Criton – 1950-09-30 – Victoire Décisive

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Le Courrier d’Aix – 1950-09-30 – La Vie Internationale.

 

Victoire Décisive

 

La victoire foudroyante des Américains en Corée s’achève plus tôt que les plus optimistes ne l’escomptaient. Il est difficile d’en exagérer l’importance et les répercutions.  Nous les résumons d’un mot en disant que pour la première fois depuis la prise de Berlin par les Russes, la troisième guerre mondiale n’est plus une certitude.

Pour la première fois aussi, Moscou est désorienté. Un bruit circule qui a toutes chances d’être exact : les Communistes chinois auraient fait savoir aux Etats-Unis par l’intermédiaire du Pandit Nehru qu’ils ne se livreraient à aucune action militaire, en Corée, à Formose ou ailleurs, tant que seraient pendantes ces questions à l’O.N.U. à laquelle ils désiraient en revanche être admis. Ce qui sera chose faite après les élections américaines de Novembre. Ainsi Mao Tsé Tung aurait choisi la voie pacifique et tous les plans de Staline en Asie sont menacés d’effondrement.

 

Rétrospective

Nous avons dit ici, dès la fin de juin, que le Kremlin ne se faisait aucune illusion. La résistance américaine avait empêché un blitz des Nord-Coréens, l’O.N.U. avait pris position contre l’agression en un tournemain, il n’y avait plus qu’à attendre la débâcle de Kir el Sung. Comment le rusé Staline avait-il pu être ainsi trompé ?

L’agression Nord-Coréenne avait été décidée en décembre entre Chou en Laï, Kir el Sung et Molotov et c’est vers le 10 mai que Syngman Rhee, le président Sud-Coréen avertit Truman de l’imminente attaque. Est-il vrai, comme on le prétend, que les Américains décidèrent alors d’attirer les Soviets dans le piège en leur faisant croire qu’ils n’interviendraient pas ?

Nous pensons que la réalité est plus simple. Comme nous l’avons montré en son temps, les Américains étaient jusqu’au dernier jour très divisés, et Truman et le sénateur Connolly étaient sincères quand ils déclaraient que la Corée ne pouvait être défendue et ne valait pas le risque. Il fut même question à ce moment d’abandonner le Japon. Cependant, en laissant Mac Arthur prendre toutes dispositions secrètes pour faire face à la situation, au cas où l’on changerait d’avis, et ce ne fut qu’au moment du voyage de Bradley au Japon, huit jours avant l’heure de l’attaque, que l’action défensive des Etats-Unis fut décidée.

Il n’en est pas moins vrai que Staline, trompé par les rapports d’espions, crut à une abstention américaine ou tout au moins à une hésitation assez longue, pour donner le temps à Kir el Sung ou plutôt au général allemand Schroeder d’occuper toute la Corée et il s’en fallut de peu qu’il ne réussit.

 

Perte de Prestige

Le désarroi est profond dans le camp communiste où la perte de prestige sera d’autant plus cruellement sentie que les affaires par ailleurs vont assez mal. La situation alimentaire en Hongrie a pris un caractère sérieux. Il ne suffit pas d’arrêter les Commissaires au ravitaillement pour trouver du bifteck. De plus, les épurations ont pris une telle ampleur – on en est au 3ème président de la République en deux ans – que tout le monde tremble dans le parti et que la terreur, si j’ose dire, se dévore elle-même.

C’est là d’ailleurs le point faible et probablement le germe mortel qui ronge le bolchévisme. Aucun dirigeant n’est sûr du lendemain en dehors des maîtres du Kremlin, et encore, tant que vit Staline. Chaque jour en Allemagne, en Hongrie, en Pologne, en Bulgarie, une tête tombe ou plutôt disparait dans quelque insondable trappe. A la longue, tous les hommes capables s’enfuient ou se cachent. Il ne reste plus que les policiers. C’est ce qui se passe actuellement en Bulgarie.

Par ailleurs, l’échec total du bolchévisme dans le domaine économique pèse lourdement sur l’effort de propagande. La disette 5 ans après la guerre est plus grave que jamais, et cela partout. Les cartes de rationnement en Allemagne orientale ne suffisent pas à nourrir les gens ; le marché noir officiel ou occulte continue chez tous les satellites, et même en certaines parties de l’U.R.S.S. Tout cela se sait.

Tito lui-même est victime de la même résistance paysanne au collectivisme ; la sécheresse a bon dos. Tito doit mendier du grain à Washington pour passer l’hiver.

 

Raidissement Américain

L’autre danger vient des Etats-Unis. Il est certain que la Maison Blanche a beaucoup hésité à donner à Mac Arthur les moyens d’accroître son prestige par une victoire militaire. Maintenant, il faut poursuivre. Il faut franchir le 38ème parallèle, rétablir la souveraineté Coréenne sans l’U.R.S.S. et sous le contrôle des Nations-Unies. Le problème coréen reste aussi compliqué qu’avant la guerre, qui, comme toujours, ne résout rien.

Les Etats-Unis se contenteront-ils d’une solution de compromis qui serait acceptable pour l’U.R.S.S., ou pousseront-ils à fond leur avantage pour tenir en respect toute l’Asie ? C’est plutôt là notre impression ; la machine militaire lancée, rien n’arrêtera les Américains, pas même le risque de guerre pour obtenir ce qui équivaut à une capitulation des Soviets. Surtout à la veille des élections, une solution diplomatique qui ne sanctionnerait pas la défaite des Rouges irriterait l’opinion qui compte en ce moment les morts. Washington est convaincu que les Soviets s’inclineront devant la force et nous pensons qu’il a raison.

 

                                                                        CRITON

Criton – 1950-09-23 – Equilibre dans le Pacifique

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Le Courrier d’Aix – 1950-09-23 – La Vie Internationale.

 

Equilibre dans le Pacifique

 

Plus encore que le retournement de la situation militaire en Corée, l’événement capital, c’est l’annonce du réarmement illimité du Japon. Cinq ans après Hiroshima, les Etats-Unis prennent en Extrême-Orient une position stratégique qu’ils pourront, avec l’aide d’une armée japonaise dont ils auront le contrôle grâce aux bases navales qu’ils conservent, tenir en respect les puissances asiatiques continentales, et, si besoin est, comme en Corée aujourd’hui, intervenir à la manière des Russes par un satellite interposé.

Cet événement qui a passé inaperçu ou que l’on a volontairement omis de commenter est gros de conséquences pour l’équilibre des forces dans le monde. S’il a été communiqué au moment même du débarquement des Américains à Inchon et de la retraite Nord-Coréenne au Sud, c’est pour mettre Mao Tsé Tung en présence des risques que son intervention dans la guerre impliquerait. Bien plus que Formose, c’est le réarmement du Japon qui va servir de monnaie d’échange entre la Chine communiste et les Etats-Unis. S’ils ne veulent pas se trouver aux prises, dans un avenir relativement proche, avec les forces combinées des Etats-Unis et du Japon, les Chinois devront donner des gages et relâcher leurs liens avec les Soviets. Tout un réseau de négociations secrètes s’est noué, par ailleurs, entre l’Inde et la Chine communiste dans lequel interfèrent Russes et Américains.

Autant qu’on en puisse juger, faute de données concrètes, les Soviets ont compris les difficultés que l’affaire manquée en Corée vient leur apporter. Selon notre impression, nous l’avons dit dès le début, Staline a mesuré aux premiers jours de la résistance américaine que l’aventure coréenne était une faute énorme. La prudence de Malik au Conseil de Sécurité, le demi-silence de Moscou sur les opérations militaires, en disait plus que les communiqués. Le Kremlin était fixé alors que les Européens voyaient déjà pour les Etats-Unis un nouveau Dunkerque.

