Criton – 1950-07-08 – Comment imposer la Paix

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Le Courrier d’Aix – 1950-07-08 – La Vie Internationale.

 

Comment Imposer la Paix ?

 

Ce serait faire le jeu des Soviets que de céder à l’inquiétude ; la situation économique du monde libre est difficile. La peur, le découragement suffiraient à transformer en crise ce qui n’est qu’une phase d’adaptation au retour sur les marchés de produits abondants. La guerre de Corée, d’autres incidents qui se préparent, n’ont pour but que de faire ajourner les grands projets de défense et d’union militaire, monétaire commerciale et industrielle qui peuvent faire de l’Europe et de la communauté atlantique des réalités. Laissons – une fois n’est pas coutume – aux Etats-Unis le soin de faire le barrage et de payer de leur personne. Leurs intérêts directs sont en jeu, ils sauront les défendre. Suivons la lutte avec attention et pour le reste « business as usual ».

La guerre en Corée ; en tant qu’hommes, ce conflit nous afflige. D’un point de vue national et plus égoïste, il nous sert. Nous soutenons seul depuis quatre ans une guerre en Indochine. Ce conflit, la maladresse des Américains, leur anti-colonialisme aveugle l’avaient aggravé, sinon suscité. Ils s’en sont rendu compte peu à peu, ont réagi lentement et avec peine quand ils ont compris qu’ils allaient être confrontés sur le continent asiatique avec des problèmes analogues. C’est fait aujourd’hui.

Les trois guerres : Corée, Indochine, Malaisie, n’en font qu’une et les trois puissances Etats-Unis, France, Angleterre sont solidaires. La défaite de l’une mettrait en danger les deux autres. La situation des Etats-Unis est difficile parce qu’ils n’ont pas d’armée : quatre divisions au Japon ; deux en Allemagne ; quatre et demi dans la Métropole. Devant ces effectifs, des tâches multiples et dispersées. Il faut veiller en Perse, dans les Balkans, en Allemagne, sur tout le pourtour du Pacifique-ouest et même dans l’Arctique. Il faudra qu’ils constituent avec la plus grande célérité les moyens de faire face ; ils le peuvent.

 

Sur le Plan Moral

Cette première semaine d’hostilités est pleine d’enseignements. En Corée même, on voit que les deux gouvernements, le Blanc du Sud et le Rouge du Nord, étaient également impopulaires. Clique contre clique. L’action des guérillas sur lesquelles comptaient les rouges n’a rencontré aucun appui parmi les masses et reste inefficace. De son côté, l’armée du Sud s’est effondrée. Ce qui ne l’a pas empêchée d’acclamer les Américains venus à son secours, et sans doute, le danger passé, saluera-t-elle leur départ. Ces peuples jaunes, asservis depuis toujours, n’ont aucune éducation politique, craignent tous les maîtres et n’aiment guère l’étranger.

 

La Question Chinoise

Les Etats-Unis ont, à notre avis, commis une grave erreur en liant dès le premier jour la question de Formose à celle de Corée. Les Soviets qui venaient d’être pris de court au Conseil de Sécurité ont aussitôt poussé Mao Tsé Toung en avant.  Mao Tsé a une armée disponible qui peut attaquer depuis la Mandchourie.

Au lieu de proclamer qu’ils défendraient l’accès de Formose aux Communistes Chinois, il était plus habile de demander au Conseil de l’O.N.U. de neutraliser Formose – juridiquement possession japonaise  puisque le traité de paix avec le Japon n’est pas signé – et d’en confier la défense aux Nations-Unes ; le cas échéant, les Etats-Unis pouvaient agir en leur nom. L’affaire de Formose, très mal engagée dès le début pourrait coûter à Acheson sa carrière diplomatique. Il ne faudrait pas non plus que Mac Arthur accepte qu’une armée de Tchang-Kaï-Chek vienne l’aider en Corée. Ce serait le  meilleur moyen de provoquer, sinon un conflit mondial, du moins une guerre généralisée en Extrême-Orient. Aux dernières nouvelles, cette erreur parait devoir être évitée.

 

Ce qu’il Faudrait Faire

Il faut profiter tout de suite de l’adhésion massive des 27 états membres de l’O.N.U. à la politique de résistance à l’agression, pour constituer une armée internationale qui viendrait remplacer les Américains dès que les communistes Coréens auront repassé le 38ème parallèle. Faire occuper par cette armée, même si elle n’est composée que de détachements symboliques et sans potentiel militaire, non seulement la Corée du Sud mais celle du Nord, et faire élire un gouvernement de la Corée unifiée dont l’existence serait garantie par toutes les nations signataires. Les Etats-Unis restant à proximité pour faire respecter la décision. On verrait bien si les Soviets oseraient s’attaquer à l’O.N.U.

Cette procédure créerait un précédent d’une valeur inappréciable qui pourrait servir en Autriche, en Allemagne et ailleurs. Le monde libre tout entier, dans les cinq parties du monde s’associerait ainsi au maintien de la paix d’une façon concrète. Souhaitons que les Etats-Unis le comprennent et que les éléments militaires un peu brutaux n’imposent pas l’action directe. Dans les circonstances actuelles, il n’y a à plus ou moins longue échéance que deux solutions : l’armée internationale, gardienne de la paix, ou la bombe atomique sur le Kremlin, et Moscou craint peut-être plus la première que la seconde.

Voilà une belle occasion de répondre à « l’appel de Stockholm » une immense pétition mondiale avec enrôlement de volontaires à l’appui, pour « la police internationale de la Paix ». On comparerait le nombre des signatures de part et d’autre. Un petit Gallup pour voir.

 

La Stratégie des Soviets

Elle ne manque pas d’habileté ; l’affaire de Corée déclenchée, une affaire de Chine peut naître autour de la question de Formose. En Perse, il est question d’un ultimatum russe pour exiger le départ des missions géologiques américaines sur la frontière de l’Azerbaïdjan. Tito voit cinq divisions s’assembler sur ses frontières. Enfin, les Russes envoient aux Etats-Unis une note comminatoire à propos de l’histoire des doryphores dont nous n’avons pas parlé jusqu’ici tant elle semble ridicule.

Les Américains sont accusés d’avoir ensemencé par avion les champs de pommes de terre d’Allemagne de l’Est et de Tchécoslovaquie de ces insectes ravageurs ! Il y a d’ailleurs longtemps qu’on parle à Moscou de guerre bactériologique à propos du procès des officiers Japonais. Cela cache quelque chose. Bref, des foyers d’incendie sont attisés sur tous les fronts possibles sans qu’on puisse deviner si les Russes préparent le grand assaut ou simplement bluffent. Ils devraient cependant savoir par l’exemple de leur maître et émule à la fois, Adolphe Hitler, qu’il ne faut pas jouer avec la peur quand ceux qui ont tremblé se sentent les plus forts.

 

                                                                        CRITON