Criton – 1949-01-22 – La Lutte Economique

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Le Courrier d’Aix – 1949-01-22 – La Vie Internationale.

 

La Lutte Economique

 

Comme on le sentait depuis quelques mois alors que beaucoup croyaient à la guerre, les conflits de plus en plus tendent à s’apaiser. Est-ce par la volonté des hommes ou de plus mystérieuses raisons ?

 

En Palestine

L’incident des cinq avions ainsi que nous l’annoncions, n’aura pas de suite et la hâte des Juifs et des Arabes à terminer une guerre onéreuse se manifeste dans toutes les négociations ; à Rhodes entre Egyptiens et Juifs, à Ammar entre Israël et Abdullah, à Tel-Aviv avec les Libanais et Irakiens.

Les difficultés financières des Juifs sont mises à profit par les Etats-Unis qui subordonnent l’octroi d’un crédit de 100 millions de dollars à Israël à la conclusion de la Paix. L’Angleterre de son côté se dispose à reconnaître les règlements obtenus, Bevin âprement critiqué pour sa politique palestinienne a dû céder aussi sous la pression des Etats-Unis.

 

En Chine

La situation est toujours confuse ; la tendance reste la même. Les troupes communistes avancent ; les nationalistes démoralisés résistent assez mal. Tchang-Kaï-Chek est sur le point de se réfugier à Formose. Le Kuomintang demande la paix. Les communistes vainqueurs ne sont pas disposés à négocier.

Dans ce vaste pays où l’anarchie n’a cessé de régner, il n’y a pas de raison d’Etat ou de pression économique pour obliger les belligérants à cesser la guerre civile. Cependant, les appels à la paix se multiplient, venus de tous les partis, de toutes les classes sociales. La population est à bout. Cet état d’esprit donne aux communistes une chance d’imposer leurs conditions. Comme partout, la misère sert le bolchévisme.

 

France – Angleterre

Les relations Franco-Anglaises ont ceci de bizarre, c’est que si l’on examine les points de divergences entre les deux pays, on trouve qu’il s’agit de peu de choses et qu’on va pouvoir s’entendre du premier coup. Et puis rien n’aboutit ; le malaise, un instant dissipé, reparaît.

C’est que l’Angleterre est aux prises avec des problèmes qu’elle ne veut pas résoudre. Elle souhaite l’Union Européenne à condition d’en prendre la direction sans cependant perdre sa position mondiale et relâcher ses liens avec les Dominions : prétentions contradictoires. En matière économique, elle veut son indépendance à l’égard des Etats-Unis et pour cela, exporter sans importer l’équivalent, ce qui est impossible. Elle veut rendre l’Allemagne viable économiquement et l’empêcher en même temps de lui faire concurrence. Elle veut établir un socialisme européen qui mettrait en commun les ressources européennes en laissant toutefois les richesses anglaises aux Anglais seuls.

  S’entendre dans ces conditions, n’est jamais que s’entendre à demi. C’est ce qu’a constaté M. Schuman. En un certain sens, tout est facile ; en un autre, rien n’est faisable. Les Anglais sentent bien qu’il faudrait se résoudre à une solution claire. La politique internationale du travaillisme rencontre une forte opposition des travaillistes eux-mêmes. Mais d’ici les élections de 1950, on ne voit pas un changement sérieux, à moins que les Etats-Unis soient en mesure d’imposer leur volonté d’unir l’Europe coûte que coûte, et au besoin malgré elle.

 

La Guerre Froide

Des bruits circulent de négociations secrètes entre Russes et Américains sur Berlin. Les Soviets ont perdu la bataille du blocus. Le pont aérien a fonctionné à la perfection. Les Berlinois ont tenu. Berlin ne sera pas soviétisé.

Dans la zone d’occupation Russe, la résistance à l’occupant déjà très forte s’accentue. Les Bolchéviques ne trouvent plus d’Allemands pour appliquer leur politique et remplir les emplois publics à leur service. Le sabotage et la résistance passive s’étendent. Les fuites vers la zone anglo-américaine se multiplient. Devant ces difficultés, les Russes paraissent enclins à faire une pause. De là à parler d’apaisement, il y a loin. N’y croyons pas.

 

La Crise du Plan Marshall

La guerre froide cependant, s’oriente plutôt vers la lutte économique où les chances des Communistes semblent grandir. Il y a une crise du plan Marshall. Les signes en sont apparus avec les difficultés économiques belges. La Belgique, faute de dollars, restreint ses importations d’Amérique et d’autre part, ne peut plus exporter à la France et même à l’Angleterre parce que ces pays sont endettés vis-à-vis d’elle et, qu’à moins que les Etats-Unis ne paient la différence, il n’y a pas d’espoir de rééquilibrer les échanges. Les affaires ralentissent.

Aux Etats-Unis même, la situation demeure excellente mais uniquement grâce au surarmement et aux largesses du Plan Marshall. Néanmoins, on assiste à ce paradoxe : des mines de charbon aux Etats-Unis ferment faute de débouchés, alors que le charbon manque à l’Europe et que tant de bateaux restent au port. Les exportations américaines baissent rapidement, même en Amérique du Sud et au Canada. Par ailleurs, presque tous les pays sont amenés à suivre une politique d’austérité pour sauver leur monnaie. Les Etats-Unis se voient obligés, s’ils veulent maintenir leur production et leur prospérité, d’intervenir de plus en plus dans la vie économique des autres nations, d’abord en prêtant à fonds perdus et ensuite, par une pression proprement politique, en empêchant les pays qu’elle aide de se replier sur eux-mêmes et d’adopter un système économique et social incompatible avec de libres échanges.

L’Angleterre seule essaie de se suffire, de sauver son indépendance par des sacrifices sans cesse accrus ; mais la corde semble bien tendue. Les Russes profitent de cette situation. Ils poussent maintenant leurs satellites à échanger leurs produits avec l’Occident. La Pologne, la Tchécoslovaquie traitent avec l’Angleterre. Ils pensent par-là atténuer les difficultés de ces pays et ébranler la prospérité américaine, ce qui aujourd’hui est un objectif essentiel.

 

                                                                                  CRITON