 

Les Combats

Nous n’avons pas besoin de commenter l’action militaire, la carte des opérations parle d’elle-même. Les Nord-Coréens, à plus ou moins brève échéance, sont perdus. Mais si la diplomatie n’intervient pas, la campagne peut durer et des difficultés sont encore possibles. Une guerre coloniale ne se termine pas par Waterloo.

 

L’Attitude Soviétique

Tout le monde se pose la question : que feront les Russes ? Deux hypothèses : rien, ou bien réoccuper la Corée du Nord quand les Américains se seront installés sur le 38° Parallèle.

Notre sentiment est qu’ils s’en garderont parce qu’ils provoqueront l’O.N.U. sans grand profit politique ou stratégique. Ils chercheront plutôt à faire dériver l’affaire sur le terrain diplomatique pour tâcher de s’assurer plus tard, après le départ des armées américaines, une revanche politique dans une Corée unifiée.

Dans ce pays ruiné et chaotique, il y a encore de belles chances pour la propagande, et les Américains peuvent reperdre par les manœuvres électorales des agents communistes, le bénéfice de leurs succès militaires. Agir autrement serait pour les Russes s’exposer à une nouvelle défaite où ils seraient personnellement en jeu. Ce n’est pas leur manière. Ils chercheront plutôt à opérer sur un autre théâtre plus favorable pour entretenir l’inquiétude et ramener la guerre froide. S’ils avaient eu l’intention de s’engager en Corée, ils l’auraient fait depuis longtemps.

 

A la Maison Blanche

La politique intérieure américaine a été agitée par la démission de Johnson. Le retour du général Marshall à la défense a refait autour du président Truman une sorte d’union sacrée, tout au moins dans l’opinion, car l’opposition républicaine à la veille des élections tirera argument de la politique chinoise de Marshall considérée comme faible en face de Mac Arthur le triomphateur. L’habileté du président est de jouer simultanément des deux politiques, l’une qui vise, sur le plan diplomatique, à neutraliser la Chine par un règlement de Formose et peut-être un accord tacite ou explicite avec Mao Tsé Tung ; l’autre, sur le plan militaire, à montrer la force américaine en Asie suffisante pour rendre toute future aventure très dangereuse pour un pays asiatique qui exposerait sa faible et précieuse industrie à subir en cas de conflit le sort des usines Nord-Coréennes écrasées par les B35.

 

A l’O.N.U.

L’autre aspect de l’action diplomatique américaine se montre à l’O.N.U. dont la cohésion est indispensable à ses desseins. Il s’agit de former une armée internationale liant toutes les nations, et surtout de constituer une commission permanente d’enquête qui aurait le droit de s’informer partout où des agissements suspects menaceraient la paix du Monde d’une nouvelle agression. Si les Soviets ne pouvaient s’opposer aux mouvements de cette commission par l’exercice du droit de veto que les Etats-Unis cherchent à faire abolir, le rideau de fer cesserait d’être hermétique. Les Russes sentent tout le danger pour eux de laisser circuler des étrangers en Allemagne orientale, le long du Danube ou sur la frontière russo-coréenne, de même les Chinois en Mandchourie ou au nord du Tonkin. On bataillera sur ce point.

 

Le Réarmement Allemand

Le réarmement du Japon ne dépend que des U.S.A., celui de l’Allemagne dépend du consentement de la France et de l’Angleterre. Les Anglais n’y verraient pas d’inconvénient majeur ; l’équilibre des forces en Europe est une constante de leur politique. Les Français voient plus loin que l’avenir immédiat ; le stalinisme n’est pas éternel et le reflux soviétique est certain un jour ou l’autre.

Par ailleurs, ce n’est pas quelques divisions allemandes sur l’Elbe qui arrêteraient les Russes, s’ils se sentaient capables de vaincre les Etats-Unis sur les autres points du globe. Il est donc raisonnable de donner la priorité au réarmement français et à ne fournir aux Allemands des armes que si la situation devenait plus menaçante. La question n’est pas, malgré toutes les réactions sentimentales qu’elle soulève, ni irritante, ni insoluble ; même si on le voulait, le réarmement allemand ne serait pas pour demain, ce qui militairement est peut-être regrettable mais politiquement plus sage. Les Allemands d’ailleurs ne semblent pas pressés. La garantie d’être défendus sur l’Elbe par les Alliés eux-mêmes leur suffit pour le moment. Adenauer l’a réaffirmé et Schumacher même n’a pu s’empêcher de trouver assez satisfaisante la déclaration des Alliés.

 

                                                                                            CRITON

Criton – 1950-09-16 – La Chine au Carrefour

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Le Courrier d’Aix – 1950-09-16 – La Vie Internationale.

 

La Chine au Carrefour

 

La paix du monde repose sur un homme : ce n’est pas Staline, mais Mao Tsé Tung. Si la Chine n’intervient pas militairement en Asie, l’U.R.S.S. ne pourra envahir l’Europe, à coup sûr.

Alors que jusqu’à ces derniers temps, la presse mondiale rangeait la Chine communiste parmi les satellites de la Russie, l’opinion contraire, que nous avons toujours soutenue, commence à trouver des partisans. Des rumeurs de légers indices font penser que l’alliance Sino-Soviétique est plus diplomatique que militaire.

Une autre hypothèse se dégage des observations qu’on peut faire sur l’attitude du Kremlin. A Moscou, on ne se fait pas d’illusions excessives sur l’issue d’une troisième guerre mondiale, mais il y aurait deux courants opposés : l’un favorable à la guerre qui considère qu’en tout état de cause, l’Union Soviétique a les moyens, sinon de la gagner, du moins de plonger le monde dans un tel état de confusion que la révolution mondiale serait chose faite, même si les Etats-Unis, à la longue, finissaient par l’emporter. Leur victoire les sauverait peut-être eux-mêmes, mais le reste du monde leur échapperait définitivement. Ce courant qui a toujours existé parmi les révolutionnaires Russes, s’opposerait au courant d’opinion nationaliste qui a prévalu jusqu’ici, pour qui la révolution mondiale n’a d’intérêt que si l’U.R.S.S. est en état de la diriger et de la dominer par sa puissance militaire, et qui considère que cette révolution n’est que l’instrument de la prépondérance soviétique, et non une fin en soi.

C’est en somme l’aspect présent  de deux tendances au sein du Kominform, celle que représentait feu Jdanov et celle  profondément stalinienne. Celle-là jusqu’ici l’a emporté. Mais justement au cours des tractations avec Mao Tsé Tung et les autres dirigeants de Pékin, Moscou s’est rendu compte que la Chine aujourd’hui n’était pas liée définitivement par une entrée dans la guerre, elle serait peu à peu amenée à se détacher de l’U.R.S.S. pour faire une politique indépendante.

Certains pensent encore que les Soviets réussiront à entraîner Mao Tsé Tung dans la guerre d’Asie et c’est ce qui explique que les observateurs compétents et bien informés parlent ouvertement de guerre imminente ; l’ex-candidat à la présidence des Etats-Unis Dewey s’est fait l’écho de cette opinion. Nous restons persuadés pour notre part, tout comme nous l’étions l’an passé, que la partie n’est pas jouée et des autorités comme W. Lippmann évoluent dans ce sens.

