec le dessein de les exploiter au sens impérialiste du mot, mais pour les mettre en mesure de s’organiser eux-mêmes ; l’expérience prouve en effet que notre commerce se développe dans les pays qui réalisent eux-mêmes des progrès ». Si l’on ajoute à cela le vœu habituel en faveur d’un abaissement des barrières douanières, on voit que les Etats-Unis visent à étendre leur aide au monde qui n’est pas encore aux mains des Soviets.

L’appât de cet appui est capable d’attirer dans l’orbite américaine les pays qui manquent de tout. Moscou a bien senti le danger. Il va essayer de calmer les impatiences des pays conquis, économiquement abandonnés et qui voient la manne américaine pleuvoir sur les voisins.

Truman a bien soin de distinguer cette aide, du système d’exploitation coloniale, mais il oublie que ce système était le seul possible à une époque où les pays occupés étaient complètement primitifs et que dans bien des cas, l’entreprise coloniale a fait plus pour les peuples que n’en fera jamais le dollar.

Aujourd’hui, grâce aux progrès réalisés, ces peuples peuvent être en mesure de recevoir une aide matérielle et d’en tirer parti à leur usage exclusif. Mais qu’ils ne s’y trompent pas : derrière l’aide désintéressée et sans contrepartie apparente du gouvernement des Etats-Unis, il y aura le capital et l’entreprise privée pour en tirer profit.

S’il veut maintenir la prospérité américaine, le président est bien obligé d’ouvrir coûte que coûte des débouchés à une industrie en perpétuelle expansion, d’assurer aussi à l’Amérique le contrôle des sources de matières premières. Même avec les meilleures intentions, on ne peut empêcher que les affaires ne soient les affaires qui ne se font pas à fonds perdus.

Le programme du président n’est que la forme moderne de ce qu’a été autrefois l’entreprise coloniale et ce qu’elle est malheureusement parfois encore : Civiliser et en même temps tirer des ressources développées un profit équitable. Il n’y a de changé que l’apparence.

 

L’Allemagne

Signalons l’importance du conseil de contrôle, que d’un commun accord, les Etats-Unis, la Grande Bretagne et la France viennent d’instituer.

Cet organisme qui sera permanent et définitif, a pour but d’empêcher la formation en Allemagne d’organisations militaires ou para-militaires, de veiller à ce que ne soit pas fabriqué du matériel de guerre ou des produits susceptibles de servir à la guerre ; de surveiller les laboratoires et les établissements de recherche scientifique et plus généralement de tous édifices, chantiers où pourrait se reconstituer le potentiel militaire allemand.

Donc au moins en principe, la France a reçu tous apaisements pour sa sécurité. On a beau dire qu’elle sera seule contre deux, il sera bien difficile aux Anglo-Saxons qui n’ont d’ailleurs aucune raison de s’y opposer, de rendre cette surveillance inefficace, à condition qu’on l’exerce très sérieusement.

 

L’Union Européenne

Les projets d’Union Européenne ne vont toujours pas très fort de l’avant. Malgré le pressant désir d’aboutir à quelque chose de concret, ni les Franco-Belges, ni les Américains n’ont pu empêcher l’obstruction des Anglais. L’organisation prévue a encore été ajournée.

 

La Chine

Tchank-Kaï-Chek a démissionné ; abandonné par les Américains, trahi par ses partisans, il laisse en fait le champ libre au général communiste Mao Tsé Tung. Sauf imprévu, il sera donc le chef de la Chine de demain et il n’a pas caché qu’elle serait une république populaire. Même parmi les meilleurs observateurs et connaisseurs de la Chine, les avis sont partagés. Sera-ce vraiment une république communiste sur le modèle imposé aux satellites de l’Ouest résolument orientée vers Moscou et fermée à l’influence occidentale : ou bien Mao Tsé sera-t-il obligé de composer pour réussir et laisser la porte ouverte à tous les compromis politiques sociaux et économiques. Le chinois essentiellement marchand s’accommoderait mal d’une discipline collectiviste. Jusqu’ici, on ne saurait s’entretenir d’illusions : Mao Tsé et les siens sont communistes et paraissent décidés à agir comme tels.

 

                                                                                  CRITON