Criton – 1949-01-15 – Nouvelle Alarme

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Le Courrier d’Aix – 1949-01-15 – La Vie Internationale.

 

Nouvelle Alarme

 

L’Affaire Palestinienne

On s’était laissé aller à la quiétude quand a éclaté l’incident palestinien. Cinq avions britanniques abattus ! L’opinion mal remise des émotions de la guerre froide a un peu dramatisé. Qu’en est-il ?

Du côté anglais, on s’inquiète de voir se constituer en Orient une puissance militaire qui n’est contrebalancée par rien. En pénétrant en territoire égyptien, les Juifs ont montré qu’ils pouvaient sans peine atteindre Suez. Cependant, l’affaire Judéo-Egyptienne paraissait arrangée. Une conférence s’ouvre à Rhodes. L’Armistice accepté a été à peu près observé et les Juifs ont retiré leurs troupes du pays Egyptien. L’Egypte de son côté, a refusé l’appui des Anglais considérant le traité d’alliance de 1936 comme caduc. Là-dessus, les Juifs abattent cinq avions anglais qui faisaient une reconnaissance au-dessus des positions israéliennes. Que vont faire les anglais ? Pas grand-chose, car l’opinion anglaise est divisée sur la question. Qu’allaient faire ces avions, demande Eden ? Déjà on pense que les Américains vont s’entremettre, comme ils l’ont fait entre Juifs et Egyptiens. L’affaire s’arrangera et les Anglais y perdront un peu de prestige, voilà tout.

Il y a cependant dans l’affaire un point inquiétant. La Russie qui cherche partout à créer des foyers d’agitation a trouvé en Palestine un terrain de choix. C’est elle qui ravitaille en armes les Juifs, autrefois par Tito et maintenant par la Tchécoslovaquie. C’est elle qui envoie des émigrants de tous les pays satellites parmi lesquels se glissent des terroristes et des agitateurs entraînés par Moscou ou par Sofia. C’est elle qui attise la haine des Juifs contre l’Angleterre  et bien que le communisme proprement dit soit assez faible en Palestine même, les partis qui lui sont hostiles s’appuient sur l’U.R.S.S. Celle-ci verrait volontiers une guerre d’Espagne s’allumer en Palestine. Mais les Américains veillent … Il n’en reste pas moins que la force militaire d’Israël à proximité de Suez est un gros atout pour les Juifs et une lourde menace pour Albion. Aussi, les Anglais ont-ils renforcé Akaba, le port de la Transjordanie qui donne accès à la Mer Rouge et protègera le canal au nord.

 

Dean Acheson

Marshall a démissionné comme on le prévoyait, regretté par tout le monde. Son successeur, Dean Acheson, un juriste qui n’a pas encore une grande expérience des affaires mondiales a subi l’assaut des critiques du parti républicain aux Etats-Unis ; on l’accuse d’être l’avocat de Hiss poursuivi pour son activité pro-communiste. On le dit favorable aux Soviets. En réalité, sous le nom d’Acheson, c’est Truman qui va diriger la politique extérieure américaine. Tout le monde s’y attendait et tout le monde le craint, car jusqu’ici, les interventions du Président n’ont pas été très heureuses. Cependant, le caractère agressif de l’impérialisme soviétique est trop évident pour que la politique de fermeté ne soit pas poursuivie, et aussi le réarmement américain.

La politique de Marshall continuera parce qu’il n’y en a pas d’autre possible, mais Truman saisira toutes les occasions pour montrer au peuple américain ses intentions pacifiques. Puisse-t-il ne pas se faire rouler ?

 

La Conférence Scandinave

Les trois pays scandinaves se consultent fiévreusement. Les Etats-Unis font une vive pression pour qu’ils adhèrent au pacte de l’Atlantique. Comme nous l’avons dit, il s’agit de constituer une vaste alliance des nations libres, alliance économique et militaire contre l’U.R.S.S. et ses satellites. Au pacte de l’Atlantique succèdera un pacte du Pacifique et la boucle sera fermée autour du monstre.

Les Scandinaves sont divisés. La Norvège est prête à s’intégrer dans l’Union occidentale, mais la Suède tant par tradition que par peur de l’U.R.S.S., veut garder sa neutralité. Le Danemark hésite : il voudrait les avantages d’un accord étroit avec l’Occident sans s’exposer aux risques que sa position géographique comporte. Les consultations se multiplient. Le dernier mot en fait appartient à l’Angleterre.

 

Un Article de Lippmann

Comme le souligne Lippmann, tout l’échafaudage de la politique américaine se heurte à une question : l’Angleterre voudra-t-elle s’intégrer à l’Europe, ou restera-t-elle une nation insulaire ? Sans elle, il n’y a pas d’Union occidentale possible. Si elle ne s’engage pas à fond en Europe, la France est trop faible, trop divisée et minée à l’intérieur pour résister à l’U.R.S.S. La peur la fera céder. Mais, dit Lippmann, il faut se rendre à l’évidence : l’Angleterre ne consentira jamais à lier son sort à celui du continent. A notre avis, la partie n’est pas jouée ; l’Angleterre retarde l’heure du choix mais sera peut-être contrainte de se décider à être européenne. Car cet isolement si cher aux cœurs anglais, s’il devenait un jour un isolement véritable, serait peut-être  fatal à cet édifice devenu fragile qu’est l’empire britannique. Beaucoup d’Anglais le savent bien.

 

                                                                                  CRITON