 

La Bascule Diplomatique

Aux Etats-Unis, le département d’Etat continue à jeter du lest, sans vouloir paraître faire des avances à Mao Tsé. On serait toutefois disposé à Washington à restituer Formose et à abandonner ultérieurement la Corée, et même à neutraliser le Japon si la Chine s’engageait dans la voix de l’équilibre asiatique. Les Chinois en effet ne peuvent s’accorder avec les Etats-Unis que si ceux-ci évacuent militairement les positions qu’ils occupent sur le continent asiatique. Si la Corée restait occupée par l’armée américaine, la Chine perdrait son indépendance comme lorsque le Japon l’occupait lui-même. C’est là-dessus que les Russes appuient leur action. Les Etats-Unis cherchent à présent à leur enlever cet argument en préparant un règlement de la question coréenne après l’échec de Kir el Sem. Cet échec n’est malheureusement pas encore en vue.

 

A Lake-Success

Tout embrouillée qu’elle soit, l’action diplomatique à Lake-Success se laisse facilement expliquer. Les Russes appuient tous les efforts de la Chine communiste pour évincer Tchang-Kaï-Chek au Conseil de Sécurité, tout en s’arrangeant pour que ces efforts échouent, car ils ne redoutent rien tant que la fin de l’isolement diplomatique de Mao Tsé Tung. Les Américains au contraire, tout en s’opposant à l’entrée de celui-ci au Conseil de Sécurité font tout ce qu’ils peuvent pour avoir la main forcée et être débarrassés de Tchang par la majorité du Conseil à laquelle ils n’opposeraient par leur veto.

Ainsi, les Etats-Unis auraient retourné complètement leur politique depuis la déclaration du 25 juin sur Formose, tout en sauvant la face. Le désaveu du discours Mac Arthur, puis la discussion de prétendus incidents de frontière de Mandchourie et le discours amical de Truman à l’égard du peuple chinois ont marqué les étapes de cette conversion. Il y en aura d’autres si Mao Tsé Tung s’y prête.

 

Les Opérations Militaires

Cette évolution diplomatique a suivi de près les phases de la lutte en Corée. Là encore c’est la force qui décidera, en dernier ressort, des positions politiques. Jusqu’ici, les efforts des Américains n’ont servi qu’à éviter le pire, ce qui est beaucoup mais trop peu pour leur prestige. Un succès rapide redresserait la situation dans toutes les parties du monde.

Sur le plan moral, l’affaire de Corée a constitué pour le bolchévisme une défaite profonde dont les conséquences se font jour peu à peu et presque quotidiennement. Pertes de voix aux élections danoises ; condamnation presque unanime du communisme par les Trade-Unions, épurations massives dans la J.E.D. allemande, fissures et craquements dans le parti en France et en Italie, et cela malgré le succès médiocre de la puissance militaire américaine. Les forces morales sans être indépendantes du sort des armes jouent dans leur sens propre.

 

                                                                        CRITON

Criton – 1950-09-09 – Avant l’Automne

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Le Courrier d’Aix – 1950-09-09 – La Vie Internationale.

 

Avant l’Automne

 

L’évolution de la situation au cours de ce mois d’Août n’a apporté aucune surprise et les vues optimistes ont été confirmées.

Les américains ont tenu en Corée et les attaquants paraissent fatigués. A Lake-Success, la présidence russe au Conseil de Sécurité n’a servi qu’à des manœuvres de propagande, sans grande portée. Les débats de Strasbourg ont continué à tourner en rond grâce à l’obstruction de certains travaillistes anglais. Les conférences sur le réarmement ont fait des progrès raisonnables. La saison dangereuse s’avance et les Soviets n’ont pas lancé l’attaque redoutée.

L’opinion peu à peu se calme et le retour à l’économie de guerre se traduit par un regain d’activité économique. Le tournant, en somme, a été pris sans à coup et la puissance des nations occidentales ne peut que s’accroître. L’affaire de Corée n’a pas tourné à l’avantage du bolchévisme. Il semble s’en rendre compte.

 

Les Opérations Militaires

La lutte sévère qui se livre autour de Taïkyu a servi aux Américains de mise au point. Ils savent ce qu’est une guerre coloniale, ce qui n’est pas un mal. Ils ont eu à s’adapter à des conditions auxquelles ils n’étaient pas préparés ; quelques échecs ont suffi à secouer l’opinion aux Etats-Unis qui est revenue d’une confiance excessive, et après avoir touché l’inquiétude, en vient au sentiment de l’effort à fournir pour maîtriser partout l’impérialisme soviétique ; l’expérience acquise en matière technique servira au cas où la guerre s’étendaient à d’autres théâtres d’Extrême-Orient, ce qui n’est pas certain.

 

Formose

L’attitude de la Chine n’a pas varié. Malgré l’imprudence de Truman, liant l’affaire de Formose à celle de Corée, les Chinois, comme nous le pensions, ont beaucoup protesté, mais jusqu’ici pas bougé.

Comme un certain malaise régnait autour de ce problème dans les milieux internationaux, et que les Etats-Unis sentaient que personne n’approuvait leur attitude, ils ont habilement fait machine arrière en acceptant de soumettre le statut de Formose au jugement de l’O.N.U., mais après le règlement de l’affaire coréenne, ce qui permettrait de gagner beaucoup de temps sans provoquer Mao Tsé Tung. L’attitude de celui-ci reste énigmatique. Tout confirme qu’il attendra de voir de quel côté penche la balance des armes avant d’agir.

 

En Angleterre

Le gouvernement Attlee a bien mis à profit les circonstances. Avant le 25 juin, la position du travaillisme était très difficile ; l’opinion américaine lui était hostile et les problèmes économiques approchaient du point critique. Attlee a retourné la situation. En soutenant à fond les Etats-Unis à l’O.N.U., en envoyant la flotte et les soldats britanniques combattre en Corée, il a retrouvé les sympathies des Américains.

Par ailleurs, la nécessité de mettre en train un coûteux programme de réarmement masquera les échecs de l’économie travailliste. On inscrira au compte des obligations militaires le ralentissement des exportations et le déficit du budget, et l’on pourra solliciter l’aide américaine pour la défense commune. Enfin, le spectre d’une prochaine consultation électorale, qui pouvait être une catastrophe, recule. Suivant les circonstances, on fera ou non, un gouvernement d’union nationale, mais cette union existera en fait sur le plan politique et parlementaire.

La gravité, réelle ou exagérée à dessein, de la situation internationale commandera d’éviter un débat crucial, et le travaillisme pourra rester au pouvoir.

 

La Politique Française en Allemagne

La politique étrangère française a été menée avec prudence dans des conditions difficiles. Suivre une ligne de conduite qui s’impose en face d’une opinion boudeuse, neutraliste, sinon défaitiste, était délicat. Faire une politique de solidarité avec les Etats-Unis et l’O.N.U. sans paraître pro-américains, faire avancer les projets d’union franco-allemande de l’acier et du charbon sans se heurter, ni aux Anglais, ni aux intérêts de certains industriels, et surtout faire admettre par l’opinion le réarmement de l’Allemagne, tout cela est bien ardu.

Il semble cependant que l’opinion, malgré sa mauvaise humeur, a conscience que l’intérêt national commande tout ce qu’il est désagréable de souhaiter. Une certaine sagesse sous des aspects frondeurs a souvent caractérisé la neutralité française. Cependant, on ne peut nier que nous avons perdu sans profit, par l’attitude maladroite de la presse la plus officieuse, et sans profit aucun que le plaisir de se distinguer, une bonne part de la sympathie, jusque-là en progrès dans l’opinion américaine. Les Anglais sauront en profiter.

