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Le Courrier d’Aix – 1950-09-09 – La Vie Internationale.
Avant l’Automne
L’évolution de la situation au cours de ce mois d’Août n’a apporté aucune surprise et les vues optimistes ont été confirmées.
Les américains ont tenu en Corée et les attaquants paraissent fatigués. A Lake-Success, la présidence russe au Conseil de Sécurité n’a servi qu’à des manœuvres de propagande, sans grande portée. Les débats de Strasbourg ont continué à tourner en rond grâce à l’obstruction de certains travaillistes anglais. Les conférences sur le réarmement ont fait des progrès raisonnables. La saison dangereuse s’avance et les Soviets n’ont pas lancé l’attaque redoutée.
L’opinion peu à peu se calme et le retour à l’économie de guerre se traduit par un regain d’activité économique. Le tournant, en somme, a été pris sans à coup et la puissance des nations occidentales ne peut que s’accroître. L’affaire de Corée n’a pas tourné à l’avantage du bolchévisme. Il semble s’en rendre compte.
Les Opérations Militaires
La lutte sévère qui se livre autour de Taïkyu a servi aux Américains de mise au point. Ils savent ce qu’est une guerre coloniale, ce qui n’est pas un mal. Ils ont eu à s’adapter à des conditions auxquelles ils n’étaient pas préparés ; quelques échecs ont suffi à secouer l’opinion aux Etats-Unis qui est revenue d’une confiance excessive, et après avoir touché l’inquiétude, en vient au sentiment de l’effort à fournir pour maîtriser partout l’impérialisme soviétique ; l’expérience acquise en matière technique servira au cas où la guerre s’étendaient à d’autres théâtres d’Extrême-Orient, ce qui n’est pas certain.
Formose
L’attitude de la Chine n’a pas varié. Malgré l’imprudence de Truman, liant l’affaire de Formose à celle de Corée, les Chinois, comme nous le pensions, ont beaucoup protesté, mais jusqu’ici pas bougé.
Comme un certain malaise régnait autour de ce problème dans les milieux internationaux, et que les Etats-Unis sentaient que personne n’approuvait leur attitude, ils ont habilement fait machine arrière en acceptant de soumettre le statut de Formose au jugement de l’O.N.U., mais après le règlement de l’affaire coréenne, ce qui permettrait de gagner beaucoup de temps sans provoquer Mao Tsé Tung. L’attitude de celui-ci reste énigmatique. Tout confirme qu’il attendra de voir de quel côté penche la balance des armes avant d’agir.
En Angleterre
Le gouvernement Attlee a bien mis à profit les circonstances. Avant le 25 juin, la position du travaillisme était très difficile ; l’opinion américaine lui était hostile et les problèmes économiques approchaient du point critique. Attlee a retourné la situation. En soutenant à fond les Etats-Unis à l’O.N.U., en envoyant la flotte et les soldats britanniques combattre en Corée, il a retrouvé les sympathies des Américains.
Par ailleurs, la nécessité de mettre en train un coûteux programme de réarmement masquera les échecs de l’économie travailliste. On inscrira au compte des obligations militaires le ralentissement des exportations et le déficit du budget, et l’on pourra solliciter l’aide américaine pour la défense commune. Enfin, le spectre d’une prochaine consultation électorale, qui pouvait être une catastrophe, recule. Suivant les circonstances, on fera ou non, un gouvernement d’union nationale, mais cette union existera en fait sur le plan politique et parlementaire.
La gravité, réelle ou exagérée à dessein, de la situation internationale commandera d’éviter un débat crucial, et le travaillisme pourra rester au pouvoir.
La Politique Française en Allemagne
La politique étrangère française a été menée avec prudence dans des conditions difficiles. Suivre une ligne de conduite qui s’impose en face d’une opinion boudeuse, neutraliste, sinon défaitiste, était délicat. Faire une politique de solidarité avec les Etats-Unis et l’O.N.U. sans paraître pro-américains, faire avancer les projets d’union franco-allemande de l’acier et du charbon sans se heurter, ni aux Anglais, ni aux intérêts de certains industriels, et surtout faire admettre par l’opinion le réarmement de l’Allemagne, tout cela est bien ardu.
Il semble cependant que l’opinion, malgré sa mauvaise humeur, a conscience que l’intérêt national commande tout ce qu’il est désagréable de souhaiter. Une certaine sagesse sous des aspects frondeurs a souvent caractérisé la neutralité française. Cependant, on ne peut nier que nous avons perdu sans profit, par l’attitude maladroite de la presse la plus officieuse, et sans profit aucun que le plaisir de se distinguer, une bonne part de la sympathie, jusque-là en progrès dans l’opinion américaine. Les Anglais sauront en profiter.
A Strasbourg
Le Travaillisme, malgré ses échecs, ne perd pas ses buts de vue : Empêcher l’Europe de se faire, à moins que l’Angleterre n’en prenne la direction. C’est à quoi tend assez naïvement un projet d’assistance économique mutuelle européenne destiné après la fin du Plan Marshall à remplacer l’aide américaine. Ce plan permettrait d’éviter la mise en application du Plan Schuman et annexerait en fait l’économie européenne à celle du Commonwealth, à condition que les méthodes socialistes s’étendent au Continent.
Les américains n’ont pas pris la chose au sérieux. Sous une forme ou sous une autre, le Plan Marshall continuera après 52 ; on est d’ailleurs aussi loin que possible d’une internationale socialiste en Europe. Les querelles de M. Guy Mollet avec ses confrères britanniques à Strasbourg, et l’opposition de Schumacher en Allemagne aux projets de réarmement allemand, montrent que le socialisme est entrainé, malgré lui, à être nationaliste, évolution que nous avons souvent signalée et qui prête à réflexion sur la philosophie politique.
CRITON