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Le Courrier d’Aix – 1950-07-01 – La Vie Internationale.
Nouveau Challenge
La guerre a éclaté en Corée ; est-ce le début du troisième conflit mondial ? Ou n’est-ce plutôt qu’un épisode de l’état de trouble où les Soviets veulent tenir le monde pour empêcher la prospérité de confondre leur propagande ? Battus en Grèce et à deux reprises à Berlin, les Russes pensent trouver en Extrême-Orient un champ plus favorable.
L’invasion de la Corée du Sud par le gouvernement communiste du Nord était préparée depuis longtemps. Mais on pensait qu’elle se ferait de l’intérieur à la manière du putsch tchécoslovaque ; sans doute l’armée et la police de Syngman Rhee le premier coréen, ont paru aux Nordistes un obstacle insurmontable. Ils ont choisi le coup de force militaire qu’ils pensaient réussir avant que les Etats-Unis aient pu réagir. Au contraire, avec une promptitude qui a surpris le monde, les Américains sont entrés dans la lutte.
Le calcul russe semblait être ceci : ou les Etats-Unis ne feront rien et nous triomphons, ou ils seront englués dans une guerre coloniale difficile, coûteuse, impopulaire à l’intérieur et qui sera pour la propagande un précieux argument. Engagés en Extrême-Orient, les Anglo-Saxons relâcheront leur vigilance en Europe où un coup contre Tito deviendrait peut être possible, sans risquer la guerre totale.
Situation en Corée
Le choix de la Corée était bon. Le régime de Syngman Rhee ressemblait fort à celui de Tchang-Kaï-Chek : Intrigues, corruption, exactions, inflation monétaire avaient discrédité le régime ; aux récentes élections les candidats indépendants avaient été élus contre le premier ministre ; des arrestations avaient suivi, puis des troubles ; les partisans communistes du Nord s’infiltraient peu à peu ; les américains, en soutenant Syngman à contrecœur, n’en avaient pas moins pâti de son impopularité. Bien que la situation économique se fût améliorée grâce aux 400 millions de dollars employés par les U.S.A., la réforme agraire réalisée au Nord attendait toujours.
La Décision Américaine
L’invasion de la Corée du Sud a mis un instant d’accord le « Pentagone » militaire et le Département d’Etat dont les politiques extrême-orientales étaient en conflit depuis des années. Mac Arthur qui voulait garder Formose et toutes les îles, Japon compris et tenir garnison en Corée, triomphe.
Le président Truman a convoqué le Conseil de Sécurité et a pu abriter son action derrière l’autorité de l’O.N.U. parce que les Russes s’étaient retirés du Conseil de Sécurité où ils disposaient du droit de veto. Les Anglais, inquiets de leur impopularité aux U.S.A. à cause de la reconnaissance de Mao Tsé et du refus au plan Schuman, se sont bruyamment rangés aux côtés des Etats-Unis. La politique des Américains se trouve du coup fixée. Ils ont le droit pour eux ; leur conscience en repos, civils et militaires vont pouvoir montrer leur force.
Perspectives
Quand la parole est au canon il est malaisé de prévoir. Heureusement, on sait par l’exemple de Markos en Grèce que Staline a tôt fait d’abandonner une position dangereuse et de laisser tomber ses protégés. La radio soviétique est prudente. La Russie n’est pas personnellement engagée. Côté Américain, on veut surtout relever le défi. On ne s’arrêtera que lorsque les Nordistes auront repassé le 38° parallèle. On se bat pour la paix, comme on dit.
Le Rôle de l’O.N.U.
L’O.N.U. tant décriée, et non sans raisons, a rempli là un rôle fort utile. Il y avait une mission des Nations-Unies à Séoul. Le prestige de l’organisation internationale était donc engagé ; Celui des Etats-Unis qui avaient des représentants militaires et civils en vertu des traités également ; le statut de la Charte a joué. On a désigné l’agresseur et chargé tous les peuples liés par le Covenant, de contribuer au rétablissement de la paix par tous les moyens. L’intervention américaine prend le caractère d’un devoir international.
Ce point de droit a pour les Etats-Unis une importance capitale : on voit mieux l’intention qui a présidé à la fondation des Nations Unies à San Francisco en 45. C’est le seul moyen que les Américains ont de lier à leur politique des états qu’ils pourraient difficilement atteindre par les moyens diplomatiques normaux. Ils peuvent les englober dans une procédure collective et les obliger à souscrire par des articles juridiques à des responsabilités qu’ils répugneraient à prendre isolément. C’est ainsi qu’ils ont pu faire souscrire à leur action militaire en Corée les pays sud-américains et même l’Inde, si réticente jusqu’ici. Présenter comme une agression non provoquée l’attaque des Nordistes oblige tout le monde à prendre parti.
Résultats
A Washington on est satisfait. On pourra empêcher Formose de tomber aux mains de Mao Tsé Tung ; donner à l’Indochine une aide adéquate et sans doute conserver en Corée des bases sans lesquels le Japon trop vulnérable aurait dû être abandonné. C’est ce qui paraissait décidé il y a quelques jours par le département d’Etat qui faisait valoir que le Japon avec ses 80 millions ne pouvait être ravitaillé à travers le Pacifique en temps de guerre. On a lieu également d’être satisfait de l’empressement avec lequel les nations libres ont répondu à la résolution américaine. Le péril communiste était mieux senti qu’on ne le pensait. On peut donc aller de l’avant, sans passer pour impérialiste ou protecteur du colonialisme.
Le rôle de la France
La France, en pleine crise ministérielle, dans ces circonstances graves, fait piètre figure. On a largement profité de l’occasion en Angleterre pour montrer combien il était sage de ne pas faire fond sur un pays dont la préoccupation essentielle est la réforme électorale dont on discute depuis 40 ans. Eclipsé par les événements de Corée, le plan Schuman torpillé par la politique pourrait bien s’en ressentir. La France qui depuis quelque temps reprenait un prestige dont elle avait grand besoin, va-t-elle à nouveau montrer sa faiblesse et ses ridicules ?
CRITON