 

A Strasbourg

Le Travaillisme, malgré ses échecs, ne perd pas ses buts de vue : Empêcher l’Europe de se faire, à moins que l’Angleterre n’en prenne la direction. C’est à quoi tend assez naïvement un projet d’assistance économique mutuelle européenne destiné après la fin du Plan Marshall à remplacer l’aide américaine. Ce plan permettrait d’éviter la mise en application du Plan Schuman et annexerait en fait l’économie européenne à celle du Commonwealth, à condition que les méthodes socialistes s’étendent au Continent.

Les américains n’ont pas pris la chose au sérieux. Sous une forme ou sous une autre, le Plan Marshall continuera après 52 ; on est d’ailleurs aussi loin que possible d’une internationale socialiste en Europe. Les querelles de M. Guy Mollet avec ses confrères britanniques à Strasbourg, et l’opposition de Schumacher en Allemagne aux projets de réarmement allemand, montrent que le socialisme est entrainé, malgré lui, à être nationaliste, évolution que nous avons souvent signalée et qui prête à réflexion sur la philosophie politique.

 

                                                                        CRITON

Criton – 1950-09-02 – Épreuve de Force

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Le Courrier d’Aix – 1950-09-02 – La Vie Internationale.

 

Epreuve de Force

 

L’épreuve de force continue en Corée, plus âpre que jamais. Les deux parties, Russes et Américains, ont mis en jeu leur prestige. Bien qu’indirectement engagés, les Soviets souffriraient de l’effondrement de leur satellite, l’éclat d’une victoire militaire américaine devant rallier les hésitants – moralement déjà tout disposés à le faire – à la cause des Nations Unies. Les Soviets ont intérêt aussi à fixer dans cette expédition coûteuse et lointaine le meilleur des forces américaines et les détourner ainsi de l’Europe. On s’attend à une offensive prochaine d’Ho Chi Minh qui retiendrait en Indochine le gros des forces françaises et empêcherait la reconstitution d’une armée sur le Rhin. Tout cela est de bonne tactique. Il est trop tard pour s’en affliger. Reste à parer les coups.

 

En Corée

Au moment où les forces Nord-Coréennes commençaient à marquer de la lassitude, les Soviets ont jeté de nouvelles divisions dans la balance, des Chinois et des Mandchous, et les forces américaines ont péniblement tenu le choc.

Pessimistes et neutralistes en tirent argument pour mettre en doute la puissance américaine leurs chances de victoire dans un conflit général. On s’étonne qu’ayant la complète maîtrise du ciel et de la mer et un matériel du dernier modèle, les soldats des Etats-Unis ne puissent contenir un ennemi sans protection aérienne et inférieur en armements. De là on met en doute la possibilité même avec l’aide de la bombe atomique, de faire face à une agression en Europe à laquelle, le cas échéant, il serait vain de s’opposer, vain aussi de s’imposer des sacrifices qui ressembleraient à ceux que coûta la ligne Maginot.

Raisonnement faux sur le plan matériel : car on ne peut faire de comparaison valable entre une guerre en Extrême-Orient et une guerre en Europe, les conditions militaires sont trop différentes ; faux surtout sur le plan moral, car s’il y a une chance de sauver la paix, c’est par la démonstration de la volonté unanime de résistance de ceux que la guerre menace.

 

Le Péril Jaune

Une autre considération se dégage du drame coréen. On n’évoque pas sans ridicule le vieux thème du péril jaune et cependant on ne peut qu’être effrayé de voir l’aptitude au combat, le mépris de la mort et l’habileté à s’adapter à la guerre moderne et à sa technique compliquée dont fait preuve un peuple d’Asie dont la réputation était si paisible. La supériorité intellectuelle et scientifique joue peu en face de celle du nombre et d’un certain fanatisme. L’équilibre futur des forces de la planète devra tenir compte de ce facteur nouveau, gros de menaces.

 

Inde et Chine

Toujours aussi obscur est le jeu diplomatique entre Russes et Chinois. On a remarqué que malgré le peu d’empressement que Staline mettait à seconder les efforts du Pandit Nehru, celui-ci a envoyé à Pékin un ministre avec mission de discuter les problèmes de Corée et de Formose. Les Russes là-dessus ont publié une note où est affirmée la solidarité diplomatique Sino-Russe. Les Hindous n’en cherchent pas moins à établir une politique des pays asiatiques de couleur qui représenterait leurs intérêts communs et leur solidarité en face des blancs, en dehors de toute idéologie ; politique qui est encore impraticable à l’heure présente, mais qui peut prendre corps avec le temps car elle répond aux aspirations réelles des masses et favoriserait au maximum leur progrès économique.

Il est difficile d’admettre que les Chinois adoptent une attitude agressive à l’égard des Etats-Unis et servent sur le champ de bataille la cause de l’impérialisme soviétique qui leur a déjà ravi quatre provinces.

 

Les Deux Faces de la Politique Américaine

On a fait beaucoup de publicité au conflit Truman-Mac-Arthur. Conflit réel ou feint, on en sait trop. Truman cherchait évidemment une occasion de présenter la politique américaine sous le jour le plus pacifique ; l’amitié des Etats-Unis pour le peuple chinois, l’absence de visées territoriales sur Formose qu’il s’agit seulement de neutraliser temporairement et non d’enlever aux Chinois, auxquels on  l’a promis ; enfin et surtout, il fallait dissiper toute équivoque au sujet de la guerre préventive à laquelle les Etats-Unis se refusent de songer quoi qu’il advienne en Corée ou ailleurs. En coupant la parole à Mac Arthur, Truman a exposé une attitude diplomatique capable de rallier la majorité des Nations-Unies. Est-ce à dire que l’incident est clos ?

Il est significatif que le Secrétaire d’Etat à la Marine qui avait en termes non équivoques exposé le thème de la guerre préventive, est encore en fonction bien qu’il ait été désavoué. D’autres voix ont appuyé sa thèse dont celle du général Spaak. Tout en répudiant l’idée – ce qui est indispensable devant l’opinion mondiale – on la laisse à la libre discussion faire son chemin. Bon nombre d’Américains pensent depuis longtemps que leur pays s’épuisera à défaire tous les pièges que les Soviets leur dresseront de par le monde, et qu’il faut frapper à la tête pendant qu’il est encore temps, c’est-à-dire avant que les Russes n’aient assez de bombes atomiques pour anéantir par surprise les usines de Chicago et de Pittsburgh.

Les Soviets de leur côté poursuivent implacablement leur politique. Se rendent-ils compte qu’ils ont déjà été trop loin et qu’il faudra bientôt choisir entre l’apaisement et la guerre totale ? Ils sont sans doute alertés, mais persuadés aussi qu’ils pourront toujours freiner, même au bord du gouffre, où et quand ils voudront. Nous en sommes moins sûrs.

 

                                                                                  CRITON

Criton – 1950-08-05 – Six Semaines Après …

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Le Courrier d’Aix – 1950-08-05 – La Vie Internationale.

 

Six Semaines Après…

 

Le développement de la guerre de Corée confirme notre impression première : Sur le plan militaire comme sur le plan diplomatique, les Soviets ont échoué. Tandis que l’opinion perdait la tête, le Kremlin cherchait les moyens de retourner une situation dont il voyait les dangers. L’attaque brusquée minutieusement préparée, dirigée par un général allemand avec des aviateurs Japonais, des officiers Mandchous, des fantassins Coréens, encadrés de Mongols, avait pour objectif d’occuper toute la Corée en quinze jours avant que les Américains aient pu réagir ; de faire immédiatement des élections qui auraient fourni à Kim Il Sung, le dictateur rouge, un plébiscite cent un pour cent. A moins d’intervenir directement, les Russes ne peuvent empêcher les Américains de tenir et bientôt de contre-attaquer.

Mais l’échec diplomatique est plus grave que le militaire. Le but des Soviets est d’isoler peu à peu les Etats-Unis qu’ils ne peuvent songer à réduire par les armes, les discréditer dans l’opinion des masses, neutraliser l’Europe par la peur et rendre les nations, moins exposées à leurs coups, hésitantes ou passives.

Or l’attaque en Corée a groupé autour des Etats-Unis la plupart des nations ; l’Angleterre et les Dominions activement et sans réserve, ce qui représente une force considérable, et à leur suite, avec plus ou moins de fermeté, la quasi-totalité des nations libres.

Enfin, ce qui effraie Moscou encore davantage, le réarmement américain qui s’était effectué sur le plan technique et scientifique, passe au stade de réalisation massive et rien désormais ne retiendra la machine lancée à toute force.

 

Ligne de conduite des Etats-Unis

Tout se passe comme si les Soviets avaient donné à Washington tous les moyens de réaliser ses plans. Sitôt après la guerre, les Etats-Unis démobilisent et le monde reste exposé sans défense à l’invasion russe. L’Europe a couru alors un gros risque dont elle n’a pas eu nettement conscience ;  les Américains ont pensé – et ils ont eu raison – que les Soviets étaient trop affaiblis et désorganisés pour profiter d’une situation pourtant favorable. Pendant ce temps, les Etats-Unis ont employé tout leur potentiel industriel à ramener l’abondance chez eux et à remettre sur pied les économies exsangues des pays d’Europe. En même temps, ils poussaient la recherche scientifique et la fabrication des bombes atomiques pour être en mesure d’entreprendre sans délai au moment critique – ce qu’ils commencent à présent – un réarmement massif avec des engins du dernier modèle dont ils pourront se servir au moment opportun.

La question est de savoir si les Soviets leur laisseront les deux ans nécessaires à la réalisation de ce programme ou s’ils préfèreront tenter leur chance avant qu’il ne soit trop tard. Dans les milieux militaires de Washington et de Londres, on semblait croire ces jours-ci que les Soviets étaient prêts à engager la lutte ouverte. Ce sentiment paraît s’atténuer.

 

Le Retour des Russes à Lake-Success

Le retour après sept mois d’absence de M. Malik aux Nations-Unies est déjà en soi l’aveu de l’échec, surtout sensible sur le terrain de la propagande. Les Russes avaient quitté le Conseil de Sécurité pour protester contre la présence du délégué nationaliste chinois. Ils reviennent siéger à côté de celui-ci. Toutes les ficelles de procédure n’empêcheront pas que le Conseil de Sécurité se refuse à revenir sur la condamnation de l’agression coréenne.

 

La Chine

Malik ne réussira même pas à déloger le délégué de Tchang-Kaï-Chek. Les Etats-Unis, forts de l’appui moral qu’ils ont reçu, mènent déjà le jeu avec vigueur. Il y a plus : l’attitude de Mao Tsé Toung est, malgré l’apparence, douteuse. Complètement associé diplomatiquement avec les Russes il n’est pas sûr, par contre, qu’il s’engage à leur servir de pion dans une lutte armée.

A l’intérieur, la Chine est loin d’être acquise au communisme et l’opposition s’y manifeste sous les formes les plus diverses. A Pékin, on suit la guerre de Corée et l’on mesure les chances des deux partis. La Chine, épuisée par vingt ans de guerre civile et étrangère, ne peut risquer de compromettre une évolution encore mal assurée dans une aventure militaire. Un échec serait fatal. On pensait il y a quelques jours que l’armée d’Ho chi Minh qui s’est groupée au Yunnan pour attaquer l’Indochine à l’automne, appuyée et aidée par les Chinois recevrait l’ordre de marche ; ce n’est plus aussi sûr à présent. C’est la balance des forces qui décidera, et celle-ci a manifestement penché depuis huit jours en faveur des Etats-Unis. Mac Arthur n’a pas hésité à se rendre à Formose pour assurer la défense de l’île sans se soucier des clameurs des communistes chinois.

Les débats qui vont se succéder à Lake-Success n’ont pas autrement d’importance. Ils signifient cependant que l’U.R.S.S. est obligée de s’occuper de l’opinion internationale et d’essayer de la retourner. Si elle comptait sur la force des armes elle ne s’en soucierait guère.

 

Avertissement

Il est assez humiliant de constater que dans la panique absurde qui s’est emparée des Européens, ce sont certains Français qui se sont montrés le plus ouvertement défaitistes. Ils ont tort. Si par malheur les Soviets s’emparaient de l’Europe la France ne serait pas seulement occupée mais ses habitants, par des méthodes de destruction massive – probablement bactériologique – seraient exterminés, communistes compris. Non par haine, mais parce qu’ils sont « non récupérables », le type du peuple bourgeois invétéré, et le panslavisme a, lui aussi, besoin d’espace.

 

                                                                                  CRITON

Criton – 1950-07-29 – Retour à l’Economie de Guerre

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Le Courrier d’Aix – 1950-07-29 – La Vie Internationale.

 

Retour à l’Economie de Guerre

 

L’opinion prend peur parce que les troupes américaines n’ont pu arrêter l’avance communiste en Corée. On devrait comprendre que les Etats-Unis ne comptent occuper pour le moment qu’une tête de pont que puissent tenir de petits effectifs. Il serait insensé de faire le jeu de l’ennemi en envoyant en Extrême-Orient une part importante d’une armée encore squelettique. Quand la mobilisation sera avancée, en hiver, et que les Soviets auront montré leur jeu, il sera temps de donner, s’il y a lieu, la priorité au front d’Extrême-Orient. Pour l’heure, il faut veiller sur l’Europe. Ainsi envisagées, les opérations militaires prennent leur sens. Trois ou quatre divisions vont se concentrer autour du port de Fusan où l’assaut des rouges viendra se briser.

 

Stratégie russe

Les intentions soviétiques ne sont pas moins claires : attirer le plus possible de forces américaines sur ce front si lointain et difficile, les engager dans une lutte sans issue en pays hostile, et surtout y faire l’essai du matériel dont dispose l’armée rouge. Cet équipement qui comprend surtout des tanks et de l’artillerie est-il périmé ? Les Soviets seront-ils obligés de repartir dans la course aux armements sur de nouvelles bases ? C’est ce que la guerre de Corée devra décider.

Il semble jusqu’ici que si les Etats-Unis ont les moyens de détruire les engins de l’ennemi, la puissance du nombre est toujours décisive, même si l’armement des masses attaquantes est insuffisant. Le problème n’a pas changé depuis l’époque romaine. Une horde par la terreur qu’elle inspire peut forcer les barrages les mieux défendus, au mépris des pertes.

Il est bien difficile de percer les intentions du Kremlin. Rien cependant n’indique que la tactique ait changé et qu’un assaut général en Europe ou même dans le Moyen-Orient soit imminent. Menaces verbales, comme au congrès du Kominform à Berlin, déplacement de troupes dans les Balkans, intimidation en Turquie et en Iran, tout cela fait partie de la campagne – qui ne réussit que trop bien – qui vise à ébranler le moral des adversaires ; campagne chuchotée, propos alarmistes provoquant une dépression mentale chez les peuples, comme les drogues employées pour affaiblir la volonté des individus dans les procès politiques. Il faut dire que les gouvernants des pays visés ne font pas grand-chose pour réagir.

 

L’Allemagne et la Résistance

Le point le plus exposé est assurément l’Allemagne ; malgré l’hostilité de la population au bolchévisme, un coup analogue à celui de Corée mené avec les moyens adéquats, pourrait réussir. Les Allemands de l’Ouest qui se sentent désarmés et impuissants et nullement défendus par les occupants alliés qui ne se sont pas engagés envers eux, pourraient par désespoir se donner au plus fort. Il faut faire taire tout ressentiment et associer les Allemands à la défense commune tout en prenant les précautions nécessaires. Le problème n’est pas insoluble.

 

L’Aspect Economique de la Lutte

L’agression en Corée et la réaction américaine marquent le retour du monde occidental à l’économie de guerre (au moment où l’économie de paix commençait à trouver son équilibre), avec son cortège d’inflation, de contrôles, de taxes et de restrictions. L’expérience a prouvé que le capitalisme ne s’accommode que trop bien du système. La concurrence disparait et le plein-emploi est assuré. Dans le cas où l’Europe occidentale ne serait pas attaquée, les perspectives seraient même très favorables et le retour à la prospérité, factice mais apparente, serait accéléré.

En effet, les prix montant sans cesse, les bénéfices suivent. D’autre part, les Américains, obligés de convertir une part importante de leur industrie aux fabrications de guerre, les pays européens suppléeraient par leurs fournitures aux besoins civils des Etats-Unis. Bien des problèmes épineux, comme le déficit en dollars, seraient automatiquement résolus, et le programme de réarmement aidant, toutes les usines tourneraient à plein. Par leur politique d’agression, les Soviets verraient se fortifier l’économie instable de leurs adversaires au lieu de l’ébranler. D’ores et déjà, les excédents d’acier du Benelux et de l’Allemagne, hier invendables, prennent le chemin des Etats-Unis qui en manquent. Et surtout, le chômage, point faible de l’économie capitaliste disparaîtra sans délai. Plus de surproduction à redouter. Les contradictions du capitalisme sur lesquelles Staline comptait pour hâter son succès sont dissimulées par l’économie de guerre. Il faut bien malheureusement reconnaître que les Etats, qu’ils soient totalitaires ou libéraux, ont la tâche beaucoup plus facile quand les fabricants de canons qu’ils soient fonctionnaires ou patrons, travaillent à plein. Nous y sommes sans aucun doute pour longtemps.

 

Prévisions

Il est raisonnable de penser que la guerre restera froide en Europe. En Extrême-Orient, par contre et surtout depuis que l’affaire de Formose a été si fâcheusement mêlée par les Américains à celle de Corée, une extension du conflit paraît inévitable. Il faudra que la Marine des Etats-Unis face front à Formose, et que nous subissions en Indochine un assaut prochain. La position des Soviets est beaucoup plus forte sur ce théâtre d’opération, et l’on sait qu’une armée perd beaucoup de son efficacité quand elle doit être transportée à des milliers de kilomètres. La partie qui se joue est colossale plus que ne l’était la guerre contre Hitler. Il faut beaucoup de sang-froid, de patience, de résolution, de vigilance et surtout des hommes d’Etat pour développer parmi les hommes ces qualités que la peur étouffe.

 

                                                                        CRITON

Criton – 1950-07-22 – Le Grand Tournant

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Le Courrier d’Aix – 1950-07-22 – La Vie Internationale.

 

Le Grand Tournant

 

Staline n’a pas tardé à s’apercevoir que l’affaire de Corée allait mal tourner pour l’U.R.S.S. L’opinion internationale, effrayée de cette brusque agression, s’est immédiatement rangée aux côtés des Etats-Unis. L’attitude de Henry Wallace, abandonnant la ligne des partisans de la paix, montre combien est atteinte la propagande du Kominform. On ne s’est pas trompé davantage à Moscou sur les premiers échecs militaires américains. Ceux-ci, sans compromettre un redressement prochain, ont donné au public américain la secousse nécessaire pour consentir aux sacrifices. D’ailleurs l’attaque de la Corée du Sud n’a pas été pour le « Pentagone » la surprise qu’on a prétendue. Seule la date exacte n’en était pas connue, mais les préparatifs l’étaient.

L’attitude à prendre avait été discutée à Tokyo peu de jours auparavant entre Bradley et Mac Arthur ; comme nous l’avions signalé, certains militaires considéraient la position stratégique comme difficile et préconisaient l’abandon de l’Extrême-Orient continental et même du Japon ce qui, en cas seulement de guerre totale, paraissait plus sage. L’avis de Mac Arthur l’emporta. La Corée serait tenue.

 

La Guerre

La guerre commencée ne peut se terminer que par la victoire. Elle coûtera cher, à moins que les Russes n’insistent pas, ce qui est fort possible. C’est l’impression que nous donne ces jours-ci Radio-Moscou, si discret sur la guerre de Corée et les succès militaires des rouges. En effet, devant la résolution américaine, les troupes mandchoues, chinoises et mongoles qui se battent avec quelques coréens en Corée, ne sont pas en mesure de l’emporter. Il faudra employer l’armée chinoise et peu à peu les corps mongols de Sibérie. Avec le temps, la guerre s’étendrait fatalement.

Les Etats-Unis dont le prestige est engagé y mettront le prix, quel qu’il soit. Ils n’accepteront jamais un échec. Il y a plus. Si le Président décrète une mobilisation des civils américains, le citoyen ne rentrera dans ses foyers que l’affaire liquidée, c’est-à-dire le jour où le bolchévisme, comme l’a dit Truman un jour, aura « capitulé sans condition ». Et Moscou qui connaît ses propres faiblesses a pris peur.

 

Les Négociations

C’est ce qui explique que, dès le début, Gromyko qui remplace Vichinsky, mystérieusement disparu, a discuté assidûment avec l’ambassadeur anglais à Moscou, et que Staline a saisi, avec un empressement inhabituel, l’offre de médiation du Pandit Nehru. Il s’agirait pour les Russes de rentrer au Conseil de Sécurité qui a si bien joué contre eux en leur absence, d’y faire pénétrer le représentant de Mao Tsé Tung, et, une fois en place, de se servir à nouveau du veto pour paralyser la machine.

Il n’y a aucune chance pour que les Etats-Unis y consentent mais alors, en faisant échouer les efforts du Pandit Nehru dont le prestige est grand en Asie, on pourrait retourner l’opinion mondiale et ressaisir la propagande contre l’impérialisme américain. Car cette propagande qui nous laisse assez froids, nous occidentaux qui avons subi dix ans Goebbels et vingt ans Mussolini, a pour les Russes une extrême importance. Ils sont très sensibles aux fiascos, et des incidents comme la publication par l’experte hongroise Sulner des faux du procès Mindszensky, les touchent au vif. Staline se contentera-t-il de sauver la face et lui en laissera-t-on les moyens ?

Le moment semble venu où la volonté des hommes est dépassée par l’événement. Les Etats-Unis qui se sentent menacés et ne peuvent compter que sur eux-mêmes sont décidés à en finir. Ils vont mettre en marche, plus tôt qu’ils ne l’avaient voulu, leur machine de guerre. L’opinion sera ulcérée en présence des morts et surtout, pour qui connait la mentalité américaine, l’homme de la rue contraint à prendre les armes ne retournera au travail que quand l’ennemi sera knock-out. C’est là, l’aspect le plus redoutable de la situation.

Pour ceux qui ont suivi ces chroniques, la logique des événements apparait fulgurante. D’abord, le malaise entre Alliés sensible pendant la guerre surtout depuis la révolte de Varsovie ; ensuite, la lutte diplomatique dès la fin des hostilités ; puis la guerre froide ; enfin la guerre chaude ; ce crescendo  ininterrompu  a quelque chose de fascinant, comme le mouvement des astres. Il faut le regarder en face comme un aspect de la condition humaine et aussi avec optimisme. Quoi qu’il advienne en Orient, il y a fort peu de chances pour que les Russes ouvrent en Europe un second front plus hasardeux et moins vaste où les retraites sont difficiles ….

Il est donc peu probable que nous ne serons que peu atteints par le conflit. L’énorme effort militaire annoncé par Truman est une garantie pour l’Europe jusqu’ici exposée et sans défense. Enfin, les valeurs spirituelles dont ce demi-siècle a vu l’épreuve, trimpheront plus aisément qu’on ne pense et sans doute pour longtemps.

 

Opinions

Ce sont là des vues personnelles ; à Londres où le souvenir tout proche des V2 entretient une extrême nervosité, une autorité comme « Spectator » voit dans les trois mois qui viennent, le moment crucial de l’histoire. Il est peu probable que les événements aillent aussi vite. Les Russes sont prudents. Les Etats-Unis sont encore loin d’être en mesure d’assurer la décision. Le crescendo n’est pas à sa limite et l’on peut compter sur des pauses.

 

A l’O.N.U.

  1. Trygve Lie s’efforce de réaliser cette armée internationale que nous appelions de nos vœux ; l’enthousiasme est médiocre, au moins du côté des Gouvernements responsables, et nous avons l’impression que les Etats-Unis veulent bien combattre sous le drapeau de l’O.N.U., à condition d’être seuls à le tenir. La présence d’autres nations au conflit pourraient gêner leur dessein final.

 

                                                                                  CRITON

Criton – 1950-07-08 – Comment imposer la Paix

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Le Courrier d’Aix – 1950-07-08 – La Vie Internationale.

 

Comment Imposer la Paix ?

 

Ce serait faire le jeu des Soviets que de céder à l’inquiétude ; la situation économique du monde libre est difficile. La peur, le découragement suffiraient à transformer en crise ce qui n’est qu’une phase d’adaptation au retour sur les marchés de produits abondants. La guerre de Corée, d’autres incidents qui se préparent, n’ont pour but que de faire ajourner les grands projets de défense et d’union militaire, monétaire commerciale et industrielle qui peuvent faire de l’Europe et de la communauté atlantique des réalités. Laissons – une fois n’est pas coutume – aux Etats-Unis le soin de faire le barrage et de payer de leur personne. Leurs intérêts directs sont en jeu, ils sauront les défendre. Suivons la lutte avec attention et pour le reste « business as usual ».

La guerre en Corée ; en tant qu’hommes, ce conflit nous afflige. D’un point de vue national et plus égoïste, il nous sert. Nous soutenons seul depuis quatre ans une guerre en Indochine. Ce conflit, la maladresse des Américains, leur anti-colonialisme aveugle l’avaient aggravé, sinon suscité. Ils s’en sont rendu compte peu à peu, ont réagi lentement et avec peine quand ils ont compris qu’ils allaient être confrontés sur le continent asiatique avec des problèmes analogues. C’est fait aujourd’hui.

Les trois guerres : Corée, Indochine, Malaisie, n’en font qu’une et les trois puissances Etats-Unis, France, Angleterre sont solidaires. La défaite de l’une mettrait en danger les deux autres. La situation des Etats-Unis est difficile parce qu’ils n’ont pas d’armée : quatre divisions au Japon ; deux en Allemagne ; quatre et demi dans la Métropole. Devant ces effectifs, des tâches multiples et dispersées. Il faut veiller en Perse, dans les Balkans, en Allemagne, sur tout le pourtour du Pacifique-ouest et même dans l’Arctique. Il faudra qu’ils constituent avec la plus grande célérité les moyens de faire face ; ils le peuvent.

 

Sur le Plan Moral

Cette première semaine d’hostilités est pleine d’enseignements. En Corée même, on voit que les deux gouvernements, le Blanc du Sud et le Rouge du Nord, étaient également impopulaires. Clique contre clique. L’action des guérillas sur lesquelles comptaient les rouges n’a rencontré aucun appui parmi les masses et reste inefficace. De son côté, l’armée du Sud s’est effondrée. Ce qui ne l’a pas empêchée d’acclamer les Américains venus à son secours, et sans doute, le danger passé, saluera-t-elle leur départ. Ces peuples jaunes, asservis depuis toujours, n’ont aucune éducation politique, craignent tous les maîtres et n’aiment guère l’étranger.

 

La Question Chinoise

Les Etats-Unis ont, à notre avis, commis une grave erreur en liant dès le premier jour la question de Formose à celle de Corée. Les Soviets qui venaient d’être pris de court au Conseil de Sécurité ont aussitôt poussé Mao Tsé Toung en avant.  Mao Tsé a une armée disponible qui peut attaquer depuis la Mandchourie.

Au lieu de proclamer qu’ils défendraient l’accès de Formose aux Communistes Chinois, il était plus habile de demander au Conseil de l’O.N.U. de neutraliser Formose – juridiquement possession japonaise  puisque le traité de paix avec le Japon n’est pas signé – et d’en confier la défense aux Nations-Unes ; le cas échéant, les Etats-Unis pouvaient agir en leur nom. L’affaire de Formose, très mal engagée dès le début pourrait coûter à Acheson sa carrière diplomatique. Il ne faudrait pas non plus que Mac Arthur accepte qu’une armée de Tchang-Kaï-Chek vienne l’aider en Corée. Ce serait le  meilleur moyen de provoquer, sinon un conflit mondial, du moins une guerre généralisée en Extrême-Orient. Aux dernières nouvelles, cette erreur parait devoir être évitée.

 

Ce qu’il Faudrait Faire

Il faut profiter tout de suite de l’adhésion massive des 27 états membres de l’O.N.U. à la politique de résistance à l’agression, pour constituer une armée internationale qui viendrait remplacer les Américains dès que les communistes Coréens auront repassé le 38ème parallèle. Faire occuper par cette armée, même si elle n’est composée que de détachements symboliques et sans potentiel militaire, non seulement la Corée du Sud mais celle du Nord, et faire élire un gouvernement de la Corée unifiée dont l’existence serait garantie par toutes les nations signataires. Les Etats-Unis restant à proximité pour faire respecter la décision. On verrait bien si les Soviets oseraient s’attaquer à l’O.N.U.

Cette procédure créerait un précédent d’une valeur inappréciable qui pourrait servir en Autriche, en Allemagne et ailleurs. Le monde libre tout entier, dans les cinq parties du monde s’associerait ainsi au maintien de la paix d’une façon concrète. Souhaitons que les Etats-Unis le comprennent et que les éléments militaires un peu brutaux n’imposent pas l’action directe. Dans les circonstances actuelles, il n’y a à plus ou moins longue échéance que deux solutions : l’armée internationale, gardienne de la paix, ou la bombe atomique sur le Kremlin, et Moscou craint peut-être plus la première que la seconde.

Voilà une belle occasion de répondre à « l’appel de Stockholm » une immense pétition mondiale avec enrôlement de volontaires à l’appui, pour « la police internationale de la Paix ». On comparerait le nombre des signatures de part et d’autre. Un petit Gallup pour voir.

 

La Stratégie des Soviets

Elle ne manque pas d’habileté ; l’affaire de Corée déclenchée, une affaire de Chine peut naître autour de la question de Formose. En Perse, il est question d’un ultimatum russe pour exiger le départ des missions géologiques américaines sur la frontière de l’Azerbaïdjan. Tito voit cinq divisions s’assembler sur ses frontières. Enfin, les Russes envoient aux Etats-Unis une note comminatoire à propos de l’histoire des doryphores dont nous n’avons pas parlé jusqu’ici tant elle semble ridicule.

Les Américains sont accusés d’avoir ensemencé par avion les champs de pommes de terre d’Allemagne de l’Est et de Tchécoslovaquie de ces insectes ravageurs ! Il y a d’ailleurs longtemps qu’on parle à Moscou de guerre bactériologique à propos du procès des officiers Japonais. Cela cache quelque chose. Bref, des foyers d’incendie sont attisés sur tous les fronts possibles sans qu’on puisse deviner si les Russes préparent le grand assaut ou simplement bluffent. Ils devraient cependant savoir par l’exemple de leur maître et émule à la fois, Adolphe Hitler, qu’il ne faut pas jouer avec la peur quand ceux qui ont tremblé se sentent les plus forts.

 

                                                                        CRITON

Criton – 1950-07-01 – Nouveau Challenge

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Le Courrier d’Aix – 1950-07-01 – La Vie Internationale.

 

Nouveau Challenge

 

La guerre a éclaté en Corée ; est-ce le début du troisième conflit mondial ? Ou n’est-ce plutôt qu’un épisode de l’état de trouble où les Soviets veulent tenir le monde pour empêcher la prospérité de confondre leur propagande ? Battus en Grèce et à deux reprises à Berlin, les Russes pensent trouver en Extrême-Orient un champ plus favorable.

L’invasion de la Corée du Sud par le gouvernement communiste du Nord était préparée depuis longtemps. Mais on pensait qu’elle se ferait de l’intérieur à la manière du putsch tchécoslovaque ; sans doute l’armée et la police de Syngman Rhee le premier coréen, ont paru aux Nordistes un obstacle insurmontable. Ils ont choisi le coup de force militaire qu’ils pensaient réussir avant que les Etats-Unis aient pu réagir. Au contraire, avec une promptitude qui a surpris le monde, les Américains sont entrés dans la lutte.

Le calcul russe semblait être ceci : ou les Etats-Unis ne feront rien et nous triomphons, ou ils seront englués dans une guerre coloniale difficile, coûteuse, impopulaire à l’intérieur et qui sera pour la propagande un précieux argument. Engagés en Extrême-Orient, les Anglo-Saxons relâcheront leur vigilance en Europe où un coup contre Tito deviendrait peut être possible, sans risquer la guerre totale.

 

Situation en Corée

Le choix de la Corée était bon. Le régime de Syngman Rhee ressemblait fort à celui de Tchang-Kaï-Chek : Intrigues, corruption, exactions, inflation monétaire avaient discrédité le régime ; aux récentes élections les candidats indépendants avaient été élus contre le premier ministre ; des arrestations avaient suivi, puis des troubles ; les partisans communistes du Nord s’infiltraient peu à peu ; les américains, en soutenant Syngman à contrecœur, n’en avaient pas moins pâti de son impopularité. Bien que la situation économique se fût améliorée grâce aux 400 millions de dollars employés par les U.S.A., la réforme agraire réalisée au Nord attendait toujours.

 

La Décision Américaine

L’invasion de la Corée du Sud a mis un instant d’accord le « Pentagone » militaire et le Département d’Etat dont les politiques extrême-orientales étaient en conflit depuis des années. Mac Arthur qui voulait garder Formose et toutes les îles, Japon compris et tenir garnison en Corée, triomphe.

Le président Truman a convoqué le Conseil de Sécurité et a pu abriter son action derrière l’autorité de l’O.N.U. parce que les Russes s’étaient retirés du Conseil de Sécurité où ils disposaient du droit de veto. Les Anglais, inquiets de leur impopularité aux U.S.A. à cause de la reconnaissance de Mao Tsé et du refus au plan Schuman, se sont bruyamment rangés aux côtés des Etats-Unis. La politique des Américains se trouve du coup fixée. Ils ont le droit pour eux ; leur conscience en repos, civils et militaires vont pouvoir montrer leur force.

 

Perspectives

Quand la parole est au canon il est malaisé de prévoir. Heureusement, on sait par l’exemple de Markos en Grèce que Staline a tôt fait d’abandonner une position dangereuse et de laisser tomber ses protégés. La radio soviétique est prudente. La Russie n’est pas personnellement engagée. Côté Américain, on veut surtout relever le défi. On ne s’arrêtera que lorsque les Nordistes auront repassé le 38° parallèle. On se bat pour la paix, comme on dit.

 

Le Rôle de l’O.N.U.

L’O.N.U. tant décriée, et non sans raisons, a rempli là un rôle fort utile. Il y avait une mission des Nations-Unies à Séoul. Le prestige de l’organisation internationale était donc engagé ; Celui des Etats-Unis qui avaient des représentants militaires et civils en vertu des traités également ; le statut de la Charte a joué. On a désigné l’agresseur et chargé tous les peuples liés par le Covenant, de contribuer au rétablissement de la paix par tous les moyens. L’intervention américaine prend le caractère d’un devoir international.

Ce point de droit a pour les Etats-Unis une importance capitale : on voit mieux l’intention qui a présidé à la fondation des Nations Unies à San Francisco en 45. C’est le seul moyen que les Américains ont de lier à leur politique des états qu’ils pourraient difficilement atteindre par les moyens diplomatiques normaux. Ils peuvent les englober dans une procédure collective et les obliger à souscrire par des articles juridiques à des responsabilités qu’ils répugneraient à prendre isolément. C’est ainsi qu’ils ont pu faire souscrire à leur action militaire en Corée les pays sud-américains et même l’Inde, si réticente jusqu’ici. Présenter comme une agression non provoquée l’attaque des Nordistes oblige tout le monde à prendre parti.

 

Résultats

A Washington on est satisfait. On pourra empêcher Formose de tomber aux mains de Mao Tsé Tung ; donner à l’Indochine une aide adéquate et sans doute conserver en Corée des bases sans lesquels le Japon trop vulnérable aurait dû être abandonné. C’est ce qui paraissait décidé il y a quelques jours par le département d’Etat qui faisait valoir que le Japon avec ses 80 millions ne pouvait être ravitaillé à travers le Pacifique en temps de guerre. On a lieu également d’être satisfait de l’empressement avec lequel les nations libres ont répondu à la résolution américaine. Le péril communiste était mieux senti qu’on ne le pensait. On peut donc aller de l’avant, sans passer pour impérialiste ou protecteur du colonialisme.

 

Le rôle de la France

La France, en pleine crise ministérielle, dans ces circonstances graves, fait piètre figure. On a largement profité de l’occasion en Angleterre pour montrer combien il était sage de ne pas faire fond sur un pays dont la préoccupation essentielle est la réforme électorale dont on discute depuis 40 ans. Eclipsé par les événements de Corée, le plan Schuman torpillé par la politique pourrait bien s’en ressentir. La France qui depuis quelque temps reprenait un prestige dont elle avait grand besoin, va-t-elle à nouveau montrer sa faiblesse et ses ridicules ?

 

                                                                        CRITON